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Accueil du site > Actualités > Politique > Les faux prophètes de la démocratie

Les faux prophètes de la démocratie

La société Alcatel Lucent a démenti, mais l’article du journal n’est pas neutre et donne l’impression que le groupe est dans son tort. Voir ici.
 
Clairement, il semble que depuis quelques années maintenant, ce genre d’action contre les grands groupes industriels se multiplie de la part de groupuscules excités mais qui bénéficient, de fait, d’une forte complicité des médias. Total en a fait les frais et William Bourdon, sur France Info, confirmait bien que l’un de ses objectifs, en portant plainte, était d’obtenir de l’argent comme ce fut semble-t-il le cas pour le groupe pétrolier. On ne voit guère comment des sommes versées à monsieur Bourdon ou à son organisation vont aider l’esclave Birman moyen. On est donc en droit de se demander quel est le but réel poursuivi par de telles associations.
 
Mais il y a bien pis dans les conséquences de la démarche en question et de sa potentielle généralisation. En effet, constatons d’abord que ceux qui dénoncent les agissements d’Alcatel en Birmanie, ne disent rien des agissements de la même société en Chine. Or le régime chinois ne brille guère plus que celui de Birmanie par sa licence en ce qui concerne la surveillance de la population. Pis, la Birmanie, sans le soutien inconditionnel de la Chine n’existerait pas. Pourquoi alors s’attaquer au Petit Poucet et non à la racine du mal ? Probablement parce qu’en Chine il n’y a pas qu’Alcatel, il y a tous les grands industriels qui « collaborent » avec le gouvernement chinois et là, les sommes en jeu sont telles qu’il vaut mieux, pour certains, se taire, pour récupérer des sommes certes plus faibles mais avec beaucoup moins de dangers potentiels…
 
Sur le fond, maintenant, de ce que fait Alcatel, il y a aussi confusion. Aujourd’hui, dans un réseau de télécommunications, il y a bien sûr l’infrastructure. Mais ce qui va permettre le contrôle des populations, ce n’est pas tant l’infrastructure que le logiciel. Là, il est très facile d’acheter l’infrastructure à Alcatel et de faire travailler ensuite des personnes étrangères à Alcatel pour rendre le réseau invasif. Il ne fait nul doute que les autorités Birmanes peuvent faire cela sans l’aide d’Alcatel, comme le font déjà la Chine mais aussi et dans une large mesure d’autres pays qui ne sont pas dans la ligne de mire comme l’Australie par exemple. Pourquoi ne dit-on rien au sujet de ce dernier pays ? Et en France, tout est-il vraiment rose pour l’intimité du citoyen ? Comment, par exemple, peut-il se faire que sur le territoire français, un citoyen français qui craque les mots de passe de personnes non françaises, se fasse confisquer son PC par le FBI ? Voir ici. Quelles sont les associations qui s’en sont émues ? Il semble plus facile à certains de s’occuper, manifestement, de ce qui se passe à 20 000 Km de chez eux que de ce qui se passe au pas de leur porte…
 
Enfin, le pire de l’affaire est sociétal. En effet, en imposant aux entreprises de faire de la politique, ces associations contribuent à affaiblir un peu plus l’action politique et ceux qui en sont chargés. En effet, s’il y a quelque chose de répréhensible à vendre un réseau de télécommunications à la Birmanie, c’est aux autorités politiques dont dépend le groupe en question d’en décider. On ne voit guère pourquoi porter plainte contre un groupe qui, encore une fois, a réalisé une transaction commerciale à la fois légale et bonne pour le développement du pays en question. Si les Birmans ne sont pas contents de leur régime, ils n’ont qu’à faire ce que les français ont fait en 1789. Et si cela ne s’est pas fait, c’est parce qu’il n’y a pas eu la masse critique pour le faire, idem en Chine. De leur côté, les autorités politiques, qui condamnent, bien souvent mollement, le non-respect des droits de l’homme dans certains pays, n’ont qu’à prendre leur vraies responsabilités. Si elles veulent être efficaces, le boycott ou l’interdiction de vente sont des armes commerciales connues. Mais le discours hypocrite, qui consiste à laisser faire, puis à laisser des rançonneurs porter plainte, sans que cela ait un quelconque effet sur les populations en question est déplorable.
 
