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Le temps des juges

Dans la même semaine, un ancien Président de la république, un ministre et une députée ont entamé un périple incertain avec la justice. Chacun à leur façon, Nicolas Sarkozy, Jérôme Cahuzac et Sylvie Andrieux témoignent qu’argent et démocratie ne font pas bon ménage. Le risque de perte de confiance des citoyens dans les élites est réel. On peut se draper dans l’indignation, considérer qu’il s’agit d’un épiphénomène et accuser les commentateurs de populisme. Ou au contraire, regarder les problèmes en face et pousser pour la mise en place des mécanismes de contrôle et de transparence.

La république exemplaire est devenue une tarte à la crème. Nicolas Sarkozy l’avait promis, François Hollande aussi. Elle reste, faute de volonté et de courage, au rang des promesses non tenues.

Pourtant, ne rien faire sinon se contenter de gérer le calendrier judiciaire, serait l’une des pires réponses au raidissement de l’opinion tel que l’incarne Jean-Luc Mélenchon. La radicalisation du Front de Gauche ne relève pas d’une simple stratégie politique mais bien du reflet d’une société gagnée par l’exaspération. Exaspération devant l'incapacité politique à répondre à l’enfoncement du pays dans la crise. Exaspération devant l’impunité et la bulle dans laquelle vivent les élites.

Voir aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon se muer en Robespierre et réclamer des têtes dans des réquisitoires ad hominem est délétère. Mais là encore, il ne s’agit pas d’une simple sortie de route mais d’une vague de fond qui monte et à laquelle le tribun du PG donne un visage.

Jusqu’à présent, le sentiment de défiance à l’égard des responsables nationaux avait été atténué par une confiance maintenue dans les élus locaux. L’affaire Andrieux atteste que de ce côté-là aussi, il y a le feu.

La députée et ancienne vice-présidente socialiste du conseil régional PACA, est accusée d’avoir détourné plus de 700 000 euros de subventions publiques. Tout porte à croire qu’il ne s’agit que de la partie émergée de pratiques illicites dans certaines collectivités. Comme le rappelle François Bonnet sur Mediapart, « la décentralisation est devenue en l’absence de contrôles et de contre-pouvoirs une arme de corruption massive ».

Dans son discours aux États Généraux de la démocratie qui se sont tenus à la Sorbonne fin 2012, François Hollande avait à propos de l’Acte III de la décentralisation indiqué qu’il fallait corriger les dérives pour rétablir la confiance entre élus et citoyens. Hélas, le Chef de l’Etat nous a habitués, à l’image du fameux discours du Bourget, au grand écart entre le discours et les actes. Rien aujourd’hui, dans le projet de loi ne va dans le sens d’un assainissement du fonctionnement des collectivités. Petite lâcheté politique pour ne pas se mettre à dos les amis, mais grande erreur démocratique au moment où le populisme gagne en Europe.

Le choix partagé par une majorité de la classe politique de casser le thermomètre est suicidaire. Nicolas Sarkozy a sous son mandat patiemment mais constamment joué l’affaiblissement ou la suppression des instances et institutions de contrôle. Le démantèlement des pôles financiers et la réduction de voilure des Chambres régionales des comptes n’en sont que deux exemples. L’erreur de la gauche serait de ne pas corriger ce mouvement de balancier. La réponse à la montée du populisme est dans plus de transparence et plus d’éthique.

Les propos d’Eva Joly dans les colonnes de Libération sont limpides : « La bombe à fragmentation du “Tous pourris” est dégoupillée. L’arrivée de la gauche au pouvoir n’aura pas permis de réduire la distance entre le peuple et ses représentants. La crise démocratique s’accentue ».

L’ancienne juge nous met en garde sur la tentation de mettre la poussière sous le tapis : « si l’exigence de vérité quitte notre horizon, c’est le pacte républicain qui s’en trouvera mortellement blessé » écrit-elle. En experte des mécanismes de corruption Eva Joly invite à soigner le mal à la racine, en s’attaquant à la finance, au pouvoir de l’argent. Or, la loi portée par Pierre Moscovici dans la séparation des banques est dénoncée par tous les observateurs avertis, notamment le mouvement citoyen Roosevelt 2012, comme volontairement indigente. Un ersatz de loi révélateur des pressions du lobby bancaire au sommet de l’État qui constitue un bien mauvais signal à un bien mauvais moment.

Après avoir été un adversaire résolu la présidence Sarkozy, François Bayrou avait conditionné en 2012 son soutien à François Hollande à un changement de pratiques et à un engagement en termes d’exemplarité. Le candidat Hollande s’était engagé, dans une lettre, qu'il ferait « voter une grande loi de moralisation de la vie publique par le Parlement ». C’est au pied du mur qu’on juge le maçon dit le proverbe. A suivre donc.

 

Crédit photo : © Matthieu Riegler, CC-BY


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3 réactions à cet article    


  • Deneb Deneb 25 mars 2013 10:49

    Mélenchon ; il réclame des têtes ! Qu’est-ce qu’il est fort, ce Mélenchon !
    Bayrou voudrait moraliser la vie publique ? Très original, du jamais vu !

