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Les municipales à Bordeaux comme prétexte à un portrait succinct de la France électorale

 

Dans une dizaine de jours, élections municipales à Bordeaux. Cinq listes vont être proposées au suffrage des Bordelais. Ce scrutin a au moins le mérite d’être clair, contrairement aux futures et dernières élections présidentielles, avec plus d’une douzaine de candidats dont près de la moitié n’ont pas atteint les 5% alors que la majorité d’entre eux ne possédait pas les qualités requises pour exercer la plus haute fonction politique en ce pays. Mais au fait, pourquoi évoquer cette élection dont le résultat est connu par avance, dont l’objectif est simplement de « normaliser » une situation locale en remettant Alain Juppé aux commandes de la municipalité, ce dernier ayant été obligé de démissionner de son mandat de maire conformément à la loi républicaine ? En vérité, on voit transparaître une photographie représentative de la conjoncture politique contemporaine. Voyons quelles sont ces cinq listes.

En termes d’espérance de vote, les deux principales sont constituées d’une part avec les partis occupant la majorité actuellement, soit l’UMP, l’UDF et les divers droites, d’autre part avec les partis au pouvoir avant 2002, soit le PS, (le MRG) et le PC. Bref, la gauche de gouvernement, excepté les Verts qui feront une liste à part. La figure centrale est donc composée d’un paysage politique rappelant celui de la France après 1981, pendant le premier septennat de Mitterrand. A cette figure s’ajoutent trois formations rassemblant des tendances qui se sont affirmées avec force depuis 1981, autrement dit, traduisant de facto la représentation de craintes, ressentiments et colères manifestés au cours des vingt-cinq dernières années mais sans doute présents bien avant. Ces tendances sont devenues plus visibles dans les champs politiques et médiatiques, notamment l’antibéralisme consécutif aux grèves de 1995 et le mouvement Attac. En effet, les médias sont le miroir des opinions que par ailleurs elles contribuent à engendrer. De là découlent les grandes lignes de ce qu’espèrent mais aussi craignent les électeurs.

Les trois listes « alternatives » sont conduites par le Front national, les Verts et un conglomérat anti-libéral. Voilà une photographie assez fidèle des craintes exprimées par une partie de la population et dont la traduction se manifeste par le suffrage accordé à ces partis qu’on appelle protestataires ; ce qui est de cas de deux d’entre eux, les Verts ne méritant pas d’être classés dans cette catégorie, bien que dans l’esprit, on puisse les considérer ainsi. En fait, les écologistes se cherchent et ce n’est pas un scoop. Si on prend ces trois partis on verra apparaître trois craintes dominantes. En premier lieu celle de l’immigré et de la perte de l’identité française pour les électeurs du FN ; puis la crainte du développement technique pour ce qu’il occasionne dans l’environnement ; enfin, la crainte de la mondialisation et du marché pour ce qu’il engendre comme conséquences économiques et sociales.

En quelques mots, ces électeurs craignent l’étranger, l’homme, la perte des valeurs traditionnelles, puis les dégâts de la technique, les accidents écologiques, l’altération du climat ; enfin le profit, les puissances financières avec les effets sur la conjoncture du travail et la précarité économique. Les plus jeunes ne s’en souviennent pas, mais dans les années 1970, les individus ne manifestaient pas ce type de craintes avec une telle intensité. Pourquoi ? D’une part parce que les conditions sociales étaient différentes, et d’autre part en raison d’une espérance dans l’action politique, manifestée notamment à gauche et conjurant les peurs autant que le malaise social. Pour le reste, les craintes écologiques étaient bien présentes, mais pas exacerbées dans les médias comme actuellement. Les catastrophes écologiques, Seveso, Bhopal, Tchernobyl, la couche d’ozone, la déforestation, la gestion des déchets industriels, tout cela a pris de l’ampleur, comme du reste la ghettoïsation des immigrés, la paupérisation sur fond de profit en augmentation incessante. Bref, de quoi alimenter les trois craintes dominantes. Et donc créer le terrain pour que se présentent ces trois listes.

Pour le reste, deux grandes formations ont su gérer les affaires locales et nationales depuis 1950, avec actuellement, deux grands partis, l’UMP et le PS, chacun sollicitant l’appui de formations plus discrètes. Bref, la droite et la gauche. A Bordeaux, la droite est implantée depuis des décennies. Alain Juppé sera réélu, étant apprécié des Bordelais, perçu à juste titre comme le rénovateur de la ville doublé d’un bon gestionnaire. Du point de vue politique, c’est ni plus ni moins que de clientélisme qu’il s’agit, terme que j’emploie de manière neutre pour désigner l’évolution de la vie publique au cours des dernières décennies. L’action politique se propose comme un bien de consommation. L’électeur est un client. Le gouvernement actuel joue à plein le clientélisme en distribuant de l’argent de poche aux citoyens. La gauche aurait fait pareil en modulant légèrement les cadeaux selon ses préférences sociales. Les client sont satisfaits, sauf les mécontents et les inquiets, ceux-là se tournant alors vers les partis exprimant la colère et les trois craintes majeures.

