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Accueil du site > Actualités > Politique > Le Parti Socialiste dans le flou

Le Parti Socialiste dans le flou

Au lendemain du vote des militants, qui, à défaut d’avoir clarifié la situation, n’a fait qu’enfoncer un petit peu plus le PS dans ses éternelles querelles, les socialistes avancent les yeux bandés vers le congrès de Reims.

PS-la-bataille-de-Reims-a-debute_img_234_199.jpgAu vu des multiples critiques qui lui ont été adressées depuis sa défaite aux élections présidentielles, émanant parfois de son propre camp, Ségolène Royal a remporté hier, dans le cadre d’élections internes en vue du congrès de Reims, une victoire aussi épatante qu’inattendue. La motion qu’elle défendait, dont elle avait par ailleurs refusé de devenir le premier signataire, a en effet rassemblé plus de 29% des suffrages des militants socialistes, devançant ainsi les motions défendues par Martine Aubry et Bertrand Delanoë (25% chacun), qui attendent toujours la communication des résultats en Guadeloupe et à la Réunion pour connaître laquelle de leurs deux motion est arrivée en deuxième position. Benoît Hamon, s’est quand à lui contenté d’un score honorable de 19%.

La surprenante victoire de Ségolène Royal
Les quatre motions dites principales se tiennent donc dans un mouchoir de poche, plongeant ainsi le Parti Socialiste dans une crise inédite, et dans laquelle, à défaut d’avoir clarifié la situation, le suffrage des militants n’a fait qu’enfoncer un petit peu plus le PS dans ses éternelles querelles. La victoire de ce scrutin revient cependant à Ségolène Royal, qui se retrouve en position de force pour prendre la tête de Solférino, où du moins y placer un de ses fidèles. L’ex candidate aux élections présidentielles est cependant consciente du peu de sympathie qu’éprouvent Bertrand Delanoë et Martine Aubry à son égard, en témoigne cette déclaration du Maire de Paris qui exclut dans un communiqué publié ce matin, toute perspective d’alliance avec un parti qui ne s’assumerait pas clairement de gauche, faisant ainsi référence aux tentatives d’alliance avec le MoDem menées par Ségolène Royal. Ce discours d’ouverture à l’adresse de François Bayrou est d’ailleurs employé tel un point névralgique de la stratégie Royaliste par ses opposants internes, qui critiquent ainsi implicitement la stratégie d’indépendance vis à vis de l’appareil socialiste que mène Ségolène Royal.

La victoire relative de Benoît Hamon
photo_1224185350348-1-0.jpgBenoît Hamon, qui assure qu’il considère son score de 19% comme une grande victoire politique, lui assurant une grande légitimité est en effet parvenu à se frayer un chemin par les trois poids lourds que sont Royal, Aubry et Delanoë. Le discours de cet homme de gauche populaire couplé à sa jeunesse et à son énergie ont été d’autant plus appréciés en période de crise financière. Si les 19% obtenus par sa motion l’ont satisfaits, il n’en a pas été de même pour un autre signataire et figure incontournable de la motion, Jean-Luc Mélenchon, qui, dépité par ce score et la victoire de Ségolène Royal a annoncé brutalement qu’il quittait le Parti Socialiste dans le but de fonder une nouvelle force de gauche.

La débacle Delanoë
Mais le grand perdant de cette soirée électorale est sans aucun doute le maire de Paris Bertrand Delanoë, qui, annoncé gagnant depuis le lancement de la campagne jusqu’au dernier sondage publié en début de semaine, n’a réuni que 25% des suffrages sur sa motion, alors qu’il déclarait espérer il y a encore deux semaines réunir plus de 50% des voix. L’ampleur de la débâcle est d’autant plus importante que le maire de la capitale pourrait voir sa motion être devancée par celle de Martine Aubry, ce qui le positionnerait alors à la troisième place ; bien que la maire de Lille ait tenu de préciser que du fait du faible écart qui réside entre leurs deux motions, la deuxième place ne sera que symbolique. Par ailleurs, Bertrand Delanoë a aussi obtenu un score décevant dans son fief Parisien, rassemblant sur sa motion moins de 38% des suffrages.

Cette défaite aussi flagrante inattendue jette un froid sur les ambitions personnelles du maire de Paris, dont la candidature au poste de premier secrétaire n’est plus que jamais remise en question. Le peu d’enthousiasme qu’aura suscité Bertrand Delanoë, son appartenance à l’"appareil" socialiste ainsi que les soutiens que lui ont apporté Lionel Jospin et François Hollande n’ont pas permis au maire de la capitale d’incarner un véritable changement, au profit d’une Ségolène Royal dont les militants avaient déjà approuvé le concept novateur qu’elle proposait lors des primaires de novembre 2006. Mais à 10 jours du Congrès de Reims, Bertrand Delanoë ne semble pas prêt de trouver un compromis avec Martine Aubry et encore moins à se rallier à la cause de Ségolène Royal...

Quelles perspectives pour le congrès de Reims ?
6b54e34e-6af1-11dd-aa90-fa1492bcceef.jpgDe ce fait, la situation du Parti Socialiste n’a jamais été aussi floue qu’auparavant et c’est dans un brouillard complet qu’avancent les socialistes vers le congrès de Reims. Aucune majorité ne s’est clairement dégagée du vote des militants et c’est au jeu des alliances que sera désigné le premier secrétaire. Reste à savoir quelles personnalités se porteront candidates puisque la candidature de Ségolène Royal est loin d’être assurée. En effet, en dépit de sa victoire, cette dernière pourrait être tentée de placer à la tête de Solférino un fidèle de longue date tel Vincent Peillon, se détachant ainsi de l’appareil socialiste et conservant son image novatrice et de changement. Benoît Hamon, qui sera lui aussi candidat pourrait tenter un rapprochement tout à fait probable avec Martine Aubry, et dans ce cas, ce serait la branche gauche du PS qui prendrait les rênes du parti, au risque de froisser les sympathisants modérés, tentés de fleureter avec le MoDem. Quoi qu’il en soit, c’est un changement radical que s’apprête à vivre le Parti Socialiste...

Retrouvez cet article sur le blog de l’auteur, http://www.lenouvelhebdo.com


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9 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 8 novembre 2008 14:27

    Plus que dans le flou , dans l’équivoque :

    "Le Parti socialiste semble aphone, pris à contre-pied au moment même où il proclamait les vertus du libéralisme. " (F.Ruffin)

    Virevoltes socialistes :

    "...Au delà des combinaisons politiques possibles auxquelles il donnera lieu, ce congrès a pour toile de fond une crise financière, dont l’un des premiers effets mesurables aura été le changement complet de discours des principaux dirigeants du parti. Ils ne vantent plus, comme il y a quelques semaines, les vertus d’un libéralisme — légèrement — tempéré, mais s’en sont fait des critiques féroces. Ségolène Royal estime ainsi que « la page du libéralisme est tournée », Michel Rocard s’emporte contre la science financière, qui relèverait « du crime contre l’humanité » et Bertrand Delanoë en appelle à « démolir le libéralisme économique » . Effet de la conjoncture ? Radicalisme de façade ?..."


    • Fergus fergus 8 novembre 2008 15:49

      Amusant : Ségolène Royal s’était fait dégommer par les médias au lendemain de son show du Zénith, essentiellement au motif qu’elle avait opté pour une coiffure plus aérienne et troqué son tailleur contre une chasuble indienne bleue ! Mais rien ou presque n’avait été dit ou écrit sur le fond de son discours.

      Et voilà que l’on reconnaît, ici et là, qu’à bien y regarder, son show n’était pas très différent de ce qui se fait ailleurs à l’étranger, et notamment de ce qu’ont été les meetings d’Obama. Du coup, voilà notre Ségolène en voie de réhabilitation. Mieux : l’on s’aperçoit qu’elle a, ce jour-là, tenu un véritable discours de gauche de très haute tenue, discours totalement et très injustement occulté par les grands médias (ce n’est pas moi qui le dit, mais les journalistes qui le reconnaissent eux-mêmes).

      Personnellement, je n’ai pas suivi ce meeting ni pris connaissance de ce discours, mais ce revirement des médias, particulièrement palpable dans des émissions comme « C dans l’air » (la 5) ou « Entre les lignes » (Public Sénat) confirme ce que m’en ont dit des militants socialistes impressionnés par la prestation du Zénith. Ceci explique peut-être cela, et Royal pourrait bien rebondir désormais après un échec présidentiel essentiellement dû à un sabotage souterrain de sa campagne par les éléphants du PS qui a ouvert la voir à la ringardisation orchestrée par l’Ump et les porte-flingues de Sarkozy. Affaire à suivre.

      Cela dit, les médias sont décidément incorrigibles, qui se focalisent sur des détails insignifiants au détriment du fond. C’est ainsi qu’ils ont surtout retenu hier soir du meeting d’Obama qu’il envisageait d’acquérir un chien de refuge métis comme lui !


      • momo30 8 novembre 2008 16:41

        Bonjour,
        j’ai trouvé une analyse intéressante sur les attentes des français envers le parti socialiste
        http://www.delitsdopinion.com/1analyses/parti-socialiste-les-doutes-des-francais/


        • anny paule 8 novembre 2008 18:29

          Toute la problématique du parti socialiste se résume dans ce terme : "socialiste"...
          Il existe un passé, avec sa tradition, sa "vocation"... son électorat traditionnel (essentiellement populaire, mais populaire des classes moyennes et des professions "intellectuelles")... son idéologie.
          Il existe une société, qui, depuis le tournant des années 80, s’est résolument tournée vers le libéralisme. Ce virage a déboussolé les responsables d’un parti écartelé entre deux "dogmes" contraires. 

          Ce parti n’a pas su se réformer tout en restant fidèle à ses idéaux . S’il était resté fidèle à la pensée jauressienne, (sans flirter avec le communisme pour autant), il aurait défendu une juste répartition des richesses : "Les moyens de production et les richesses accumulées doivent être à la disposition de toutes les activités humaines et les affranchir", écrivait Jaurès. 
          Si cette pensée s’était affinée, développée, mise en phase avec l’évolution technologique de nos sociétés, le PS ne serait pas en quête d’une identité. Il aurait rempli sa fonction... Ce n’est pas le cas !

          Les discours dominants ont déprécié la valeur humaine, la valeur travail... Ils ont glorifié la finance, la concurrence, la compétitivité... et le PS s’est laissé gagner par le discours ambiant. Les "socialistes" sont devenus des "sociaux- libéraux"... comme si là, était la vérité.

          Ce non dépassement quasi schizophréne est la source même du "flou" actuel... Et si les ténors eux-mêmes n’ont pas clarifié leur pensée, peaufiné leur idéologie, comment veulent-ils correspondre aux attentes d’électeurs désorientés ?

          Ce qui semble urgent pour ce parti, c’est de refaire une nouvelle synthèse jauressienne (en phases avec l’évolution de notre société) ou de quitter son appellation socialiste qui n’a plus de sens.

          Soit, il admet qu’il correspond en quelque sorte au parti démocrate américain, soit il revient à des principes plus sociaux et plus écologiques (puisque les deux sont liés)... Il lui reste tout un lourd travail d’analyse à faire... nager entre deux eaux n’apporte rien de bon.


          • Hieronymus Hieronymus 8 novembre 2008 21:40

            Le PS m’amuse et me deprime a la fois
            il n’en finit plus de s’enliser, completement inaudible
            aucun programme politique, meme vague, aucun leader credible

            C’est un veritable gachis depuis des decennies, incapable d’afficher un discours clair car prisonnier de l’ambiguite (soigneusement cultivee) mitterrandienne ..
            Mitterrand etant toujours le pere inconteste, personne n’ose s’en prendre a la statue du commandeur, contester son heritage, remettre en question ses choix, analyser ses erreurs, denoncer ses fautes, personne !
            non, en France pays conservateur, on est reverencieux envers les peres fondateurs, les icones du pouvoir, a preuve cette comedie du Gaullisme qui dure toujours pres de 40 ans apres sa mort, qu’importe il y aurait sans doute bien des Bonapartistes encore qq part, en cherchant un peu ..
            donc rien ne bouge et tous de continuer (joyeusement) ds la duplicite, le double langage ou le non-dit  !

            Quoi qu’il en soit, c’est un changement radical que s’apprête à vivre le Parti Socialiste... smiley
            Eh bien on le souhaite mais honnetement on a un peu de mal a y croire ..
            tenez par exemple j’avais pas bien compris le debut de votre article, je croyais qu’il s’agissait enfin de ce fameux congres de Reims, ca va avoir lieu quand, ce machin la ?
            depuis le temps qu’ils nous bassinent avec leur renouveau, ces sacre-socialos !


            • Gabriel Gabriel 10 novembre 2008 07:29

               

              Concernant Mme Royal, je m’aperçois toujours avec la même surprise les haines et rancoeurs qu’elle suscite et j’avoue sincèrement que j’ai du mal à les comprendre. Certes la dame du Poitou a un ego important mais ne l’ont-ils pas tous ? De plus ses idées :
              De démocratie participative avec le contrôle des élus.
              De solidarité non gratuite avec le donnant donnant,
              De priorité à l’écologie dans l’économie (qui en terme de création d’emploi peu se révéler très prolifique).
              D’encadrement des jeunes délinquants par l’armée afin de leurs redonner le respect des autres et surtout d’eux même (plutôt que de les mettre en prison et en faire de véritable caïd).
              Voici quelques exemples qui ne me choque pas et qui redonneraient un peu d’humanité et d’efficacité dans notre société. Bien sur, je ne prétends pas que cela est merveilleux mais, sincèrement, ne serait ce pas mieux que ce que l’on a actuellement ? Un sarko qui nous a fait du Bush pendant 2 ans et qui continu sur la même ligne. Quant aux éléphants du PS, nous les avons déjà vu à l’œuvre, que dire de leurs assommants silences pendant la casse sociale mise en place par N.S et son équipe. Au PS elle a été une des rares voix à s’élever contre cette politique absurde et la plupart de ces idées sont reprises par les prétendants au poste de secrétaire du PS (Les hypocrites). Pour finir si la base est avec elle c’est que sa démarche n’est pas aussi mauvaise que ça. Pourquoi les médias, les cadors du PS et de l‘UMP la casse sans cesse ? C’est peut-être qu’elle gène, à réfléchir.

              • brieli67 10 novembre 2008 08:15

                Jeudi 5 octobre 2006 - 06:00 D’outre-tombe, Bourdieu dézingue Ségolène Royal
                Dans une vidéo de 1999 exhumée sur le Net, il la juge « de droite ».
                Au départ, il y a un entretien posthume du sociologue Pierre Bourdieu, décédé en 2002, diffusé vendredi sur Zalea TV. Présentée par cette chaîne alternative du Net comme une séquence « inédite de douze minutes tournée en mai 1999 par Pierre Carles », la vidéo s’intitule : « Gauche-Droite, vu par Pierre Bourdieu » (1).

                « Habitus ».
                Le sociologue y cite en exemple ces « responsables politiques dits de gauche (qui) sont en fait de droite ». Comme Ségolène Royal ? C’est en tout cas l’avis de Bourdieu : « Comment elle s’appelle, la femme de Hollande ? Ségolène Royal. Et bien pour moi elle n’est pas de gauche. (...) Elle a un habitus , une manière d’être, une manière de parler qui vous dit : "Elle est de droite" », estime-t-il dans son face-à-face avec Pierre Carles. Il croit même savoir qu’à l’ENA, la jeune Ségolène Royal s’est « posé la question du choix entre la gauche et la droite en terme de plan de carrière » et qu’elle a choisi la gauche faute de places à prendre à droite.


              • Hieronymus Hieronymus 10 novembre 2008 18:01

                @ Brieli
                je ne suis pas un supporter de Segolene Royal
                mais pour vous, Bourdieu, c’est une reference ?


              • Gabriel Gabriel 10 novembre 2008 08:57
                Bonjour Brieli67,

                Je ne prends pas S.R pour une sainte, loin de là. Je remarque, encore une fois, que parmi le sérail politique, c’est elle qui en prend plein la gueule à chaque fois qu’elle intervient ! Pourquoi ?
                Vous dites qu’à une époque elle a hésité entre gauche et droite, personnellement je n’en sais rien et j’aurais tendance à dire :" qui n’a pas retourné sa veste dans ce milieu ?". Mais là de tels propos deviennent stériles et puis chacun a le droit de se tromper ou d’hésiter à un instant ou un autre de sa vie. Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est sa position et ses propositions. Bien sur vous pouvez me répondre qu’elle ment comme NS l’a fait et continu à le faire. Mais dans le doute je lui accorde mon crédit et puis quelqu’un qui a tous les politicars à dos ne peux pas être complètement mauvais. J’aime à penser que le sage cherche toujours la vérité, alors que l’imbécile, lui l’a déjà trouvé.

                Cordialement

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