Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Les conservateurs européens sont en train de brider le rêve européen (...)

Les conservateurs européens sont en train de brider le rêve européen !

Face à la Chine, on savait depuis longtemps que la droite française oscillait entre fascination infantile et cynisme complet. Ces dernières années, on ne compte plus les cris énamourés et autres dithyrambes serviles à l’endroit du régime chinois. Tout plaît à la droite dans ce pays : sa croissance hors norme, son autoritarisme sans états d’âme, son libéralisme échevelé. Notre Raffarin national a même été jusqu’à commettre un livre à la gloire du régime, curieusement paru uniquement en Chine et en chinois. Le sénateur de la Vienne aurait-il peur qu’on lise sa prose ? Mais l’annonce d’une participation des pays émergents, et en premier lieu de la Chine, à un plan de sauvetage européen, résonne comme un coup de tonnerre aux oreilles des Européens.

Henri Guaino, conseiller de Sarkozy, a déclaré ceci à l’issue du sommet européen de jeudi dernier : « Il est hors de question de négocier des contreparties. Si la Chine vient, c’est pour faire un placement dans un fonds qui va jouer un rôle important dans la stabilité mondiale ». Autrement dit : « Dormez sans crainte, braves gens, on prend l’oseille et ils la fermeront »… Avec un toupet incroyable, le conseiller de Sarkozy va jusqu’à nier l’existence de contreparties à une participation directe de la Chine. Aveuglement ou mensonge, revenons d’abord sur les résultats du sommet avant d’aborder son versant asiatique.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, nul ne sait si l’accord conclu au terme du sommet européen jeudi dernier est encore valable, le premier ministre grec ayant décidé de recourir au référendum puis d’y renoncer.

Les résultats du sommet, lamentables, étaient les suivants : renoncement par les banques privées sur la base du « volontariat » à 100 des 350 milliards d’euros de la dette grecque. Athènes recevra de nouveaux prêts internationaux de 100 milliards d’euros. Recapitalisation des banques européennes à hauteur de 100 milliards environ d’ici juin 2012, en partie pour leur permettre de surmonter la décote de la dette grecque où elles sont exposées. Et enfin, sans augmenter les ressources propres du Fonds européen de stabilité financière (FESF), porter ses garanties à 1 000 milliards d’euros grâce à un effet de levier assuranciel et à l’appel aux pays dits émergents via la création d’un nouveau véhicule de crédit. En contrepartie pour le peuple grec, une nouvelle cure d’austérité telle qu’aucun pays développé n’en a jamais subi, imposée par l’extérieur, sans choix possible, et en prime une mise sous tutelle de fait du pays par la BCE, la Commission et le FMI.

La décote de la dette grecque est insuffisante pour espérer sortir ce pays du drame où il sombre. Faute d’avoir pris hier des décisions pourtant moins douloureuses que celles prises aujourd’hui en catastrophe, dans l’intervalle les marchés en ont profité pour l’écraser sous des taux d’intérêts usuraires, lesquels creusent leur tour la dette. Quant aux pays susceptibles d’être attaqués eux aussi, y compris les « grands », la seule mesure qui permettrait de les préserver collectivement de la contagion (faire de la Banque centrale européenne le prêteur en dernier ressort) n’a pas été prise et n’est pas prête de l’être. Le refus absolu d’Angela Merkel, sous la pression de son parlement, d’augmenter ne serait-ce que d’un centime la contribution allemande au fonds a été décisive. Comme l’écrivait François Schwartz la semaine dernière sur ce blog, ce sont autant de non-décisions signifiant en réalité un quasi-abandon au marché triomphant : « On se refuse de couvrir les besoins de financement de pays en situation difficile pour se contenter de rendre leur accès aux marchés plus aisé en diminuant par l’assurance le coût de leurs emprunts et en augmentant le pool des créanciers potentiels par de nouveaux véhicules financiers. »

Après une euphorie de courte durée jeudi, les marchés ne s’y trompaient d’ailleurs pas et replongeaient dans le marasme dès le lendemain car beaucoup restait à faire pour préciser la mise en œuvre de l’accord. Ainsi, le taux de couverture de son nouveau mécanisme d’assurance-crédit n’a pas encore été précisé. Les problèmes de la Grèce restent non résolus : effacer 50 % des créances bancaires ne va réduire que d’un sixième la dette publique totale du pays, et n’améliorera en rien la notation du pays : les Grecs ne peuvent toujours pas revenir à un financement normal sur les marchés. L’agence de notation Fitch Ratings a par exemple indiqué que la restructuration de la dette grecque maintiendrait le pays dans la catégorie de valeur spéculative. Selon elle, la décote de 50 % demandée aux banques constituerait un « événement de crédit » susceptible d’entraîner l’activation de CDS contre le risque de défaillance.

