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Accueil du site > Actualités > Politique > Le PS, Julien Dray et BHL : un week-end sanglant

Le PS, Julien Dray et BHL : un week-end sanglant

La semaine dernière avait déjà un caractère tragique dont témoignait le ton définitif adopté par Manuel Valls et Martine Aubry dans leurs invectives respectives : certainement mûs par la compassion de ceux qui achevent les bêtes malades, Julien Dray et BHL ont à leur tour sorti leurs bistouris ce week-end.

Julien Dray.jpg

C’est vendredi soir que Julien Dray a dégainé, sur son blog : dans un billet intitulé "A en pleurer", le député de l’Essonne, durement éprouvé durant les mois passés par des démêlés judiciaires, attaque Martine Aubry de front, sans retenue, avec la hargne de ceux qui ont déjà tout perdu. Sa définition des principales caractéristiques du mandat de la maire de Lille à la tête du PS - "l’impuissance, l’amateurisme, et surtout une étonnante incapacité à entendre ce qui se passe et dans son parti, et dans la société" - sonne en effet comme une libération après des semaines passées à subir le silence de sa "famille" politique. Il lui reprochera d’ailleurs plus loin d’ "avoir abandonné des camarades dans la tourmente".

Mais c’est surtout la méthode Aubry, qu’il semble vouloir définir par une absence totale de cohérence, que dénonce ici Julien Dray. Pour ce faire, il choisit de relever l’absurdité redondante de la démarche qui consista à envoyer au cours de la semaine passée "deux lettres, deux fautes". Tout d’abord, celle destinée aux partis de gauche, dans la perspective de la construction d’une "maison commune", vouée à prendre tardivement le relais d’une gauche plurielle que Lionel Jospin avait emportée avec lui dans son tombeau politique :

"Quelle crédibilité, donc, pour cette démarche qui se pare de la grandeur de la main tendue, mais est d’abord et avant tout perçue par tous comme une émission de fusées de détresse, de la part d’une force politique aux abois ?"

Mais c’est à propos de la missive envoyée à Manuel Valls que Julien Dray a les mots les plus durs, les plus empreints de lassitude aussi devant l’hypocrisie inéluctable des intérêts immédiats à l’intérieur de son parti :

"On pourrait prendre le parti d’en rire, devant le spectacle cocasse de ces camarades, qui ont failli faire exploser le PS il n’y pas si longtemps, et qui aujourd’hui se muent en Saint Jean Bouche d’Or de la discipline de parti aux côtés de la première secrétaire. Mais le cœur n’y est pas, même pour rire jaune. Le cœur n’y est pas quand on voit que l’expression, rare, de Martine Aubry se concentre désormais sur la dénonciation publique de camarades, alors que les sujets d’actualité sur lesquels elle pourrait prendre la parole et positionner le PS ne manquent pas."

C’est d’ailleurs là, dans ce contraste entre une pose autoritaire exagérée et un manque constant de légitimité politique, que se situe le coeur du propos de Julien Dray. Et une fois de plus, c’est la métaphore médicale qui lui permettra d’en synthétiser l’argumentation :

"Nous n’en finissons pas de subir les conséquences de cette absence fondamentale de projet, qui fait du parti socialiste un grand corps non seulement malade, mais à la dérive. Et ce ne sont pas quelques coups de menton, qui sont autant d’aveu d’impuissance, qui y changeront quelque chose."

Si Julien Dray parlait vendredi de maladie, BHL avançait deux jours plus tard dans un entretien au Journal du Dimanche un diagnostic beaucoup plus sombre :

"A quoi bon se voiler la face ? On est à la fin d’un cycle. Le PS est dans la situation du PC de la fin des années 1970, quand la désintégration s’amorçait et qu’on tentait de la conjurer par des formules incantatoires sur - déjà - la "refondation", la "rénovation". [...] Personne, ou presque, n’ose le dire. Mais tout le monde, ou presque, le sait. [...] Il est mort. [...] Que cela plaise ou non, il faut [...] en prendre acte, dresser l’acte de décès - et faire sauter cette chape de plomb qui empêche de penser, d’imaginer, de respirer et, évidemment, de reconstruire."

Bon. Résumons. Le 17 juillet au soir, un membre déserté de force de la direction du PS, Julien Dray, monte au créneau pour dénoncer la gangrène stratégique qui attaque ce qui, malgré tout, reste "son" parti. Le 19 juillet, un philosophe médiatique, par ailleurs pape de la bobotude et ancien conseiller de Ségolène Royal durant les dernières élections présidentielles, déclare au monde sur le ton emphatique qui l’a toujours accompagné que "Le PS est mort, vive son successeur". Certes, il est fort possible de balayer ces deux déclarations d’un revers de la main, en parlant de caravane et de chiens qui aboient : certains au PS - et ailleurs - ne s’en priveront pas, à grand renfort d’arguments horlogers ou peopleophobes, sans prendre le temps d’analyser l’arrière-plan de ces déclarations. Prenons donc le temps de la réflexion.

