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Accueil du site > Actualités > Politique > Les médias nous imposent-ils réellement Ségolène et Sarkozy (...)

Les médias nous imposent-ils réellement Ségolène et Sarkozy ?

En France, régulièrement, des voix s’élèvent de la société civile qui remettent en cause la crédibilité des médias dans leur couverture de l’actualité en général et dans leur analyse des problèmes sociétaux en particulier. Mais, en périodes électorales, celles qui dénoncent la partialité des médias dans leurs rapports aux candidats sont quasiment une tradition, suivie de près par la rituelle levée de boucliers du côté des médias qui s’empressent naturellement de crier à la mythomanie caractérisée. Les présidentielles de 2007 n’échappent pas à ces reproches, y compris de la part de la classe politique elle-même, de Buffet à Le Pen en passant par Dupont-Aignan ou Bayrou. Alors, posons-nous précisément la question : la plupart des grands médias apportent-ils un soutien précieux à S&S au détriment des autres candidats ? Si oui : s’agit-il d’un soutien délibéré, par conviction politique ?

Pour répondre à cette question, voyons d’abord ce que font réellement les médias et ce qu’ils ne font pas.

Peut-on affirmer par exemple que, dans la couverture des événements politiques quotidiens de pré-campagne, les autres adversaires potentiels ou déclarés de S&S soient systématiquement censurés ? Objectivement, non. Même si certains candidats sont très peu présents (LCR, Lutte ouvrière) ou consciencieusement dénigrés (Front national), il est difficile de leur faire ce reproche. La plupart des autres prétendants à l’Élysée s’expriment de temps en temps ou sont évoqués selon l’actualité du moment. On les entend peu, mais on les entend.

Peut-on dire par contre que, dans cette couverture médiatique, S&S soient singulièrement plus présents que les autres ? Oui, au-delà de l’anecdote de comptoir ou du lieu commun, la plupart des journalistes eux-mêmes le reconnaissent. Objectivement, on peut même dire que les principaux médias relaient au jour le jour la plupart des faits et gestes des S&S.

Mais peut-on soutenir que, dans cette couverture de pré-campagne, S&S soient systématiquement encensés ? Encore une fois, même si la plupart des médias ne sont pas exempts d’une certaine complaisance à leur égard, objectivement, la réponse doit être non. D’abord parce que cette complaisance s’applique à bien d’autres figures politiques (généralement au pouvoir, d’ailleurs). Ensuite, parce que les médias lâchent parfois à leur égard quelques remarques ironiques, voire (mais rarement) critiques. Certains éditorialistes de grands médias populaires, par exemple, ont douté très ouvertement de la carrure présidentielle de Ségolène Royal. Qu’on se rappelle aussi les quolibets d’une partie des médias au lendemain de la déclaration officielle de Sarkozy, jugée un flop et un non-événement.

Dernier aspect de la question, enfin : peut-on affirmer par contre que, dans cette couverture médiatique, les informations concernant S&S aient singulièrement priorité sur tous les autres ? Oui, objectivement, les évènements liées à S&S font fréquemment la une quand les autres n’y ont droit que de façon occasionnelle, souvent relégués qu’ils sont dans les pages intérieures et autres brèves. Et lorsque ce n’est pas le cas, lorsque les deux favoris doivent se contenter des secondes pages pour cause d’actualité plus pressante, les autres sont alors exilés en troisième, et ainsi de suite...

Résumons-nous : non, les autres candidats ne sont pas fatalement censurés au profit des deux favoris. Et non, S&S ne sont pas systématiquement encensés au détriment des autres. Mais oui, ces deux-là sont singulièrement plus présents que les autres. Et oui, ils sont plus souvent promus en une que les autres. De cela, au moins, nul doute.

Maintenant, cela suffit-il à constituer un avantage déterminant pour nos deux candidats favoris ?

La réponse est oui. Car, dans la profusion d’informations générée par l’abondance sans précédent de médias, le matraquage collectif est devenu aujourd’hui le seul mode opératoire véritablement efficace à l’échelle d’une population nationale. Soit le sujet choisi est martelé par une majorité de médias, soit il reste un fait mineur, guère plus qu’une anecdote. Il n’est donc plus besoin de censurer les uns ni nécessaire de glorifier les autres, méthodes propagandistes d’un autre âge ! Chacun peut même, sans risquer de fragiliser le phénomène médiatique, couvrir d’autres sujets, un sondage, une enquête, un incident international : tant que, collectivement, la plupart des médias continuent d’aborder quotidiennement ce sujet-là et régulièrement en une, tant que collectivement la plupart ne se laissent pas (ou pas trop longtemps) emportés par un autre sujet, c’est cette information, et celle-là principalement, qui continuera de passer.

En l’occurrence, quelle information passe exactement ? À rapporter presque systématiquement (et souvent à la une) les moindres faits et gestes de S&S, les médias produisent deux effets. D’abord, ils focalisent forcément l’attention générale sur ces deux-là, ce qui crée du coup l’impression que les autres sont de moindre intérêt (pas de taille ?). Et ensuite ils les font entrer, de gré ou de force, dans notre vie quotidienne. Et, des deux effets, c’est probablement le second qui est le plus redoutable car à traiter ainsi quotidiennement un sujet, fatalement chacun d’entre nous est invité à en parler et à se positionner. Ce qui relance sans cesse le système mais donne surtout à tout le monde la sensation que finalement, au-delà des divergences d’opinions, il y a même un consensus général sur le fait que tout se jouera entre ces deux-là. En un mot : ils en font deux candidats incontournables. Ce qui, dans une course acharnée à la présidentielle, constitue un avantage absolument déterminant !

Avant d’attaquer la seconde partie de ce problème, voyons un peu quelles objections on nous oppose.

