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Accueil du site > Actualités > Politique > Le sondage, metteur en scène politique ?

Le sondage, metteur en scène politique ?

On le sait : au pays des promesses, le sondage est roi. Baromètre autoproclamé de l’opinion publique, il définit les postures, oriente les idées, favorise certaines tendances. Au point d’apparaître comme un acteur incontournable de la politique française. Et le phénomène ne s’arrête pas aux frontières hexagonales : il touche toutes les grandes démocraties du monde. Mais ne faut-il pas craindre le rôle prédominant que s’arroge cet instrument de mesure ? Est-il d’ailleurs efficace au point de lui accorder tant de crédit ? Quid de ses effets ?

Le portrait qu’on lui brosse traditionnellement se veut pour le moins flatteur. Infaillible, scientifiquement approuvé, révélateur d’opinions plus ou moins secrètes, le sondage moderniserait en plus la démocratie, en la rendant plus participative et réactive. Une vision tronquée d’un instrument dont les vertus demeurent largement fantasmées. Car, si l’utilité des enquêtes d’opinion n’est plus à démontrer, on passe généralement sous silence leurs effets indésirables et leurs prévisions potentiellement trompeuses.

En 1995, alors que la campagne électorale bat son plein, les sondages indiquent une adhésion massive des Français à la candidature d’Édouard Balladur. Quelques semaines plus tard, devancé par Jacques Chirac et Lionel Jospin, il doit se faire une raison. Les sondeurs étaient dans le faux. L’opinion, naturellement muable, s’est retournée. En outre, les urnes démentent également les rapports de force pressentis entre les deux autres candidats. En 2002, c’est Lionel Jospin qui doit payer les pots cassés : malgré des sondages favorables, Jean-Marie Le Pen prend le dessus sur lui et accède au second tour. Le candidat du FN, sous-estimé par les enquêteurs, coiffe le socialiste au poteau. Les prévisionnistes, aveuglés par leurs méthodes prétendument infaillibles, n’ont pas vu venir la vague frontiste. Cette faillite des pronostiqueurs politiques, incapables de prévoir un événement de cette envergure, questionne le citoyen quant aux techniques et usages en vigueur dans les grands instituts.

Nous l’avons vu, l’histoire récente témoigne de certaines lacunes inhérentes au mode de fonctionnement des sondages. Ces derniers s’apparentent à une photographie de l’opinion, mesurée à un moment bien précis. Les faits succédant à l’enquête influent inévitablement sur l’appréciation des sondés. Et, par conséquent, ils altèrent, voire annulent, la validité des résultats préexistants. Prenons l’exemple de Nicolas Sarkozy. Trois événements majeurs, au moins, ont modifié la perception de sa candidature et influencé les sondages : la déclaration officielle, le meeting de Villepinte et la multiplication de ses interventions télévisées. La même remarque s’impose pour François Hollande avec l’arrestation de DSK, les primaires socialistes ou encore le meeting du Bourget.

Par ailleurs, les sondages peuvent impulser ou réprimer une tendance. Les prévisions favorables au Parti socialiste pourraient par exemple occasionner la démobilisation de ses sympathisants. Les sondeurs, en donnant l’impression que l’élection est déjà jouée, peuvent parfois pousser les vainqueurs prématurés à s’endormir sur leurs lauriers. On peut également regretter que le succès croissant des enquêtes d’opinion tend à prendre le pas sur les programmes politiques, pourtant nourriciers des projets futurs. En effet, la classe politique, quand elle ne commande pas les sondages, les commente à tort et à travers. Pis, les stratégies électorales, le positionnement des candidats, la place des sujets ou encore l’agenda sont désormais partiellement définis par les résultats des sondages.

Les caractéristiques techniques de l’enquête menée sont d’une importance capitale. De nombreux facteurs peuvent influer sur les résultats finaux et doivent être pris en compte lors des analyses succédant à leur publication : le panel sélectionné et sa représentativité, la marge d’erreur, le mode de questionnement (téléphone, formulaire, tête-à-tête, Internet, etc.), le lieu et l’instant (sortie des urnes, micro-trottoir, etc.), la formulation de la question (ordre des mots, négation, syntaxe, vocabulaire choisi, éventuelle allégorie, biais involontaire, etc.) ou encore la teneur des réponses prédéfinies. Par ailleurs, on sait que les instituts adoptent un coefficient multiplicateur quand il s’agit par exemple de déterminer le vote extrémiste. Car les partisans du FN, pour ne citer qu’eux, avancent souvent masqués. Un système résolument complexe dont le caractère scientifique semble contestable. Difficile en effet d’évaluer avec exactitude l’ampleur d’un vote clandestin. D’autant plus que le casting compte énormément : depuis l’avènement de Marine Le Pen, la parole frontiste semble se libérer, ce qui implique une révision dudit coefficient. Alors, entre les erreurs d’échantillonnage, de couverture, de mesure, d’entrevue et les nombreux biais, allant des conditions météorologiques à la taille du panel en passant par les réponses cumulables ou ambiguës, les enquêtes souffrent indéniablement de vices techniques rendant leur fiabilité titubante.

Vous l’aurez compris, il ne faut pas prendre les sondages pour argent comptant. Il est nécessaire de les relativiser et de les confronter aux réalités politiques. Par nature, ils se montrent éphémères, rapidement anachroniques. Il convient également de se méfier de leurs éventuels effets secondaires : impact sur l’opinion, prophéties autoréalisatrices, (dé)mobilisation des sympathisants... En somme, un outil certes précieux, mais pas exempt de défauts. Un instrument de mesure que l’on confond trop souvent avec une boule de cristal.


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3 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 17 avril 2012 10:02

     Bonjour, Jonathan.

    On dit et on écrit tout et son contraire sur les sondages. En réalité, il faut désormais faire avec et ce n’est pas un problème dans la mesure où il deviennent de moins en moins autorélaisateurs au fur et à mesure que les peuples apprennent à s’en servir.

    Vous citez le cas Balladur pour souligner que celui-ci a été battu alors qu’il était en tête à un certain moment, mais vous oubliez de dire que les sondages ont bel et bien mesuré le croisement des courbes. De même qu’en 2007 ils ont mesuré le croisement des courbes entre Royal et Sarkozy. Ces deux exemples à eux seuls suffisent à démontrer qu’ils ne sont pas aussi autoréalisateurs qu’on le prétend.

    Les sondages en sont rien d’autrre que des outils (j’aime bien l’image du thermomètre) globalement assez fiables dont il convient de se servir sans excès. Mais ils ne méritent pas la diabolisation dont on les entoure. A cet égard, je rappelle que les plus grands pourfendeurs de sondages sont ceux dont les champions réalisent des scores médiocres ou en baisse, et vice versa !


      • Coalis 18 avril 2012 00:57

        En général les sondages des derniers jours sont très proches des résultats réels. Pour observer ça de près :

        http://tempsreel.nouvelobs.com/sondage-presidentielle-2012/20120207.OBS0739/infographie-le-comparateur-des-sondages-de-la-presidentielle.html

        http://www.sondages-en-france.fr/sondages/Elections/Pr%C3%A9sidentielles%202012

        A J-4 on a apparemment : Une baisse de Sarkozy et Mélenchon, une Hausse de Hollande et Le Pen.

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