Bref, ce sommet est un désastre, il ne règle rien, ne permet au mieux que de gagner quelques semaines Quelques jours en fait, au rythme où vont les choses. Même si la note accordée au FESF reste la meilleure, AAA, la BCE devra continuer de jouer les pompiers de la zone euro en rachetant des obligations publiques. Toutes ces décisions vont dans le même sens : hors du marché, point de salut. Mais, oh miracle !, Sarkozy et Merkel ont trouvé la solution : l’appel aux pays émergents (Chine, Russie, Inde, Afrique du Sud). Il faut pourtant s’interroger sur la voie ouverte par les dirigeants européens, en particulier cette entrée en fanfare de la Chine comme solution à la question de la dette.

À première vue, il n’est pas scandaleux que la deuxième puissance économique de la planète, premier exportateur mondial, détenant surtout les plus grandes réserves de change (3 200 milliards de dollars), investisse une partie de son colossal trésor en Europe. Son premier marché d’exportation est l’UE, elle a donc intérêt à une sortie rapide du marasme économique et de la crise de l’euro.

La Chine détient déjà des dettes souveraines européennes, à hauteur de plus de 500 milliards de dollars. Bien sûr, elle n’est pas la seule : hors UE, c’est le Japon qui détient le plus de dettes souveraines européennes. On a même appris grâce à la visite du directeur du FESF à Pékin que l’Asie dans son ensemble détenait 40 % des obligations émises par le fonds. Mais en créant une structure spéciale à laquelle participeront des investisseurs étrangers, on change surtout de dimension politique.

On dit « pays émergents » mais tout montre que c’est d’abord sur la Chine que nos dirigeants comptent pour obtenir des capitaux. Dès la fin du sommet jeudi soir, Nicolas Sarkozy avait déclaré que la Chine avait « un rôle majeur à jouer », avant d’appeler le numéro un chinois pour l’informer de ses résultats et le pousser à investir dans le FESF. Le directeur du FESF, Klaus Regling, entreprenait lui carrément le voyage à Pékin pour faire de même : amis Chinois, vos investisseurs seront assurés contre un cinquième des pertes initiales si nécessaire et les titres de dette pourront être cédés en yuan si vous le souhaitez. Des clauses extrêmement favorables… Une supplique avant le supplice ?

Pour l’instant, ces messieurs n’ont dit ni oui ni non. Évidemment, ils ont tout leur temps. Le moins que l’on puisse dire est que leur enthousiasme pour les titres de la dette souveraine européenne est très modéré…

Sans opposer de fins de non-recevoir, les autres pays émergents, en particulier la Russie, qui pourrait participer à hauteur de 10 milliards de dollars, préfèrent le biais du FMI plutôt que de cette usine à gaz aux contours juridiques encore mal définis qu’est le FESF. Le G20 avait en effet décidé en 2009 le triplement des ressources du FMI et l’augmentation notable du poids des pays émergents en son sein. Depuis le temps qu’ils attendaient ce rééquilibrage, on comprend leur réticence à emprunter une nouvelle voie inconnue et offrant moins de garanties. La crise a beaucoup entamé les nouvelles réserves du FMI, une nouvelle augmentation de ses ressources propres a les faveurs des pays qui en disposent encore, la contrepartie étant de peser encore plus dans l’institution.

Mais la dimension politique du recours à la Chine n’a pas échappé aux peuples européens. Un véritable choc dans l’opinion. La Chine pour beaucoup est vue comme le grand gagnant d’une triche à l’échelle de la planète : le salarié chinois, sous-payé et sans droit, réduit à l’état de quasi-esclave, est désormais un concurrent direct, le vol des brevets et l’absence de toute règle permettant aux entreprises de ce pays la conquête de tous les marchés. La perte de souveraineté et les contreparties que l’Etat chinois n’oubliera pas de demander provoquent à bon droit dans l’opinion une peur bleue et une rage dont n’ont pas idée ceux qui ont promu cette idée. La Chine est devenue partie prenante de la gestion de la crise européenne : ce seul fait est déjà intolérable.