- D’abord la principale, la plus récurrente : les médias ne seraient en aucune façon responsables du phénomène S&S pour une raison très simple, ils n’auraient fait que traduire, comme il se doit, une aspiration populaire grandissante... Ou, pour reprendre une maxime qui aura fait long feu : ce ne sont pas les médias qui font l’opinion publique - fantasme éculé - mais l’opinion publique qui fait les médias. Hélas, un tel postulat est tout à fait absurde. En effet, il insinue, par sa tournure retorse, que les deux aspects seraient inconciliables. Comme s’il fallait choisir ! Si l’opinion publique exerce une quelconque influence sur les médias, alors les médias ne sauraient influencer l’opinion publique. L’un empêcherait l’autre ! Mais bien sûr que l’opinion publique influence les médias ! Qui prétend que S&S ont surgi de nulle part, inventés de toutes pièces par les médias ? Une portion de la population s’intéressait à l’un et une part à l’autre et cela en toute légitimité, sans y être encouragées par les médias. Mais à l’inverse quel journaliste oserait prétendre, sauf à faire preuve d’une sacrée mauvaise foi, qu’une très grande majorité, sinon la quasi-totalité des Français se passionnaient déjà pour S&S avant que les médias ne commencent à s’emparer du sujet ? Qui oserait nier que l’intérêt pour un sujet, s’il n’est pas forcément provoqué, est nourri, construit, influencé par la place qui précédemment lui a été accordée dans la hiérarchie de l’information* ? Quand un sujet, quel qu’il soit, fait l’objet d’un pilonnage quotidien en règle, comment ne pas être finalement intéressé malgré soi * ?

- une autre objection - bien plus habile qu’il n’y paraît - mérite que l’on s’y attarde : si les médias parlent plus souvent de S&S que des autres prétendants, c’est que, contrairement aux autres, ces deux-là sont sur tous les fronts ! Si les autres en faisaient autant, leur couverture médiatique s’en verrait démultipliée. Voyons d’abord ce qu’il en est de l’hyperactivité des deux postulants. Que font-ils, au juste  ? En vérité, ces deux-là sont effectivement sur tous les fronts : ils voyagent partout, rencontrent tout le monde, sont partout où il se passe quelque chose, se positionnent sur tous les sujets et dégainent une solution en toute circonstance. En cela, on peut dire qu’ils créent l’événement, qu’ils fabriquent tous les jours du fait politique qui sera repris par les médias. De là à supposer qu’il s’agit d’une stratégie mitonnée par un directeur de com’ consistant à dispenser chaque jour aux médias un prétexte à évoquer le personnage : que chacun en juge... Voyons maintenant l’argument global : le fait que S&S soient effectivement très entreprenants justifierait, en soi, la couverture quasi systématique des faits et de si fréquents gros titres ? La réponse est non. Passe encore pour une couverture au cordeau, résultat d’une éventuelle volonté rédactionnelle de ne rien rater... Mais, en toute honnêteté, en termes d’informations constructives, bien des scoops les concernant ne justifient pas la une qui leur est offerte (ni même parfois une simple brève !). Cette décision-là n’est donc pas fatalement dictée par l’actualité : c’est un choix délibéré. Remarquons ensuite qu’un tel argument suppose que les médias couvrent aussi rigoureusement le planning quotidien des favoris que celui des seconds couteaux. Ce qui n’est manifestement pas le cas. Est-il encore nécessaire, après cela, d’aborder l’argument du « manque de dynamisme » des autres ? Le jeu en vaut-il la chandelle, dès lors que l’info ne sera pas reprise et, si elle l’est, ne le sera que rarement à la une  ?

- Un argument pitoyable revient souvent, dès lors que sont évoqués les partis-pris des médias en période d’élections : il ne peut y avoir de traitement injuste et déséquilibré puisque le CSA impose un même temps de parole pour tous les candidats ! Hormis le fait que cette règle ne s’applique que dans les derniers mois précédant l’échéance, elle part du principe grotesque que seule la prise de parole directe aurait une influence sur le citoyen, ce qui, nous l’avons vu (et le CSA le sait mieux que personne), est parfaitement faux.

- Il est enfin deux objections particulièrement affligeantes, dont la première consiste à s’appuyer, pour démontrer l’impartialité des médias, sur le fait que les deux favoris des médias sont de camps prétendument opposés. Et, la seconde, à souligner qu’un tel système réclamerait une sorte de coordination globale des médias relevant de la conspiration. Laissons quelques instants de côté ces deux petits bijoux d’honnêteté intellectuelle : nous y reviendrons plus loin.

Reste donc la deuxième partie de la question de départ, à savoir : cet appui manifeste des médias à S&S peut-il être qualifié de délibéré ? Et, à l’encontre de toute déontologie, procède-t-il d’un parti-pris politique ?

Voilà une question bien plus difficile à traiter, et pour au moins deux raisons. 1) Le terme générique médias recouvre une réalité bien plus complexe qui se compose des actionnaires, des annonceurs/financeurs, des différentes catégories de journalistes et des divers supports eux-mêmes et 2) si l’on pouvait, par une simple démonstration, prouver quoi que ce soit, ces médias seraient depuis fort longtemps confrontés à une grave crise de légitimité. Aussi, abordons le problème sous un angle plus pratique : les médias, dans leur aspect général et dans leurs aspects particuliers, ont-il un intérêt quelconque à coller aux faits et gestes de S&S, et si oui, lequel, hormis la satisfaction de remplir humblement leurs missions respectives ?

Pour ce qui concerne les médias en tant qu’appareils, la réponse est extrêmement simple. Oui, il y ont un intérêt : l’argent et, par voie de conséquence, le privilège de rester dans la course. Car ce n’est un secret pour personne que les médias sont aujourd’hui tout à fait digérés par le système capitaliste (caractérisé, faut-il le rappeler, par l’omnipotence de l’actionnariat et la sacralisation des dividendes). Et que cette reddition se traduit, en termes concrets, par l’assignation d’une exigence de rentabilité à l’information. Aujourd’hui, toute couverture médiatique doit d’abord rapporter pour ne pas plomber outre mesure les principaux indicateurs qualitatifs de l’actionnaire, les résultats financiers, et à travers eux, l’attractivité du support en matière d’investissement. La première chose à faire, c’est de réduire les déficits ou de vendre les journaux qui perdent de l’argent, résuma très bien Dassault sur BFM*. Dès lors, et puisque que tout sujet populaire qui sera traité se vendra à coup sûr, le principe consiste même à faire monter la mayonnaise et à la faire tenir le plus haut possible et le plus longtemps possible. Disons donc qu’à défaut de faire élire tel ou tel candidat par conviction politique, les médias en tant qu’appareils ont bel et bien un intérêt à parler constamment de S&S : nourrir l’actionnaire...