- Il paraît fort peu probable que ces deux déclarations, malgré l’impression de salve rapprochée qu’elles suscitent, participent d’une stratégie commune : c’est certainement le flanc prêté la semaine dernière par les erreurs grossières de Martine Aubry qui réunit dans un même mouvement deux intérêts si différents que ceux de Julien Dray et BHL. Julien Dray pour sa part est ici dans une stratégie personnelle, celle d’un retour sur la scène politique, après des semaines passées à s’expliquer quant à ses déboires judiciaires. Il veut aussi marquer sa liberté nouvelle, déliée de toute vassalité socialiste du fait du silence de ses ex suzerains de pacotille lors des déboires en question.

- Pour BHL, la stratégie de cette annonce est peut-être plus fouillée et plus machiavélique. Elle apparaît d’ailleurs innocemment au détour de deux phrases, vers la fin de l’interview. Quand on lui demande si Ségolène Royal aurait pu sauver le PS, BHL a cette réponse énigmatique : "Ou peut-être, au contraire, le PS n’aurait-il pas survécu à sa victoire". Autrement dit, d’autre(s) que lui - Ségolène Royal en l’occurrence - avai(en)t fait avant tout le monde au PS ce diagnostic inexorable et morbide quant à la viabilité du parti, ce Grand cadavre à la renverse. Or, ô surprise, c’est le nom de Ségolène Royal qui arrive en tête lorsque, dans la question suivante, BHL est interrogé à propos de Manuel Valls :

" - Et Valls ? - Il fait partie, comme Royal, comme Strauss-Kahn, comme d’autres, de ceux qui peuvent être à l’origine du big bang et reconstruire sur les ruines."

De là à en déduire que BHL était en service commandé, il n’y a qu’un pas. D’autres le franchiront bien assez tôt pour que je m’en abstienne. Il sera par contre particulièrement intéressant d’observer si Martine Aubry recevra des excuses au nom du peuple français pour l’hallali lancé ce week-end. 

http://lapolitiqueetmoi.hautetfort.com/


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16 réactions à cet article    


    • La Politique et moi La Politique et moi 20 juillet 2009 11:50

      Je viens de lire cette déclaration d’Arnaud Montebourg, que j’aurais pu intégrer à mon billet si j’en avais eu connaissance avant :

      « Je pense que le PS devra changer de nature, il va changer de nature. Donc, parce qu’il sera le parti de toutes les gauches ou de plusieurs gauches, il ne pourra pas être ou rester le Parti socialiste, parce qu’on ne peut pas garder un parti tombé dans le formol »

      Même vocabulaire de médecin légiste... et même plagiat de L’Internationale : « Du PS faisons table rase ! »

      A suivre, donc.


      • pruliere pruliere 20 juillet 2009 12:41

        BHL, Dray, Montebourg, Valls...... que des gens bien à gauche qui sacrifient leurs ambitions personnelles pour le combat acharné qu’il faut mener contre le libéralisme. Jolie brochette d’ambitieux prêts à tout pour assurer la promotion de leur seule carrière, en réalité !

        effectivement, comme le dit Dray, c’est triste à en pleurer de voir ces petits arrivistes sur le devant de la scène avec leurs idées fumeuses faire la propagande de la droite ! Foutez le camp et créez votre propre parti, si cela vous chante ! Pourquoi pas le PJLDL (parti des jeunes loups aux dents longues) par exemple.
        Mais de grâce, laissez-nous tranquilles avec vos phrases assassines.


        • Emmanuel Goldstein Emmanuel Goldstein 20 juillet 2009 13:05

          Il suffit d’aller lire les commentaires sous le billet de Dray pour voir que la majoriét des militants socialistes soutien Martine Aubry à 100%, afin de remettre ce parti en marche, et continuer à travailler au projet.

          Je suis de ceux qui pensent qu’il faut exclure les ségoliens du PS, car ils rendent imopssible le travail commun, ne pensant qu’à leur propre stratégie, et visant en permanence à miner la stratégie propre du PS.

          Alors il est temps de leur dire STOP : soit vous travaillez au PS pour le PS, soit vous travailler pour vous, dans VOTRE PARTI, le parti de ségoliène Royal.


          • Emmanuel Goldstein Emmanuel Goldstein 20 juillet 2009 15:43

            Moi, je roule pour l’alternance en 2012. Pour sortir de cette impasse sarkozyste.
            Et je crois que Bertrand Delanoé est l’homme qui peut nous sortir de cette nasse. Positivement et négativement.

            Négativement, parce que DSK est de droite et partisan aveugle des errements d’Israel, Ségolène a démontré son incompétence, Valls est de droite et raciste, Hollande est trop mou, Fabius est trop marqué, et euh qui d’autre ? je crois que c’est tout.

            Positivement parce qu’il a agi, beaucoup agi, et bien agi, dans la majorité des cas. C’est un modèle de politique modeste mais efficace, et ça nous fera pas de mal, après l’affichage sarkozyste permanent.


          • french_car 20 juillet 2009 17:09

             @Emmaneul Goldstein : où avez-vous lu une seule déclaration pro-israelienne de DSK ?
             Encore bien-même est-ce un élément central de la politique française ?


