Un mois après les violences à la périphérie des grandes villes françaises, le leader de l’extrême-droite voit sa popularité augmenter de cinq points dans plusieurs sondages. L’analyse de trois politologues, et les réactions de Jean-Marie Le Pen.
Un mois après les violences à la périphérie des grandes villes françaises, le leader xénophobe voit sa popularité augmenter de cinq points dans plusieurs sondages.
« Immigration, explosion des banlieues... Le Pen l’avait dit ! ». Par ce message d’accueil, le site web du Front national (FN) prétend faire de son président Jean-Marie Le Pen le prophète de la violence dans les banlieues. Les principaux instituts de sondages notent une augmentation de la popularité de M. Le Pen. Selon l’institut CSA, 20% des Français se sentent « souvent d’accord » avec les idées du Front national, un record atteint une seule fois, et qui dépasse d’un point le chiffre d’avril 2002, date à laquelle M. Le Pen se qualifiait pour le second tour de l’élection présidentielle. Les sondages d’Ipsos enregistrent, en novembre 2005, 21% d’opinions favorables, un tiers de plus que le mois antérieur (16%). Enfin, la Sofres a conclu ce 14 décembre que seulement 39% des Français considèrent « inacceptables » les idées de M. Le Pen, cinq points de moins qu’en 2004.
On n’entend pourtant pas beaucoup le vieux nationaliste de 77 ans. « Le Pen n’a pas besoin de parler. Il surfe sur une vague d’opinion, il est très habile pour cela ». Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po Paris, et auteur de plusieurs œuvres de référence sur l’extrême-droite en France et en Europe, est le plus grand spécialiste du Front national. Il constate, bien malgré lui, la coïncidence entre l’actualité et le discours de M. Le Pen : « Depuis 15 ans, il dit que ça va péter dans les banlieues. Et ça a pété. C’est terrible ».
Dans sa maison de Saint-Cloud, une riche banlieue parisienne, Jean-Marie Le Pen ne cache pas son optimisme. « Nous avons reçu des dizaines de milliers de mails pour nous dire que nous avons raison ».
Jean Peteaux, enseignant à Sciences Po Bordeaux reconnaît que, « dans les circonstances actuelles, rien n’empêche d’imaginer une répétition de 2002, ni même que Le Pen soit premier au premier tour ». En 2002, le leader du Front national était arrivé au deuxième tour avec 17,19% des votes, c’est-à-dire 194 000 de plus que le candidat suivant, le socialiste Lionel Jospin, depuis lors retiré de la vie politique. « En 2007, il peut parfaitement y avoir un premier tour avec 15 ou 20 candidats [en 2002, il y en a eu 16] », calcule M. Peteaux. Et la dispersion des voix favorise arithmétiquement les challengers comme M. Le Pen.
Nouveaux concurrents
En 2007, M. Le Pen devrait affronter deux nouveaux concurrents, Philippe de Villiers et Nicolas Sarkozy. Le premier a développé, depuis le référendum sur la constitution européenne, un discours xénophobe sur l’ « islamisation » de la France. Nonna Mayer, auteur de Ces Français qui votent FN, affirme que M. de Villiers est « un concurrent direct qui va jouer sur son électorat de droite traditionnelle et catholique. Il développe une image dure, mais respectable. Il n’a pas le même passé que Jean-Marie Le Pen. Et jamais il ne dérapera sur l’antisémitisme » (M. Le Pen a répété il y a un mois que les chambres à gaz étaient « un détail dans l’histoire de la Seconde guerre mondiale »).
La concurrence de son autre rival, M. Sarkozy, sera plus indirecte, mais peut-être aussi plus efficace. L’intention du populaire ministre de l’Intérieur de « nettoyer au Kärsher » les banlieues, le qualificatif de « racaille » qu’il adresse à certains jeunes et son désir d’incarner une droite « sans complexes », sont susceptibles d’attirer les électeurs de droite qui considèrent que l’Union pour un mouvement populaire (UMP, le principal parti de droite, que préside M. Sarkozy) a trop dérivé vers le centre. Pour M. Perrineau, « Sarkozy, c’est autre chose que Le Pen. Il a été très dur vis-à-vis de Le Pen dans les débats télévisés. Mais il développe une thématique sécuritaire, sans céder aux excès de Jean-Marie Le Pen. Il introduit un trouble auprès des électeurs du FN et peut les séduire ».
Le dirigeant frontiste détient un argument tout prêt contre ceux qu’il considère comme ses imitateurs : « Les Français préfèrent toujours l’original à la copie ». Il dit ne pas croire que les déçus de la droite passés au FN retournent à l’UMP de Sarkozy. Quant à Villiers, c’est selon lui « un chien courant, chargé de rabattre, d’amener vers M. Chirac des voix qui, sans lui, iraient chez Le Pen ». M. Le Pen rappelle que le petit parti de M. de Villiers s’est toujours proclamé « membre » de la majorité gouvernementale. Et il conclut en utilisant un terme inventé par Perrineau : « La lepénisation des esprits ne m’enlève pas de voix, bien au contraire ».
Les idées lepénistes ont beaucoup d’échos lorsqu’il s’agit de diagnostiquer une crise et de désigner l’« immigration massive » comme source de tous les problèmes de la France. Mais l’on connaît moins l’irréalisme de beaucoup de ses propositions. Après les violences urbaines, le leader du Front National a proposé, par exemple, l’« expulsion » des fauteurs de troubles, alors que 80% d’entre eux, nés en France, sont français, et donc inexpulsables.
500 signatures
M. Le Pen n’a pas encore la garantie de pouvoir se présenter à l’élection présidentielle. Pour éviter la prolifération des candidatures, la législation française oblige les candidats potentiels à obtenir les signatures de 500 élus. Il est aujourd’hui difficile de trouver des maires non frontistes qui acceptent de voir leur nom publié au Journal officiel à côté de celui de M. Le Pen. En 2002, le président du FN dénonçait un « scandale » lorsqu’il peinait à rassembler les signatures.
Les spécialistes s’accordent à dire qu’en 2007, à un an des élections municipales, M. Le Pen aura des difficultés à obtenir les signatures des élus. Selon M. Peteaux, « On peut imaginer qu’il y ait un gentlemen’s agreement entre l’UMP et le Parti socialiste pour boycotter Le Pen et l’écarter de la compétition ». Les deux grands partis de France ont un an pour résoudre un dilemme démocratique : empêcher une candidature qui, en 2002, a rassemblé près de cinq millions de votes (en dissuadant leurs élus de signer en faveur de M. Le Pen), ou permettre une nouvelle présence du candidat xénophobe au second tour de la plus importante élection nationale.
France Politique Racisme Violence urbaine Démocratie Elections

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Oui, moi par exemple. Mais obligé par les circonstances et à l’insu de mon plein gré. (...)
24/03 12:42 - MarsupilamiJe vis le même decalage vers le bleu depuis ma jeunesse, on devient des vieux cons (...)
24/03 12:25 - faxtronicEt vous attendez quoi de votre vote ?
24/03 12:09 - MathieuA 15 ans ,j’etais SOCIALISTE, trouvant formidable que l’on redistribue (...)
24/03 11:46 - RAPPOLSTEINLe FN n’est-il pas un parti comme les autres avec des idees, un programme, des élus et (...)
06/02 13:37 - chris"Tous sauf le FN pour des raisons d’éthique". Belle réplique, à sauver de l’oubli, (...)
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