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Le soufre des élections !

La démocratie populaire directe, qui rassemble des fragments du peuple délaissé, est possible à l’intérieur d’une unité syndicale, d’une association étudiante, d’une organisation populaire militante, de ce que les altermondialistes et les anarcho syndicalistes appellent la « société civile citoyenne à la base ». Mais cette illusion démocratico-petite-bourgeoise s’effondre dès que cette démocratie directe confronte les intérêts de l’oligarchie dominante.

LE MANIFESTE DE LA CLASSÉ REVU ET CORRIGÉ

La démocratie populaire directe, qui rassemble des fragments du peuple délaissé, est possible à l’intérieur d’une unité syndicale, d’une association étudiante, d’une organisation populaire militante, de ce que les altermondialistes et les anarcho syndicalistes appellent la « société civile citoyenne à la base ». Mais cette illusion démocratico-petite-bourgeoise s’effondre dès que cette démocratie directe confronte les intérêts de l’oligarchie dominante, la classe capitaliste monopoliste, qui mobilise alors son parlement législatif, ses tribunaux d’injustice (Loi 78-12), sa police, ses prisons, ses services de sécurité, voire l’armée s’il en est besoin (Loi des mesures de guerre), pour écraser toute velléité de pouvoir démocratique directe-citoyenne-populiste-à la base.

Le manifeste de l’association étudiante la CLASSÉ « Nous sommes avenir » est pourtant lucide sur ce point puisqu’il y est écrit : « Quand se fait entendre la grogne populaire, on applique les lois spéciales (Loi 78-12) et on nous impose les bâtons, le poivre et les gaz lacrymogènes. Lorsque l’élite se sent menacée, elle trahit les principes qu’elle dit défendre : leur démocratie ne fonctionne que lorsque nous nous taisons » (1).

Erreur chers amis de la CLASSÉ, ce n’est pas l’élite intellectuelle qui gouverne cette société capitaliste, qui commande au législatif, à la justice, à la police et au milieu carcéral et qui administre cette société d’injustice. C’est la classe des riches capitalistes monopolistes – les Péladeau, Bouchard, Sirois, Desmarais, Beaudoin, Coutu, Chagnon, Sabia, Lessard, Vandal, Vachon, Saputo – énergumènes qui n’ont rien d’une « élite », plutôt des requins de la finance et de l’industrie qui ont ordonné à leur État québécois de faire en sorte que l’université serve pour ce qu’elle doit – non pas pour éduquer les gens du peuple, les fils et les filles d’ouvriers – non pas « pour paver la voie à l’émancipation de toute une société d’égalité et de respect des différences (..) Une éducation libératrice qui jette les bases de l’autodétermination (…) comme un lieu d’épanouissement universel. » (2) ; mais plutôt, une université de la marchandisation du « savoir » – de la force de travail – une université qui fournisse, comme elle l’a toujours fait, une main-d’œuvre qualifiée « juste à temps ».

Dans chaque société (esclavagiste romaine – féodale européenne – capitaliste contemporaine), les systèmes d’éducation et d’université ont été érigés pour servir les besoins de la classe dominante. De nos jours, les capitalistes financiers de l’industrie et de la banque demandent à leur système éducatif de fournir la main-d’œuvre qualifiée requise à chaque étape historique de la crise impérialiste. 

À CHAQUE ÉPOQUE SON ÉPÉE ET SON GOUPILLON

Et quelle est l’étape présente du développement impérialiste ? En cette période de concurrence féroce entre les anciens impérialistes décadents et les nouveaux impérialistes montants, il n’est plus requis de produire en société occidentale de grandes quantités d’érudits – « élite intellectuelle formée en partie de bobos ex-soixante-huitards », des philosophes, sociologues, enseignants, journalistes ou théologiens, historiens ou littéraires, géographes ou urbanistes, psychologues ou archéologues et autres pontifes chargés d’endoctriner la « populace » et de lui servir l’opium pour panser ses plaies, comme disent les porte-faix.

Le curé, missel en main, et l’intellectuel, grimoire en chevalet, ces élites et sommités sont aujourd’hui remerciées pour leurs services devenus superfétatoires, car maintenant c’est le juge, la police et le garde chiourme qui ont pris le relais – l’heure est grave et la bourgeoisie n’a plus le temps de faire dans la dentelle. Charest est en élection pour plébisciter cette orientation, c’est-à-dire, pour demander au peuple de choisir son bourreau et d’accepter son sort misérable via la mascarade électorale qui décidera qui, de Charest ou des autres prétendants (Marois ou Legault), dirigera la parade des affaires d’État pour le bénéfice des milliardaires ? Charest s’apprête à être sacrifié par ceux qu’il a si bien servis ; ainsi va la vie chez les thuriféraires de sacristie. Il n’a pas su mâter les étudiants, il sera répudié par les possédants. Dans cette élection onéreuse et frauduleuse, bien des votants ne sont que des figurants manipulés qui apposeront leur croix à l’endroit qu’on leur dira.

