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Les deux seuls genres en politique

Ça ne vous aura pas échappé, à l’occasion des municipales 2008 nous avons assisté à une première en politique : en effet pour la première fois dans une élection française une force politique importante, le MoDem, n’a pas répondu aux schémas classiques d’alliances exclusives. Que ce soit dans ses alliances protéiformes - MoDem-PS, MoDem-UMP, MoDem-PS-PC, MoDem-PC, etc. - que dans ses choix d’autonomie justement en rupture au regard des stratégies ordinaires d’alliance avec l’un ou l’autre des deux courants idéologiques du paysage politique, à savoir la gauche ou la droite. Bayrou nous avait déjà fait le coup du « ni-ni », mais là on est plutôt dans le « ni-ni-et-et ». De quoi rendre un positionnement totalement incompréhensible et bien que les enjeux des municipales soient avant tout locaux, au plan national ça donne soit l’impression d’un machin politicien et opportuniste (pléonasme ?), qui cherche seulement à monnayer son petit capital de voix contre un maximum de sièges, soit d’un club de revanchards ayant perdu leur place ailleurs ou n’ayant jamais pu l’obtenir. Voilà en surface l’impression que ça peut donner. Mais au moins cette originalité a eu le mérite de faire apparaître un nouveau genre en politique, ouvert au dialogue à toutes les sensibilités ou refusant d’adhérer à une pensée lobbyiste. Car voilà finalement les deux seuls genres en politique : être démocrate ou faire du lobbying.

Commençons par le second genre, le seul finalement que nous ayons connu jusqu’ici : le lobbying. Qu’on ne s’y trompe pas, la gauche et la droite sont des dogmes lobbyistes qu’on pourrait vulgariser ainsi : d’un côté le lobby collectiviste de ceux qui n’ont pas les moyens de faire évoluer seuls leur condition (pas forcément les plus désœuvrés), de l’autre le lobby capitaliste de ceux qui ne souhaitent pas partager le fruit de leur labeur. Bien sûr à des degrés différents et dans un idéal plus ou moins radical. Plus largement, il existe de très nombreux lobbys, également présents dans le débat politique : les lobbys religieux, les lobbys syndicalistes, les lobbys indépendantistes, etc. Le principe du lobbying est simple : on attend de son combat partisan une victoire pour mieux servir son idéal et bien entendu ses intérêts individuels ou corporatistes, par exemple « si je vote pour la droite je payerai moins d’impôts ». L’activation d’un militantisme ou d’une sympathie lobbyiste peut se trouver également motivée par la volonté de combattre un lobbying antagoniste et d’en atténuer ainsi les effets : par exemple une frange non négligeable d’électeurs alterne un vote de gauche et de droite selon que la situation leur paraît plus à l’avantage des collectivistes ou des capitalistes, provoquant ainsi les nombreuses alternances gauche-droite au pouvoir. Le lobbying trouve souvent son origine dans la condition sociale, mais également dans l’éducation, dans son réseau ou dans l’extrapolation médiatique de certaines problématiques par exemple. En politique, le lobbying aboutit généralement à de l’immobilisme ou du réformisme sclérosant : en effet, lorsque les intérêts d’un individu ou d’un groupe d’individu sont menacés, le lobbying s’active soit par la grève, les manifestations, le vote sanction, etc. Du coup, le pouvoir est souvent contraint d’abandonner un projet de réforme ou de l’accompagner de mesures d’équilibrage qui annulent souvent le bénéfice général de ladite réforme. Bref, on n’avance pas beaucoup avec ce premier genre en politique qui, rappelons-le, est le seul genre que nous avons connu jusqu’ici et qui entretient un conservatisme de petit progrès, les promesses de grandes réformes aboutissant généralement à un pétard mouillé voire à une régression collective. Or, le monde connaît une évolution de plus en plus rapide et menaçante pour les équilibres fondamentaux, celui de l’environnement en premier chef. Donc, il paraît de plus en plus irresponsable car fatal de s’inscrire dans cette démarche de pensée lobbyiste dans laquelle on s’enlise sans inverser l’évolution négative et massive de la société. On savait le lobbying souvent utopique, mais le conservatisme qui en accepte le jeu l’est tout autant.

