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Le thème de la présidentielle

Beaucoup s’interrogent sur ce que sera la « querelle » de l’élection à venir. Après la « fracture sociale » en 1995 et « l’insécurité » en 2002, quel thème s’imposera dans le débat ?

Cette question est très délicate et conditionne beaucoup de choses : elle peut détourner la campagne des vrais enjeux comme elle peut être une chance inédite de moderniser notre pays. Je me suis, sur ce sujet, forgé une opinion profonde : la question de la protection des démocraties occidentales (et en particulier de la France) dans la mondialisation est désormais au centre du débat politique. Pour reprendre la typologie proposée plus haut, je pense qu’il s’agit là d’une bonne question, à laquelle peuvent être apportées des réponses très diverses, dont certaines sont très mauvaises.

C’est finalement la question de la nation qui est posée : est-elle destinée à disparaître dans la mondialisation  ? Quelle est sa fonction sociale ? L’heure est-elle venue de passer au post-nationalisme ? Je pense que la nation est une étrangeté puisqu’elle s’oppose au moteur de l’histoire : la liberté individuelle. Elle prétend mettre du lien social entre des "classes" qui n’ont pas de réels intérêts communs et, en tant que république, elle fait passer l’égalité au premier plan en pratiquant une action redistributive. Elle est le cadre de la politique qui, par définition, s’oppose au projet individualiste.

Aujourd’hui, la modernité, c’est le post-nationalisme, on se veut "citoyen du monde", rebuté par les crimes commis au nom des nations, on s’en éloigne comme on s’est éloigné des religions, pour les mêmes raisons. Mais on s’en éloigne surtout parce qu’on croit qu’on a intérêt à agir de la sorte : ce sont les individus qui s’estiment assez forts pour affronter la mondialisation, qui ne supportent plus ce carcan, ce sont certaines "élites" qui cherchent avant tout à sauver leur peau et à se valoriser au maximum dans un monde plein d’opportunités, et qui ne se sentent plus liées par un destin commun avec les autres couches sociales.

Ainsi, dire que la France gagne globalement dans la mondialisation (de même que les autres pays) et que tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes est un discours (faussement) naïf, dans la mesure où il y a des perdants objectifs dans la mondialisation. Le discours de certains économistes est de dire qu’il ne s’agit là qu’un problème de redistribution des richesses, l’important étant d’être gagnant globalement. Sauf que cette redistribution est devenue difficile, voire impossible : les Etats rencontrent des problèmes de financement de la protection sociale considérables, ils sont soumis au chantage des "gagnants de la mondialisation" et des entreprises qui peuvent partir à tout moment si la fiscalité leur est trop défavorable. Les pays européens en sont donc réduits à s’aligner sur le taux d’impôt sur les sociétés le plus bas pour ne pas voir fuir les sièges sociaux.

Ce qui fait problème, ce sont les asymétries phénoménales qui existent entre les différents acteurs de la mondialisation, les salariés français sont mis en concurrence avec des salariés des pays émergents (notamment la Chine) qui ont des salaires très bas et pas de protection sociale, les entreprises françaises sont mises en concurrence avec des entreprises d’Europe de l’Est qui ne payent aucun impôt sur les sociétés. Dès lors la question de la protection de la France (et plus largement de l’Europe) dans la mondialisation doit être posée. On ne doit cependant pas y répondre en termes simplistes : le repli protectionniste serait une catastrophe pour notre économie, puisqu’un salarié sur quatre travaille pour l’exportation. La France est un excellent exportateur de services, de produits agricoles et, dans une moindre mesure, de produits industriels.

Comment, alors, mettre en place ce que le Premier ministre appelle "le patriotisme économique européen", quelle voie peut-on trouver entre le repli protectionniste et l’ouverture totale des marchés sans réglementation ? Nicolas Sarkozy propose de remettre la préférence communautaire au goût du jour, les démocrates américains ont axé une partie de leur campagne sur une modération du libre-échange pour protéger leur industrie, des économistes de renom, comme Patrick Artus, s’interrogent sur les moyens de limiter les OPA hostiles sur des groupes européens venues d’entreprises issues des pays émergents. Le débat est donc ouvert, et je prédis qu’il sera au coeur de la future campagne.


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8 réactions à cet article    


  • LE CHAT (---.---.75.49) 30 novembre 2006 12:03

    en tous cas , le thème de la rupture promise par le nabot à talonettes n’est pas pour demain !

    la vraie rupture , c’est quand on abandonnera la logique productiviste au profit du devellopement durable et de plus de solidarité au lieu de la glorification des egoismes de tous poils !


    • reinette (---.---.158.73) 30 novembre 2006 17:08

      Les dirigeants des transnationales se foutent pas mal de qui sera l’élu(e) de la prochaine élection présidentielle. Alimentant, sous le couvert de leurs frais professionnels, les différentes campagnes, de droite comme de gauche, ils dictent aux candidats le cadre de leurs élucubrations populistes. Tout ce qui leur importe est de pouvoir continuer la gestion de l’économie sans aucune entrave sociale. Il n’est point de semaine sans qu’on nous annonce la suppression de plusieurs milliers d’emplois.

      Les travailleurs français ne seraient, si l’on en croit les analystes économiques ayant chapitre dans les médias institutionnels, pas assez concurrentiels, trop chers, trop peu productifs.

      Il est vrai que si l’on fait la comparaison avec les travailleurs chinois, par exemple, travaillant 72 heures par semaine pour un salaire mensuel de 60 euros, même en travaillant au SMIG 39 heures par semaine, nos travailleurs pauvres ne peuvent tenir la comparaison, ils sont dans les choux !

      Nous ne sommes pour ces crapules que des producteurs-consommateurs, et non des individus.