Notons au passage qu’à l’échelon des médias il n’est déjà plus besoin d’invoquer nulle cabale ou conspiration : l’audimat [c’est-à-dire la rentabilité] est niché dans la tête des responsables de rédaction, soucieux de satisfaire les actionnaires et les annonceurs. (Serge Halimi)*.

Pour ce qui est des journalistes, écartons tout de suite les Sinclair, Ockrent et autres Schönberg qui partagent carrément leur intimité quotidienne avec des ministres sans y voir le moindre problème au motif que quelques semaines avant l’échéance, alors que le plus gros du boulot est fait pour elles, elles se retirent (parfois) de l’antenne sans arrêter pour autant d’influencer la ligne éditoriale. Passons aussi les Chazal, Poivre d’Arvor, Pernaut (TF1), les Pujadas, Laborde (France 2), les Sylvestre, Paoli, Guetta (France Inter), Joffrin, Elkabbach, Imbert, Duhamel, Plenel, Elkabbach, Colombani, mais aussi les Minc, Julliard, etc. Bref, tout ce petit monde entré, sous prétexte d’obtenir les meilleurs scoops, en chaleureux rapports (quand ce n’est pas en grande amitié) avec des ex ou futurs ministres, hauts-fonctionnaires d’État, etc.

Qu’ont-ils de plus à gagner, ceux-là, si ce n’est de côtoyer de plus près encore (si c’est possible) les sphères dirigeantes, de galas de charité en dîner mondains, de colloques professionnels en clubs privés (chaque mois, se réunit Le Siècle, un club très sérieux, selon F.-O. Giesbert, qui mêle hauts fonctionnaires, hommes d’affaires, journalistes, et parmi lesquels on retrouve aussi bien Poivre d’Arvor, Lang, Sarkozy, Pujadas, Breton, et Ockrent que Strauss-Kahn, Seillière ou Joffrin*) ? Qu’ont-ils à gagner excepté des collaborations à des rapports et autres expertises à fort taux de respectabilité sinon de rentabilité (Frappat, du journal La Croix, nommé à la Commission d’éthique de la magistrature par Perben, Acco, d’Europe 1, et Leclerc, du Figaro, nommés au Conseil d’orientation de l’Observatoire de la délinquance par Sarkozy, Laborde de France 2 et Julliard du Nouvel Obs. nommés au sein d’une mission chargée « d’animer le débat sur la dette publique » par Breton, etc.*) ? Qu’ont-ils à gagner finalement, si ce n’est un carnet d’adresses fourmillant qui les met à l’abri de bien des petites contrariétés et en font des recrues essentielles pour toute rédaction qui se prétend sérieuse ? Pas grand-chose, c’est vrai...

Oublions donc ces élites rédactionnelles et leurs petits lieutenants et intéressons-nous plutôt aux autres, à cette armée de sans-grade dont l’unité, le journaliste de base, a à peine plus de pouvoir sur l’information qu’une caissière de supermarché sur la stratégie commerciale de son employeur*. Posons-nous alors cette question : à mordre la main qui fournit l’encre, qu’a-t-il à perdre, ce journaliste coincé entre son propriétaire, son rédacteur en chef, son audimat* et même son immense précarité, dès lors qu’on évoque le quart-monde du métier, le pigiste en free-lance ou en CDD reconductible à vie ? Beaucoup, c’est vrai...

Ainsi, à défaut de faire élire tel ou tel candidat par conviction politique, il est bel et bien dans l’intérêt des journalistes de rapporter presque systématiquement (et souvent à la une) les moindres faits et gestes de S&S.

Passons enfin aux propriétaires de médias. De qui parle-t-on, au juste ? En France - et ce n’est pas un secret ! -, les principaux médias sont concentrés et détenus par les Dassault (soixante-dix titres à lui tout seul, tels que Le Figaro, Le Courrier de l’Ouest, La Voix du Nord, Le Dauphiné libéré, L’Express, L’Expansion, Valeurs actuelles, etc.), Matra-Hachette-Lagardère (Elle, Télé 7 jours, France Dimanche, La Provence, La Dépêche du Midi, Le Midi Libre, Le Parisien, l’Équipe, Paris Match, Europe 1, Europe 2, RFM, C’est dans l’air, Ripostes, 34% de Canal Satellite, 20% de Canal+,17% du groupe Le Monde, Télérama, Courrier international, etc.), Bouygues (TF1, TPS, LCI, 34% de Métro, etc.), Bolloré (Havas, Gaumont, Direct 8, Euro Média, etc.), Rothschild (Libération), Pinault, quand ce n’est pas l’État lui-même ! C’est-à-dire ? Des marchands de canons, des grands groupes industriels, du bâtiment et des travaux publics ou de la gestion de l’eau, ainsi que des banquiers. En somme, une élite qui jouit du privilège de faire des affaires directement avec l’État, signant des marchés publics juteux, négociant des commandes d’État colossales ou lui accordant des prêts particulièrement lucratifs. Ici, la question se simplifie radicalement : dans une telle situation, comment traiteriez-vous celui qui sera très probablement votre plus gros client, votre principal associé ou votre futur patron, voire votre indispensable VRP ? Ces grands PDG ont-ils le moindre intérêt à ce que les médias qu’ils possèdent bousculent celui ou celle qui leur passera les plus grosses commandes ? Affirmations gratuites, se demandera-t-on ? Pas pour Lagardère en tout cas, qui déclarait en août 1996 aux cadres supérieurs de Thompson-CSF : Un groupe de presse, vous verrez, c’est capital pour décrocher des commandes !*. Ni pour Édouard Balladur qui fait remarquer au Point, à propos de la couverture de son déplacement en Chine par l’hebdomadaire : Vous comprendrez que j’aie fait valoir à votre principal actionnaire [à l’époque, Alcatel], que ce n’était vraiment pas la peine d’aller lui décrocher de gros contrats à Pékin si c’était pour lire de tels papiers sur mon voyage dans vos colonnes*.

Que certains y voit un rapport de forces en faveur du politique (pour obtenir des commandes, les propriétaires seraient obligés de soutenir les candidats en tête), en faveur du patronat (les candidats n’obtiendraient le soutien des médias qu’à la promesse de passer commande plus tard avec leurs propriétaires) ou un simple échange de bon procédés entre gens bien nés (Cécilia Sarkozy à propos du parrain de son fils, Martin Bouygues : c’est notre meilleur copain : il vient avant tous les autres*), n’est ici qu’un détail. Le résultat ne varie pas d’un iota : à exiger de leur médias qu’ils relaient presque systématiquement (et souvent à la une) les moindres faits et gestes de S&S, les propriétaires des médias ont à gagner de gros contrats. C’est-à-dire énormément d’argent.

