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Le Parti socialiste et la logique présidentielle de la Ve République (1/2)

Nombreux sont les commentateurs qui pensent que le PS n’est pas génétiquement adapté au culte de la personnalité providentielle qu’impose le principe de l’élection présidentielle au suffrage universel direct. Et pourtant… Première partie.


La gauche a souvent été victime de ses divisions. La droite et le centre également. Si bien que les élections se déroulent depuis longtemps avec des choix par défaut.

Le troisième échec des socialistes depuis la fin des septennats de François Mitterrand, le 6 mai 2007, avait beaucoup encouragé les analystes politiques à affirmer que le PS n’était pas dans la culture de l’homme (ou la femme) providentiel(le) et qu’il était un parti trop collectif pour se permettre d’affirmer un leadership personnel.

Avoir dans ses rangs un leader charismatique est une nécessité dans un pays où l'élection présidentielle régule tout le paysage politique.

La précampagne présidentielle qui s’est ouverte depuis le début de l’été 2011 pourrait montrer que, décidément, les socialistes seraient structurellement incapables de s’organiser autour d’une personnalité forte et incontestable.


Un calendrier politique en porte-à-faux avec les institutions

Le calendrier du PS imposé par Martine Aubry pour l’élection présidentielle de 2012 est d’ailleurs le même que celui imposé par son prédécesseur François Hollande pour 2007 : construire un programme présidentiel avant de désigner, tardivement, un candidat qui, de toute façon, ne serait pas incontesté.

Or, la logique de la Ve République qui voulait, initialement, remiser les partis politiques en lisière de l’élection présidentielle, et donc, qui ne pourrait se satisfaire du principe qu’un parti impose un programme à son candidat puisque l’élection présidentielle est un dialogue entre une personne et le peuple français, va à l’encontre de ce type de calendrier.

D’ailleurs, Ségolène Royal l’a confirmé après 2007 : sa candidature avait été enfermée dans des positions politiques qui n’étaient pas les siennes et dont elle n’était elle-même pas convaincue (comme le SMIC à mille cinq cents euros).

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(Dessin issu de "Monsieur le Ministre, tome 2" par Binet).


La logique aurait voulu au contraire que le PS se choisît le plus rapidement possible son candidat et que ce dernier, éventuellement accompagné du PS, élaborât son propre programme présidentiel, avec sa personnalité propre, ses priorités, ses analyses, ses missions, sa vision.

Les commentateurs se disent alors, impuissants observateurs, qu’à part l’exception notable de François Mitterrand, les socialistes n’ont jamais réussi à avoir un leader incontestable depuis une cinquantaine d’années.

À cela, je dirais oui et non.


Rapide historique de l'aventure mitterrandienne

Même le leadership de François Mitterrand était contesté au sein du PS avant 1981. Au fameux congrès d’Épinay du 11 au 13 juin 1971, il a pu "s’emparer" du Parti socialiste (dirigé alors par Alain Savary) grâce au soutien intérieur (François Mitterrand venait de l’extérieur du PS) de Pierre Mauroy, le dauphin désigné de Guy Mollet.

Ensuite, François Mitterrand a dû batailler pour verrouiller en interne son parti et également pour imposer son idée d’union de la gauche qui devait être le seul vecteur d’une victoire électorale (il a eu raison sur ce point). Notamment, le congrès de Metz des 6 au 8 avril 1979 a été très difficile pour lui à la suite de la défaite électorale de mars 1978 pour contenir les ambitions présidentielles de Michel Rocard, allié à Pierre Mauroy, grâce au soutien de Laurent Fabius et à celui, plus capricieux, de Jean-Pierre Chevènement.

Même à l’Élysée, François Mitterrand ne maîtrisait pas beaucoup le Parti socialiste. Pour la campagne des élections législatives du 16 mars 1986, il n’a pas pu empêcher de s’affirmer la rivalité suicidaire entre ses deux héritiers directs, Laurent Fabius, alors jeune Premier Ministre depuis le 17 juillet 1986, et Lionel Jospin, premier secrétaire du PS depuis le 24 janvier 1981.

Et sa perte de contrôle sur le PS fut totale en mai 1988 après sa réélection, puis lors du congrès de Rennes des 15 au 18 mars 1990, quand son protégé Laurent Fabius fut battu par Pierre Mauroy (soutenu par Lionel Jospin et Michel Rocard) à la tête du parti.

