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Le pari démocrate

Sans vouloir paraphraser le titre des éditoriaux de la presse écrite de ces derniers jours, il est incontestable que Bayrou fait exploser la campagne présidentielle. Et il ne me semble pas difficile d’expliquer pourquoi. Son programme économique est unanimement reconnu comme étant le plus (le seul) sérieux. Son refus de faire des promesses inconsidérées et sa constance à parler courageusement de la dette séduisent finalement autant les journalistes de la presse anglo-saxonne que beaucoup de Français. Sa vision de la société réconcilie en quelque sorte les tentations contradictoires, entre une agitation nerveuse, volontariste à tout prix d’un Sarkozy et le maternalisme parfois infantilisant mais tellement rassurant d’une Royal.

Européen convaincu mais pas dogmatique, il reste à l’écoute des Français qui ont voté non à la Constitution européenne, refusant de faire ratifier un nouveau texte en catimini sans faire appel de nouveau au référendum. Réformiste mais dans la durée. Il annonce clairement qu’il faudra revenir sur les régimes spéciaux de retraite mais souhaite, là encore, qu’un vote du peuple valide, le moment venu, ces décisions essentielles. Attaché aux traditions, à la ruralité, à la famille, il est aussi capable de comprendre les évolutions de la société, du pacte civil à l’adoption simple pour les homosexuels, en passant par le droit de mourir dans la dignité et à une certaine forme d’euthanasie. Libéral en économie, il avance sans crainte vers un assouplissement des 35 heures, une réforme de l’ISF (que même l’UMP a peur de proposer), une baisse des charges pour les entreprises, un encadrement strict des dépenses de l’Etat, mais sans tomber dans l’ultralibéralisme, en conservant en permanence le souci de l’équilibre, de la pédagogie, de l’effort commun, des objectifs sociaux. Particulièrement critique sur les résultats actuels de l’Education nationale, sur le scandale de l’illettrisme, et même, sans aucun doute, celui des candidats qui est le plus proche du corps enseignant.

Bref, dans tous les domaines, Bayrou fait aujourd’hui la synthèse d’une France tiraillée entre son angoisse de l’avenir et ses rêves de croissance tranquille. Bayrou est - simplement, rationnellement - aujourd’hui le meilleur candidat à l’élection présidentielle.

Reste une question. Un doute. Un obstacle entre François Bayrou et l’Elysée. Un écueil à éviter pour franchir sans ambages la haie du premier tour. Reste en effet la question suivante : l’aventure du centre, telle qu’il nous la propose, est-elle bien raisonnable ? Gouverner avec des gens de gauche et de droite, d’accord, mais lesquels ? Qui sont les ralliés ? Et ceux qui rejoindront ce nouveau président après son élection seront-ils crédibles ou viendront-ils simplement manger à la soupe du nouveau pouvoir ? Que se passera-t-il aux législatives de juin ? "Où serait alors l’opposition dans ce système ?" se demande Dominique Reynié dans le Journal du Dimanche. L’opposition entre la droite et la gauche n’est-elle pas la condition nécessaire de l’alternance ?

Il me semble que cette question est le dernier verrou à faire sauter pour libérer complètement la candidature Bayrou de ses dernières chaînes, pour la faire sortir définitivement de la zone de la surprise pour entrer dans celle de l’évidence, celle du bon choix comme disait en son temps un autre centriste célèbre. Pour être plus précis, il y a, me semble-t-il, dans cette question deux sujets différents :

- un sujet que je qualifierai de politico-technique : comment faire pour traduire un élan présidentiel en majorité gouvernable ?

- et un sujet, disons, politico-philosophique que l’on peut exprimer de la façon suivante : le centrisme n’est-il pas dangereux en soi, en ce sens qu’il supprime tout débat et donc finalement toute démocratie ? Ne favorise-t-il pas inévitablement à terme l’irruption des extrêmes, seules oppositions réelles face à un ventre mou ou un trou noir absorbant toute la matière politique traditionnelle ? Ce grand parti du centre, ou grand parti démocrate comme Bayrou le présente désormais, n’aura-t-il pas comme conséquence d’asphyxier le pluralisme en absorbant la gauche modérée et la droite modérée dans un même bloc ?