Bien sûr, la presse est parfois la seule véritable activité de certains groupes qui n’ont donc a priori aucun gros contrat à gagner à soutenir les favoris. Mais c’est oublier un peu vite que ceux-là ont beaucoup à gagner sur d’autres terrains tels que, par exemple, le processus de concentration des médias régulièrement renforcé par chaque gouvernement au pouvoir... Notons que, là non plus, il n’est pas besoin d’invoquer une conspiration des propriétaires de médias. Une convergence d’intérêts suffit bien...

Quant à savoir sur quel futur fournisseur, client ou patron parier, la question ne se pose même pas : à un tel degré de profits, on ne s’aventure pas à n’en privilégier qu’un, par conviction politique, au risque de se retrouver dans la situation d’avoir soutenu le candidat perdant. Il s’agit au contraire de parvenir à identifier le plus tôt possible les meilleurs candidats potentiels des deux principaux partis et de miser sur eux. Finalement, s’il n’était des candidats (idéologiquement à l’opposé des milieux d’affaires) qui n’ont aucune chance, eux, d’être soutenus, on pourrait presque parler d’impartialité, tant les profits transcendent les partis...

Naturellement, ces assertions - ô combien infâmes ! - supposent que les propriétaires des médias disposent d’une relative maîtrise de la ligne éditoriale desdits médias. Est-ce là une réalité ? Rappelons d’abord que le domestique n’est jamais plus libre que quand ses intérêts coïncident justement avec ceux de son patron. Or, comme nous l’avons vu, il n’est pas dans l’intérêt des médias en général de bouder un phénomène médiatique, ni dans celui des journalistes en particulier de se montrer trop contrariants. Ensuite, laissons Serge Dassault dire tout haut ce qui se pratique tout bas (et expliquer du coup ce qui a bien pu motiver un marchand de canons à s’orienter vers un secteur aussi éloigné de son activité principale) : Pour moi, c’est important d’être propriétaire d’un journal pour exprimer mon opinion (sur LCI, en 1999) et pour faire passer un certain nombre d’idées saines (sur France Inter en 2004)*. Cas isolé ? Écoutons Édouard de Rothschild nous expliquer que c’est une vue un peu utopique de vouloir différencier rédaction et actionnaire (sur France 2 en 2005)*. Délires mégalomanes d’hommes d’affaires en mal de pouvoir ? Voyons ce qu’en disent les journalistes eux-mêmes : Ce sont des choses qui arrivent tous les jours dans les journaux. Et ça me paraît tout à fait normal : tout propriétaire a des droits sur son journal. D’une certaine manière, il a les pouvoirs... (F.-O. Giesbert, dans le Figaro) * Et il n’est apparemment pas le seul à trouver cela normal. En 1998, Karl Zéro expliquait au Monde, à propos de la reprise en main de Canal + par le groupe Vivendi : Il y avait trois sujets sur lesquels on ne pouvait pas enquêter : le football, le cinéma et la Compagnie générale des eaux. Cela dit, ces interdits ne me posent pas de problème !*. Encore un doute ? En 1978, un soir, les journalistes du service politique du Figaro sont conviés à une réception afin de rencontrer les candidats UDF et RPR de l’Ile-de-France. Dans un décor précieux, Robert Hersant, le maître de maison (propriétaire à l’époque de la Socpresse, soit quelque soixante-dix titres), grimpe sur une chaise et déclare à l’adresse des seuls candidats : Mes amis, je vous ai réunis ce soir pour vous dire qu’on va vous aider. Pendant la campagne, demandez-leur ce que vous voulez, ils le feront...*

Résumons-nous. D’un côté, il est parfaitement clair que la couverture quotidienne assurée par les médias des évènements politiques de pré-campagne constitue un formidable avantage pour les deux candidats favoris. De l’autre, il apparaît évident que, d’une manière générale, les médias (les journalistes, les propriétaires et l’appareil lui-même) ont tout à gagner à leur offrir cet avantage. Reste à démêler (ce qui exigerait d’être dans les arcanes du pouvoir ou des médias) s’il s’agit d’un soutien délibéré à S&S de la part des médias.

La vérité, ce pourrait bien être que les propriétaires des principaux grands médias, étant aussi les principaux interlocuteurs de l’État en matière de business, ont tout intérêt à identifier, dans chaque camp politique important, les meilleurs candidats susceptibles de devenir cet interlocuteur. Puis (pour peu que, de leur côté, ces prétendants s’appliquent à fabriquer du fait politique chaque matin), à réclamer des nombreux médias en leur possession qu’ils ressassent chaque événement les concernant jusqu’à éclipser les éventuels adversaires. Et ces médias le feront promptement pour une raison très simple : cela rapporte, aussi bien financièrement qu’à titre honorifique.

Mais, après tout, le mobile n’établit pas l’intention. Hériter d’un aïeul ne prouve pas qu’on l’ait poussé dans l’escalier...

 

* Toutes les citations et références peuvent être retrouvées dans l’excellent ouvrage de Serge Halimi « Les nouveaux chiens de garde » aux Éditions Raisons d’agir


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50 réactions à cet article    


  • alpo47 (---.---.202.15) 24 janvier 2007 12:34

    Et en version plus courte, vous n’avez pas ? Que de mots pour répéter la même chose ...


    • toto1701 (---.---.132.61) 24 janvier 2007 13:06

      faut bien étaler !!!lol


    • L’électeur (---.---.135.51) 25 janvier 2007 11:53

      En version plus courte on peut aller voter au suffrage pondéré et constater que parmi ceux qui s’imposent au suffrage uninominal, il y en a qui tombent au fond selon un mode de scrutin moins binaire, ce qui n’est pas le cas de tout le monde...

      http://elire.free.fr


    • (---.---.229.236) 24 janvier 2007 13:20

      Tous les journalistes sont de gauche, voir d’extréme gauche. C’est surtout ca le probléme, il n’y a aucune diversité ni parité idéologique au sein des rédactions.

      Donc les candidats de gauche sont structurellements avantagés par le systéme médiatique actuel.

