La rentrée universitaire commence par une victoire de l’UNEF sur le gouvernement avec le maintien du cumul de la demi-part et de l’APL pour les étudiants. Cette revendication était hautement légitime, le gouvernement ne pouvant ainsi brutalement priver environ 200 000 étudiants d’une ressource financière indispensable à quelques semaines de la rentrée.
Cependant, cette nouvelle polémique du gouvernement doit permettre de lancer un débat sur la politique du logement à mener en France et sur le maintien des APL dans leur configuration actuelle. Celles-ci n’ont en effet aucunement résolu le problème du logement et contribuent indubitablement à l’augmentation des loyers des petits appartements. On constate aisément cela en comparant les prix des logements aidés et des petites surfaces depuis le débouclage des aides aux logements en 1992. Même s’il est vrai que l’augmentation s’explique aussi par d’autres facteurs (décohabitation, forte rotation des locataires...), l’impact des aides peut être clairement établi (Laferrère A, le Blanc D., Comment les aides au logement affectent-ils les loyers ?,Économie et Statistiques, n° 351, 2002).
Cette aide constitue alors une véritable rente pour les propriétaires étant donné l’inélasticité de l’offre. La politique du logement, et en particulier du logement étudiant, doit être alors revisité en faveur de l’augmentation de la construction des logements sociaux et de la réduction des aides aux logements. Le marché ne fonctionnant pas car incapable de proposer une offre suffisante, l’état doit se ressaisir de la politique du logement et se substituer au marché.
Nous sommes d’ailleurs à une période particulièrement propice puisque les campus universitaires se délocalisent hors des villes pour profiter du coût des terrains plus faibles. L’État doit alors imposer que chaque campus universitaire compte un nombre significatif de logements qui devra être proportionnel au nombre d’étudiants qu’il accueille. Il va sans dire que ces logements doivent s’intégrer dans de véritables cités universitaires concentrant activités sportives, bars, petit supermarchés, lieux de vie... Les appartements ouverts à la colocation doivent aussi être grandement développés. En aucun cas il ne faut reproduire les erreurs effectuées au cours des années 70 avec des cités universitaires dortoirs sans âmes qui font fuir les étudiants. En agissant ainsi et en soumettant les loyers de ces logements à l’indice des prix à la construction, l’État offrirait une aide réelle aux étudiants et non aux propriétaires.
Ces mesures doivent évidemment être financés par un retrait graduel des APL en fonction des revenus des parents des étudiants. En effet, les APL étant les mêmes pour l’ensemble des étudiants quelque soit le revenu des parents (à l’exception des étudiants boursiers), leur justification comme une mesure prônant l’égalité sociale est difficilement tenable.
Le syndicats étudiants doivent dès aujourd’hui négocier avec le gouvernement pour aller dans ce sens. La remise en cause des APL doit être graduelle et avec des contreparties chiffrées concernant la construction de véritables cités universitaires garantissant un loyer modéré sur le long terme pour les étudiants.

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