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Accueil du site > Actualités > Politique > Les enjeux des élections municipales de mars 2014

Les enjeux des élections municipales de mars 2014

Tous les Français sont appelés à voter les 23 et 30 mars 2014 pour élire leur conseil municipal, et donc, indirectement, leur maire. Cette année, il y aura une petite révolution dans les urnes.

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Ce jeudi 6 mars 2014 à 18 heures, les bureaux des préfectures refuseront les nouvelles candidatures aux élections municipales de la fin du mois. C’est en effet le dernier délai pour se présenter à un siège de conseiller municipal. Avec deux nouveautés dans les formalités pratiques, l’obligation pour chaque candidat conseiller d’adresser au préfet une fiche renseignée sur lui (ce n’était pas le cas auparavant) et l’obligation pour la liste de définir son option politique, ce qui est souvent sans pertinence dans les petites communes où les listes sont rarement politisées.

Comme d’ordinaire pour ces élections locales, la majorité insiste sur le caractère spécifiquement local de ce scrutin tandis que l’opposition veut en faire un enjeu national pour combattre le gouvernement et en faire la première étape de la reconquête. Ce jeu de rôle est assez banal et sans trop d’intérêt. Il permettra au soir des élections de jouer sur les deux tableaux en fonction des résultats.


Enjeu national

L’enjeu de ces élections municipales est en partie national, puisque c’est le premier scrutin depuis que François Hollande est à l’Élysée, après vingt-deux mois d’exercice du pouvoir. C’est donc un moyen, parmi d’autres (sondages, manifestations, grèves, etc.) d’exprimer colère ou agacement vis-à-vis d’un pouvoir visiblement aveugle qui continue à dire que tout va mieux alors que le chômage ne cesse de croître.

Cela dit, l’UMP ne semble pas avoir plus d’adhésion enthousiaste dans les sondages que le PS. Le véritable enjeu national reste donc focalisé sur la performance du FN en sachant que le scrutin des municipales restent handicapant pour un parti qui refuse toute alliance au second tour.

La barre des 10% doit être franchie pour passer au second tour et gagner quelques sièges dans les conseils municipaux (sur France 2 le 3 mars 2014 dans l’émission "Mots croisé", la députée Marion Maréchal-Le Pen tablait sur plusieurs centaines de conseillers municipaux FN), mais l’essentiel réside dans des communes que le FN pourrait gagner comme il l’a déjà fait dans le passé (notamment en 1995) avec Marignane, Vitrolles, Toulon et (dans une moindre mesure) Orange voire Nice (avec Jacques Peyrat).

Les projecteurs se porteront donc très certainement dans certaines villes "phares" que le FN espère gagner, comme Hénin-Beaumont, Fréjus, et peut-être Forbach et Perpignan. Certaines communes qui ne bénéficieraient pas de ces projecteurs pourraient cependant "tomber" au FN avec le lot de surprises que les élections apportent habituellement.

Le FN jouit généralement de la forte abstention des sympathisants des autres partis mais les élections municipales sont, avec l’élection présidentielle, des élections où il y a le moins d’abstention. Reste à savoir si les mécontents de la politique nationale sont quand même prêts à voter pour leur maire qui, souvent, n’a pas beaucoup d’influence sur cette politique nationale décriée par plus de 80% des citoyens dans les sondages.

La nouveauté, c'est que le FN a été capable de rassembler au second tour dans des élections au scrutin majoritaire (lors de législatives partielles).



Les élections sénatoriales du 28 septembre 2014

L’une des incidences majeures des élections municipales est la composition du collège des grands électeurs pour élire, dans les départements, l’ensemble des sénateurs. Les prochaines élections sénatoriales ont lieu (en principe) le 28 septembre 2014.

Comme tous les trois ans, le Sénat se renouvelle de moitié depuis que le mandat du sénateur est de six ans. L’enjeu sera important puisque la question sera de savoir si le Sénat restera ou pas à gauche, sachant qu’actuellement, le PS n’a qu’une majorité relative et que sur de nombreux sujets, l’UMP, les centristes et les communistes réussissent à faire échouer quelques projets du gouvernement socialo-écologiste (le premier échec a concerné le bonus/malus énergétique).