      D’ailleur Sarko aurait fait la bravitude en chine avant de déclaré le quebec souverain, tous les média lui serait tombé dessus pendant des jours et des jours, et il serait mort politiquement. Comme c’est leur candidate qui dit des conneries, les média etouffent le scandale..


      • alpo47 (---.---.202.15) 24 janvier 2007 13:30

        « ...Tous les journalistes sont de gauche, voir d’extréme gauche... » Vraiment, vous êtes sur ? TOUS les journalistes ... A TF1, FR2, au Figaro, Parisien, Point, Express, etc...etc... tous de méchants gauchistes révolutionnaires ?

        S’ils viennent à vous lire, voilà qui va au moins bien les faire rire...


      • Papy (---.---.236.115) 24 janvier 2007 15:08

        ne repondez plus à x33.229.236, il s’agit du troll adolphos qui n’a pas le courage de reprendre son identité !!! et qui continue à polluer les débats...


      • minijack minijack 24 janvier 2007 19:10

        « ... tous les journalistes sont de gauche... » ? Oui, sans doute un certain nombre, mais ça ne les empêche pas « d’aller à la soupe » comme les autres. J’ai du respect pour certains journalistes comme J.F Khan qui ne se mêlent pas dans les cocktails avec leurs cibles. Les autres, qu’ils se disent de droite ou de gauche, oeuvrent volontairement ou non dans le même sens.

        Cet article démonte très bien les mécanismes sous-jacents qui conduisent, par la concentration des medias en quelques mains et les intérêts convergents des uns et des autres, à favoriser les vainqueurs potentiels.

        Ségolène était très très loin d’être une favorite il y a encore un an. Elle a su créer l’événement — notamment avec son site desirsdavenir—. C’est seulement lorsque sa popularité a vraiment pris de l’importance dans le paysage politique que les grands medias s’y sont intéressés, parce qu’elle était devenue incontournable.


      • Alex (---.---.157.32) 24 janvier 2007 13:21

        Je m’excuse de vous avoir gonflé ! J’essayais juste d’être le plus précis possible : à force d’écouter les chroniqueurs de France Inter se défendre avec des arguments de trés mauvaise foie et les auditeurs porter des accusations souvent vraies mais mal fagottées, je me suis peut-être un peu laissé aller... Encore désolé de vous avoir saoûlé... Alex.


        • alpo47 (---.---.202.15) 24 janvier 2007 13:26

          N’exagérons pas, je vous suggère juste d’envisager l’art de faire une synthèse ...ce qui se veut simple, s’exprime simplement.


        • (---.---.162.15) 24 janvier 2007 13:42

          Effectivement, il n’y a pas besoin de tous ces raisonnements pour rendre compte d’une évidence pour presque tous. Toutefois, une telle argumentation bien charpentée apportant à chacun de la pertinence permettra de convaincre les quelques uns qui ne se sont pas rendus à l’évidence. Car même étant minoritaires (encore plus dans le lectorat d’Agoravox), les naïfs sont tout de même nombreux à avancer les contre-vérités que vous avez décortiquées. Nous aussi, nous saurons désormais mieux les démonter, merci.

          Là où l’invective conforte, l’argumentation convainc.

          Am.


        • (---.---.169.181) 24 janvier 2007 13:57

          De très mauvaise « foie » de volaille, en toute bonne foi, pour la première et dernière fois smiley


        • Sam (---.---.203.131) 24 janvier 2007 17:40

          Alex

          Tu n’as saoulé personne, y a de grosses flemmes sur ce site... smiley

          Non, tu as bien détaillé le pourquoi du comment et, pour ceux qui ne lisent Le Plan B, ou ne connaissent pas Acrimed, ou ignore l’Observatoire des médias, c’est un exposé clair et qui pose bien les choses.


        • un troll (---.---.73.200) 24 janvier 2007 21:52

          En même temps vous noterez une foi qu’on écrit un foie. smiley


        • un troll (---.---.73.200) 24 janvier 2007 22:10

          Quelqu’un sur un autre forum a écrit «  »C’est étrange les flux et les reflux de l’opinion publique. L’année dernière Sarkozy un peu puncheur, un peu rupteur, était le mal absolu et Royal un peu vide, un peu mignonne était le vent du changement ; maintenant Sarkozy ... lui opposerait la gaffitude«  »

          L’opinion publique et les faiseurs d’opinion c’est poule et oeuf. Ne croyez-vous pas qu’on nous fait le coup de la star-Ac en live ?

          L’opinion publique est une machine qui possède une énorme inertie, c’est pourquoi il faut éviter de grands écarts par rapport au cap suivi. On en perdrait le contrôle, et le candidat en tête échapperait à ses démiurges.

          Vu sous cet angle, on pourrait presque dire que quand ça va mal dans la presse pour l’un des deux, ça va pas bien pour l’autre dans l’opinion, et v&v.

          L’inverse en quelque sorte de : « ces choses là nous dépassent, feignons d’en être les instigateurs ». QQ chose comme : « tant qu’on maîtrise, faut pas que ça se voit, tant que ça se voit pas on maîtrise ».

           smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley


        • un troll ? (---.---.73.200) 24 janvier 2007 22:15

          Ps. pardon pour la signature. On ne se méfie jamais assez des trolls. smiley smiley


        • CedricA (---.---.181.106) 24 janvier 2007 13:24

          Créer du contenu médiatique ne suffit pas, faut-il encore qu’il soit recueilli.

          Tous les candidats déclarés sont en campagne, assistent tout les jours à des réunions, font parfois plusieurs déplacement dans la même journée, rencontrent des personnalités ou des anonymes, sont acclamés ou interpelés chaque jour, donnent leur avis pour peu qu’on leur demande.

          Les accointances et les intérêts partagés que vous décrivez entre les médias et S&S contraignent les autres candidats à faire de « coups médiatiques », ou à prendre des postures caricaturales pour ne serait-ce qu’apparaitre, furtivement, dans les médias. De fait ils deviennent des caricatures d’eux même, là où S&S ont les moyens de prendre de l’épaisseur (si tant est qu’ils puissent en prendre, mais c’est une autres question).


          • Julot (---.---.208.241) 24 janvier 2007 13:53

            Lire la presse internationale.

