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Le Prix du président de la République

Nous sommes encore bien loin du Prix du président de la République, une épreuve légendaire où les plus grands trotteurs du pays s’affrontent à armes égales devant le bon peuple de France. La rareté de cette course, qui n’a lieu que tous les cinq ans, en fonde la valeur. Les principales écuries du pays fourbissent leurs armes, entraînent leurs pur-sang sans relâche, tandis qu’en coulisse se déroule le premier des débats entre propriétaires : la conquête des lignes de départ.

On sait en effet que la position de départ de cette course aura une influence déterminante à l’arrivée. Selon que l’on tienne la corde, le centre ou l’ extérieur, la stratégie de course devra être adaptée. La ligne située à l’extérieur, tout à fait à l’extrême droite, implique un effort immédiat du cheval qui doit, dès le départ, rejoindre la ligne idéale afin de se placer à la mi-course au moins en deuxième position. La ligne idéale n’est cependant pas non plus à la corde, c’est-à-dire à l’extrême gauche, où le risque est grand de se retrouver coincé contre les barricades. La meilleure ligne est donc probablement au centre. Mais là, problème, toutes les écuries veulent y être, depuis qu’un entraîneur célèbre venu d’ Auvergne, lui-même vainqueur d’une édition de cette course, a déclaré : "La course se gagne au centre".

Les lignes de départ définitives n’étant pas encore attribuées, de nombreux changements ne manqueront pas d’intervenir d’ici le Grand Prix. On peut néanmoins tenter de donner les positions actuelles, qui intéresseront tous les parieurs.

A l’extérieur, sur la ligne d’extrême droite, il y a du changement dans l’air. Le vieux cheval de retour Penperdu, casaque d’acier, qui avait si bien figuré lors du Grand Prix de 2002 pour s’écrouler ensuite au finish, a tiré les leçons de cet échec et semblerait prêt à échanger sa ligne avec celle de Villiers des Chouans, casaque bleue à fleurs de lys. Ce demi-sang élevé en Vendée, qui se défend d’avoir été croisé... et surtout pas avec un pur sang arabe, semble compter sur le soutien du Peuple vendéen pour opérer une diagonale du Puits du Fou, dont il prétend qu’elle lui permettra de figurer deuxième à mi-parcours.

Sarko de Beauvau casaque cosaque, lui, veut rester à droite pour ne pas laisser trop de terrain à ses adversaires, bien que son driver nous ait indiqué la forte propension de cet alezan Muraközy *, qui reste le grand favori, à tirer vers l’intérieur. Galuzeau de Pinville, casaque bleu de Sèvres, dont le patronyme est à lui tout seul un hymne à la course au trot française, attend son heure. Il ne s’est pas encore déclaré partant, mais se réserve, grâce à ses appuis au plus haut niveau de la Société des courses et au parrainage appuyé d’un ancien vainqueur, d’occuper au moins deux lignes. L’ entraîneur de Bérou d’ Ossau, casaque en peau de mouton, fin connaisseur de la chose équestre et grand propriétaire lui-même, campe jour et nuit sur la piste du milieu. La fameuse ligne idéale, celle qui file vers l’infini de ses ambitions. Il n’a pas hésité à se fâcher avec tout le monde pour occuper cette place, si convoitée qu’on se demande si ses voisins ne finiront pas par l’écraser, avant qu’il ne parte.

A gauche de Bérou d’ Ossau, et sur les lignes jamais assez nombreuses réservées aux équipes à la casaque rose, on s’attendait à trouver Déheska de Sarcelles, un trotteur formé aux USA avec les méthodes les plus modernes, mais que son propriétaire s’obstine désormais à entraîner dans des pâtures où l’herbe est rouge et sèche, sous prétexte qu’il serait daltonien. On se demande pourquoi, car cela ne semble pas lui convenir vraiment. La surprise nous vient de l’arrivée inopinée, à sa place, de Zegolein de Hollande, une splendide pouliche au port altier et aux sabots fringants, bien qu’ils portent curieusement des charentaises. L’entraîneur de Déheska a eu beau protester de cette entrée, en forme de hold-up, tant qu’il a pu, auprès du juge arbitre, rien n’y a fait. Il faut dire que l’arbitre en question, et bien qu’il s’en défende, n’a d’yeux que pour Zegolein. A la gauche de Déheska de Sarcelles, c’est le très célèbre Fafa du Bocage, dont le patronyme fleure bon le cheval populaire. Du moins c’est la légende, qu’il sied à son propriétaire de répandre. Les initiés savent qu’il a en fait grandi dans les meilleurs élevages du pays, qu’il a eu les meilleurs entraîneurs et qu’il a déjà gagné fort jeune des courses très relevées. Son retour sur le tard, sous une casaque rose à parements verts, s’est accompagné d’un brutal changement de ligne, que les turfistes les plus expérimentés jugent de manière très sévère. Certains pensent qu’il ne peut s’agir que d’une ruse pathétique de son entraîneur, et que le cheval ne tiendra pas la distance, en partant si mal. Il y a également dans ce groupe un outsider qui cherche sa ligne, c’est Jack the Flash, qui, il faut le reconnaître, s’est toujours annoncé au départ de très nombreuses courses, mais a rarement figuré à l’arrivée. Pourtant, ce cheval est malin. Il sait disposer d’un courant de sympathie dans les tribunes Nord. Et comme il aime la parade, il lui suffira sans doute de faire "comme si".

A la gauche des casaques roses, on trouve bien entendu les casaques vertes et les rouges. Pour les vertes, le cheval n’est pas encore acheté. Ils disent qu’ils s’en préoccupent mais ne parviennent guère à s’entendre. Cette écurie est en effet constituée de petits propriétaires associés. On parle d’un José des Herbes, qui a un petit palmarès provincial et qui pourrait faire l’affaire. Il n’est pas trop cher. Mais cet animal, déjà un peu amorti, et qui n’a jamais réussi à courir aux USA, ne résistera pas au maïs qui borde le champ de course, ce que son driver redoute par-dessus tout. Parmi les casaques rouges, on retrouvera une vieille jument bien connue, dont les sabots ont été usés par la constance de sa participation à tous les Grands Prix depuis trente ans. Je veux parler de l’inoubliable Starlette des Guichets. On se réjouit de la revoir pour la dernière fois. La Poste se lance cette année également dans une grande opération de communication, destinée à relever son image et à valoriser la qualité de ses livraisons. Elle présentera en effet sur la ligne la plus à gauche un de ses meilleurs poulains, Besace du Not, un jeune étalon encore entier et strictement incontrôlable, dont on nous assure qu’il fera le spectacle et mettra la révolution dans le paddock.

Comme on peut le voir, cette édition s’annonce extrêmement relevée. Bien d’autres changements interviendront cependant, d’ici la mise en place ultime de ces magnifiques athlètes équins sur la ligne de départ. Je ne manquerai pas de vous en informer.

PS : J ’oubliais l’ écurie rouge à bandes rouges qui présenterait, semble-t-il, sa célèbre MariJo du Buffet. Mais rien n’est sûr. Des discussions sont en cours avec les casaques roses.

* race hongroise


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