Le 1er octobre 2011, le groupe socialiste avait réussi une première historique sous la Ve République, c’était d’élire au plateau (la Présidence du Sénat) un des leurs, Jean-Pierre Bel.

Or, Jean-Pierre Bel, sénateur renouvelable en 2014, vient d’annoncer, le 5 mars 2014 dans le journal "Le Monde", qu’il ne se représenterait pas au Sénat, abandonnant même la vie politique à 62 ans : « Je suis convaincu que pour redonner confiance dans la parole politique, on ne peut pas s’en tenir à proclamer des principes, il faut être capable de se les appliquer… et, d’abord, ne pas se considérer comme propriétaire de nos mandats. ». Et d’ajouter : « Je ne prétends pas à l’exemplarité ; j’ai la chance de me trouver en situation de pouvoir le faire (…). Rien ne m’oblige et, pour répondre par avance à certains commentaires orientés ou ignorants, en particulier pas la crainte des échéances à venir. ».

D’après ses calculs, Jean-Pierre Bel est convaincu que le Sénat ne rebasculera pas au centre droit en septembre et que son successeur sera encore socialiste (on peut imaginer que le sénateur-maire de Dijon François Rebsamen briguera probablement la succession, la loi contre le cumul ne s’appliquant …qu’en 2017 !).

La bataille du plateau paraît cependant bien difficile pour le moment tant pour le PS que pour l’UMP.


Enjeu local

L’enjeu local est évidemment très élevé dans de nombreuses communes et les médias nationaux auront du mal à analyser la situation exacte des trente-six mille communes.

L’UMP espère reconquérir beaucoup de villes moyennes (entre 10 000 et 50 000 habitants au détriment du PS) tandis que le PS aimerait faire quelques conquêtes symboliques ; après Grenoble, Tours, Rouen (en 1995), Paris, Dijon, Lyon (en 2001), Strasbourg, Amiens, Metz, Toulouse, Reims, Rouen, Caen (en 2008), il pourrait réussir à Marseille.

Certains maires ont annoncé qu’ils ne se représentaient plus, laissant une plus grande part d’incertitude sur le scrutin. C’est le cas célèbre de Bertrand Delanoë après deux mandats à Paris, mais aussi de Michel Destot à Grenoble (après trois mandats) ainsi que Dominique Voynet à Montreuil.

Certaines villes présentent peu de surprise, comme cela semblerait le cas pour Bordeaux (Alain Juppé), Lyon (Gérard Collomb) et aussi, sans doute, Lille (Martine Aubry), Dijon (François Rebsamen), Nice (Christian Estrosi), Nantes (la ville de Jean-Marc Ayrault) et Grenoble où la tête de liste UMP, Matthieu Chamussy, doit faire face aux exigences d’Alain Carignon. Reims et Metz devraient probablement revenir à l’UMP qui les avaient perdues en 2008 en raison de fortes divisions.

Il y aura quelques scrutins très incertains. Le premier est évidemment les batailles de Paris et de Marseille, que les sondages ont du mal à bien évaluer en raison du mode de scrutin particulièrement complexe (par arrondissements). Les duels entre la députée première adjointe Anne Hidalgo et l’ancienne ministre Nathalie Kosciusko-Morizet ainsi qu’entre Jean-Claude Gaudin et Patrick Mennucci restent assez ouverts.

D’autres scrutins sont également assez incertains.

À Nancy, l’ancien ministre Laurent Hénart (UDI) et dauphin d’André Rossinot (indétrônable maire de 1983 à 2014) réussira-t-il à gagner malgré la défaite des deux circonscriptions de la ville (dont la sienne) aux précédentes législatives ?

À Toulouse, après s’être fait élire député en 2012, l’ancien maire Jean-Luc Moudenc (UMP) parviendra-t-il à détrôner Pierre Cohen (PS) ?

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À Strasbourg, l’ancienne maire Fabienne Keller, sénatrice UMP d’origine centriste, honorée de la présence de Jean-Pierre Raffarin, Jean-François Copé et de François Fillon dans un meeting commun le 5 mars 2014, aura-t-elle la possibilité de reprendre la mairie à Roland Ries (PS) aux côtés de la candidature centriste de François Loos (UDI) ?