            Cela suffit pour se rendre compte que notre pays est très à gauche dans son traitement de l’information.

            Il y a evidemment dees medias de gauche ET de droite en France. Mais si on comprage avec l’étranger, on s’apercoit vite qu’en France il y a seulement des médias d’extrème gauche (canal+) ou centriste (TF1).

            Mais pas de média de droite au sens ou on l’entendrait ailleurs. Par ex, même la gauche japonaise est plus à droite que Le Pen.


            • alpo47 (---.---.202.15) 24 janvier 2007 14:48

              La gauche Japonaise, plus à droite que le Pen ... ? J’ai peur, cher ami, que vous vous enfonciez dans des jugements qui n’engagent que vous.

              Quand à Canal+, créé par Rousselet, devenu une des plus grosses fortunes de France, vous etes sans doute trompé par les Guignols, qui soit dit en passant ont transformé Chirac en personnage sympathique, alors que Denisot, personnage clé de la chaine, est un intime de Sarkozy...

              Peut être faut il regarder derrière le rideau de fumée ?


            • Lavande & Coquelicots Pierce 24 janvier 2007 14:02

              Le journal Marianne avait réalisé une enquête qui établissait que 92% des journalistes se classaient d’eux mêmes plutôt à gauche voire clairement à gauche.

              92%.

              Ca aussi, ça compte, non ?


              • (---.---.202.15) 24 janvier 2007 14:53

                Je ne me rappelle pas ce sondage, mais ne voulaient ils pas parler de l’opinion des journalistes de Marianne ?

                Parce que ça me parait, beaucoup, beaucoup trop important.


              • Lavande & Coquelicots Pierce 24 janvier 2007 18:09

                Non, ça concernait tous les journalistes.

                Marianne illustrait un article qui dénoncait la fabrique uniforme des « élites » médiatiques.

                Et c’était l’occasion pour Marianne de souligner à quel point son travail se différenciait de celui de la presse classique.

                On peut ne pas partager l’analyse un peu facile, mais le fait demeure : 92 % des journalistes interrogés se déclaraient spontanément « plutôt de gauche ».

                La question subsidiaire est effectivement : entre les journaliste et le propriétaire d’un journal, qui décide de ce qui est ércit dans les articles ? C’est étrange mais il ne me semble pas que Libération soit très influencé par son propriétaire.


              • Wells 24 janvier 2007 14:14

                La question de l’article étant : Les médias nous imposent-ils réellement Ségolène et Sarkozy ?

                Il suffit alors de se poser une autre question pour y répondre :

                Voit on, ne serait ce qu’une fois par semaine, une reportage ou une interview de Le Pen, Bayrou ou Besansot d’au moins 5 minutes sur TF1 ?

                Voila résumé en une phrase la réponse de votre article.


                • Jul (---.---.108.165) 24 janvier 2007 14:27

                  A la suite de cette lecture, je me pose la question de savoir si réellement cette exposition médiatique serre S&S. En dehors du fait qu’il peut paraître agassant de voir continuellement et uniquement ces 2 candidats (effet de mode qui finira par nous (peuple français) lassé ?), S&S sont suivis et épiés partout où ils vont, la moindre erreur que ce soit du candidat ou du camp du candidat est reprise et amplifiée. Une petite erreur/maladresse devient rapidement un sujet national sur lequel le candidat doit s’expliquer. Si l’erreur est une erreur de forme (comme souvent) cela peut complètement décrédibiliser le candidat, qui s’exprimera dans les médias que sur des sujets de forme et apparaîtra de plus en plus comme un candidat sans fond ; là, où les petits candidats n’apparaissent que pour parler « politique » et de rien d’autre.

                  Enfin, cette sur-exposition et les thèmes abordés par les médias autour de S&S ne feraient ils pas partie des grands maux de la politique moderne et de l’image que l’on peut en avoir ?


                  • CedricA (---.---.181.106) 25 janvier 2007 13:12

                    Votre analyse est l’inverse de la mienne cité plus haut. Croire que les rares passage médiatique permettent d’être moins superficiel est faut. En effet, lorsque Dominique Voynet est interrogée c’est sur ce que dit Nicolas Hulot, pas sur ce qu’elle dit. Idem pour Bayrou qui est constamment interrogé sur les propos de S&S et pas sur ses propositions.

                    Résultat, les gens disent que les « petits candidats » n’ont pas de programme puisqu’il ne commente que celui des autres au lieu du leur !!


                  • Christophe Christophe 24 janvier 2007 14:38

                    Une précision concernant le CSA : hors des périodes électorales, le temps de parole est le suivant :
                    - 1/3 du temps pour le gouvernement (donc l’UMP),
                    - 1/3 du temps pour la majorité (donc l’UMP),
                    - 1/3 du temps pour l’opposition (principalement le PS).

                    C’est à dire que sur les 2/3 du temps, on a Sarkozy qui est interviewé plus des 3/4 des fois. Le reste est consacré à Chirac, Villepin, Borloo, MAM, Juppé.... et les autres principales grandes têtes de l’UMP. Dans l’opposition, on a surtout Royal qui est présentée. Enfin, on retrouve les autres candidats dans moins des 10% restants : Bayrou, Le Pen, Buffet etc.

                    Ensuite, il faut savoir que les médias s’auto-alimentent. Un des deux fait une action qui est retransmise dans les JT et les journaux. Les instituts de sondage en profitent pour travailler et leurs résultats sont ensuite commentés dans les JT (exemple : la carte scolaire). Ca fait vendre.

                    Et c’est ce qui compte. Faire vendre et faire de l’audimat. Prenez deux JT : TF1 (facile, c’est toujours sur cette chaîne que tombent les gens qui allument la télé) passe Sarkozy. France2 passe Bayrou. Outre le fait que TF1 est avantagée par son canal #1, les gens auront plus tendance à regarder Sarkozy que Bayrou (parce que l’image des Guignols est très encrée dans les mentalités, parce qu’on présente souvent ses idées comme étant bloquées sur la critique des médias...).

                    Après il y a le traitement des informations qui est différents selon les chaînes, et c’est à ce moment-là qu’on peut s’appercevoir qu’une chaîne a volontairement censuré des passages qu’une autre diffuse.