Or, il existe un nouveau genre en politique, celui précisément de François Bayrou et du Mouvement Démocrate. Bien que l’illustration n’ait peut-être pas été très claire jusqu’ici... Ce nouveau genre est pourtant simple : il s’agit d’être démocrate. Vous allez me dire : « mais nous sommes tous démocrates ! ». Pas exactement, car pour être réellement démocrate il s’agit de lutter contre tous les lobbys, y compris le lobby de sa propre pensée. Etre démocrate, c’est considérer le peuple et son évolution dans son ensemble, dans l’intérêt général, donc en faisant abstraction de ses propres idéaux personnels sur des sujets précis et bien entendu de ses propres intérêts individuels. Plus compliqué déjà. Mais pas en faisant abstraction de ses connaissances et de son expérience, surtout pas, car être démocrate c’est accepter le dialogue et y contribuer du mieux possible, en apportant des arguments objectifs, des éclairages empiriques, des raisonnements logiques. Le démocrate ne se pose pas la question de savoir si une solution est plutôt de gauche ou de droite, plutôt comme ci ou comme ça, il se demande simplement s’il s’agit d’une bonne solution et surtout de la meilleure. Et méfiez-vous des renards à plumes ! Car beaucoup se revendiquent de l’ouverture, de l’humanisme, etc. En réalité, dès que vous abordez un sujet précis qui touche le lobbying persistant de leur propre pensée, ceux-là mêmes qui se disent démocrates ferment rapidement la discussion. A l’aide d’exagérations fantasmagoriques - « on va tous finir comme ci ou comme ça », de références littéraires ou cinématographiques - Bienvenue à Gattaca, 1984, etc., d’illustres et funestes références historiques comme le nazisme ou les révolutions communistes - principe du point Godwin, ou bien en s’appuyant sur de fausses données scientifiques. Dès lors, le ton monte, le dialogue tourne court et le lobbying triomphe. Pas facile d’envisager qu’une mesure démocratique ne soit pas à leur avantage personnel ou à celui de leur corporation. Pourtant, il en va de la survie collective et au regard de la gravité des bouleversements actuels, il faudra bien accepter le dialogue et l’ouverture d’esprit, pour le bien de tous et non plus seulement de sa propre personne. Sinon, par la force des choses sur lesquelles nous n’agissons plus, nous y perdrons tous chacun notre tour et au final dans notre ensemble.

La démonstration politicienne du MoDem aux municipales aurait certainement mérité une meilleure explication au préalable, voilà qui est fait. Maintenant, à l’heure où 90 % des électeurs se portent encore vers un genre lobbyiste, le développement du vote démocrate serait une véritable révolution, une révolution démocrate.

par Yann 35 mardi 18 mars 2008 - 18 réactions
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  • Par Massilia (xxx.xxx.xxx.20) 18 mars 2008 16:43

    Très bon article, qui rejoint bien le sens de mon engagement : le modem est le seul parti à réellement oeuvrer pour l’intérêt commun. Le jour où cette idée aura progressé dans l’esprit des gens (qui associent encore trop souvent, et à tort, l’intérêt général à la gauche), nous aurons réellement réussi à imposer notre mouvement. Mais que la route est longue et semée d’embuches !

  • Par FAZ21 (xxx.xxx.xxx.195) 18 mars 2008 23:32

    On peut, sur le plan intellectuel, regretter le manichéisme de l’article qui semble dénier finalement à toute personne se réclamant de la gauche comme de la droite une vraie passion pour l’intérêt général au delà de son intérêt particulier et/ou de son activité "lobbyiste".

     

    On peut aussi être un peu attendri par la vision d’un François Bayrou, déjà vieux grognard de la politique, qui serait récemment et uniquement touché par la grâce de la troisième voie (ou plutôt de la deuxième façon de faire de la politique) et dont l’objectif ultime ne serait pas (même, à l’instar de son sujet littéraire Henri IV, au prix d’une messe...) de se forger un destin national sur la base d’une nouvelle organisation politique faite de nouveaux enthousiasmes.

     

    Il n’en est pas moins rafraîchissant de constater que beaucoup de personnes, souvent jeunes, mettent leur idéal au service de l’ouverture d’esprit, du dialogue sans a priori, et de la primauté du bon sens sur le dogme.

     

    C’est sans doute pour cela que le moins jeune sceptique que je demeure a rejoint leur groupe... ne serait-ce que pour ne pas être absent de cette tentative qui a peut-être une chance de porter quelques fruits positifs dans l’inconscient politique collectif.

     

    FAZ21

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