A ces deux questions, François Bayrou apporte, certes, des réponses mais elles restent trop souvent floues, voire contradictoires. Ou plus exactement, il répond généralement à la première question en éludant la seconde. Or la deuxième partie de l’équation est fondamentale. Elle est relative à la légitimité du centrisme, à son rôle dans l’Histoire et à son ambition à long terme.

Prenons tout d’abord la question politico-technique. Le problème de l’élection législative, posé aujourd’hui, est évidemment purement théorique. Il est évident que l’élection présidentielle changera complètement la situation. François Bayrou a certainement raison lorsqu’il dit, citant Mitterrand, que les Français donneront au nouveau président les moyens de gouverner. Et Jacques Attali à tort lorsqu’il dit que Bayrou sera forcé de gouverner avec le programme de Sarkozy. Les choses seront en fait assez simples : il y aura, dans chaque circonscription, un(e) candidat(e) estampillé(e) majorité présidentielle ; une bonne partie de ces candidats seront de la mouvance centriste ou UDF, d’autres seront des nouveaux ralliés venant de la gauche ou de la droite. Ces candidats seront certainement opposés à des candidats du Parti socialiste et à des candidats de l’UMP, mais dans la grande majorité des cas, ils l’emporteront et donneront au président une majorité stable à l’Assemblée nationale. Voilà le scénario probable. Il est d’ailleurs amusant de constater que ce scénario en inquiète plus d’un au sein même de l’UDF, les cadres du parti centriste ne veulent évidemment pas être sacrifiés sur l’autel de l’ouverture, du rassemblement, voire de l’Union nationale ...

Mais là n’est pas l’essentiel. Le problème plus général du rôle du centre en politique est autrement plus complexe. Le centre a-t-il vocation à gouverner longtemps ? Tout le temps ? Ce gouvernement d’Union nationale doit-il avoir pour objectif de supprimer à terme la bataille droite-gauche ? A quoi serviront les élections suivantes ? Quelles seront les alternatives à proposer aux Français ? "Ce serait l’empire du centre" s’exclame Dominique Reynié.

François Bayrou évoque souvent les exemples historiques de la Libération et de "l’expérience" Mendès-France, cela signifie-t-il que le centre est un outil pour périodes troubles ou exceptionnelles ? Comme le remarque Alain Minc dans sa biographie de Keynes, déjà au début du XXe siècle, "c’est une démarche traditionnelle lorsqu’un contexte politique exceptionnel efface les lignes partisanes habituelles". Ou bien, comme le laisse entendre Bayrou avec son parti démocrate, cette démarche est-elle censée s’ancrer dans la durée ?

Je pense qu’une réponse simple et claire à ces questions est indispensable. Que peut-elle être ?

Première vision des choses. La France est aujourd’hui dans une situation critique, à la croisée de nombreux chemins. Oui, la situation est exceptionnelle. Le poids de la dette, le poids des archaïsmes et des corporatismes, les risques que font peser la mondialisation de l’économie mais aussi les dérives environnementales, tous ces éléments sont autant de facteurs qui nécessitent un sursaut majeur. Or, nous allons d’échecs en échecs. Dans de nombreux pays démocratiques, l’alternance est une source de renouvellement positif mais en France, depuis maintenant 25 ans, elle n’est qu’un va-et-vient stérile. C’est une spécificité de notre pays, due en grande partie à des institutions vieillissantes et bloquées, due aussi sans doute à une droite timorée et une gauche archaïque. C’est pourquoi nous avons besoin d’un électrochoc pour sortir de ces ornières.

Le projet centriste de François Bayrou est une tentative de réconciliation et de rassemblement qui prendra la forme d’un gouvernement d’union entre des personnalités de tout bord partageant un diagnostic et une méthode pour s’en sortir. Ce n’est pas le centre pour toujours, ce n’est pas le centre unificateur, ce n’est pas non plus le centre arbitre, force d’appoint de majorités changeantes à la mode de la quatrième République. Ce que propose François Bayrou, c’est un moyen exceptionnel face à une situation qui ne l’est pas moins. C’est une expérience pédagogique qui démontrera enfin aux forces politiques de notre pays que la démarche clanique est dépassée, que l’opposition peut ne pas être systématique et frontale, que l’alternance n’est pas un drame national à condition qu’elle ne soit pas une succession de politiques de terres brûlées et de tables rases.

