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Le PS tirera-t-il les leçons du nouvel échec de la social-démocratie allemande ?

Dès la soirée électorale des élections allemandes, bon nombre de journalistes, prenant les raccourcis habituels, ont déployé une certaine ingéniosité pour dire finalement que la CDU d’Angela Merkel avait fait un triomphe et que la défaite du SPD était celle de toute la gauche.

Il est certes indéniable que la droite allemande a obtenu une majorité au Bundestag, mais combien de téléspectateurs ou d’auditeurs auront deviné que le parti de la chancelière et le SPD ont fait l’un des pires résultats de leur histoire ? Et cela dans le contexte d’une abstention record de près de 30 %...

Ces élections marquent un tournant important pour l’Allemagne : la CDU fait son plus mauvais score depuis 1949 ! Le SPD, lui, fait le plus mauvais résultat depuis sa création ! En pourcentage, cela fait 33,8% pour l’union CDU/CSU, 23% pour le SPD, 14,6% pour le FDP, 11,9% pour Die Linke et 10,7% pour les Verts.

Les libéraux du FDP marquent des points importants avec près de 15% des suffrages, ce qui est d’autant plus surprenant qu’en pleine crise financière et de polémique sur les dérives du capitalisme, le FDP incarne le libéralisme économique le plus entier.

Cette victoire aura une importance considérable dans la politique du gouvernement à venir car on est plus au temps d’Helmut Kohl où la CDU/CSU dominait nettement. Dans un tel rapport de force, Angela Merkel est restée prudente mais elle devra sans doute donner des gages à Guido Westerwelle, chef du FPD, qui a déjà demandé des allégements d’impôts tous azimuts et l’assouplissement des conditions de licenciement des salariés allemands.

Quant au SPD, peut-on expliquer son échec par sa seule coalition avec la CDU ? En 2005, déjà, le SPD avait subi un recul important et cela, après avoir gouverné seul avec les Verts. Gerhard Schröder n’avait eu besoin de personne pour s’attaquer massivement aux services publics et aux retraites. C’est donc bien le glissement néolibéral du SPD qui vient d’être sanctionné par les électeurs.

Si la social-démocratie fait faillite, la gauche ne disparaît pas pour autant. Les Verts et surtout Die Linke progresse (+ 50%) à proportion de ce que la gauche traditionnelle a perdu.

Certes, le rapport de forces n’est pas inversé mais l’hégémonie du SPD au sein de la gauche est largement battue en brèche. Avec Die Linke, une autre force existe et la question des alliances se pose différemment.

Inquiets des positions de cette nouvelle gauche, ce sont les dirigeants du SPD qui ne veulent pas entendre parler de Die Linke. Les conditions posées par son leader Oskar Lafontaine comportent notamment le retrait des troupes allemandes d’Afghanistan, l’instauration d’un salaire minimum ou l’abrogation de la réforme Hartz de l’assurance chômage. Tout ceci n’a rien d’insurmontable pour une gauche tout simplement réformiste. Mais c’est une autre affaire pour les tenants de la ligne démocrate au sein du SPD…

Cette évolution de la social-démocratie allemande est très profondément idéologique et a déteint depuis longtemps sur les autres partis sociaux-démocrates en Europe, regroupés au sein du PSE.

Le discours qui accompagne ce glissement vers la droite ressasse toujours le même refrain : il n’y aurait pas d’autre solution possible que vivre avec son temps et la mondialisation libérale, de voter Oui au TCE en 2005, etc.

En France, on peut situer le tournant libéral du PS au début des années 1980, sous la présidence de François Mitterrand.

Voulant lutter contre l’inflation, le blocage des salaires et des prix fut imposé de juin à novembre de la même année. Dans la Fonction Publique, l’Etat bloqua les salaires qui avaient suivi l’évolution des prix les années précédentes. Il incita ensuite les employeurs du secteur privé à faire de même, en les invitant à faire évoluer les salaires en fonction non de la hausse réelle des prix, mais du taux d’inflation "prévu" par le gouvernement.

