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Les indignations très sélectives de Martine Aubry

Comment la première secrétaire du Parti socialiste forge-t-elle son opinion quand surgit un scandale politico-financier ? C'est la question qu'on peut légitimement se poser suite au soutien qu'elle vient d'apporter à Jean-Noël Guérini, président hors statut de la fédération socialiste dans les Bouches-du-Rhône, et dont les pratiques sont aujourd'hui gravement mises en cause par des écoutes téléphoniques judiciaires et par un rapport rédigé par Arnaud Montebourg.

Pour répondre à cette épineuse question, revenons un peu en arrière : janvier 2007, Bernard Granié, président socialiste du SAN Ouest-Provence (une des plus riches intercommunalités de France avec 248 millions d'euros de budget pour moins de 100 000 habitants) est mis en examen et jeté en prison pour corruption.

Le maire socialiste de la ville de Fos-sur-Mer, René Raimondi, organise aussitôt une scandaleuse conférence de presse au cours de laquelle il affirme sans nuance son soutien total à celui qui vient d'être incarcéré. Cette détention préventive va durer deux mois, durant lesquels Bernard Granié ne jugera pas utile de démissionner.

Silence du parti socialiste national et départemental. Le nom de Bernard Granié est néanmoins discrètement rayé de la liste des candidats aux législatives à venir pour être remplacé par celui de... René Raimondi. Fermez le ban.

Le 20 janvier 2010, après trois longues années, le procès aboutit enfin à une condamnation sans équivoque : un an de prison ferme, 100 000 euros d'amende, et cinq ans d'inéligibilité. Granié fait aussitôt appel, et reste à son poste comme si de rien n'était. Invitée très directement à se prononcer sur cette affaire, Martine Aubry se mure dans un silence aveugle. Quand un socialiste est incarcéré en préventive, condamné en première instance pour corruption, et reste en place, Martine Aubry se tait.

Que se passe-t-il avec l'affaire Woerth ? Sur la base d'écoutes et de confidences, sans la moindre mise en examen ni incarcération, le parti socialiste réclame à de nombreuses reprises la démission du ministre. Nicolas Sarkozy profitera d'un remaniement pour ne pas le reconduire à son poste.

Que se passe-t-il avec l'affaire MAM ? Sans la moindre mise en examen ni incarcération, le parti socialiste réclame la démission d'une ministre qui s'est pris les pieds dans le tapis de ses explications concernant l'utilisation d'un jet privé qui n'a rien coûté à l'Etat, mais qui jetait le trouble. Nicolas Sarkozy profite là encore d'un remaniement pour l'écarter.

Que se passe-t-il dans les Bouches-du-Rhône avec l'affaire Jean-Noël Guérini ? Le président socialiste des Bouches-du-Rhône voit son frère Alexandre incarcéré pour de multiples chefs d'accusations, concernant la suspicion de marchés publics truqués. Surtout des écoutes téléphoniques accablantes le mettent lui directement en cause, pour être intervenu à de nombreuses reprises pour favoriser les affaires de son frère, à qui les fonctionnaires et les élus ne semblaient rien pouvoir refuser : terrains, logements sociaux, emplois, promotions, marchés publics...

Durant trois mois, les révélations se succèdent, les gardes à vue et les mises en examen aussi. Et Martine Aubry conserve un silence de plus en plus assourdissant. Quand, enfin, elle se décide à prendre la parole, c'est pour réagir à un rapport sans concession réalisé plusieurs mois auparavant par Arnaud Montebourg, mais pour y fustiger un manque de preuves.

Délibérément, Martine Aubry préfère réagir à un rapport interne peu étayé, plutôt qu'aux innombrables éléments dont l'opinion publique dispose après un feuilleton politico-judiciaire qui s'étale depuis plus de trois mois dans la presse locale et nationale. Et qui incluent des quasi-aveux téléphoniques de Jean-Noël Guérini, qui reconnaît être au courant des affaires de son frère, prouve son implication, et se réjouit même d'une éventuelle prescription.

C'est curieux, il en faut beaucoup moins à Martine Aubry pour réclamer la démission d'un ministre. Le socialiste Bernard Granié peut dormir en prison durant deux mois, être condamné ensuite à un an ferme, Martine Aubry se tait. Jean-Noël Guérini peut intervenir publiquement pour favoriser les entreprises et les intérêts de son frère Alexandre, se réjouir d'être intouchable par la Justice, révéler qu'il est informé au plus haut niveau par des taupes au sein de la police, Martine Aubry se tait.

Le coupable, bien sûr, c'est Arnaud Montebourg. Qui a le grand tort de ne pas faire partie du courant de la première secrétaire du PS. Tout comme Frêche, face à qui Aubry avait dégainé à quelques jours des régionales tout l'attirail des sanctions, sans la moindre affaire de corruption pour le justifier, là encore davantage préoccupée par ce baron qui avait le culot de ne pas lui faire allégeance.

Rappelons que Martine Aubry prétend au poste de président de la République française.

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