Donc, d’une certaine manière, on pourrait dire que le PS n’a jamais eu de leader incontesté depuis sa naissance le 4 mai 1969.

Mais d’une autre manière, on pourrait dire qu’au contraire, jusqu’en 2007, le PS n’a jamais eu de problème de leadership. L’élément majeur est la désignation et le soutien d’un candidat (unique) à l’élection présidentielle.




Des candidatures de Mitterrand naturelles

En 1974 et en 1981, la candidature de François Mitterrand avait été incontestée. Même Michel Rocard, qui avait annoncé le 19 octobre 1980 sa candidature (à l’époque il avait à peu près l’âge d’Arnaud Montebourg ou de Manuel Valls), s’était immédiatement effacé lorsque François Mitterrand était sorti du bois le 8 novembre 1980.

Évidemment, le statut de Président de la République sortant rendait sa candidature également évidente (ou prioritaire) en 1988, malgré, là aussi, une déclaration de candidature de Michel Rocard avant la décision hésitante de François Mitterrand annoncée le 22 mars 1988.


La défaite annoncée de 1995

En 1994, les sondages laissaient à Jacques Delors un boulevard, un peu à la manière de Dominique Strauss-Kahn avant mai 2011. Pourtant, les socialistes avaient subi une défaite monumentale aux élections législatives de mars 1993 (jusqu’à entraîner Pierre Bérégovoy au suicide le 1er mai 1993). Leur véritable "chance" était la terrible division du RPR qui, lui, avait un lourd problème de leadership entre balladuriens et chiraquiens.

Le renoncement de Jacques Delors le 11 décembre 1994 a rendu les socialistes quasiment orphelins. La candidature de Michel Rocard n’était politiquement plus envisageable après son échec des élections européennes du 12 juin 1994 qui avait mis sa liste quasiment au même niveau que celle conduite par Bernard Tapie, respectivement à 14,5% et à 12,0%.

Une primaire interne au PS s’était donc organisée, initialement entre trois candidats : Lionel Jospin (qui a annoncé sa candidature le 4 janvier 1995), qui avait eu des tentations de quitter définitivement la politique après son échec personnel dans sa circonscription en 1993, Henri Emmanuelli (un ancien jospiniste et premier secrétaire de l’époque) et Jack Lang (chouchou des sondages).

Après la défection de Jack Lang, la désignation de Lionel Jospin s’était imposée naturellement le 5 février 1995 au sein des fédérations socialistes dans la mesure où sa stature politique était bien plus importante que celle de son rival interne.

L’enjeu de l’élection présidentielle de 1995 chez les socialistes était cependant très faible puisque personne n’imaginait une victoire, et le débat public se faisait plutôt autour d’un duel entre Édouard Balladur et Jacques Chirac. À l’époque, certains socialistes avaient même envisagé de proposer une candidature "morale" et pas politique, histoire de témoigner pour l’honneur, en investissant une personnalité comme Robert Badinter ou Pierre Joxe.

Finalement, le premier tour de l’élection présidentielle de 1995 fut surprenant dans la mesure où Lionel Jospin est arrivé premier avec 23,3%, dépassant les deux duettistes de la campagne de plusieurs pourcents. Son combat pour le second tour fut cependant perdu d’avance (autant dans les sondages que dans sa propre psychologie), mais son score de 47,4% était finalement assez honorable après la défaite cuisante de 1993 : le PS avait réussi à faire bonne figure grâce à Lionel Jospin.

Ce dernier a ainsi déclaré au soir de sa défaite du 7 mai 1995 : « Dans ce grand moment de confrontation démocratique qu’est une campagne présidentielle, j’ai senti se créer autour de ma candidature et de mes propositions un profond mouvement de renouveau. Il n’a pas permis aujourd’hui la victoire, mais il ne s’arrêtera pas car il est porteur d’espérance. J’invite toutes celles et tous ceux qui croient aux valeurs de justice et de progrès à se rassembler pour prolonger cette espérance et préparer les succès de demain. ».