Première application de la réforme de la loi électorale du 17 mai 2013

La loi n°2013-403 du 17 mai 2013 a profondément bouleversé la règle du jeu dans les élections municipales. Un tel changement ne s’était pas produit depuis 1983.

En particulier, le seuil du scrutin de liste bloquée (impossible de panacher ni de raturer) a été descendu (sans raison) de 3 500 habitants à 1 000 habitants, si bien que dans beaucoup de petites communes, il n’existe qu’une seule liste candidate, ce qui donne un drôle de goût à la démocratie locale (auparavant, les candidats étaient élus individuellement, même s’ils pouvaient se présenter ensemble sur une liste).

Cette disposition (législative) plus l’obligation (préfectorale) d’indiquer l’étiquette politique de la liste tendent à politiser inutilement le scrutin municipal même là où il n’y a aucune raison de politiser. Le calcul que fait le gouvernement est sans doute dans la manière d’interpréter les résultats après les élections, en comptabilisant ou pas des scrutins de villes si petites qu’ils ne porterait aucune signification politique.

Cependant, cette loi a introduit une véritable révolution culturelle qui s’applique dès ce mois-ci : l’élection au suffrage universel direct des conseillers communautaires.

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En effet, jusqu’à maintenant, toutes les intercommunalités étaient gérées par un conseil qui était élu au sein des conseils municipaux de chaque commune membre. Mais l’intercommunalité prend souvent le pas sur les communes en terme budgétaire, ce qui crée une situation un peu "à l’européenne" où les décisions intercommunales n’émanent pas du peuple. Désormais, les conseillers communautaires seront élus en même temps que les conseillers municipaux, chaque candidat indiquant s’il est aussi candidat à l’intercommunalité ou pas.

Cette réforme encore très timide (et un peu "usine à gaz") va sensiblemment dans le sens d’une future fusion des communes au sein de l’intercommunalité dont elles sont membres. Malheureusement, les campagnes électorales ne se déroulent pas encore autour de cet enjeu (budgétairement plus important) et restent autour des communes.


Les élus locaux, acteurs de la future réforme des territoires ?

Le gouvernement a encore une fois gouverné en mettant la charrue avant les bœufs, à propos des collectivités territoriales. Pour des raisons essentiellement budgétaires, il est maintenant question de timidement reposer la question de la pertinence de conserver les multicouches territoriales (commune, intercommunalité, département, région, État, Europe).

Mais le gouvernement avait fait adopter auparavant, dans sa (même) loi du 17 mai 2013, le redécoupage complet de tous les cantons et la remise en place d’élections cantonales rebaptisées élections départementales (alors que la loi précédente les avait supprimées pour instituer un conseiller territorial à la fois régional et départemental).

Le sénateur centriste Jean Arthuis, dans "Preuve par 3" sur Public Sénat le 4 mars 2014, expliquait ainsi qu’il aurait mieux fallu d’abord redéfinir les compétences des départements et des régions avant de remettre en chantier le découpage de tous les cantons, remarquant que dans son département, il y aurait ainsi un conseiller départemental de plus alors que l’objectif serait plutôt d’en réduire le nombre.

Cette histoire de redécoupage des cantons est une vaste opération de manipulation de la part du pouvoir, qui, sous prétexte de parité homme/femme, a redessiné une carte complètement incohérente sur le plan des limites territoriales (certains cantons empiètent sur des intercommunalités différentes) ou sur le plan démographique.

D’ailleurs, la plupart des élus (autres que du PS) ont contesté ce chantier d’autant plus étrange que l’idée serait plutôt de découper le pays en seulement deux entités, la région (éventuellement plus étendue que maintenant) et une sorte d’intercommunalité qui serait entre le département et la commune (c’est ce qui semble se produire pour l’agglomération de Lyon, un peu à l’instar de la ville de Paris qui est également département).