                    Pourquoi Sarkozy ? A cause de ses relations avec les médias (Mougeottes et Elkabach font partis des grands amis de Sarkozy), de sa présence dans le gouvernement et l’UMP, de sa politique de communication (l’histoire des tongs marquant UMP dans le sable), de l’encadrement... Pourquoi Royal ? Déjà parce qu’elle est une femme (certains vont gueuler, mais ça joue énormément contrairement à ce qu’ils peuvent croire), qu’elle est la candidate du PS, qu’elle parle « bien » (entre guillemets, parce que je trouve qu’elle parle beaucoup pour ne pas dire grand chose), qu’elle se fait passer pour quelqu’un qui est à l’écoute des Français...

                    De ce fait les autres candidats passent à la trappe. A quand remonte le dernier passage de Besancenot sur TF1 ?


                    • Neos 24 janvier 2007 17:27

                      Bon article en effet. Il est sybillin de constater que les questions posées à des invités ’tiers’ par les animateurs TV va toujours dans le même sens : quelle position ou avis ont-ils à l’égard des candidats S&S (...) plutôt que de demander - une certaine neutralité et éthique journalistique tenderait en ce sens - quel avis ont-ils au regard de la campagne.

                      Un autre indice clairvoyant qui parle de lui-même : les 10% d’antenne aux candidats considérés par les médias (à tort) comme « mineurs » est souvent accordée au cours d’émission TV où ils ne sont pas invités seuls. C’est le cas des tables rondes où siègent plusieurs candidats « mineurs » ; mais rarement ce candidat mineur est l’invité de marque de l’émission. Manoeuvre ostentatoire - faut-il une fois encore le souligner - qui joue sciemment en faveur des candidats S&S.

                      Vous constaterez enfin, et cela va de pair avec ma remarque précédente, que jamais S ou S n’ont été conviés ensemble, au sein d’une émission TV qui réunirait plusieurs candidats : ceci n’est pas permis par les rédactions TV, et je vous laisse réfléchir seul, cher lecteur, aux raisons qui pourraient subtilement expliquer une telle position rédactionnelle de la part des Directions politiques des chaines TF1 et France TV.


                    • Sam (---.---.203.131) 24 janvier 2007 14:42

                      Très bon article.

                      On comprend pourquoi le système médiatique reste un trou noir des préoccupations candidates.

                      Des réformes de structures s’imposent pourtant.

                      On aurait sans doute bcp d’intérêt à relire ce que nos ancêtres à la Libération ont proposé et mis en place.

                      Ou pas, pris qu’ils ont été par les menées de la finance et des politiques revenus en grâce après l’épuration.

                      Car il s’agit non seulement de rendre la presse dans son ensemble libre, mais surtout de nettoyer l’univers mental de nos contemporains les plus jeunes.

                      Notre presse, en général, ne leur ouvre pas d’autre horizon politique que la soumission aux pouvoirs, la contemplation des moindres faits et gestes du puissant et la légimitation réccurente d’un champ politique verrouillé, puis noyé sous une idéologie qui assure des pensées « conformes » pour les figures des dominants du champ, aux détriment d’autres conceptions et innovations propres à changer la donne pour l’ensemble de la société.


                      • non666 (---.---.155.99) 24 janvier 2007 15:10

                        Tres bon article, mais reaction a une reaction

                        « ...Tous les journalistes sont de gauche, voir d’extréme gauche... » Vraiment, vous êtes sur ? TOUS les journalistes ... A TF1, FR2, au Figaro, Parisien, Point, Express, etc...etc... tous de méchants gauchistes révolutionnaires ?

                        ===> Lors d’un « arret sur Image », un journaliste du Figaro avait rappelé un sondage entre tous les journalistes sur la presidentielle 2002. 80% se preparaient a voter Jospin 14% pour Chirac 6% reste du monde.....

                        Bon an mal an, 95% de bruit mediatique est toujours concentré sur le bipartisme UMP/PS Or l’homme etant un animal social, si l’on montre ou est le coeur de la meute, ceux qui n’y sont pas sont forcement des associaux, des deviants. On parle de « Partis de Gouvernement » et de « partis protestataires » pour bien montrer la limite entre ce qui est Juste et les ceux qu’on tolère.


                        • Stef (---.---.229.129) 24 janvier 2007 15:41

                          La preuve que OUI, un seul mot sur Dupont Aignan dans votre article, juste pour dire qu’on ne parle pas de lui. Alors, OUI, Sarko, par ci , Sego par la....mais rien pas un mot du seul vrai dissident de l’UMP.... et qui lui fait des propositions.....et des vrais

                          2007, est le plus grand scandale annoncé, attention aux surprises.... Les citoyens ont les oreilles tendus et seront vers qui se diriger au moment du vote.

                          Je suis ecoeuré de cette nouvelle mode de faire de la politique spectacle, alors que tout fout le camp (le travail) qui est la base de la stabilité sociale.

                          Et la, y en a pas beaucoup qui mouille leur veste, car ils savent bien qu’il ne peuvent rien faire à part prendre des décisions radicale de protectionisme et de fermeture des frontières.

                          Ex : un teeshirt acheté 1.5€ provenant de Chine, vendu 10€ (grosse marge pour Carouf.) Fabriqué en France par des Français -> 4€ , revendu 10€ = moins de marge pour carouf....

                          Le problème est la et pas ailleurs....j’ai même honte d’acheter Chinois, car il suffit de faire un tour la bas, pour savoir ce qu’il s’y passe.

                          Les médias de mon point de vue , sont des anti démocrates, participant à la destruction de notre pays, en nous vendant une europe, qui ne ressemblent plus à rien.....

                          Triste vie...


                          • Patrick (---.---.159.73) 25 janvier 2007 10:55

                            « un teeshirt acheté 1.5€ provenant de Chine » Je suis dans le textile et je connais parfaitement le prix des textiles chinois, et je peux vous assurer que ce n’est pas 1.5€ le tee-shirt mais au maximum 0.5€ rendu dédouanné France, ce qui fait en moyenne des multiplicateurs de 20 pour la grande distribution. Mais tout le monde s’en fout, j’ai l’impression. Et quand on vous vend des produits soldés à 50%, vous vous faites encore royalement en...


                          • Rocla (---.---.129.26) 25 janvier 2007 10:59

                            à Patrick ,

                            Et vive Leclerc et les autres farceurs de la vie moins chère .

