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Le Parti socialiste et la logique présidentielle de la Ve République (2/2)

Nombreux sont les commentateurs qui pensent que le PS n’est pas génétiquement adapté au culte de la personnalité providentielle qu’impose le principe de l’élection présidentielle au suffrage universel direct. Et pourtant… Seconde partie.

Dans la première partie, j’ai exposé que le PS, dans son passé, avait grandi avec un leader naturel, François Mitterrand mais que la défection des deux héritiers potentiels, Michel Rocard et Jacques Delors, a plongé le PS dans une incertitude de grande ampleur. Pourtant, un leadership, ça peut se reconstruire.


Jospin, nouveau leader du PS de 1995 à 2002

C’est là que j’affirme que le PS est capable de se doter de leadership incontestable. La bonne tenue du PS à l’élection présidentielle a rendu Lionel Jospin indispensable. Naturellement, Henri Emmanuelli s’est effacé le 14 octobre 1995 et a laissé à Lionel Jospin le poste de premier secrétaire du PS.

La dissolution improbable du 21 avril 1997 a ensuite hissé le 2 juin 1997 Lionel Jospin mécaniquement à Matignon (à sa grande surprise) ce qui a rendu inévitable sa nouvelle candidature en 2002. Il faut se rappeler que si en 1995, Laurent Fabius s’était effacé en raison de son implication judiciaire dans l’affaire du sang contaminé, ce n’était plus le cas en 2002 et il aurait pu également contester cette candidature, mais le leadership naturel de Lionel Jospin comme Premier Ministre de cohabitation le rendait incontournable.

En fait, le PS n’a plus de leader seulement depuis le 21 avril 2002, le jour où Lionel Jospin, aigri par sa défaite dès le premier tour, avait annoncé qu’il quittait définitivement le paysage politique : « Au-delà de la démagogie de la droite et de la dispersion de la gauche qui ont rendu possible cette situation, j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique, après la fin de l’élection présidentielle. ».


Le PS sans leader confirmé depuis 2002 ?

François Hollande, premier secrétaire du PS, a essayé tant bien que mal à "manager" la campagne des socialistes aux élections législatives de juin 2002, s’imaginant même comme un possible futur nouveau Premier Ministre de cohabitation de Jacques Chirac. Sans succès.

Depuis 2002, le PS n’a jamais su se donner les moyens d’avoir une personnalité incontestable qui le tire vers une victoire présidentielle. Ni en 2007, ni, peut-être, en 2012.

Pourtant, il en avait les moyens.

Malgré les fortes divisions et les nombreuses chapelles, la primaire interne du 16 novembre 2006 avait désigné Ségolène Royal dès le premier tour avec une large majorité (60,7%) face à deux poids lourds du PS (Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn).

Malgré ses handicaps, malgré les contestations internes (le PS ne l’a pas beaucoup aidée), Ségolène Royal a mené une campagne présidentielle très entraînante, tout comme ses adversaires Nicolas Sarkozy et François Bayrou, et a réussi à réunir sur son nom neuf millions et demi d’électeurs au premier tour, c’est-à-dire 25,9%, soit plus que le candidat Jospin en 1995, et presque dix-sept millions d’électeurs au second tour (soit 46,9%).

Malgré la défaite, la performance de la candidature de Ségolène Royal n’était pas négligeable, nettement supérieur au lamentable résultat de 2002, et légèrement supérieur à celui de 1995.


Ségolène Royal, leader incontournable du PS depuis 2007

Un peu comme Lionel Jospin en 1995, Ségolène Royal a considéré cet échec comme un commencement : « Je mesure leur déception et leur peine. Mais je leur dis que quelque chose s’est levé, qui ne s’arrêtera pas. J’ai donné toutes mes forces et je continue avec vous, et près de vous. Ce que nous avons commencé ensemble, nous allons le continuer ensemble. Vous pouvez compter sur moi pour approfondir la rénovation de la gauche et la recherche de nouvelles convergences au-delà de ses frontières actuelles. C’est la conditions de nos victoires futures. Je sera au rendez-vous de ce travail indispensable et j’assumerai la responsabilité qui m’incombe désormais. Mon engagement et ma vigilance seront sans faille au service de l’idéal qui nous a rassemblés et nous rassemble, et qui va, j’en suis sûre, nous rassembler demain pour d’autres victoires. ».

L’expression « autres victoires » a fait évidemment sourire plus d’un observateur. Pourtant, sa position était typiquement …gaullienne, ou mitterrandienne.

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(Dessin issu de "Monsieur le Ministre, tome 2" par Binet).