          • Furax Furax 20 juillet 2009 18:33

            « Je suis de ceux qui pensent qu’il faut exclure les ségoliens du PS »

            La moitié du PS ?


          • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 21 juillet 2009 09:00

            Comment allez-vous exclure les amis de SR, alors même que celle-ci soutient Martine Aubry et, qu’à elles deux, elle font très largement la majorité du parti dans la volonté de le rénover (MA dixit) ; une recomposition de la direction parti est en cours, cela vous aurez-il échappé ?

            Vos rodomontades ne sont que l’expression de vos préjugés à l’égard de Ségolène Royal et de votre impuissance ; les faits sont les faits : Ségolène Royal et son ouverture au travail de réflexion avec tous les intellectuels et les sympathisants vont dans le sens de la rénovation indispensable du parti.

            Elle seule avec Martine Aubry, si celle-ci accepte la collaboration franche entre elles comme elle le dit, peuvent sauver le parti...


          • joelim joelim 20 juillet 2009 16:11

            Je suis de ceux qui pensent qu’il faut exclure les ségoliens du PS, car ils rendent imopssible le travail commun, ne pensant qu’à leur propre stratégie, et visant en permanence à miner la stratégie propre du PS.


            Ben voyons... Reporter les résultats épastouillants de la dream-team aubryiste sur les partisans de Royal, il fallait y penser ! Quelle délicate façon d’assumer sa vacuité.

            Deux liens sur Delanoë, qui à mon avis est un faible qui en plus a un penchant amical envers Sarko, ce qui le discrédite totalement à mes yeux :

            • Elisa 20 juillet 2009 16:29

              Le PS est nu désormais. On sait que c’est une machine à protéger des élus par une opposition de pure façade et une réelle connivence avec le système capitaliste libéral.

              L’ennui c’est qu’il n’y a qu’un seul Président de la République et par conséquent un seul candidat pour ce poste : la crise aujourd’hui est un trop plein d’ambitions personnelles et un grand vide de propositions alternatives.


              • La Politique et moi La Politique et moi 20 juillet 2009 17:01

                Tout à fait d’accord avec vous, Elisa. Je me demande parfois si ce « trop plein d’ambitions personnelles » ne vient pas du tabou entretenu au PS autour de l’incarnation des idées, et donc du choix du leader : à force d’idée-aliser la politique, souvent par un souci exagéré de la démocratie de parti, on y oublie que ce sera forcément un seul visage, un ton et une rhétorique qui sauront - ou non - convaincre en fin de compte.

                Du coup, on manie au PS les idées et les programmes comme s’ils étaient forcément convaincants à peine formulés, puisque socialistes. Et on saute allègrement à pieds joints par-dessus l’étape « incarnation » de ces idées, créant par-là d’une part un vide susceptible d’appeler cette prolifération d’ambitions individuelles, et d’autre part un manque de crédibilité auprès des électeurs, pour qui la « maison commune » reste à jamais une auberge espagnole intellectuelle, sans personnalité fédératrice - donc sans charpente véritable.


              • Georges Yang 20 juillet 2009 17:06

                Détruire l’actuel PS c’est faire le lit de Ségolène Royal pour 2012 et par ricochet aider Sarkozy a être réélu haut la main.
                Martine Aubry est certes maladroite, mais représente encore un concept politique alors que Vals n’est qu’opportunisme et Royal totalement inconsistante.
                De toute façon, désormais, l’opposition efficace à Sarkozy ne peut venir que du Centre et d’une autre droite plus digne et moins tape à l’oeil.
                La gauche devrait plutôt viser 2017 et se reconstruire dès maintenant


                • french_car 20 juillet 2009 17:14

                   Mr Yang on aimerait bien qu’une alternative vienne du Centre mais qui peut incarner le centre ?
                  F.Bayrou décourage ses propres troupes et sa bourde préélectorale l’a sorti du jeu pour un moment
                  D.Cohn-Bendit joue les trublions mais n’a aucune envie de se poser en recours, comme il le dit « de toute façon je suis immigré moi pas français ».
                  Pensez-vous que le petit noyau villepiniste associé à quelques antisarkozystes comme Jego Baroin Copé etc ... puisse fomenter un coup d’état ? Ils se verraient aussitôt privés de leurs fromages.


                • Georges Yang 20 juillet 2009 17:23

                  Alors, c’est Sarkozy pour 5 ans de plus !
                  Pas de quoi être optimistes.


                • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 21 juillet 2009 09:03

                  Rassurez-vous NS ne pourra plus se représenter en 2017 ! Et d’ici 2012 bien des choses peuvent se passer !


                • tvargentine.com lerma 20 juillet 2009 21:55

                  Mais comment peut-on consacré un article à un individu qui se rempli les pôches et qui dispose d’un train de vie de patron ,mais avec de l’argent public

                  Ce type cherche à sortir de sa situation qui devra le mener en prison pour tout l’argent qu’il a détourné

                  Si pour vous ce type représente le PS,alors au secours !!! sauvons nous ça schlingue !

                  http://www.tvargentine.com



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