Tous les élus municipaux qui vont être choisis par les électeurs à la fin du mois seront forcément la force vive de cette réforme structurelle nécessaire. En ce sens, l’enjeu est essentiel. Le pays est-il capable de se réformer pour réduire les clientélismes locaux ? Le gouvernement ne semble pas particulièrement déterminé à avoir une vision bien claire dans ce domaine.


Il faut voter

Le scrutin municipal est un scrutin qui devrait faire sens à tous les citoyens, car les décisions du conseil municipal influent directement sur la vie quotidienne. Tâche ingrate, pas forcément très valorisante, les élus municipaux sont généralement là au service de leur administrés, pour améliorer leur vie.

Alors, ne laissez pas les autres décider à votre place.
Les 23 et 30 mars prochains, votez !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 mars 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Scrutins locaux : ce qui va changer.

Historique de cette réforme des scrutins locaux.
Texte intégral de la loi votée définitivement le 17 avril 2013.
Analyse du scrutin du 17 avril 2013 : qui a voté quoi ?
Les dernières régionales (2010).
L’occasion perdue des Alsaciens.


 


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Réagissez à l'article

13 réactions à cet article    


  • bnosec bnosec 7 mars 2014 13:12

    Votre façon d’écrire FhaiNe est certes l’apogée de votre agumentaire mais est vraiment puérile et ridicule...
    On croirait entendre l’américain Noah chanter sa nouvelle bouse.


  • CASS. CASS. 7 mars 2014 16:52

    il n’y a pas d’upr dans ma commune donc je ne voterai pas, tout comme je n’ai pas voté au deuxiéme tour des deux derniéres présidentielles, sans blague quelle honte cette gueule d’enfonceuses de poulet en vagin dites marianne, la france est helleniste issue des cultures de la philosophie sciences etc etc proto indo européenne ou sanskrit point barre et vive la Russie de Poutine qui a retrouvé son âme et sa culture grace à Poutine.


  • Fergus Fergus 7 mars 2014 10:08

    Bonjour, Sylvain.

    Les Français semblent faire clairement la différence entre la politique nationale et les enjeux locaux, et c’est une bonne chose. Cela dit, des surprises sont à prévoir, et pas forcément dans le sens que souhaiterait la droite. Un sondage Ifop/Le Point montre en effet que 67% des Français affirment vouloir aller voter. Or, c’est très exactement la participation enregistrée en 2008. Où donc est passée la démobilisation des électeurs de gauche censés s’abstenir en grand nombre ?

    Autre chose : on annonce, au mieux une défaite, au pire une déroute de la gauche. Et si la réalité était beaucoup plus nuancée, précisément à cause du caractère local de ce scrutin ? Certes, un nombre relativement important de villes moyennes devrait être perdu par la gauche, mais l’on oublie que celle-ci peut également en gagner. Ce sera peut-être le cas dans ma propre ville, Dinan, ainsi qu’à Saint-Malo et dans d’autres villes de l’Ouest qui semblent pouvoir basculer à gauche.

    Au plan national, vous évoquez Strasbourg et Toulouse qui pourraient basculer à droite. Mais comment analysera-t-on les résultats si Paris reste à gauche et si, dans le même temps, Marseille et Avignon basculent à gauche ?

    A suivre, avec beaucoup d’intérêt...


    • Fergus Fergus 7 mars 2014 10:29

      Dernière minute : d’après un sondage Harris-Interactive pour Europe 1, ce sont même... 77 % des Français qui déclarent vouloir aller voter aux Municipales. Dix points de plus que pour l’Ifop il y a quelques jours. Si cette participation se vérifie, il est évident qu’elle fera voler en éclats les « prophéties » des politologues.


    • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 7 mars 2014 12:49

      salut Fergus,

      Rien à voir avec le sujet, plutôt clin d’oeil perso : je pensais seulement qu’à la faveur du resurgissement actuel de certaines affaires, nous allons peut-être avoir le plaisir de pouvoir lire quelques nouveaux billets savoureux d’un certain Peachy, qui nous avait donné rendez-vous pour cette occasion... En tous cas je l’espère.

