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Accueil du site > Actualités > Politique > Les économistes ont-ils encore quelque chose à dire ?

Les économistes ont-ils encore quelque chose à dire ?

Ils sont moins en cause que les responsables politiques, prompts à déformer les données macroéconomiques à leur avantage, comme de simples éléments de langage. Le budget 2011 voté l'an passé révèle ainsi après coup ces accommodements avec les chiffres. On verra dans un deuxième temps que sur le terrain, en Seine-et-Marne, les politiques économiques s'incarnent tragiquement...

 

En sortant des tiroirs un document de l'année passée, on prend la mesure de la crise. Il s'agit du projet de loi de finances 2011 encore aujourd'hui en ligne (source) dans lequel la science économique sert à tirer des plans sur la comète. Quelques mois plus tard, la vérité se fait jour même si la majorité des Français n'en savent rien encore. Sauf à La Ferté sous Jouarre, j'y reviendrai.

*

A l'intérieur du tableau intitulé 'programmation des finances publiques (2011-2014)', il y a trois lignes soulignées. La première touche au 'solde des administrations publiques' en décrue rapide (de -7 à -2%). La deuxième décrit la dette publique par rapport au PNB. La situation se détériore en 2012-2013, puis - preuve d'une gestion efficace - l'assainissement des comptes apparaît. Qui lira la troisième ligne ? Le taux de prélèvements obligatoires prend deux points en quatre ans (de 41,9 à 43,9 %). L'hypothèse de croissance sous-jacente, est consignée en tout petit tout en bas. 2010 : 1,5 %. 2011 : 2 %. Après 2012, c'est le Pérou à + 2,5 %.

Le deuxième volet est consacré aux dépenses (rappel)... Les dépenses de consommation des ménages ne cessent de s'améliorer (page 3) : + 0,6 % en 2009, + 1,4 % en 2010 et + 1,7 % en 2011. Bien sûr. Dans la partie droite, le tableau général indique la progression de la 'dette publique et garanties' entre 2010 et 2011 (de 43,2 à 45,6 milliards : le poids des intérêts...) et la stabilité des 'dépenses - personnels' à 117 milliards d'euros (à 60 % destinées aux salaires).

Les 'autres dépenses' s'affaissent (de 159 à 124 milliards) grâce à la baisse des interventions et de l'investissement. Pour le fonctionnement, en revanche pas de surprises. Les dépenses progressent légèrement. On voit la force des gestionnaires...

La ventilation par ministères (rappel)... La liste est alphabétique, comme pour donner l'impression d'égalité de traitement et d'unité de l'action gouvernementale. Mais si l'on recherche les ministères les mieux dotés, on peut facilement isoler ceux qui s'appuient sur des 'autorisations d'engagement' (que l'on pourrait traduire par 'budgets prévisionnels') supérieures à 10 milliards d'euros.

On retiendra (en milliards d'euros) : 1. l'Enseignement scolaire (62) ; 2. La Défense (42) ; 3. la Recherche & Enseignement sup. (25) ; 4. La Sécurité (17) ; 5. La Solidarité, insertion & égalité des chances (12) ; 6. Travail & emploi (12) ; 7. Gestion finances publiques et ressources humaines (12) ; 8. Ecologie, aménagement & dvt durables (10).

Plus étonnante est la liste des quelques ministères pour lesquels les 'crédits de paiement' (budgets effectifs) arrivent en deçà des précédents. Pour ceux-là, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. En commençant par la fin, je relève (en milliards d'euros) : la Recherche (- 0,18), l'Outre-mer (- 0,18), la Justice (- 1,7), l'Ecologie (- 0,5), la direction de l'action du gouvernement (- 0,4), la Défense (- 4,5), l'Aide publique au dvt (- 1,2).

C'est ce dernier paragraphe qu'il faut garder en mémoire dans la perspective de nouvelles coupes budgétaires. Parce qu'il permet d'avoir une idée des ministères qui seront bientôt mis à contribution.

Malgré une hypothèse de croissance généreuse (rappel) la dette s'accroît. La baisse du nombre de fonctionnaires ne provoque pas d'amélioration perceptible. Pas un ministère n'échappe pourtant aux dégraissages : au total, - 31.000 postes 'équivalents-temps-pleins'.

Dans le tableau (page 4) récapitulant les recettes, les déséquilibres se renforcent. Pour les impôts directs (- 2,5 %) la dégradation sur un an est moins nette que pour les impôts indirects (- 9,3 %). Encore espère t-on une progression de l'impôt sur les sociétés et sur la TVA. Il faut reconnaître qu'il y a dans les deux cas une marge de progression : restitutions et remboursements allègent de façon très sensible la charge pesant sur les entreprises.

