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Le paravent

Dire comme Olivier Besancenot et Arnaud Montebourg qu’on "s’en tape" du divorce de notre président de la République est à la fois une grossièreté et une absurdité. Le mystère de leur intimité ne nous regarde pas - même si L’Est républicain de ce matin lève un coin du voile - mais quel citoyen peut dire qu’il ne se sent pas, fût-ce un peu, concerné ?

La majorité sénatoriale vient de voter pour la création du Contrôleur général des prisons, institution dont à plusieurs reprises j’ai écrit tout le bien que j’en pensais.

Pourtant, la gauche, alors qu’elle en approuvait le principe, s’y est opposée au motif curieux qu’il s’agissait "d’un paravent pour masquer un arsenal juridique de plus en plus répressif ".

Se manifeste là, dans ce comportement, la persistance d’une politique du pire qui préfère le combat partisan au bien public. Aujourd’hui, c’est la gauche qui s’y livre. Hier, ce pouvait être la droite traditionnelle. Je ne parviens pas à concevoir comment, lucidement, en invoquant un prétexte, on peut décider de refuser l’instauration du souhaitable pour s’abandonner au statu quo. La gauche, en quelque sorte, se lave les mains et l’esprit de son hostilité contraire à son choix profond puisqu’en définitive, ce Contrôleur général verra le jour grâce à la droite. Aurait-ce été si grave, pour elle, de mêler ses voix à celles de son adversaire en avalisant une proposition qui favoriserait la surveillance de tous les lieux d’enfermement et un regard extérieur, seul capable d’assouplir les rigidités pénitentiaires ?

Ainsi, cette institution serait "un paravent" pour dissimuler le détestable d’une politique pénale de plus en plus répressive. Curieux "paravent" qu’une mesure qui va précisément permettre, essentiellement dans les prisons, d’imposer des limites à cette dureté prétendue !

Plus profondément, sans répéter les raisons qui font que j’approuve cet "arsenal juridique", il me semble pertinent, d’une part, de ramener la dénonciation partisane à de justes proportions et, d’autre part, de rappeler l’attente populaire, les promesses présidentielles et le désir de vraie justice au coeur de l’esprit public. Sur ce plan, nous pouvons aujourd’hui renvoyer au remarquable texte publié dans Le Monde, "La justice sans attendre", sous la signature du garde des Sceaux. Tout y est, et notamment ce qui me tient à coeur : la responsabilité des magistrats.

La gauche sénatoriale, en dénigrant par tactique, saisit mal ce qui constitue le fondement d’une politique pénale réussie. Elle demeure dans ses frontières anciennes où la sévérité était laissée, pour parler vite, à la droite tandis qu’elle s’octroyait la générosité. Alors que la vérité n’est plus dans cet absurde clivage, mais dans une philosophie individuelle et sociale faite d’humanisme vigoureux et d’humaine fermeté, à l’aune d’une démocratie qui saurait se défendre sans se renier.

Puis-je souligner, avec le plus grand respect pour le Parlement, que force est d’admettre qu’une part de la Haute Assemblée date un peu ? On a le droit, sans trahir, de fluidifier les lignes et de sortir de ces forteresses infiniment commodes car elles autorisent immobilisme intellectuel et idéologique. On a le droit d’accepter le risque de l’intelligence.

La gauche sénatoriale n’aurait pas dû voter contre ce qu’elle approuvait.


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13 réactions à cet article    


  • maxim maxim 19 octobre 2007 13:51

    et bien justement parce que la gauche conserve ses vieux démons ,tout ce qui ne vient pas d’elle est nul ,une opposition systématique à tout ce qui n’ as été édité par elle également même si foncièrement dans ses rangs certains se rangent à un avis de bon sens ,mais l’esprit de chapelle prend le dessus sur le raisonnable ..... c’est pour celà que la gauche en ne voulant pas évoluer d’un iota ,s’auto paralyse et se condamne à disparaitre .......


    • Universitaire 1995 21 octobre 2007 13:07

      La « gauche », à savoir, PS, PC et associés, semble poser comme condition que le contrôle des prisons soit lié à des questions concernant les personnels des prisons. Que ces personnels défendent leurs intérêtes légitimes, c’est bien évidemment très louable. Mais, à mon sens, le contrôle des prisons doit être par définition extérieur à l’institution pénitentiaire.

      L’autre question est celle de l’apparence d’impartialité de ce contrôle. Si ses responsables sont proches du gouvernement et du Ministère de la Justice, cela posera un problème.


    • alberto alberto 19 octobre 2007 14:15

      Ce qu’il y a de terrible, c’est que ceux qui, à gauche, approuveraient un projet proposé par la droite seraient immédiatement affublés du qualificatf de « Traitre », ainsi que l’ont été certains de ceux qui ont osé aller se « commettre » dans les commissions installées à l’heure actuelle par le nouveau gouvernement.

      Il faudra bien un jour en finir avec cette guerre de tranchées, stérile, qui décourage les bonnes volontés des deux bords.

      Bien à vous.


