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Accueil du site > Actualités > Politique > Les impatients et leur terreau

Les impatients et leur terreau

En ces jours de stagnation sociale et politique manifestes, les idées fleurissent qui proposent des remèdes gériatriques à l'évidente maladie dont est frappée la société.

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La caverne de Platon
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Les rides du vieux monde

... Des solutions qui vont de la volonté de faire la révolution violente tout de suite en faisant appel à la saine colère qui devrait animer les victimes, à des solutions miracles plus calmes et d'apparence plus raisonnable, parmi lesquelles la reconversion écologique ou la décroissance par exemple.
La critique de l'appel à la révolution sans forces n'a pas lieu d'être ici : il est très marginal et les faits lui suffisent. Non plus que celle de la transformation de l'économie de profit en industrie pour l'environnement : nous la présenterons à ses promoteurs sous la forme des réflexions du vice-président bolivien Álvaro García Linera dans une récente interview(*). Un simple mot que nous réservons pour la conclusion du présent article suffira aux décroissants.

Plus intéressant sans doute sera le rappel de quelques notions de base qui, sans doute pour cette qualité, sont parfaitement négligées ; un peu comme si depuis Aristote il n'y avait pas eu Copernic et Galilée, ou comme si dans les sciences de la vie et l'histoire de l'évolution le créationnisme biblique demeurait l'évidence : comme si l'apport génial de Darwin était constamment oublié ou négligé sous le prétexte qu'il date du XIXe siècle.

C'est ainsi que nos socialistes, et d'autres, procèdent à l'égard des idées bien établies, enrichies par les faits et les développement ultérieurs de la science. Paris vaut bien une messe et le partage du pouvoir quelques reniements.

 Álvaro García Linera. 

 Le capitalisme mondialisé et globalisé génère des forces productives chaque fois plus socialisées. La science n’est pas une force productive d’un groupe de quelques professeurs qui dans leurs laboratoires découvrent des choses. La science est de plus en plus une production capitale de milliers de scientifiques, anciens et contemporains, qui a été appropriée de manière privée mais qui, dans son contenu, est produite socialement. De la même manière pour la production. (Il sort un iPhone de sa poche.) Ce téléphone portable, il est le fruit du travail de 3 000 scientifiques qui travaillent pour Apple. Le plastique a été produit en Thaïlande. Les puces au Mexique. Et l’ensemble a été assemblé en Chine. D’où est ce téléphone portable ? De la planète. Mais dans le même temps, il est la propriété privée d’une société nord-américaine qui en fait des profits. Ce qui n’empêche pas que la production est à chaque fois plus socialisée. C’est un horizon : il y a un potentiel de production socialisée.

Parlons de la nature. Le capitalisme développe, à chaque étape, les forces productives qui détruisent la nature, qui est un bien commun. La nature ne supporte pas la propriété. La nature est un produit total de la planète et de l’univers qui se trouve, actuellement, être graduellement détruite par cette forme d’appropriation individuelle. Pourtant, il y a un autre potentiel qui veut s’exprimer dans un autre type de société. Donc, il y a une base matérielle croissante, une tendance matérielle organisée et subjective d’une société gérée en commun, produite en commun, à une grande échelle. C’est le communisme. (*)

 La science sans rides

Ce qui veut dire que Marx définit le capital comme de la valeur qui crée de la valeur... par
l’exploitation de la force de travail. Ce qui entraîne l’accumulation de richesses à un pôle de la société et l’accroissement constant de la masse des exploités à l’autre.

Il est curieux que la globalisation, la mondialisation qui courent sur toutes les lèvres soient soudain mises de côté quand il s'agit d'envisager la prolétarisation à l'échelle planétaire, pour restreindre la vision à l'univers étriqué de ce qui se passe sur le territoire national.

Le même Marx disait aussi dès 1859, donc avant de se lancer dans l'entreprise titanesque d'élucidation concrète et néanmoins théorique des mécanismes de la société capitaliste que fut "Le Capital", que le caractère d’appropriation privée de la richesse entre en contradiction avec le caractère social de la production. Et aussi que les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent en même temps les conditions matérielles pour résoudre cette contradiction. J’ajouterai : en créent aussi les conditions sociales.

Et encore, il disait que le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure. Et par superstructure il entendait l’organisation juridique et politique et les formes idéologiques (religieuses, artistiques ou philosophiques) de la société auxquelles correspondent les formes de la conscience sociale dans cette société.

Il disait aussi beaucoup d’autres choses fort intéressantes, dont celle-ci : Pas plus qu’on ne juge un individu sur l’idée qu’il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette conscience [la révolution, l'écologie, la décroissance...] par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales [entreprises, mines, usines, sciences, technologie, agriculture, agronomie, laboratoires, etc.] et les rapports de production [c’est-à-dire, d’exploitation pour les masses].

 Application de ces principes ici et maintenant

C'est ainsi qu'"au jour d'aujourd'hui" pour reprendre une redondance en vogue, la dynastie des socialistes ne représente pas la classe salariée révolutionnaire, mais les salariés conservateurs, qui donnent aussi pour partie leurs votes à la droite ; non pas le salarié qui veut se libérer de ses conditions d'existence sociales limitées par son salaire, mais le salarié qui veut, au contraitre, les renforcer ; non pas l'ouvrier industriel des grandes usines d'antan qui veut, par son énergie, renverser la vieille société en collaboration étroite avec ces classes moyennes, mais, au contraire, celui qui, étroitement confiné dans ce vieux régime, veut être sauvé et avantagé, lui et sa place, par le fantôme de la démocratie républicaine.

La dynastie des socialistes ne représente pas le progrès, mais les perspectives bornées
du salarié ; non pas son jugement, mais son préjugé ; non pas son avenir, mais son passé, non pas son Front populaire, mais sa guerre d'Algérie.

Que dans ce contexte politique et social fleurissent les propositions les plus fantaisistes et saugrenues pour sauver le vieux monde assailli de tous côtés par le progrès de l'histoire n'a rien de surprenant. Parmi celles-ci la décroissance sur laquelle nous allons conclure.

 De la décroissance au croissant

Il s'agit de la décroissance de quoi ? De la production ?
Dans ce cas ne serait-il pas plus réaliste, - puisque chacun y va de son idée pourquoi pas celle-ci ? - d'envisager sa réorganisation par une coopération raisonnée à l’échelle internationale ?

Les moyens techniques et sociaux existent pour réaliser cette gestion, qui peuvent prendre en compte de surcroît l’intérêt de la planète nourricière dans leurs paramètres.

Les formidables programmes et modèles informatiques et les personnels qui fonctionnent et qui travaillent pour la gestion des super grandes entreprises apatrides, pour les administrations, la fiscalité, les banques, la spéculation en bourse, pour la météorologie, pour l'astronomie et l'exploration spatiale, pour les interventions guerrières, etc. seraient-ils frappés d'une impuissance congénitale quand il s'agirait de les mettre au service de cette tâche grandiose mais qui devient nécessaire ?

Surtout, pour ne pas rêver, si c’est bien la décroissance qui est en question, ne s'agit-il en même temps et surtout de la décroissance de la puissance du capital ? mais alors obtenue par l'action et au profit de quelles classes sociales ? Le rappeler, c'est faire resurgir le vieux spectre de l'internationalisme prolétarien.

Il n’est pas sûr que ce soit ce genre d’idées qui trottent dans la tête du salarié qui croque confortablement son croissant avec son café crème du matin en se pensant décroissant.

 

(*) http://www.humanite.fr/node/546612


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