Nous avons grandement besoin d’une expérience pédagogique de la démocratie. Je crois que c’est précisément ce que nous propose François Bayrou.

Je vous propose cependant une deuxième vision des choses. Et si ce fameux parti démocrate dont parle Bayrou n’était pas ce ramasse-tout centriste que beaucoup craignent ? Si son ambition était tout simplement de créer le véritable parti d’alternance aux conservateurs, comme c’est le cas aujourd’hui chez presque tous nos voisins ? Si l’aventure de Bayrou n’avait d’autres objectifs que de changer d’époque, de créer un autre pluralisme, plus serein, plus calme, moins arc-bouté sur des idéologies dépassées ? Si cette campagne présidentielle était enfin l’occasion de mettre au rencart un Parti socialiste dépassé par les événements, incapable de se réinventer, figé sur des postures d’un autre temps ? Si Bayrou réussissait finalement ce qu’aucun dirigeant de la gauche de gouvernement n’a réussi à faire, depuis l’échec de la deuxième gauche jusqu’à la Berezina de Jospin et la défaite de DSK : réformer, moderniser, abandonner les chimères anticapitalistes de la vieille garde et de ses rejetons, affronter le monde tel qu’il est, cesser de se mentir à soi-même et aux électeurs ?

C’est un pari qui mérite d’être pris.

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Les réactions les plus appréciées

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    Par col (xxx.xxx.xxx.220) 5 mars 2007 14:20

    En effet, je ne crois plus au clivage droite/gauche qui nous a mené où nous en sommes actuellement.

    Je suis pour Bayrou, sous bénéfice d’inventaire, parce qu’il propose autre chose que ce que vous dénoncez. La démarche clanique, l’opposition frontale et systématique et la démolition tout aussi systématique, à chaque changement de tendance, de tout ce qui a été fait en amont.

    Donc, je voterai pour Bayrou, puis s’il est élu, pour un député apte à lui donner une majorité pour gouverner.

  • 0 vote deja vote forum
    Par Don Jakchirak (xxx.xxx.xxx.120) 5 mars 2007 14:38

    Comment peut-on s’attaquer aux problêmes de fond qui minent notre pays lorsque la moitié des français est dans la rue à chaque réforme proposée par les élus de l’autre bord ?

    C’est complètement stérile.

    François Bayrou propose une alternative pragmatique.

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    Par Neos (xxx.xxx.xxx.14) 5 mars 2007 14:24
    Neos

    "Ce gouvernement d’Union Nationale doit-il avoir pour objectif de supprimer à terme la bataille droite-gauche ? (...) Quelles seront les alternatives à proposer aux Français ?"

    La tentation Bayrou me semble être un bol d’air pour ceux et celles qui souhaitent trouver une option politique alternative et conjoncturelle au scénario préétabli de lutte bipolaire pour le pouvoir en France.

    Les outils institutionnels de la Ve République, ainsi que les appareils et les idéologies développées par le PS et l’UMP ont instauré des barrières infranchissables pour les défenseurs d’idéologies alternatives sur la scène politique française.

    Ainsi, le PS circoncit depuis plusieurs années toute initiative visant à introduire la social-démocratie dans la République. On connaît l’opposition historique entre le clan de François Mitterand et celui de Michel Rocard. Encore aujourd’hui, la tendance sociale-démocrate incarnée par DSK n’a pas fait l’unanimité des militants socialistes lorsqu’il a fallu élire le meilleur candidat socialiste pour les élections présidentielles.

    Par ailleurs, l’UMP, pris en main par N. Sarkozy dès les lendemains des élections de 2002, a écarté très tôt tout risque de dispersion interne en misant sur une candidature unique, barrant la route à toute alternative autre que la position unilatérale du parti.

    La candidature et le projet Bayrou incarnent une forme d’ouverture au pluralisme des idées, un appel à l’introduction de la social-démocratie en France et une main tendue à l’ouverture et à la préférence communautaire en Europe.

    Voir sur ce sujet, mon article sur la démocratie sociale :

    http://www.agoravox.fr/article.php3...

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    Par ben (xxx.xxx.xxx.41) 5 mars 2007 17:34

    son programme c’est que les politiques se bougent le cul et arretent de se gratter le menton en réfléchissant

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