 *

Imaginer les futures coupes budgétaires relève cependant de l'exploit. Au Royaume-Uni, le gouvernement Cameron n'affrontera pas ses électeurs en 2012. Il a donc pris le taureau par les cornes - du moins le croit-il - et annonce des fortes baisses dans les dépenses publiques. Seront d'abord concernés les retraités de la fonction publique. Ceux-ci cotiseront davantage, partiront plus tard... Pour une pension moins généreuse. Les collectivités locales recevront moins de l'Etat. Les deux fonctions publiques verront également leurs effectifs rétrécir. Cette austérité précipite le pays dans une grève historique. Celle-ci pourrait n'être que de courte durée, tant le secteur privé se trouve peu concerné (source). Les Britanniques ne manqueront pas de remarquer que la punition tombe sur ceux qui semblent avoir peu pêché ; je reprends l'expression morale à dessein. A tort ou non désignés comme fauteurs de trouble ou de crise, les gagnants d'hier semblent au contraire s'en sortir indemnes.

En France, les échéances électorales prochaines forcent les partis majoritaires à s'accommoder de la réalité. Le gouvernement multiplie donc les expédients pour édulcorer les faits. L'OCDE alerte l'opinion sur l'ampleur de la récession, tout en recourant à une expression conciliante ('La France est entrée 'dans une brève période de récession'') ? Les ministres prennent le lendemain la parole pour unanimement contredire les experts de l'organisation internationale. Que ces derniers puissent approcher d'une vérité plus incontestable que celle exprimée par l'inspection des finances importe finalement peu.

Sur France 2, Valérie Pécresse refuse toute révision de la prévision (+ 1 % en 2012, alors que l'OCDE table sur trois fois moins). Sur France Info, François Baroin joue au plus malin : "les prévisionnistes partagent avec les météorologues et les cartomanciennes ce fort degré d'incertitude". En résumé, une majorité gouvernementale peut librement construire des châteaux en Espagne, quitte à se contenter ensuite d'improbables fondations. Il ne s'agit pas ici de prendre fait et cause pour l'OCDE. Celle-ci peut effectivement endosser à tort les habits de Cassandre avec des mauvais chiffres. Mais les fonctionnaires n'échapperont pas à une nouvelle restriction budgétaire. Le nombre de chômeurs a cru de 34.400 en octobre, pour atteindre un total de 2,8 d'inscrits (4,19 millions si l'on ajoute les personnes ayant une activité réduite) (source).

Le responsable politique croit au verbe créateur mais le cercle des gens crédules se réduit. Bien sûr, on peut comme Alain-Gérard Slama diluer le problème dans un phénomène plus large : celui de la disparition du citoyen défini par sa responsabilité individuelle (source). Je ne vois pas aussi loin et me contente d'isoler un duo mortifère : le discours lénifiant (tout va bien chez nous) allié à la mauvaise gestion. Un jour on annonce la mise en place d'une filière du photovoltaïque, et trois ans plus tard on l'abandonne en rase campagne (source). En fin de compte, l'autorité agit à retardement, dans la précipitation. Ainsi, la récession forcera bientôt Matignon à décider dans l'urgence de nouvelles restrictions. On pourrait à l'inverse attendre du candidat de l'opposition la même franchise. La crainte d'une déroute électorale tempère l'enthousiasme des socialistes les plus courageux.

L'échec de l'aménagement du territoire va illustrer ma conclusion, grâce à un excellent entretien réalisé par Rue89  : 'Dans un mauvais lycée, des fins de mois sans nutella'. Nolwenn Le Blevennec s'est rendue en Seine-et-Marne, à La Ferté sous Jouarre, dans un chef lieu de canton d'un peu moins de 10.000 habitants (Insee). La commune se situe dans le même arrondissement que Meaux, la ville dont le maire aspire aux plus hautes responsabilités nationales. La Ferté est au milieu d'une riche région agricole partagée entre la céréaliculture et l'élevage laitier destiné à la fabrication de fromages (Brie et Coulommiers), cette périphérie orientale de la région parisienne se trouve bien sûr au delà de la confluence de la Seine et de la Marne ('Que la Marne en furie...'), au delà des villes champignons plus récentes ('Bussyland').

Le désastre de l'étalement urbain. Toutes les annonces immobilières, dans cette ancienne capitale de la meulière rasée en septembre 1914 - la bataille de la Marne se déroule là - précisent que les trains franciliens desservent la gare. Elles ajoutent que, moyennant une somme supérieure à 200.000 euros, les nouveaux propriétaires ont pu acquérir leur maison avec quelques travaux. Pour rester en deçà de cette somme, ils ont du consentir à s'éloigner dans un village environnant. Ainsi, ils ont évité le coup de massue d'un achat dans l'agglomération parisienne ['L'idéal de la hutte']. Leur lieux de travail les obligent à passer beaucoup de temps dans les transports : 'L'erreur du RER'.

