Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Le PS en ordre de bataille pour les Européennes

Le PS en ordre de bataille pour les Européennes

Samedi à Toulouse a eu lieu le lancement de la campagne européenne du PS en compagnie des 27 dirigeants des partis socialistes et sociaux-démocrates de l’Union Européenne. Devant un parterre de 1600 fidèles, Martine Aubry a prôné le retour à une Europe sociale, seul rempart face au capitalisme financier…

Un vote sanction ?

Ces derniers temps, la plupart des porte-paroles du PS ont une fâcheuse tendance à transformer ces élections en vote sanction contre la politique de Nicolas Sarkozy. Martine Aubry a surfé sur la vague en dénonçant la politique gouvernementale tout au long de son discours. La 1ère secrétaire du Parti Socialiste le sait, elle n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle endosse les habits d’héroïne des grandes luttes sociales. Elle a donc stigmatisé avec ardeur la « politique inefficace et injuste » de Nicolas Sarkozy, elle a réclamé une nouvelle fois la suppression du bouclier fiscal afin de créer « des emplois pour les jeunes  ». Enfin elle n’a pas omis de comparer le plan de relance économique français à ceux des autres pays de l’Union. Martine Aubry a exigé un « plan de relance digne de ce nom relançant le pouvoir d’achat et la consommation, relançant les investissements dans le logement et par les collectivités locales  ».

Ce qui est gênant avec la démarche du PS, c’est cette confusion savamment orchestrée entre politique nationale et politique européenne. Il faut reconnaître que l’UMP pratique aussi ce genre d’amalgame. Pierre Catalan l’a soigneusement mis en lumière. Mais en agissant de la sorte, les socialistes ne font qu’accroître l’incompréhension des électeurs envers les problématiques soulevées par ces élections européennes. Je crois qu’en ces temps de désaffection électorale, il est plus que jamais utile de ne pas se tromper de débat…

Le retour à une Europe sociale

Comme je le disais précédemment, Martine Aubry a voulu réhabiliter l’Europe sociale si chère à son père Jacques Delors. Ce dernier a en effet été, l’un des grands artisans du volet social au sein de l’Union Européenne lorsqu’il fut président de la Commission Européenne de 1985 à 1995. En ce qui concerne le Manifeste du PSE, nous y reviendrons par la suite mais nous sommes dans la ligne politique blairiste amorcée lors du traité d’Amsterdam. A savoir une politique de croissance associée à la lutte contre le chômage pour le progrès social. Le but est une nouvelle fois de réduire le fossé qui sépare Europe économique et Europe sociale.

Martine Aubry n’hésite pas pour cela, à faire appel à Jean Jaurès en fin de discours : « Partout le socialisme international élève la voix pour affirmer la commune volonté de paix mais aussi pour préparer les éléments d’une Europe nouvelle, un peu moins sauvage… ». Dans ce genre de congrès, l’effet est souvent garanti…

La première secrétaire a néanmoins voulu réaffirmer la présence du PS en tant que «  parti de gouvernement » qui « propose » contrairement aux autres oppositions de gauche qui se contentent de « dénoncer ». Une petite pique au passage donc pour le parti de Gauche et le NPA. Concernant François Bayrou, elle a rappelé à l’ordre la salle qui le sifflait mais comme François Hollande, elle a demandé au leader centriste de clarifier sa position. Elle n’a pas manqué d’ajouter que le Modem était associé au Parti européen des libéraux démocrates et réformateurs : « sa voix n’a pas souvent manqué à la droite européenne pour voter les directives que nous avons tous combattu. Et puis il fait partie de ce groupe, le parti libéral. Nous le savons. Il faut le savoir. Il faut le faire savoir. » On serait tenté de lui rappeler que même si elle a fermement critiqué José Manuel Barroso, le PSE s’est prononcé pour le renouvellement du mandat du très libéral président de la Commission Européenne. José Socrates, José Luis Zapatero et Gordon Brown, respectivement, premier ministre portugais, espagnol et anglais, ont apporté leur entier soutien à José Manuel Barroso. Jean-Luc Mélenchon dénonçait il y a peu cette ambiguïté du Parti socialiste français sur RTL : « Il y a 6 commissaires dont les deux vice-présidents de M.Barosso qui sont sociaux-démocrates. C’est un mensonge permanent, cette duplicité de discours ne peut plus durer… »

Le manifeste du PSE

Le Parti Socialiste français a donc adopté avec les 27 autres partis socialistes et sociaux démocrates européens un manifeste commun qui servira de programme pour cette campagne des élections européennes. Le grand artisan de ce manifeste n’est autre que Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti Socialiste Européen.

Martine Aubry au cours de son discours ne s’est pas appesantie sur les 71 propositions du manifeste, elle en a seulement rappelé les 6 grands thèmes, à savoir la relance de l’économie, un effort soutenu en faveur de la Justice sociale, la lutte contre le changement climatique, la promotion de l’égalité des sexes en Europe, la création d’une politique d’immigration pour le progrès et le souhait de faire de l’Europe un partenaire central pour la paix, la sécurité et le développement. Parmi les points intéressants du Manifeste, on notera le caractère ambitieux du plan climat proposé, l’accent mis sur une politique éducative à dimension européenne avec la généralisation du programme Erasmus et enfin le renforcement du rôle du Haut Représentant de l’Union.

Malheureusement aucun mot dans ce grand manifeste sur la construction européenne, aucun mot sur l’Europe politique, aucun mot sur une Europe de la Défense. Si ce n’est cette phrase lourde de sens : « Le développement des initiatives de l’UE pour sa défense doit faire l’objet d’une coordination avec l’OTAN  ». Difficile à accepter lorsque l’on sait que le projet d’une UEO indépendante (L’Union de l’Europe occidentale) est reléguée en second plan et que la PESD (Politique européenne de sécurité et de défense) est plus que jamais au point mort. Depuis la déclaration franco-britannique de Saint Malo du 5 décembre 1998, l’Europe de la Défense n’avance plus mais cela ne fait guère partie des priorités du PSE. La crise du Kosovo en 1999 avait pourtant été significative, elle avait montré les limites d’une Union Européenne incapable d’intervenir militairement sur son propre continent sans l’aide des Etats-Unis. N’aurions-nous tiré aucun enseignement de cet échec patent ?

L’union sacrée au Parti Socialiste ?

Ces élections européennes sont avant tout l’occasion pour le PS de rassembler ses forces. C’est la fin (du moins en surface) des querelles intestines qui paralysaient le mouvement. Martine Aubry et Ségolène Royal défileront même ensemble lors du 1er mai, avant une nouvelle marche commune à Nantes le 27 mai.

Le PS semble peu à peu avoir trouvé son rythme de croisière. Martine Aubry se montre assez discrète et soigne son image de première secrétaire, en passe de devenir présidentiable. Pendant ce temps, Ségolène Royal bat le pavé et pourfend Nicolas Sarkozy à la moindre occasion.

Outre la volonté de présenter une alternative fédératrice au Parti Populaire Européen, Martine Aubry joue elle-même une grande part de sa crédibilité en tant que 1ère secrétaire. Cette première campagne qu’elle mène à la tête du PS, c’est également l’opportunité rêvée de fédérer ses troupes et de réaffirmer son leadership avant l’échéance présidentielle d’avril 2012.

Article publié sur Reversus


Moyenne des avis sur cet article :  2.85/5   (13 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON




Palmarès