Les clauses d’indexation des salaires sur les prix furent une à une retirées des conventions collectives dans les années qui suivirent. Puis les lois Auroux ont réaffirmé leur interdiction dans le Code du Travail, article L.141-9 : "sont interdites, dans les conventions ou accords collectifs de travail, les clauses comportant des indexations sur le salaire minimum de croissance ou des références à ce dernier en vue de la fixation et de la révision des salaires prévus par ces conventions ou accords."

En 1983, Jacques Delors, ministre de l’économie et des finances, décida de deux plans d’austérité et l’échelle mobile des salaires fut complètement supprimé sans pour autant que le chômage diminue.

Depuis cette date, le pouvoir d’achat des salariés diminue régulièrement, le PS, malgré plusieurs passages au pouvoir, s’étant toujours refusé à réaliser une réforme fiscale globale corrigeant une fiscalité autant archaïque qu’injuste. Car aujourd’hui, nous en sommes à 81% d’impôts indirects contre 19% seulement d’impôts sur le revenu dans la répartition des recettes budgétaires de l’Etat. Une situation très choquante car les impôts indirects touchent de la même manière les personnes les plus riches comme les pauvres, situation encore amplifiée par Nicolas Sarkozy avec le bouclier fiscal et la taxe carbone.

La situation actuelle semble même complètement surréaliste quand on sait que les niches fiscales (73 milliards d’euros par an) représentent une fois et demi l’IR et qu’avec la récupération des 2/3 seulement de ces sommes, on résorberait la plupart des déficits sociaux, voire une bonne fois pour toute les intérêts de la dette publique qui se monte à 50 milliards €.

Cette baisse du pouvoir d’achat des salariés en France mais aussi partout en Europe et aux Etats-Unis est la cause principale de la crise financière que nous connaissons car les ménages ont eu recours massivement au crédit et les banques ont fermé les yeux sur un endettement excessif.

L’augmentation et le maintien du pouvoir d’achat ainsi que la nécessité d’une grande réforme fiscale devraient donc être au cœur d’un véritable projet de gauche. Mais le PS n’a toujours pas tiré les leçons du tournant libéral de 1982-1983, ni de l’échec de la gauche plurielle de Lionel Jospin, ni des 35 heures faites dans la plupart des entreprises avec une baisse des salaires.

Et aujourd’hui, sous peine d’être concurrencé sérieusement par d’autres forces politiques situées sur sa gauche ou par le MoDem et Europe Ecologie, le PS devra dire rapidement s’il est enfin prêt à changer de cap et à devenir ou redevenir tout simplement un parti réformiste au vrai sens du terme.

Pour l’instant, l’absence de tout bilan critique, l’organisation de primaires ouvrant la voie à une américanisation de la politique ou l’application du non-cumul de mandat (curieusement voté par les militants socialistes mais sans date d’effet…) ne sauraient constituer une vision alternative à la financiarisation de notre société…


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8 réactions à cet article    


  • Jean-Paul Doguet 10 octobre 2009 14:03

    Je suis plutôt d’accord avec cet article mais de toute façon on peut difficilement « tirer une leçon » d’un pays à l’autre. La SPD paie effectivement le prix de la réforme « Hartz IV » mais aussi d’une situation politique où elle ne pouvait pas critiquer Angela Merkel puisque parti « sortant » et donc co-responsable de sa politique. L’électorat allemand n’a pas simplement dit « non » à la SPD et à la CDU, il a aussi dit « non » à la formule de Grande coalition en récompensant en fait les partis qui y étaient hostiles. Cela étant, le PS français n’a pas dans son bilan d’équivalent de cette réforme particulièrement lamentable, qui est une véritable agression contre les chômeurs et les retraités. 
    Par ailleurs vous vous trompez sur un point : aujourd’hui une partie très importante des Sociaux-Démocrates allemands envisage une alliance sur la plan national avec Die Linke, qui a réussi à prendre pied dans les anciens Länder. C’est notamment le cas de Klaus Wowereit. Les prochains scrutins régionaux vont être ici déterminants. 


    • Albert Ricchi Albert Ricchi 10 octobre 2009 19:54

      Bonsoir JP,

      Merci pour ce commentaire.