      Après, les municipales, c’est marrant, mais par exemple, personnellement, je ne suis toujours pas décidé : assez rare mais dans mon village, il y a un maire communiste qui fait tout tout-seul en véritable dictateur, qui a l’air de faire chier tout-le-monde (tous les conseillers et/ou adjoints ont plus ou moins claqué la porte du conseil municipal, m’a-t-on rapporté), mais qui présente des comptes communaux, désastreux lorsqu’il est arrivé,... positifs et désendette clairement le village, l’arrachant même récemment des mains d’Estrosi qui voulait l’avaler dans sa communauté d’agglo, en écrivant directement à Valls, le tout dans une nébulosité complête, mais çqui à l’évidence marche. Finalement je crois que je vais l’aider, j’ai bien fait d’en parler, je me suis décidé.

      Comme quoi, voilà la réponse : Localement je vote communiste. Nationalement, je ne crois pas me souvenir que ce me soit déjà arrivé ; je serais donc l’exemple-type de la non fiabilité des sondages issus de tendances nationales pour augurer des résultats des municipales. J’en suis la preuve à peu près vivante.

      A+, je vais tenter d’aiguillonner Peachy...


    • Fergus Fergus 7 mars 2014 16:44

      Salut, Manu.

      Le regard pertinent de Peachy ne manquerait en effet pas d’être intéressant en cette période électorale dans une France en pleine tourmente économique et politique.

      Bonne journée.


    • claude-michel claude-michel 7 mars 2014 10:16
      Municipales : les propositions choc des associations gays et trans

      L’association a élaboré une grille d’évaluation pour déterminer la « compatibilité » des candidats avec les revendications et prône notamment la défense des livres pour enfant « permettant d’expliquer la diversité des familles ».....Les faschos du sexe...heu..les fâchés du sexe normal en campagne électorale...pour « labelliser » leur relations particulières devant mère nature..et expliquer aux enfants que dorénavant...les parents ne pourrons plus se reproduire ayant louper le bon trou.. !


      • bnosec bnosec 7 mars 2014 13:18

        Bientôt il faudra que le candidat se fasse sodomiser en place publique pour être digne de représenter les français. Ces gens là ont vraiment pété un cable...


      • jeanpiètre jeanpiètre 7 mars 2014 17:50

        je leur donne déjà assez de sous , je ne vais pas en prime leur donner ma voix ,qu’ils comptabiliseront sans l’entendre


        • Hetadame Hetadame 7 mars 2014 19:16

          VOTER... C’EST ABDIQUER !!!


          Compagnons,

          Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n’est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l’exercice du droit de suffrage.

          Le délai que vous m’accordez est bien court, mais ayant, au sujet du vote électoral, des convictions bien nettes, ce que j’ai à vous dire peut se formuler en quelques mots.

          Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir.

          Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d’une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l’échenillage des arbres à l’extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l’immensité de la tâche. L’histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement.

          Voter c’est évoquer la trahison. Sans doute, les votants croient à l’honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages — et peut-être ont-il raison le premier jour, quand les candidats sont encore dans la ferveur du premier amour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l’homme change avec lui. Aujourd’hui, le candidat s’incline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres. L’ouvrier, devenu contre-maître, peut-il rester ce qu’il était avant d’avoir obtenu la faveur du patron ? Le fougueux démocrate n’apprend-il pas à courber l’échine quand le banquier daigne l’inviter à son bureau, quand les valets des rois lui font l’honneur de l’entretenir dans les antichambres ? L’atmosphère de ces corps législatifs est malsain à respirer, vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s’ils en sortent corrompus.

          N’abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d’autres, défendez-les vous-mêmes ; au lieu de prendre des avocats pour proposer un mode d’action futur, agissez ! Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejeter sur les autres la responsabilité de sa conduite, c’est manquer de vaillance.

          Je vous salue de tout cœur, compagnons .

          Élisée Reclus.

          Clarens, Vaud, 26 septembre 1885.

          • Luc le Raz Luc le Raz 9 mars 2014 15:08

            —« les votants croient à l’honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages ». honnêteté : Je suppose que c’est pour cette raison que Balkany sera réélu à Levallois .


          • Luc le Raz Luc le Raz 9 mars 2014 15:16

            A voir les deux posts sur le podium, on est en droit de s’interroger sur la clairvoyance des « électeurs » smiley

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