Grâce à Nolwenn Le Blevennec, on comprend pourquoi les Restos du coeur ont prévu 32 centres cet hiver en Seine-et-Marne. La journaliste a interrogé les lycéens de Samuel-Beckett, l'un des plus mauvais établissements français si l'on en juge par les résultats moyens obtenus au bac (55 %). Ils se retrouvent là par hasard, sans aucune attache visible à la ville ou à son environnement agricole. Ces déracinés expriment les conséquences de la précarité de leurs parents, l'éclatement des cellules familiales, et la difficulté à joindre les deux bouts. Tous restent dignes, sont lucides sur leurs situations, mais font montre d'ambitions professionnelles très limitées. Fiers sans joie.

 *

Nous entrons dans une crise politique à l'issue incertaine. Celle-ci résulte d'une faillite qui tient moins aux promesses non tenues - il y en aura toujours - qu'à un bilan accablant. A droite comme à gauche, l'économie a agrémenté les programmes à des fins partisanes, comme les grands groupes industriels usent des slogans écologiques pour paraître plus avenants (green washing). Il s'agissait de justifier telle ou telle action politique. En congédiant les économistes - je ne vois pas d'autres expressions pour qualifier la négation de la récession - le gouvernement aux affaires ne cache rien, il expose au grand jour son inconséquence.


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5 réactions à cet article    


  • penajouir penajouir 1er décembre 2011 13:39

    Vu le nombre de conneries qu’ils débitent à longueurs de journée, ca fait peur ! En plus tous le monde sait qu’ils sont rémunérés par les principaux enfoirés financiers qui nous ont collé dans la merde dans laquelle on est alors, si ils fermaient leurs gueules, on arrivera très bien à vivre ! 


    • Jean 1er décembre 2011 14:41

      Mon prosélytisme

      la démocratie (dépenses -30%, impôts -30%, endettement -50%, du fait des décisions et contrôle par les citoyens, quasi-disparition de corruption etc.)

      Il faut en finir par la démocratie, et non un ersatz.

      La révolution a commencé en 1789, elle finira en 20..

      En finir avec les lobbies banquiers, pharmaceutiques, ..., medef, plus de prises pour eux sur les assemblées, plus de pouvoir personnel, de corruption (pas le temps, etc.)

      Depuis des siècles, nous sommes conditionnés à être dominés par des rois, pouvoirs personnels, ...

      On se fait croire à nous-mêmes qu’ il n’ y a pas d’ autres solutions (encouragés par l’ oligarchie et les obscurantismes religieux qui font bon ménage), des exemples contraires existent de plus en plus (démocraties même partielles) dans le monde, même si encore rares.

      Re : Il faut en finir par la démocratie, et non un ersatz.

      http://www.democratiedirecte.fr/

      http://www.dailymotion.com/video/xl...

      http://www.dailymotion.com/video/xi...


      Un parti sans étiquette
      pourrait rafler les voix des abstentionnistes, déçus etc.
      (y a du monde) ; un président alors élu est chef de la police et des armées, en outre il peut dissoudre les assemblées, donc bousculer l’ oligarchie et instaurer une nouvelle constitution, à la Suisse (même en mieux).

      On peut imaginer dans les petits bourgs, un conseil municipal sans élus, mais constitué des citoyens eux-mêmes, le maire est élu pour un court mandat en tant qu’ exécutant, et contrôlé.

      Les grandes villes ...un conseil de « tirés au sort », un maire élu (court mandat et non renouvelable ? ou une fois) exécutant et contrôlé.

      Idem au niveau de l’ Etat, un président élu (court mandat non renouvelable) exécutant des décisions d’ une constituante de "tirés au sort", aidé de ministres, et aux pouvoirs limités (par ex. urgence militaire avec compte à rendre), et très contrôlé.

      Bien étudier les thèses (liens) qui font leur chemin.

      Et les bienfaits de la démocratie, en perspective : les « jeunes » participent à la vie de la cité au lieu de brûler des voitures, parité homme/femme assurée (en moyenne par le tirage au sort), les luttes de classe disparaissent (ne reste que des sollicitations à la constituante), ... (liste non limitative)

      Manifestement un nouveau parti sans étiquette à voir...http://www.lepf.fr/


    • Richard Schneider Richard Schneider 2 décembre 2011 08:39

      Article très intéressant.

      J’ai particulièrement apprécié le § intitulé « Le désastre de l’étalement urbain ».
      Le reportage paru dans Rue 89 sur ce « mauvais » lycée décrit d’une façon poignante la déshérence dune grande partie de la jeunesse, résignée, car elle sent que son avenir est bien sombre : No future.
      En revanche, je ne suis pas certain qu’en congédiant les économistes, cela soit une grande perte : la plupart des « économistes distingués » sont soit des icompétents infatués d’eux-mêmes, soit les valets des grands groupes industriels et financiers. Ils répètent inlassablement que si crise il y a c’est la faute des peuples ... Qui vont devoir expier en se serrant durement la ceinture.
      Amicalement,
      RS

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