Dans la seconde partie, j’évoquerai un processus très particulier qui est la cristallisation d’un nouveau leadership au parti socialiste.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 octobre 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Lassitude des coureurs de fond.
La primaire et l’esprit des institutions.
Le parti théorique.
Le congrès de Reims.
Le congrès de Metz.

 

Documents joints à cet article

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Les réactions les plus appréciées

  • Par Gabriel (---.---.---.98) 7 octobre 2011 11:03
    Gabriel

    L’a quand même fait des efforts pépère, perdu quelques kilos qu’il n’a pas remplacé par des abdos, roule en scooter et a changé ses carreaux pour faire d’jeuns. M’enfin, toujours serré dans son slip kangourou et la même consistance du Mami nova ayant dépassé la date limite. Bilan il a changé le papier peint, amélioration du paraître pour la majorité des veaux qui se base là-dessus mais, le contenu wàlou, zéro !

Réactions à cet article

  • Par Kalki (---.---.---.180) 7 octobre 2011 09:30
    Kalki

    bla, bla bla

    « nombreux sont ceux » non vous le petit lèche cul taré

    bla bla bla

  • Par GLANDU (---.---.---.5) 7 octobre 2011 09:42

    Valls veut déjà s’allier à Bayrou et traite ceux qui promettent la retraite à 60 ans de : MENTEURS.
    tout un programme smiley

  • Par Tall (---.---.---.219) 7 octobre 2011 09:46

    Pour une présidentielle, le charisme personnel est fondamental.

    C’est pour ça que Hollande ne m’inspire pas confiance pour faire gagner la gauche : il est aussi « sexy » qu’une cabine téléphonique en panne.
    Ségolène est la meilleure sur ce plan, je trouve.
    Montebourg et Valls ont compris le truc, mais il sont encore un peu verts, ils cabotinent trop.
    • Par Peachy Carnehan (---.---.---.82) 8 octobre 2011 01:45
      Peachy Carnehan

      Ségolène est la candidate préférée du nabot. Il sait qu’il ne peut gagner que contre elle dans un remake de 2007.

      D’accord pour Montebourg.

    • Par Tall (---.---.---.117) 8 octobre 2011 08:32

      Pas dac là, Peachy.

      Sarko était présidentiellement vierge quand il a affronté Ségo, comme elle.
      Et aujourd’hui, qu’est-ce qu’il en reste de toutes ses promesses ?
      Il n’est plus crédible, à part pour une minorité de fans inconditionnels ( y en a toujours )
      Elle pourra le retourner comme une crêpe sur tout ce qu’il a loupé.
      C’est même presque trop facile
  • Par penajouir (---.---.---.98) 7 octobre 2011 09:54
    penajouir

    D’accord avec Tall le grand, dans tous les cas ce ne sera pas Hollande le mou ! trop indécis. 

    http://www.01net.com/editorial/5433...

    • Par Tall (---.---.---.219) 7 octobre 2011 10:36

      Sérieusement, quand j’ai vu le body-langage ( bien filmé d’ailleurs ) de Hollande lors du 1er débat des primaires, j’ai trouvé ça effarant. C’est carrément un « gamin » que moi j’ai ressenti sur ce plateau. Il manifestait une sorte d’immaturité émotionnelle bien trop visible à l’approche des hautes cîmes.

      Bref, pas la carrure d’un grand chef d’état.
    • Par Gabriel (---.---.---.98) 7 octobre 2011 11:03
      Gabriel

      L’a quand même fait des efforts pépère, perdu quelques kilos qu’il n’a pas remplacé par des abdos, roule en scooter et a changé ses carreaux pour faire d’jeuns. M’enfin, toujours serré dans son slip kangourou et la même consistance du Mami nova ayant dépassé la date limite. Bilan il a changé le papier peint, amélioration du paraître pour la majorité des veaux qui se base là-dessus mais, le contenu wàlou, zéro !

  • Par devphil30 (---.---.---.62) 7 octobre 2011 10:27
    devphil30

    Bonne synthèse historique mais aujourd’hui deux candidats se détachent non pas par les sondages mais par leur capacité à tenir le poste , Aubry et Hollande.

     
    Pour Hollande nous avons soit une forme de continuité avec le fonctionnement actuel avec un léger virage à gauche et des reformes consensuelles.