      Effectivement, une partie des sociaux-démocrates est favorable à une alliance avec Die Linke mais c’est surtout vrai au niveau des Länder. Pour une alliance nationale, les dirigeants du SPD n’ont pas encore vraiment pris de décision, engageant officiellement le parti. Ce sera le débat des prochains mois.

      En ce qui concerne le bilan du PS au pouvoir, je crois qu’il n’y pas pire que la suppression de l’échelle mobile des salaires en 1983 qui a paupérisé, depuis cette date, les salariés de ce pays. Même Raymond Barre, à la fin des années 70, n’avait pas osé prendre une telle décision...

      Cordialement,
      Albert


    • MAIKEULKEUL 10 octobre 2009 15:43

      Tant que le PS traînera une majorité de dirigeants issus de l’énarchie, qui n’ont comme seule vision que le pouvoir et aucune conviction politique (on l’a vu à plusieurs reprises récemment et ce n’est pas fini), ils n’ont sortiront pas.

      Si les milieux populaires reprennent confiance et votent à nouveau, la social démocratie a du souci à se faire, car la vraie gauche, comme die linke, va vite les asphyxier. 

       


      • jaja jaja 10 octobre 2009 16:02

        Le PS est une force politique qui défend depuis bien longtemps le Capital et ses agressions coloniales...
        Que beaucoup ne fassent que commencer à s’en rendre compte est stupéfiant !

        Die Linke n’hésite pas à s’associer avec le SPD pour gérer le Land de Berlin par exemple. Die Linke sait avaler les couleuvres. Si c’est ça la vraie gauche, ceux qui le pensent ne sont pas sortis de l’auberge !

        Non une vraie gauche doit être totalement indépendante du PS. Même si ce n’est pas toujours compris par une partie de la base souhaitant une unité impossible. Comment allier des forces admettant le capitalisme et ceux qui le combattent ?

        Une alliance de ce type ne serait qu’électoraliste, sans principes, et donc morte-née....


        • Jean-Paul Doguet 10 octobre 2009 22:27

          Pour vous ce qui compte c’est l’authenticité, pas l’efficacité ni la transformation du réel. La « vraie » gauche pour moi c’est d’abord celle qui agit, affronte les responsabilités liées à l’exercice du gouvernement et l’infléchit dans un sens préférable. Donc ce n’est certainement pas l’extrème gauche, qui elle ne sert à rien, n’a qu’un rôle négatif et protestataire et rend plutôt service à la droite. Elle n’a aucun intérêt.


        • jaja jaja 11 octobre 2009 11:16

          On a vu cette gauche au pouvoir, bien avant 81 mais en 81 aussi. L’infléchissement dont vous parlez s’est traduit par les privatisations (France télécom entre autres), la fin de l’échelle mobile des salaires. Tout ça pour se terminer en apothéose sous Mitterrand par la guerre impérialiste dite du Golfe...

          Vous dites que l’extrême gauche n’a aucun intérêt. Notez qu’elle sert tout de même à se battre contre ce genre de saloperies....

          Et si elle se renforce, vous verrez qu’elle n’hésitera pas à prendre ses responsabilités. Mais surtout pas avec ceux qui nous trahissent depuis si longtemps.... et qui ne sont qu’une force de pseudo-alternance au service de leurs maîtres capitalistes...


        • Jean-Paul Doguet 11 octobre 2009 17:47

          Non : par nature l’extrème gauche fuit devant les responsabilités et choisit un statut stérile, confortable et paresseux de force archi-minoritaire. Pour moi la vraie gauche c’est celle qui peut et qui veut gouverner. L’extrème-gauche ne prospère d’ailleurs que lorsque la gauche de gouvernement est faible. Elle préfère au fond la droite au pouvoir à la gauche de gouvernement.


        • paul 10 octobre 2009 22:01

          Non seulement le PS n’a pas tiré les leçons du tournant libéral des années 1982-83, mais il
          accentue cette tendance libérale .La grande cassure historique c’est le « oui » au traité européen
          et l’appui qu’il a apporté à sarko pour l’adoption définitive de ce traité .
          C’est une véritable trahison des forces de gauche que le pays commence à payer .

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