En tant qu’ancien syndicaliste, je pense que les entreprises ou grands groupes n’ont pas à faire de politique, ils n’ont qu’à faire leur travail. Par contre, lorsqu’ils travaillent dans un pays, ils se doivent, parla plus simple humanité, de faire en sorte que leurs employés soient traités dignement, c’est-à-dire que les conditions de travail et de sécurité soient bonnes, les salaires les plus élevés possibles, que les personnes soient respectées, etc., de façon à ce que les salariés, dans leur environnement personnel et national voient les bienfaits d’une activité bien gérée et qu’ils puissent après essaimer dans leur voisinage. Il n’y a de meilleure leçon que l’exemple. Si la France veut exporter son modèle social, voire l’Europe, on n’a qu’à imposer aux groupes européens à offrir 3 choses à leurs salariés dans le monde entier : 4 semaines de congés payés, le principe d’une couverture santé retraite et la semaine de 48h maximum au sens des lois européennes. Pourquoi aucune association ne demande-t-elle cela ?
 
Je rappellerai enfin que pratiquement toute activité industrielle peut, plus ou moins, être détournée par un gouvernement pour contrôler sa population et je vais en prendre un exemple concret pour bien fixer les choses. Imaginons un gouvernement qui imposerait de mettre en série dans une voiture un système GPS qui donnerait en permanence la position du véhicule, non seulement pour espionner ses habitants mais aussi pour faire payer les kilomètres parcourus en fonction des routes empruntées. Clairement, cela permet de contrôler les populations. Et ce projet n’est pas un projet chinois mais britannique… Alcatel va-t-il se faire rançonner pour le réseau de communication qui permettra cela, ou Thalès qui va réaliser les satellites Galileo qui permettront cela ? Soyons un peu sérieux !
 
La régulation, c’est l’Etat qui doit la faire. Attaquer les groupes industriels qui respectent les lois, c’est vouloir gagner de l’argent à bon compte et cela est d’autant plus affligeant que cela se fait avec la complicité des médias. Et pendant ce temps, les politiques, qui ont déjà abdiqué toute velléité de faire leur métier, peuvent se défausser un peu plus de leur rôle.
 
 

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14 réactions à cet article    


  • Bélial Bélial 30 mars 2010 13:01

    « Imaginons un gouvernement qui imposerait de mettre en série dans une voiture un système GPS qui donnerait en permanence la position du véhicule, non seulement pour espionner ses habitants mais aussi pour faire payer les kilomètres parcourus en fonction des routes empruntées. Clairement, cela permet de contrôler les populations. Et ce projet n’est pas un projet chinois mais britannique… »

    Les bâtards !


    • Gabriel Gabriel 30 mars 2010 13:49

      La régulation, c’est l’Etat qui doit la faire. Attaquer les groupes industriels qui respectent les lois, c’est vouloir gagner de l’argent à bon compte et cela est d’autant plus affligeant que cela se fait avec la complicité des médias.

      Soyez sérieux, l’état et les grands groupes industriels sont copains comme cochons ! Vous n’avez jamais entendu parlé de lobbying ? Non, alors allez vite faire un tour à l’assemblé avant d’écrire avec autant de candeur. Quand à respecter les lois, ne citez pas ces grands groupes en exemple sinon vous risquez de faire rire beaucoup de monde.


      • Geneste 30 mars 2010 14:07

        Je crains d’être en désaccord avec vous. Le lobbying, hélas, est dans la loi (européenne), il est donc légal... Quant aux grands groupes, peut-être certains dérapent-ils parfois, mais leur stature de grand groupe les empêche de faire n’importe quoi, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.