NOUVELLE ÉTAPE – NOUVELLE TACTIQUE DE PROFITABILITÉ

Aujourd’hui, la plus-value absolue est produite plus aisément en pays émergents (Chine, Inde, Russie, Brésil, Iran). Impossible de contrevenir aux lois inéluctables de l’économie capitaliste – les plus bas salaires permettent d’engranger la plus forte plus-value absolue. Par contre, dans les anciens pays capitalistes en difficulté (USA, Canada, France…) il est encore possible de concurrencer les impérialistes montants sur le front de la plus-value relative issue de l’innovation technique et technologique. Qu’à cela ne tienne, la voie de l’université est toute tracée.

LA MARCHANDISATION DE L’ÉDUCATION

C’est le nouvel objectif de marchandisation de l’école et de l’université ici au Québec, au Canada, comme dans tous les pays impérialistes d’Occident. Voilà pourquoi les frais d’accès à l’université sont partout rehaussés dans le but de transférer le fardeau de la crise économique sur le dos des fils et des filles d’ouvriers et dans le but également de chasser des milliers d’étudiants des universités vers le marché du travail où la main-d’œuvre semi-qualifiée doit être abondante afin de créer les conditions de concurrence qui en fassent baisser le prix absolu et relatif pour le bénéfice des industriels et des financiers. Ce plan capitaliste est logique, rationnel et réaliste. Le malheur c’est qu’il va à l’encontre des intérêts du peuple et des ouvriers. Voilà ce que le Manifeste de la CLASSÉ aurait dû souligner plutôt que de pleurer sur « la gratuité perdue des services publics, et l’abolition des entraves à la pleine réalisation de notre humanité et du bien le plus précieux collectivement…la gratuité de ce que l’on possède ensemble. » (3).

Encore une fois, illusion et mystification de nos amis confus de la CLASSÉ. Les services publics ne nous appartiennent nullement, à nous l’ensemble du peuple, ni à la classe ouvrière. Il est de notoriété publique justement, qu’en société capitaliste, le capital et les richesses minières, pétrolières, gazières, hydroélectriques, les moyens de production et d’échanges, et les biens mobiliers et immobiliers, sont la propriété privée des monopoles et des oligopoles et jamais au grand jamais la propriété sociale collective du peuple et des ouvriers qui ne possèdent que leur force de travail – une marchandise – à vendre. Même les fonds de retraite des ouvriers peuvent-être expropriés ou fondre au soleil spéculatif des marchés boursiers privés.

L’Hydro-Québec, ce joyau d’État, est propriété de l’État des riches et fournit à bas prix aux entreprises privées l’énergie requise pour produire le titane, l’acier et l’aluminium à exporter vers leurs filiales à l’étranger. Aucun parti politique bourgeois ne s’oppose à cette expatriation massive du patrimoine collectif (emplois, capitaux et ressources).

DILAPIDATION DU PATRIMOINE COLLECTIF

Ce n’est pas « la vente à rabais de nos ressources » qui fait tort et qui nous détruit collectivement (4). Ce n’est pas le prix fixé pour la dilapidation du patrimoine québécois et canadien qui hypothèque l’avenir collectif, celui de la classe ouvrière et du peuple québécois. C’est la propriété privée capitaliste de ces ressources et de ce patrimoine (minerais, eau, énergie, force de travail) qui entraîne, quel que soit le prix fixé pour cette braderie, une spoliation des ouvriers, des peuples autochtones, de la petite-bourgeoise paupérisée et des pauvres, tous alliés.

LA JUSTE PART C’EST DE TOUT EXPROPRIER

À la fin de leur manifeste nos amis de la CLASSÉ introduisent cette question cruciale pour notre avenir collectif : « La tarification, la « juste-part » à payer est une discrimination (…) une surtaxe à ceux qui sont négligé-e-s. En quoi est-ce juste de demander le même montant pour franchir les portes de l’hôpital à un avocat et à une emballeuse ? Ce qui pour l’un est un montant minime est pour l’autre un fardeau insupportable » (5). Que d’agréables raisonnements effectivement, Charest, le premier Ministre Libéral du Québec le disait justement pendant le conflit étudiant, et il promettait des mesures d’équité en haussant les prêts et les bourses destinés aux écoliers des familles déshéritées. À vouloir « corriger » les malversations du système capitaliste on en vient à embrasser Charest et à le supporter, amis de la CLASSÉ, épivarder.