      Si on fait la comparaison avec la société athénienne qu’ils prennnent comme modèle pour leur démocratie, les seuls citoyens véritables, qui ont accès aux décisions, sont les « entrepreneurs » ; nous autres, les travailleurs, n’étant considérés que comme les esclaves de l’époque.

      LE SUFFRAGE UNIVERSEL N’EST QU’UN LEURRE CENSE NOUS FAIRE CROIRE QUE NOUS PARTICIPONS A NOTRE PROPRE EXPLOITATION, ALORS QUE LES CHOIX QU’ILS NOUS PROPOSENT NE NOUS LAISSENT AUCUNE CHANCE POUR RENVERSER LEUR SYSTEME DE DOMINATION, HORMIS LE PROCESSUS NATUREL D’UNE REVOLUTION SOCIALE !


      • Sam (---.---.180.135) 30 novembre 2006 21:15

        On ne doit cependant pas y répondre en termes simplistes : le repli protectionniste serait une catastrophe pour notre économie, puisqu’un salarié sur quatre travaille pour l’exportation.

        Le protectionnisme ne serait pas un repli, mais une protection et une concentration sur nos forces et notre modèle comme notre niveau de vie. Actuellement, la mondialisation portée par les USA et l’UE sont un danger majeur qui lamine et les revenus et les valeurs et les solidarités des populations.

        Que je sache le protectionnisme n’empêche pas les échanges commerciaux, qui ont existé avant l’UE et les USA et continueront après eux. D’ailleurs, les plus fervents thuriféraires de la mondialisation n’hésitent pas à la mettre sous le boisseau quand ils existent que les profits agricoles ou industriels menacent les profits, notamment boursiers.

        Je suis pour des échanges et des collaborations, pas le bradage de nos emplois, de nos salaires et de nos valeurs avec des frontières ouvertes aux fonds de pension.

        L’UE telle qu’elle est bâtie est une machine pour nous détruire et faire de la France le prochain tiers-monde dépouillé de son industrie et de ses services qui s’en iront tous au moins-disant social et à la maximisation des profits.

        Considérer le protectionnisme comme un repli est abusif, suicidaire et contradictoire avec un discours critique contre la mondialisation, si on accepte toutes les conséquences de celle-ci, conséquences déjà très dures et prévisiblement catastrophiques pour tous les pays « avancées », sans parler des pays pauvres.

        L’honnêteté intellectuelle, en la matière, n’est pas un exercice rhétorique mais l’incarnation du courage de dire non à un système qui ne marche pas.


        • Ingy (---.---.129.225) 1er décembre 2006 03:53

          Il ne faut pas tout mélanger non plus. La mondialisation n’implique pas la libéralisation incontrôlée des échanges. Ceux qui la prônent pratiquent volontairement l’amalgame... tout en dérégulant à l’échelle nationale. Alors que le rôle des instances internationales (dont l’UE) est de réguler la mondialisation afin d’empêcher les dérives que tu dénonces.


        • www.jean-brice.fr (---.---.175.250) 1er décembre 2006 09:28

          Il y aura certainement plusieurs thèmes, mais celui qui nous touche le plus est la désindustrialisation sauvage faite sous couvert de mondialisation par Europe interposée : le NON au référendum a été complètement baffoué par une classe dirigeante en place qui n’a aucunement renonçé à nous imposer le modèle anglo-saxon, à savoit pauvreté et précarité. Le but est de transformer notre patrie en une région de l’euroland où nous n’aurons plus aucune décision à prendre : tout nous sera imposé ! IL EST TEMPS DE REAGIR : pour cela, il y a trois choses impératives : a) redonner la parole au peuple français en rétablissant l’ANONYMAT sur le parrainnage des candidats. b) que le prochain président ne soit pas un énarque et s’engage à supprimer cette soi-disant grande école. c) faire UNE AUTRE POLITIQUE qui existe puisqu’elle a été lançée le 4 février 1965 par le Général DE GAULLE et Jacques RUEFF. Pour en savoir plus, allez sur www.jean-brice.fr


          • Le Putois (---.---.232.2) 1er décembre 2006 11:09

            Découvrez en exclusivité l’hymne de campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy sur http://www.leputois.com

            Nicolas Sarkozy aurait présenté à quelques « happy-fews » cet hymne spécialement dédié aux enfants sans papiers, qui l’accompagnera tout au long de la campagne présidentielle de 2007.

            Enfin, si on croit tout ce qui se dit...


            • (---.---.139.131) 2 décembre 2006 08:25

              Il n’y aura rien de tout cela. Nous aurons droit à de belles promesses, tout au plus. Comme d’ab. Ayez confiance, ayez confiance...

              Vous, n’avez, rien compris aux films ! Remettre en cause un système qui marche si bien !

              Les 25% les plus pauvres sont éliminés. Ils n’embêtent personne.

              Les 5% les plus riches sont en dehors de nos frontières. Ils embêtent tout le monde.

              Les 70% restants sont les montons, qui passent à la tonte périodiquement. Bêêhe, bêêhe, c’est tout ce que vous savez faire...

              Philloup


              • Haina (---.---.21.224) 4 décembre 2006 16:45

                @l’auteur vous melez habilement(il se fait tard ici) la nation a l’economie. Reinette vous repond le mieux. Pour ma part je ne pense pas que ce debat d’economistes puisse etre percu par les francais et encore moins qu’il puisse se situer au coeur de la campagne.

                car nos dirigeant preferent depuis toujours chatouiller l’affect de l’electorat (fracture sociale ? insecurite ? de vagues emotions malsaines). Peut-etre avez-vous senti que la nation (le nationalisme) sera un terme porteur avant les elections. Mais ce sera toujours et encore en exploitant les sentiments les plus confus de nos concitoyens que les campagnes organiseront un faux semblant de debat.

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