      • Gabriel Gabriel 30 mars 2010 14:21

        La politique, si vous en extirpez la racine grecque, se traduit pas gestion de la vie dans la cité et cela pour le plus grand nombre, autrement dit la majorité. Je ne pense pas qu’avec le lobbying, même si celui-ci est dans la loi et qui par excellence est la défense d’intérêts privés, soit bénéfique à la majorité. Donc une loi pourrie, défendu par des pourris qui se sont fait acheter par des intérêts privés. Jolie défense pour des groupes qui, vous avez raison, ne font pas n’importe quoi, mais ce qu’ils veulent. C’est beau votre innocence ou bien c’est autre chose ...


      • joelim joelim 31 mars 2010 00:37

        @geneste : il me semble que plus que le lobbying c’est la protection contre le lobbying qui est dans la loi. 

        Les lois sur le lobbying existent pour cette seule et unique raison : tenter d’éviter les dérapages du lobbying.

        Ou plutôt, en réalité, faire comme si on arrivait, dans la pratique politique actuelle, à éviter les dérives du lobbying industriel sur les décideurs politiques présumément représentants du peuple...

      • pilhaouer 30 mars 2010 14:06

        "Si les Birmans ne sont pas contents de leur régime, ils n’ont qu’à faire ce que les français ont fait en 1789. Et si cela ne s’est pas fait, c’est parce qu’il n’y a pas eu la masse critique pour le faire, idem en Chine.« 

        Les résistants birmans ne méritent pas cette ignominie.
        Particulièrement les syndicalistes (vous prétendez en avoir été) qui risquent la prison, la torture et la mort sous la dictature.

        La loi du marché n’a que faire de la morale, nous le savons.
        Pourtant, non, monsieur, tout n’est pas permis

         » les entreprises ou grands groupes n’ont pas à faire de politique" dites-vous.

        Mais, au contraire, elles ne font que ça !


        • Geneste 30 mars 2010 14:12

          Il n’y aucune critique, dans mes propos, sur les résistants birmans, syndicalistes entre autres. Leur problème de fond, c’est que, malheureusement, ils n’ont pas la « masse critique » pour renverser leur régime. C’est un fait car, sinon, aucun régime au monde ne peut lutter contre une écrasante majorité de son peuple.
          Je suis d’accord avec vous sur le fait que tout n’est pas permis et ce sont aux politiques de faire en sorte qu’il en soit ainsi.
          Enfin, les entreprises ou grands groupes ne font pas de politique au sens propre, ils font du lobbying dans le seul but de maximiser leurs profits. La preuve ? Que les gouvernements soient de gauche ou de droite, d’extrême gauche ou d’extrême droite, ça ne change rien !


        • pilhaouer 30 mars 2010 14:26

          @ l’auteur
          Je n’ai pas écrit que vous critiquiez les résistants birmans mais que leur jeter à la figure : « il n’y a qu’à faire comme les français en 1789 » est assez insultant.
          « Aucun régime au monde ne peut lutter contre une écrasante majorité de son peuple » ne signifie rien parce qu’avant de renverser le dit régime il faut beaucoup de sang et de larmes et souvent des dizaines d’années et la junte birmane est puissamment armée et soutenue (suivez mon regard)
          Dire que les entreprises ou grands groupes ne font pas de politique au sens propre et que la couleur des gouvernements ne change rien est une plaisanterie.
          Qui a, par exemple, renversé Salvator Allende, à votre avis ? Qui a renversé le président du Honduras ? Qui a renversé le gouvernement Mossadegh en Iran, et je m’arrête là.