De fait, dans une société socialiste tous les services publics seront étatisés, librement accessibles sans discrimination d’aucune sorte et totalement gratuits, les transports en commun étant les premiers de la série. C’est par l’imposition et la taxation et la propriété totalement collective des moyens de production, de distribution et d’échanges de toutes les marchandises – excluant le travail humain qui ne sera jamais plus une marchandise, ni une source de profits – profits qui seront abolis – que nous pourrons réaliser ce miracle collectif. Inutile de chercher à réaliser cet exploit sous le capitalisme monopoliste d’État qui en est l’exact opposé, comme nos amis de la CLASSÉ en conviennent eux aussi dans cet extrait.

« Or, la convoitise d’une poignée de gens redevables à personne, est en train de ravager ces espaces en toute impunité, du Plan Nord aux gaz de schistes. Pour ces gens dont la vision est réduite au profit du prochain trimestre, la nature n’a de valeur que mesurée en retombées économiques (…) heureusement, les peuples autochtones, déportés par chaque nouvelle prospection, résistent à ce vol continuel (…) notre survie économique dépend de l’exploitation rapide, à tout prix, de notre sous-sol disent-ils. » (6)

Militants de la CLASSÉ, Partisans et Partisanes, ces « gens » comme on les appelle ci-dessus, sont redevables à leurs actionnaires, milliardaires et millionnaires, petits porteurs y compris, et leur prodigalité économique leur est sévèrement comptée en profits sonnants et trébuchants. Hors de cette loi d’airain, point de salut capitaliste ! Où est donc le mystère en la matière ? 

UN DÉVELOPPEMENT QUI RESPECTE L’ENVIRONNEMENT ?

En effet, ceux-là ne pourront jamais respecter l’environnement écologique et collectif, ou cesser de gâcher la nature pour forger un développement durable, pas plus qu’ils ne savent respecter le peuple, les Premières nations, et les ouvriers qu’ils embauchent et congédient à volonté – selon le bon état de leur portefeuille d’actions spéculatives – tout ceci a déjà été dit et redit. Seul le prolétariat souverain, au nom du peuple libéré, pourra ériger une société fondée sur une autre rationalité, qui ne soit pas « le profit à tout prix » comme il est écrit ici, mais fondé sur le bien-être collaboratif car il en sera de l’intérêt général et collectif de ne pas détruire la Terre-mère, ce que nos frères autochtones ont compris depuis des lunes.

L’appui au Plan Nord d’une bande de chefs marguillers-indiens déshonorés ne signifie rien, surtout pas la fin de la résistance amérindienne au génocide culturel et économique dont ces peuples sont victimes à notre plus grande honte communautaire.

LA QUESTION POSÉE ET À RÉSOUDRE

La question historique ici posée et à résoudre demeure : Quelle est la classe dominante et dirigeante dans cette société ? Est-ce la classe sociale soumise aux lois inéluctables de la reproduction élargie du capital et donc à l’accumulation accélérée des profits tirés exclusivement de la plus-value ouvrière, est-ce la classe capitaliste qui domine notre société ? Ou, a contrario, est-ce la classe sociale assujettie aux lois de la propriété collective – publique – des moyens de production, de distribution et d’échanges, ainsi qu’à la propriété collective des ressources naturelles et donc aux lois du développement environnemental respectant rigoureusement les intérêts fondamentaux et durables de la société, est-ce la classe ouvrière qui est au pouvoir dans notre société ?

 Comme l’écrivait un célèbre polémiste « Électeur, électrice, croyez-vous que Pierre-Karl Péladeau avec son milliard de dollars d’actifs, et ses milliers d’employés, ses sous-fifres commentateurs télé et ses journalistes dociles bien payés – ses médias et ses lobbys, a le même poids politique que monsieur Cadotte de la rue des Pleurotes muni de son misérable bulletin de vote ? ».

Hors de la conquête du pouvoir d’État pour le mettre au service du prolétariat et du peuple point de salut au sein de cette société du pouvoir hégémonique des capitalistes-propriétaires-privés. Voilà votre programme politique, gens de la CLASSÉ.

________________________________________________________

(1) CLASSÉ. 2012. Nous sommes avenir. Manifeste de la CLASSÉ. http://issuu.com/asse.solidarite/docs/manifeste_classe/1

(2) http://issuu.com/asse.solidarite/docs/manifeste_classe/1

(3) http://issuu.com/asse.solidarite/docs/manifeste_classe/1

(4) http://issuu.com/asse.solidarite/docs/manifeste_classe/1

(5) http://issuu.com/asse.solidarite/docs/manifeste_classe/1

(6) http://issuu.com/asse.solidarite/docs/manifeste_classe/1


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