      • ytty54 ytty54 19 octobre 2007 16:26

        dire que l’Est Républicain « lève un coin du voile » est bien partisan ou alors le voile est trés grand ! Les 2/3 de la couverture occupé par Cécilia et une dernière page entière le tout agrémenté d’un loufoque éditorial titrant « affaire privée » dénonçant la peopolisation qu’il sert chaque matin, si vous appelez ça un coin de voile ! Le paravent, ne serait-ce pas l’émancipation d’une presse partisane qui se drape dans une fausse dignité et une éthique à géométrie variable ?


        • MagicBuster 19 octobre 2007 16:27

          A quand un conseil des sages qui éliminerait de la vie politique ceux qui n’en ont pas l’esprit . . .


          • tvargentine.com lerma 19 octobre 2007 16:59

            La gauche dans sa stratégie de l’échec n’a toujours pas analysé les raisons de son echec.

            A vouloir rejeter tout en bloc du gouvernement d’ouverture proposé par Nicolas Sarkozy ,elle se retrouche dans une contestation stérile à l’image de l’extrème gauche.

            Le reveil sera très dur pour les municipales ,car elle n’existera plus dans sa conception de petit courtisan à l’écoute du marketing plutôt que du citoyen.


            • Le péripate Le péripate 19 octobre 2007 17:20

              Où comment à partir d’un fait minuscule se livrer à des généralisations tout azimuth... mais quand on veut démontrer quelque chose, tout est bon à prendre.


              • Servais-Jean 19 octobre 2007 17:41

                On s’en « tape » de cet article et ce n’est pas grossier,voir le Robert,c’est passé depuis longtemps dans la langue courante et le sens que vous devez donner à ce mot doit être originaire de Neuilly.


                • Forest Ent Forest Ent 19 octobre 2007 17:49

                  Moi aussi je m’en tape du divorce de Pinocchio, mais alors là complètement. C’est sa vie privée. Tout au moins elle aurait dû le rester.

                  Pour ce qui est de l’inspection des prisons, on peut effectivement reprocher à la gauche de ne pas l’avoir créée quand elle était au pouvoir.

                  Mais ses critiques sur la situation actuelle sont plus que fondées. Ce poste ne changera rien, puisque ses pouvoirs d’inspection seront limités. Il est par ailleurs vrai que l’on a une politique pénale qui s’aggrave en permanence, en particulier grâce à votre dada, les peines planchers, et la politique carcérale ne suit pas.

                  Quand au champ de tranchées que constituerait le Sénat, je rigole. La « loi de lutte contre la contrefaçon » a été votée à l’unanimité PS-UMP, alors qu’elle contribue sérieusement à réduire l’état de droit. On ne s’y étripe que sur des symboles, pas sur du vrai business.


                  • CAMBRONNE CAMBRONNE 19 octobre 2007 18:09

                    LUDOVIC

                    De quelle roue parlez vous ? Celle du supplice ?

                    Trêve de plaisanterie , vous êtes injuste envers Monsieur Bilger qui a démontré à maintes reprises qu’il pouvait d’autant mieux soutenir un projet gouvernemental qu’il savait critiquer .

                    Je crois moi qu’un contrôleur général des prisons devrait faire avancer le schmilblick .

                    Vive la république quand même .


                  • Eloi Eloi 19 octobre 2007 23:05

                    Ludo, un gros problème vient du fait que les socialistes ne sont pas capables de présenter les choses comme vous le faites, et qu’ils s’embrouillent dans leurs dignités, leurs vieux réflexes, leurs vieilles rengaines...

                    C’est là qu’ils perdent leur crédibilité


                  • Japa 19 octobre 2007 19:44

                    On peut être citoyen, concerné et engagé dans la politique de son pays sans pour autant l’être par la fausse vie privée de celui qui fait de sa personne et de son épouse un produit marketing et de « com »... Il n’y a pas une journée sans le mot « Sarkozy » dans les média... Qu’il soit de droite ou qu’il eut été de gauche, peu importe, mais je « m’en tape » également et royalement. Cette omniprésence est pesante et fait sombrer nos médias dans une tendance qu’ils avaient déjà : Oublier le fond et la vraie information pour se précipiter dans le commercial/people, plus vendeur (donc plus rémunérateur) et à l’opposé de ce qu’ils sont sensés apporter au citoyen. Tout cela contribue à maintenir le « gentil peuple » que nous sommes dans des débats (celui ci par exemple) futiles et inopérants en terme de « je fais avancer le schmilblik » et permettre à nos élus de continuer de faire avancer « leur schmilblik » tranquillement... Occupons nous du secondaire et de l’inutile, ils savent s’occuper du reste.


                    • L.S 19 octobre 2007 19:54

                      Le constat de l’état des prisons et de la surpopulation carcérale est fait depuis longtemps. Un contrôleur et quelques agents ne servent à rien s’il n’existe pas un vrai budget pour rénover les prisons. Par ailleurs la France est le pays champion européen de la détention provisoire : environ 1/3 des détenus soit 20 000 sur 60 000 et parmi eux une moyenne de plus de 1000 innocents qu’il faut indemniser chaque année. Monsieur Bilger devrait, avant tout, militer sur le plan professionnel pour que les procureurs et les juges de la détention appuient sur le frein de l’arbitraire. Par ailleurs, lorsque Arno Klarsfeld sera nommé à ce poste, il devra bien constater que le mot « paravent » n’est pas si mal choisi à moins qu’il préfère le mot « parachute ».

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