          • Geneste 30 mars 2010 19:14

            Je ne vois pas en quoi dire à des gens opprimés de faire comme les français en 1789 est offensant ou même insultant...
            Oui, pour renverser un régime, il faut du sang et des larmes. C’est, hélas et pragmatiquement, le prix à payer... La junte birmane est, c’est aussi un fait et je l’ai dit dans l’article, soutenue par la Chine. Mais là, bizarrement, plus personne ne porte plainte. On peut participer à l’espionnage du chinois moyen sans être cloué au pilori, alors qu’en Birmanie... N’est-ce pas bizarre ? Et là, ce ne sont pas les grands groupes qui sont coupables, mais bien ceux qui portent plainte contre eux, dont je voulais dénoncer l’hypocrisie dans ce texte.
            Quant à ceux qui ont renversé Allende, Mossadegh ou les autres, les entreprises impliquées ne l’ont pas fait pour des raisons politiques mais pour des raisons financières. Regardez en 1940, les entreprises s’accommodaient très bien du national socialisme... Certes, la conduite des affaires est parfois politique, mais le but, lui, ne l’est pas, même chez Haliburton.


          • Lisa SION 2 Lisa SION 2 30 mars 2010 19:34

            Bonjour,

            vous auriez pu aller plus loin ; qui a tué vingt président élus démocratiquement en Afrique depuis 1963 ? Ceux à qui profitent le crime, jugés récemment dans l’affaire de l’Angolagate, et parfaitement passée souis silence puisque couverte par le fait divers douteux du préjugé Coupat : http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/haro-sur-le-bouc-emissariat-56835


          • Voltaire52 Voltaire52 30 mars 2010 15:37

            çà me la coupe un tel article , Geneste ou le nouveau teletubbies , syndicaliste dites-vous et bien je comprends pourquoi les travailleurs français sont dans la merde.....

            les grands groupes ne font pas de politique ??? et halliburton en irak ? total en birmanie ?

            et le comble j ai vu un reportage il ya a peine 3 jours de D Morreira sur canal parlant justement d alcatel et de la junte et alcatel est loin d etre un simple fournisseur de reseau !!

            "Si les Birmans ne sont pas contents de leur régime, ils n’ont qu’à faire ce que les français ont fait en 1789." ben oui ,quelles bandes de lopettes ces birmans , ils ont trop de plaisir a la torture , un peuple de sado-masos

            pitoyable !


            • Geneste 30 mars 2010 19:22

              1- Les grands groupes ou entreprise ne font pas de politique, il n’en ont pas envie. Par contre, sous la pression de personne comme Me Bourdon, ils vont avoir tendance à en faire parce qu’il y aura une question financière à la clé. Et c’est bien là qu’est le danger.

              La torture peut bien exister, cela n’empêche pas la révolution. Je suis sûr que ce n’est pas cela qui empêche les birmans de se révolter. Et ce n’est pas non plus un manque de courage de leur part. Plutôt de la raison. Pour faire une révolution, il faut avoir des chances de la réussir. Manifestement, ce n’est pas le cas en Birmanie... Ni en Chine...


            • LeLionDeJudas LeLionDeJudas 31 mars 2010 11:58

              Évidemment que tout ce qui est du domaine de la consommation et de la production est politique.
              Le choix de faire ces courses au supermarché ou chez le commerçant du coin est un choix politique.
              Allaiter son enfant au sein ou au biberon est un choix politique.
              Allumer la télévision est un choix politique. En avoir une ou pas est un choix politique.
              Certaines pratiques amoureuses sont des choix politiques.

              A fortiori les multinationales qui n’ont comme politiques que le profit immédiat sans égard pour les ressources communes à tous les êtres vivants de la planète passés, présents et futurs, sans égard pour le bien-être de ces êtres-vivants, sans égard pour les pratiques des régimes qu’ils financent, le notre compris.

              Partager un sourire sans attendre de retour est aussi un choix politique.
              Ne pas chercher à tout contrôler en étiquetant son environnement en est aussi un.
              Ne pas vouloir créer ou combler un désir et donc de la frustration est un choix politique.
              Ne pas tomber dans les pièges des rapports dominant/dominé en est un.
              Préférer les modes d’organisation horizontaux aux modes d’organisation verticaux est un choix politique.

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