La liste est pourtant longue, très longue, de ces contreparties qui n’existent pas selon le fringuant conseiller de notre jeune papa :

Elle peut espérer l’octroi rapide du statut d’économie de marché. Prévu en 2016 par les termes de l’accord d’entrée de la Chine à l’OMC, il pourrait être avancé et les derniers obstacles levés, lui ouvrant plus encore le marché européen. Où l’on voit par ailleurs que l’UE n’est pas l’espace ouvert aux quatre vents décrits par certains.

La Chine ne se verrait plus reprocher par l’UE la non-convertibilité du Yuan ni sa sous-évaluation (d’environ 40 % selon certains économistes), ni son dumping social, ni le pillage des brevets européens. Concernant la sous-évaluation du Yuan, les Européens n’en demandaient pas autant que les Américains. Ils réclamaient surtout l’accès pour leurs entreprises au marché public chinois. Mais ne resterait face à elle qu’une Amérique bien affaiblie.

La levée de l’embargo sur les ventes d’armes, en vigueur depuis l’écrasement du printemps de Pékin en 1989 est un autre objectif de Pékin : la Chine a besoin de certaines technologies militaires qu’elle ne maîtrise pas pour accroître son poids géopolitique et faire respecter y compris militairement ses intérêts planétaires.

De solides moyens de pressions sur des dossiers stratégiques pour Pékin : Taïwan, Corée, Syrie, etc. La démocratie taïwanaise a du souci à se faire et les opposants syriens continueront longtemps de se faire massacrer par le régime d’Assad.

Mais surtout, cette décision funeste lui donne un contrôle politique quasi direct sur nos décisions économiques, car il ne saurait être question pour les Chinois de se retrouver dans la même position qu’envers les USA pendant et après la crise des subprimes. Tirant les leçons de l’expérience, ils feront tout pour bénéficier de placements sûrs, stables et liquides, pour ne pas se lier les mains et subir des pertes dues à un surendettement des Européens et à des déficits qu’ils jugeront excessifs. En clair, ils auront leur mot à dire sur nos politiques budgétaires, ne s’en priveront pas, ils ont déjà commencé.

Mais plus encore que les dettes des États, ce sont surtout les entreprises européennes qui les intéressent. Les privatisations qui accompagnent les programmes d’austérité leur ouvrent de nombreuses opportunités.

Comme le disait le journal polonais Gazeta Wyborcza : « L’Europe met tous ses espoirs dans la Chine. Un pays qui détient le record mondial du nombre d’exécutions de peine capitale et qui envoie ses dissidents politiques dans des camps de travail. Un Etat qui persécute les Tibétains et le peuple ouïghour et qui censure l’Internet. »

 

Ne nous y trompons pas, loin des propos rassurant d’un Guaino, cet appel à la Chine ressemble trait pour trait à une trahison de nos intérêts vitaux. Vous n’aimiez pas le monde bipolaire de la guerre froide ? Avec l’accord de jeudi dernier, vous allez détester le monde multipolaire.

 

Laurent Macaire


Moyenne des avis sur cet article :  2.18/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

4 réactions à cet article    


  • Alexis_Barecq Alexis_Barecq 8 novembre 2011 13:39


    Bien fait !

    Il ne faut pas sauver l’Europe.

    Il faut la moraliser, l’empêcher de nuire...

    La dictature fasciste démocratique USA et ses pays satélittes (Europe...) est à l’agonie. Et c’est tant mieux.


    • Traroth Traroth 8 novembre 2011 17:13

      J’imagine que vous ne vivez pas en Europe...


    • Heil Cartman Heil Cartman 8 novembre 2011 14:04

      Une association pour sauver l’Europe ? Pourquoi faire ? Pourquoi la sauver ? L’UE n’a apporté que deux choses à ses peuples : de la misère et de la contre-démocratie. Tenter de vouloir la sauver alors qu’elle est enfin sur le point de sombrer ne peut être que criminel.


      • jacques jacques 9 novembre 2011 09:18

        Pourquoi sauvez l’Europe,quelle crève !
        A ranger avec les délires du nazisme,du communisme,du libéralisme et tous les trucs en isme qui promettent des lendemains qui chantent à condition d’en chier toute sa vie et de faire chier les autres pendant que les élites te regardent pliées en quatre.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès