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Accueil du site > Actualités > Politique > Le vide idéologique de la gauche mis en lumière par les trolls

Le vide idéologique de la gauche mis en lumière par les trolls

J’avais commencé un article sur les « trolls » et le « flaming », suite à une émission dans laquelle monsieur Emmanuel Todd était accusé de « complicité » avec madame Marine Le Pen. Victime à son tour de ce qui ressemble de plus en plus à un sabotage organisé de la parole iconoclaste en matière de politique économique, je m’apprêtai à dénoncer une théorie du complot dirigé contre ceux qui luttent (ou semblent vouloir lutter) contre la pensée unique… Sauf que le problème n’est pas si simple :

car dans la période de crise que l’Europe traverse ce ne sont pas seulement deux camps qui s’affrontent mais bien plusieurs tendances dont il est difficile de définir clairement les frontières.

Tout d’abord il faut revenir au positionnement idéologique de chacun des protagonistes :

-L’UMP désire clairement le sauvetage de l’Europe par l’instauration de l’austérité générale, avec baisse de la protection sociale, baisse des salaires et hausse des taxes sur les ménages, etc…
-Le PS est tiraillé entre son électorat qui veut taxer les riches et son pragmatisme économique qui conduit à l’austérité mal affirmée, mais désire lui-aussi le sauvetage de l’Europe à tout prix.
- Tous ceux qui luttent à la fois contre le PS et l’UMP sont donc « naturellement » accusés par ceux-ci de faire cause commune à travers leurs virulentes critiques contre la politique économique menée par l’un ou l’autre de ces deux partis ; et c’est peut-être là que commence le « confusionnisme » dont se servent les trolls et les « flameurs ».

Le confusionnisme, si j’ai bien compris le sens de cette accusation, serait de défendre à travers un discours apparemment d’extrême-gauche les positions de l’extrême droite, ce qui serait susceptible de faire naître la confusion entre ces deux entités opposées. A ce confusionnisme (qui lui-même fait suite à l’accusation de « complotisme » ou de « conspirationnisme » que subissent tous ceux qui remettent en cause la version officielle du « onze septembre ») s’ajoute désormais une autre qualification : le « rouge-brunisme », dont les acteurs (les « rouges-bruns ») seraient en quelque sorte des agents infiltrés à l’extrême-gauche pour insinuer le confusionnisme…

Mais qu’importe : c’est en voulant rechercher à qui peut bien profiter ce « complot » qu’on se perd, car hors mis le mépris commun de « l’UMPS » par les deux extrêmes, il est difficile de leur trouver des points communs ; en politique, les ennemis de nos ennemis ne sont pas toujours nos amis !

En y réfléchissant un peu (quand même !), il y a le point épineux de la politique de la France dans la crise et par rapport à l’Europe. Sur ce sujet c’est effectivement la confusion qui s’impose, car les analyses de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche semblent converger au premier abord : il y a un problème avec l’Europe. Mais seulement sur le diagnostic, car sur les solutions leurs avis divergent fortement… enfin en apparence aussi. Et c’est sans doute là que le bât blesse. Et aussi que les « trolls » nous disent peut-être quelque chose qu’ils ressentent disons… confusément. Car même si l’extrême-gauche désire une « autre » Europe plus solidaire quand l’extrême-droite veut « moins » d’Europe, les solutions induites par ces deux choix se fondent en réalité sur un seul et même modèle, le capitalisme.

Et c’est là que se trouvent coincés nos chers économistes alternatifs « de gauche » : ils se cognent de plein fouet à l’idéologie capitaliste, qui en temps de crise conduit inévitablement au protectionnisme puis au nationalisme -qu’il soit européen ou non. Car comment faire autrement ? A partir du moment où l’on s’accorde sur le fait que le capitalisme ne sauvera pas tout le monde sans vouloir changer de modèle, il faut bien choisir : et que ce soit à droite comme à gauche (extrême ou pas), un consensus se dégage pour dire qu’il vaut mieux sauver ses fesses (ou celles de son pays) plutôt que celles du voisin… Sauf que si cette conception sied à la droite comme à la gauche « classiques », elle rentre pour ce qui est de l’extrême gauche en contradiction totale avec « l’internationalisme » qui fonde son idéologie.

C’est à cette absence d’alternative idéologique d’une « vraie » gauche (comment en effet protéger les Français des licenciements boursiers tout en désirant le développement des autres nations qui font justement concurrence à ces même Français, le tout à l’intérieur du cadre capitaliste ?) que s’attaquent les trolls bien avisés pour mettre en lumière le flou de leurs propositions : si l’on se place d’un point de vue économique, les positions de l’extrême-droite et de l’extrême gauche aboutissent au même point, par des chemins différents. Le cadre réflexif dans lequel se fondent toutes les propositions politiques est absolument capitaliste, et les solutions employées pour sortir de la crise sont donc exclusivement économiques : comment pourraient-elles aboutir à une solution sociale, alors même que le capitalisme lutte contre le social ?

A partir du moment où même les partis de gauche continuent à croire aux vertus du capitalisme, les trolls et autres flameurs continueront eux-aussi à faire converger deux conceptions opposées qui se mélangent et se rejoignent dans le capitalisme. Cela devrait nous inciter à la réflexion : une alternative « post-capitaliste » ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr


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12 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 6 février 2013 10:40

    le front de gauche soutient l’UMPS , votant les yeux fermés pour le PS et EELV européens convaincus , il est donc dans le système ! c’est un parti productiviste , mais à quoi bon produire maintenant si il n’y a pas de débouchés ???


    • Aldous Aldous 6 février 2013 11:14

      leclivage gauche droite est fictif et ne sert qu’à diviser l’opinion sur les enjeux veritables.


      • voxagora voxagora 6 février 2013 12:01

        Un article très travaillé et par moments rigolo, mais tout ce travail pour rien !

        En effet les électeurs ne sont pas des imbéciles qu’il faut convaincre,
        puisque même quand ils votent pour les extrêmes, c’est au premier tour et pour faire signe,
        ils ne portent jamais les extrêmes au pouvoir in fine ;

        • Hermes Hermes 6 février 2013 18:17

          C’ets vrai tant que la situation n’a pas dépassé un seuil d’acceptabilité....


        • joelim joelim 6 février 2013 18:25

          Oui, mais sauf que les extrêmes ne sont pas ceux qu’on croit.


          Instaurer une autocratie (l’UE) digne de l’URSS (au niveau démocratique, émoluments, etc., cf Union européenne,la nouvelle union soviétique), basée sur le lobbyisme et le capitalisme à tous crins, avec pour seule idée que les pauvres et la classe moyenne « coûtent » trop chers, alors que ce sont les seuls à avoir un travail productif, c’est être carrément extrémiste, non ? 

          Les modérés sont ceux qui veulent sortir de cette UE tout à fait irréformable. Et ça les gens commencent à le comprendre. Et ça inquiète les vrais fascistes, jamais à court d’anathèmes : conspiraplotiste, complotioniste, confusioniste, hypodmefessioniste...

          Qu’est-ce que l’UE sinon un carcan hyper-libéral ayant pour but de taxer les pauvres au profit d’hyper-riches qui n’ont pas gagné leur argent honnêtement — des gangsters quoi — ?

        • anomail 6 février 2013 12:36

          Le problème c’est que tous ces débats ne font qu’effleurer le fond du problème : La finance et la création monétaire.

          Parce que si le quidam moyen venait à comprendre qu’une poignée de malotrus est en train de s’accaparer toutes les richesses matérielles de la planète (et au passage de la saborder) grâce à de bouts de papier qui n’ont aucune valeur réelle à part celle qu’ils veulent qu’on leur donne, tous financiers auraient rapidement de gros ennuis.

          On préfère attirer notre attention sur les symptômes plutôt que sur la maladie.

          On David Beckam au PSG, c’est pas mal aussi...


          • joelim joelim 6 février 2013 18:33

            Les anti-fas sont dedans et pourtant on ne peut pas dire que ce sont des libéraux. Ils sont comme le PS et les médias dominants, à inventer des anathèmes idiots et totalitaires.


            La vraie gauche qui subsiste est infime, c’est celle qui discute avec Asselineau. Le FDG veut garder l’Europe et a pour projet principal l’internationalisme, la disparition des nations, à la grande joie des ultra-libéraux mondialistes, non ? Ils ont tous les cheveux Reich...

          • joelim joelim 8 février 2013 01:08

            ah ah ah, il sait pas ce qu’est un anti-fa, et il a des cadres politiques. smiley 


          • taktak 6 février 2013 14:49

            "Car même si l’extrême-gauche désire une « autre » Europe plus solidaire quand l’extrême-droite veut « moins » d’Europe, les solutions induites par ces deux choix se fondent en réalité sur un seul et même modèle, le capitalisme.« 

            Il me semble que c’est là un résumé rapide, simpliste et au final faux de la situation.

            1°) Parlant d’extrème droite, sa position doit être regardé au fond. La partie de l’UMP proche de l’extrème droite est clairement pro UE. Quant au FN, s’agissant d’un parti au discours mouvant, il convient de s’attacher aux faits. N’oublions pas que le fascisme est un opportunisme. Et les faits, c’est que sous son discours »patriote« et »nationaliste« le FN n’est pas réellement pour une sortie de l’UE ni pour une défense d’un état-nation, ou la nation est la base de la souveraineté populaire. Deux exemples, lors de l’émission à laquelle vous faites référence (mots croisés je crois), interrogée par Calvi sur le fait que oui ou non si elle était pouvoir est ce que M Le PEN sortirait la france de l’UE, cette dernière n’a d’abord pas répondu, puis biaisé en disant que cela dépendrait du résultat de négociation sans préciser pour autant les sujets qu’elle souhaitait voir évoluer. Bref, pas si anti UE qu’il n’y parait. En fouillant dans les textes produits par le FN, on s’appercoit également que le FN est pour une monaie commune avec l’allemagne ce qui revient au même que l’euro... Sur la défense de la Nation, le FN acceuille en son sens, comme dans l’hérault récemment, les autonomistes identitaires qui souhaitent faire exploser l’unité national. Il demeure donc que ce que défende de concert l’UMP et le FN c’est l’ordre de l’exploitation capitaliste. Avec la dérive xénophobe de l’UMP, on peut légitimement parler d’UMP’FN. Le Pen l’a bien compris qui avec son rassemblement bleu marine tente de se substituer à une UMP discrédité

            2°) à gauche : en excluant le PS qui n’est plus de gauche quand on voit la politique du gouvernement et le discours de son personnel politique. Il y a effectivement une certaine confusion, liée à mon avis à un défaut d’analyse sur des bases de classe de la situation. D’une part, les militants font le constat chaque jours que la politique de l’UE est une politique pro classe capitaliste. D’autre part, par une certaine forme d’idéalisme pour certain, par le jeux d’alliance avec le PS pour d’autre, fait que la plupart des formations de gauche ne traduit pas son désaccord avec la construction européenne par la volonté d’en sortir pour pouvoir mener la politique qu’ils prônent. C’est ainsi que les parti affiliés au PGE ne peuvent remettre en cause une construction européenne qu’ils ont acceptés de défendre en rentrant dans cette structure. C’est le cas également des syndicats membres de la CES. D’autre pense que le combat doit se mener hors du cadre national directement dans le cadre européen. Ils oublient ainsi que l’unité des travailleurs au niveau européen si elle est souhaitable est loin d’être réalisée, d’autre part qu’actuellement le cadre national débarassé d’une bonne partie des forces de la classe dominante qui s’’exprime dans le cadre de la gouvernance supra nationale est un creuset formidable pour permettre la prise de conscience de l’unité d’interet de la classe des travailleurs. Qui plus est, l’UE étant un carcan destiné à imposer la domination capitaliste en privant les travailleurs d’une quelqonque forme de souveraineté, il n’est pas possible de la »réorienter" (idem pour l’euro).
            Il reste que certain à gauche (PRCF, MPEP, POI...) pense que le combat contre le capitalisme passent par une sortie de l’UE mais sur des bases servant l’interet des travailleurs.

            Il s’agit de penser de façon dynamique. La situation actuelle livre des travailleurs coincés entre le marteau (L’UE capitaliste totalitaire) et l’enclume (le FN capitaliste xénophobe) à l’exploitation capitaliste. L’unité d’interet entre la nation (souveraineté du peuple) et la classe ouvrière permet d’envisager une sortie de l’UE par la gauche qui est la solution pour ouvrir la voie à une reconstruction d’un veritable internationalisme, sur la base de l’union avec les pays progressiste et le soutien aux classes ouvrières étrangères face à leurs impérialisme.
            Notons que c’est la voie choisi en amérique du sud : sorti du libre échange nord américain et création de l’alba, tout en affirmant la souveraineté du peuple dans le cadre national.


            • Esprit Critique 6 février 2013 15:37

              Tout ça est faux , c’est parce que la gauche n’est plus qu’idéologie crasse , qu’elle est vide des sens et d’intelligence.


              • alinea Alinea 6 février 2013 21:00

                J’ai bien aimé votre réflexion ; il y a un monde entre l’idéal que l’on nourrit et la réalité ; la politique des gens de gauche se situe donc au point de jonction des deux. L’ Europe des peuples, ça serait le top dans le monde actuel, non ? En attendant, il faut trouver des voies qui ne soient pas suicidaires dans ce monde où nous, français on ne changera pas grand chose mais qui soient un mieux et évolutives par l’exemple ! En tout état de cause, il nous faut bouger, mettre du désordre dans les données, en se méfiant des non-dits de certains partis démagogues !


                • claude bonhomme claude bonhomme 7 février 2013 09:50

                  Certes, la double pensée est aussi en chacun d’entre nous et pas seulement dans ’l’opinion publique.« 

                  J’ai vu moi aussi l’émission sur AGORAVOX TV car je l’avais ratée le lundi de sa diffusion. Le montage était grossier. On l’a vu par les réactions à ce pos net et par les articles qui ont suivi.

                  Vous avez raison en notant : »un consensus se dégage pour dire qu’il vaut mieux sauver ses fesses (ou celles de son pays) plutôt que celles du voisin… Sauf que si cette conception sied à la droite comme à la gauche « classiques », elle rentre pour ce qui est de l’extrême gauche en contradiction totale avec « l’internationalisme » qui fonde son idéologie."

                  Mais il s’agit d’une banalité de base. Le seul « l’internationalisme » réel est celui des capitalistes. « L’internationalisme » de l’extrême gauche n’est qu’un bavardage idéologique.

                  L’alternative LIBRE ECHANGE / PROTECTIONNISME n’est pas une question théologique. Marx, en son temps, défendait le LIBRE ECHANGE. Emmanuel Todd, après avoir défendu un PROTECTIONNISME européen, défend aujourd’hui un PROTECTIONNISME national. Ce sont des choses qui arrivent.

                  Comme vous savez : LE VRAI EST MOMENT DU FAUX.

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