La logique institutionnelle aurait alors effectivement voulu que dès quelques semaines après l’élection présidentielle de 2007, soit en automne 2007 par exemple, François Hollande cédât son poste de premier secrétaire du PS et le léguât à Ségolène Royal avec le soutien de tous les autres éléphants pour lui permettre d’organiser le PS selon sa propre perception de la politique afin d’atteindre 2012 de façon bien plus préparée qu’en 2007.

Exactement comme en 1995 avec Lionel Jospin.

Or, cela ne s’est pas passé comme cela. François Hollande a tergiversé et attendu dix-huit mois avant de lâcher prise, et tous les éléphants se sont ligués (au congrès de Reims) contre Ségolène Royal en plaçant Martine Aubry dont l’ambition présidentielle était inversement proportionnelle à celle de ses soutiens.

Sans doute serait-il ici déplacé de parler de misogynie (argument souvent employé à tort par Ségolène Royal) dans la mesure où sa rivale, Martine Aubry, est également une femme (ce qui, il faut bien le dire, a été assez habile de la part de Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius).

En comprenant bien la logique institutionnelle de l’élection présidentielle, comme son mentor François Mitterrand, Ségolène Royal s’est donné les moyens de gagner une primaire face à deux dilettantes, Dominique Strauss-Kahn, qui voudrait être "nommé" Président de la République mais qui n’aime pas faire campagne (on a vu dans la rivalité Balladur/Chirac l’importance très ponctuelle d’une campagne présidentielle), et Martine Aubry, aussi velléitaire que son père pour une mise en avant personnelle.

L’histoire donnera évidemment la suite avec sa logique et ses surprises, mais à mon sens, les éléphants auraient dû ouvrir les yeux et voir en Ségolène Royal celle qui serait la plus capable de placer le PS dans une perspective de victoire présidentielle, quitte à l’accompagner si intensément qu’ils resteraient maîtres, après un éventuel succès, d’un programme gouvernemental.


Entre l’expérience d’une candidature et la popularité dans les sondages

En résumé, la logique présidentielle de la Ve République a donné au PS deux leaders incontestables : François Mitterrand et Lionel Jospin. L’échec sévère de 2002 a plongé le PS dans une guerre des sous-chefs si basse qu’une quasi-inconnue, Ségolène Royal est sortie du lot en 2006 pour faire en 2007 la meilleure performance en nombre de suffrages que la gauche a pu faire depuis le début de la République.

Malgré ses réels inconvénients et malgré des sondages désastreux, sa candidature resterait aujourd’hui probablement la plus valable face à tous les autres prétendants car elle est celle qui le veut le plus (elle ne cesse de parler de désir d’avenir), qui en veut le plus, et pour 2012, qui a, au moins, l’expérience d’une campagne présidentielle qui est toujours une très rude épreuve personnelle (et n’est donc pas accessible psychologiquement à tous).

Notons que ni Michel Rocard après son ralliement au PS en 1974, ni Laurent Fabius, ni Simone Veil, ni Jacques Delors, ni Edgar Faure, ni Pierre Mendès France, ni Jean-Jacques Servan-Schreiber, ni François Léotard, ni Philippe Séguin, ni Charles Pasqua ni même Pierre Mauroy n’ont été candidats à l’élection présidentielle alors qu’ils en avaient les moyens politiques et financiers. Ni même Jean-Louis Borloo qui a abandonné très récemment.

Dans quelques heures, le corps électoral dans sa globalité aura la possibilité d’arbitrer entre les six candidats de la primaire ouverte du PS. Première historique, évidemment, mais est-ce vraiment le rôle des électeurs de régler les problèmes chroniques de leadership internes d’un parti ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 octobre 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Lassitude des coureurs de fond.
La primaire et l’esprit des institutions.
Le parti théorique.
Le congrès de Reims.
Le congrès de Metz.

 

Documents joints à cet article

Le Parti socialiste et la logique présidentielle de la Ve République (2/2)

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1 réactions à cet article    


  • bernard29 bernard29 8 octobre 2011 17:48

    le PS critique les institutions de la Véme. Pourtant ce sont eux qui la consolident le plus dans le sens présidentiel.

    il suffit de rappeler l’inversion ds élections. les législatives n’aont aujourd’hui que le rôle secondaire de donner une majorité parlementaire au Président.
    Et puis maintenant, ce sont les primaires qui shintent complétement le premier tour de l’élection présidenteille à gauche . En fait on institutionalise « le vote utile » à gauche. Je ne crois pas que les autres partis de gauche aient vu ça , mis a part le parti radical de gauche, qui malin comme il est dans la course aux sièges, tente de se sauver par une participation aux primaires, d’ailleurs médiatiquement réussie.

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