                            Rocla


                          • Reinette (---.---.57.201) 24 janvier 2007 17:11

                            5/05/2004 sur France 3 :

                            « Culture et dépendances ». Thème de la soirée : « Quelle société voulons-nous ? »

                            Pour nous dire ce qu’on doit vouloir, Alain Minc, Axel Kahn, Jean-François Kahn, Pierre-André Taguieff, Jorge Semprun et quelques autres débattent en convergence.

                            On les a vus chez Ardisson, on les reverra chez Durand, avant de les rerevoir chez Fogiel.

                            Ce soir, c’est Giesbert qui reçoit. Islamisme, antisémitisme, violence des jeunes pas intégrés : « Il n’y a pas de démocratie sans autorité de l’élite », bougonne Semprun. Autour ça opine du bonnet. « Un des moteurs de la démocratie, c’est l’aspiration à l’autorité », insiste l’écrivain, qui veut être sûr de bien se faire comprendre. Autour l’approbation redouble.

                            Au même moment, sur France 2, on débattait de la question : « Jusqu’où peut-on aller pour plaire ? »


                            • olivherr (---.---.226.178) 24 janvier 2007 17:43

                              Avant de cliquer sur oui ou non sachez que je ne suis particulierement ni pour l’un ni pour l’une. Par contre je m’inquiete sérieusement de la staracademisation de cette future élection. Je désire avant tout voter pour un projet global avec une finalité, des buts et des objectifs clairements identifiés, expliqués, justifiés ... Les politiques pensent-ils réellemnt que nous sommes suffisament con pour ne comprendre que les blagues de récréation ? Je n’ai pas envie de voter par SMS surtaxé pour le plus petit, la plus belle ou le plus gros. Je veux du fond, du profond et même du tirefond si ça doit faire mal mais prenez nous pour ce que nous sommes, tout sauf des idiots.


                              • Reinette (---.---.57.201) 24 janvier 2007 18:08

                                « Il faut faire « très très vite », on est dans « l’info flash ». Pas le temps de vérifier les entourloupes du gouvernement. Et encore moins de les contrer, même avec des pincettes... » (journaliste à Libé) 15/01/2006

                                « QUE LES JOURNAUX crient tous la même chose, c’est vrai, dit le prince ; on dirait les grenouilles avant l’orage ! Ce sont sans doute leurs cris qui empêchent d’entendre la moindre voix. » (Tolstoï, Anna Karénine).

                                (les JT et autres pseudo-émissions-politiques, ce n’est plus de la propagande, c’est du marteau-pilon. À quand un bilan de compétences pour les journalistes ?)


                                • Jean étropal (---.---.36.50) 24 janvier 2007 18:33

                                  Ils ont gouverné quoi pendant les 5 dernières années, les petits, les nuls ou les mauvais ? Un grand candidat, c’est d’abord un passé politique concret. Les petits nuls ils ont déjà été candidat et le peuple a décidé leur élimination avec fessée sur le cul (moins de 10%). Le Pen n’est pas un petit malheureusement. Les autres pourquoi sont-ils encore là ? En plus avec la même rengaine.


                                  • Len (---.---.170.19) 24 janvier 2007 18:36

                                    Article interessant.

                                    Il y a tout de même un élement qui n’est pas mentionné par l’auteur, mais qui est assez significatif : les sondages d’opinion.

                                    Pourquoi ces sondages, lorsqu’ils sont rapportés sous forme de dépeche AFP ou d’article dans la presse, font toujours (ou dans 95% des cas) état d’un duel S&S au 2nd tour ? Ca en devient saoulant d’avoir un coup Sego à 51%, un coup Sarko à 52%, etc. A force, cela ne veut plus rien dire du fait de la marge d’erreur.

                                    Même s’il n’y a pas de parti pris flagrant des journalistes envers tel ou tel candidat, la démarche a tout de même le « mérite » de légitimer ces deux-là au détriment des autres.


                                    • bruno (---.---.146.65) 24 janvier 2007 21:56

                                      OK. Moi, je retiens surtout le « S&S » !

                                      C’est bien vu, même si l’aticle - un peu long - ne développe pas sur cet aspect.

                                      « Ségolène » d’un côté, « Sarkozy » de l’autre. C’est presque toujours présenté ainsi. Rarement « Royal » et « Nicolas », n’est-ce pas ?

                                      Qu’en déduisez-vous ?


                                      • Le Bordelleur (---.---.77.95) 25 janvier 2007 01:03

                                        Mais non les médias sont de droches , et pour le social libéralisme. Au fait les initiales SS pour désigner les deux candidats me rappellent quelque chose ? lol L’auteur l’a t-il fait exprès ?


                                        • Forest Ent Forest Ent 25 janvier 2007 02:03

                                          Pas la peine de chercher des explications culturelles sophistiquées, tout ceci est uniquement une histoire de pognon. Les journaux et télés bossent pour leurs clients, c’est à dire les annonceurs, et pour leurs actionnaires, et ça tombe bien parce que c’est à peu près les mêmes. Ainsi, un des premiers annonceurs est le GSM, soit BouyguesTelecom (=TF1) et SFR (=Vivendi=Canal+), etc ... On trouve aussi les parfums (Dior=Arnault=Radio Classique) ou la musique (Universal=Vivendi=Canal+) ou Sony-BMG (=Bertelsman=M6), etc ...

                                          Vous en trouverez une description détaillée sur ce site :

                                          http://forestent.free.fr/

                                          gratuit et sans publicité. smiley

                                          Pour ceux qui se plaignent que les médias sont de droite ou de gauche, vous perdez votre temps. Ils sont du côté du pognon, et celui-ci peut dealer avec tout le monde.


                                          • arturh (---.---.119.98) 25 janvier 2007 10:08

                                            Nième article « complotiste », un genre très en vogue sur Agoravox. Donc les « grands médias » (entendez les grands méchants capitalistes) imposent leurs vue à un troupeau de citoyens majoritairement décérébrés par de trop fortes absorptions de doses de Coca Cola. C’est le discours classique qui fait le lit de tous les totalitarismes : les gens sont trop bètes pour faire leur propre opinion, il vaut mieux qu’on leur impose la notre puisque c’est la bonne.

                                            Et ça après le référendum sur le Traité où la majorité des citoyens a voté NON alors que tous les « grands médias » (entendez les grands méchants capitalistes) nous demandaient de voter OUI.

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