    Tous ces gens font bien trop partie du système pour ne pas en être corrompus.

    Pas un n’aurait, à l’instar de Beppe Grillo, le courage de proposer quelque chose de radicalement différent. C’est pourtant simple :

    - arrêt immédiat du financement de tout parti politique.
    - arrêt du financement des médias par l’Etat.
    - arrêt du financement des cultes et des croyances au profit de la recherche fondamentale.
    - internet gratuit très haut débit pour tout le monde, défense de sa neutralité absolue
    - liberté d’expression sans exception. Démantèlement des lois mémorielles, mais sanctionnement sévère de toute violence physique
    - fin de la dictature du droit d’auteur : gratuité de la culture et de l’information.
    - transparence totale de toute décision politique et des personnes ayant autorité.
    - légalisation du cannabis
    - Création d’un site internet d’Etat, comportant un forum politique dont la synthèse serait publique et calculée en permanence par un algorithme impartial. Remplaçant peu à peu les élections et les institutions, il finirait par avoir une force législative. L’anonymat y serait proscrit pour éviter les fraudes.
    - ....

    Parmi la faune politique en France je ne vois strictement personne pour avoir le courage de faire ce genre de proposition, pourtant dictées par le bon sens même. Rien que question économies. De plus, il est clair qu’on arrivera à cela, dans un futur plus ou moins proche. Plus on attendra, plus il y aura de victimes du rouleau-compresseur qui est en train de nous passer dessus.


    • cevennevive cevennevive 25 mars 2013 11:20

      Bonjour,

      Trés bon article, complété (à mon avis) par le commentaire de Deneb.

      Il ne suffit pas de crier, de vétupérer. Ces colères bruyantes ne servent qu’à contenter un tant soit peu les mécontents. Nous avons l’impression que celui qui crie le plus fort peut avoir raison car une toute petite partie seulement de son discours nous agréé.

      C’est pourtant dans le secret des bureaux et en silence que se fait la politique, que se prennent les décisions, et que, finalement on nous assassine.

      Quant à « faire voter une grande loi de moralisation de la vie publique », nous savons tous qu’une loi peut être détournée de multiples fois et de toutes les manières.

      Bonne journée à tous. Nous avons aujourd’hui (enfin) du soleil. Lui au moins n’est pas corruptible...


      • Loup Rebel Loup Rebel 25 mars 2013 19:16

        Bonjour Henry,

        Quand vous dites *** Exaspération devant l’impunité et la bulle dans laquelle vivent les élites ***, faut-il y voir deux listes distinctes et indépendantes « les impunis » d’une part, et les élites d’autre part, ou bien c’est une seule et même liste ?

        Ce que je veux dire : considérez-vous que toutes les élites sont dans l’impunité ou susceptibles de l’être ? Par exemple, les juges font-ils partie des élites, et sont-ils dans l’impunité ?

        Vous citez Eva Joly : La crise démocratique s’accentue.

        Je dirais plutôt : La crise oligarchique touche à son comble, car je ne considère pas que le système actuel de gouvernance soit une démocratie. Il répond plus exactement à la définition d’une oligarchie.

        Personnellement je n’appartiens pas plus à la gauche qu’à la droite, ni à aucun parti politique. Je défends néanmoins des idées, sans me poser la question de savoir si telle ou telle couleur politique les approuve ou les désapprouve. L’idée principale que je défends est celle de la démocratie.

        Aristote distinguait trois types de gouvernance :
        La monarchie = gouvernement par un seul, le monarque.
        L’oligarchie = gouvernement par un petit nombre désigné par élection (seuls les plus puissants, les élites, sont en capacité de se rendre éligibles)
        La démocratie = gouvernement par le plus grand nombre, désigné par tirage au sort des magistrats.
        Pour la démocratie, j’y ajoute son corolaire : le référendum d’initiative citoyenne.

        Aucun candidat à ma connaissance ne propose la démocratie dans son programme. Cela n’arrivera jamais, sauf pour les élus à se tirer une balle dans le pied (et même les deux pieds).

        Comment instaurer la démocratie, me direz-vous, sans passer par la case révolution ?

        Je n’ai pas de solution, mais peut-être par des votes massivement blancs... Si plus de 50% des bulletins sont des votes blancs, le peuple est en position de prendre réellement le pouvoir. Exit les oligarques qui de toute façon ne défendent que leurs propres intérêts. Comment peut-on encore être assez naïf pour croire à une idole genre l’abbé Pierre qui, une fois au pouvoir, défendrait autre chose que ses propres intérêts ?

        Et la constitution ? Elle a été écrite par les mêmes élites, élues, alors pourquoi se seraient-ils créé une constitution qui ne leur est pas favorable ? Donc, à réécrire.

        Sinon, votre analyse est juste.

        Sauf que vous appelez démocratie ce qui n’en est pas une. Ce que vous dénoncez, à très juste titre, c’est le fonctionnement « normal » d’une oligarchie qui ne parvient plus à dissimuler son imposture qui consiste à se faire passer pour une démocratie.

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