    Pour Aubry , c’est un virage plus fort à gauche avec les risques de friction que cela comporte et une gouvernance plus forte.

    Les autres ont eu leur chance ou auront leur chance plus tard 

    Pas évident , il ne faut pas se tromper pour le choix du candidat mais surtout pour déloger le nabot

    Philippe 
  • Par bernard29 (---.---.---.137) 7 octobre 2011 13:20
    bernard29

    Il est évident que les deux favoris des primaires, selon les sondages bien sûr, présentent un risque énorme de renouveler un 22 avril.

    Hollande n’a pas la stature. le PS veut pourtant y croire, ou fait semblant d’y croire. Hollande joue sur « le normal », mais il est plutôt banal. C’est cela le problème. Quel intérêt , et quelle envie de se mobiliser pour lui ??

    Aubry est marquée par un certain sectarisme de gauche, qu’on le veuille ou non !

    Tous les deux sont caractérisés par leur goût pour les arrières cuisines politiciennes, et les jeux entre élus et courants bien loin des préoccupations des citoyens.. Rappelons que le discrédit du PS trouvait sa source dans ce rejet de ces petits jeux de notables qui nous ont pourris la vie.

    En conclusion, leurs sondages pour la présidentielle qui les donnent tous les deux gagnants sur la Droite et Sarko, sont à mon avis à usage interne des primaires, pour les imposer lors de ces débats, mais n’ont aucune valeur pour mai 2012. Au contraire , un risque d’un nouveau 22 avril est de plus en plus grand dans le contexte actuelle de difficultés sociales, et de multiplications d’affaires troubles dans le monde politico politiques. ce risque est d’autant plus grandque que la banalité ou la spécificité de ces deux candidats avantagent de nombreux autres concurents à gauche et faciliteront donc la dispersion des voix.

    C’est dans ce contexte que je choisis aussi Ségolène Royal.

     

  • Par gonzales (---.---.---.60) 7 octobre 2011 16:47
    gonzales

    je pense que des millions de francais ont compris qu’il fallait virer sarko si l’on voulait sauver ce qui reste de social en france .quant a choisir entre hollande ,aubry ou royal les trois sont valables .ce sont des gens intelligents ( tous les 3 enarques sarko a juste son cap d’avocat ) et ces personnes ont compris que les caisses de l’etat sarko s’est charge de les vider.les bons conseillers ou les bons economistes il n’y en a pas qu’a droite les intellectuels de gauche ca existe aussi.de toute facon n’ayons aucune crainte car je ne pense pas que l’on ne puisse faire pire que ce qu’a fait sarko en 4 ans .j’ai sous les yeux son programme pour 2007 je peux vous certifier que cet homme ne rougit pas pour mentir ou pour promettre n’importe quoi et je ne parle pas des affaires qui deboulent a vitesse grand v et pour lesquelles on peut s’interroger car on le sait et ce n’est un secret pour personne sarko aime l’argent et deteste ceux qui n’en ont pas .francais ne soyez pas naifs analyser ce que sarko a fait en 4 annees et en 2012 reveillez vous il est encore temps

  • Par pastori (---.---.---.26) 7 octobre 2011 18:04

    la plus grande erreur que font les français c’est de croire et souhaiter que l’élection soit une rencontre entre un homme et un peuple.


    à cause de cela ils personnalisent à outrance et tous nos malheurs viennent de là.

    l’homme est faible, imparfait, il n’y a pas d’exception ! pourquoi les idées d’un seul devraient s’imposer à un peuple ? quelle différence alors avec une dictature ?..c’est au peuple d’imposer SON programme et non au candidat d’imposer le sien !!

    il a plus de chances de se tromper tout seul que si on est des millions.

    la technique du ps me semble la bonne :  élaboration en commun d’un programme par la base ( qui contient toutes les couches de la société)dans les régions, adoption et vote par l’ensemble des candidats qui n’ont plus qu’à présenter au peuple leurs différences qui sont normales et humaines, pour être choisis. 

    là on est loin de la dictature ?

    à la fin du dernier débat ma réaction a été de souhaiter que tous les six soient élus, les un compensant les éventuelles faiblesses des autres.

    hollande, walls, aubry, ..... qu’importe si le programme élaboré en commun est appliqué ! défendons des valeurs et des idées, pas des hommes.

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