Les électeurs des deux grandes formations ne souhaitent pas de rupture mais des réformes, des aménagements, à l’instar d’un client demandant à son concessionnaire un équipement supplémentaire pour son véhicule ou à son décorateur de changer les meubles du salon. Désir d’avenir, volonté de rupture, tout ceci n’est que lubie et artifice de campagne, les gens ont un désir de conservation des situations acquises. Restent les mécontents qui souhaitent accéder à une situation et votent protestataire, avec les craintifs qui, eux, ont peur de l’évolution de la société. L’espoir et le progrès partagé, l’idée d’un avenir partagé par tous et pour tous se sont envolés. Voilà la photographie de la France politique avec ses tendances et nuances. L’image fournie par les élections bordelaises est donc assez claire. Nous attendons que l’ancien concessionnaire revienne à la Mairie. Les quais ne sont pas encore achevés. Mais les anciens meubles, pardon les hangars, ont été enlevés.

Ce qui donne le motif général de la politique actuelle. Finis les grands projets de société, les valeurs, les idéaux, la culture, la solidarité spirituelle. L’heure est aux préoccupations techniques et matérielles dans un pays qui comme bien d’autres, s’en remet aux matérialisme et à l’économie libidale, celle qui a fourni le ressort pour le triomphe du capitalisme. Mais n’oublions pas la figure de Janus, autant pour la technique que la libido, si bien que le plaisir va de pair avec le déplaisir, d’où le succès des trois ensembles protestataires.


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15 réactions à cet article    


  • Olivier (---.---.176.131) 28 septembre 2006 13:35

    « L’espoir et le progrès partagé, l’idée d’un avenir partagé par tous et pour tous (les mécontents), se sont envolés. » Je partage pas le même sentiment, je classerai plutot une partie des abstentionnistes dans cette catégorie.

    De même, si le mot « craintifs » correspond parfaitement au écologistes, le mot « dégoutés » aurait mieux correspondu aux autres groupes contestataires.

    Sinon je trouve l’article trés bon. L’analyse des continuateurs UMP-PS aurait pu être pousser un peu plus loin, notament sur leurs différents (pourquoi tant de mépris entre eux ?).


    • Mathieu2 Mathieu2 28 septembre 2006 14:18

      Je trouve que ce texte fait bcp de bla bla alors qu’il fait l’impasse sur l’essentiel : le système français est de moins en moins démocratique, et le retour de Juppé en est une démonstration évidente.

      Sinon je regrette que l’auteur ne parle pas des abstentionistes qui sont à chaque élection les grands « vainqueurs ».


      • l’homme qui s’interroge (---.---.174.244) 28 septembre 2006 16:10

        en quoi le retour de Juppé n’est-il pas démocratique ? Au contraire il y a des elections, c’est ce qu’il y a de plus démocratique non ?


        • Remy (---.---.29.19) 28 septembre 2006 18:07

          Élection démocratique, oui mais... Le citoyen lambda est en droit de se poser des questions sur Mr Alain Juppé condamné, (1 an de privation de droits civique en appel, 10 ans en première instance) et d’autres, pour des faits qui auraient peut être envoyés n’importe lequel d’entre nous derrière les barreaux pour un moment. Certains hommes politiques se représentent à des élections drapés de virginité. Droit à la réhabilitation, dette payée, bien sur, mais se sont des hommes d’Etat qui ont, par principe républicain, le sens de l’honneur et pas le droit à l’erreur. Vous, citoyen lambda, votre inculpation et votre dossier judiciaire vous plomberait le reste de vos jours et ressortirait à la moindre occasion. Alors démocratique oui mais....


        • Panama (---.---.198.59) 28 septembre 2006 16:23

          Contrairement à Mathieu je trouve votre analyse très juste.

          Vous soulignez fort justement le décalage entre les bordelais et l’opinion générale au sujet de M. Juppé.

          La grande leçon du retour d’Alain Juppé (n’en déplaise aux grincheux), c’est justement la prééminence de l’action politique, au sens grec du terme, sur la « peopolisation » médiatique pour des élections municipales.

          Et si finalement, les français s’intéressaient plus aux programmes et aux bilans des hommes et femmes politiques qu’à l’image déformée que leur en donne la télévision ?

          Et si nous étions de bons citoyens, et pas de pitoyables victimes de la surmédiatisation ?

          L’action d’Alain Juppé au gouvernement Chirac n’a pas laissé des souvenirs très positifs aux français. De là à croire que le cas est identique pour son travail de maire à Bordeaux, et que bien sûr, tout celà n’est que politique politicienne...

          Ce qui n’empêche pas, au niveau national, de jouer le rôle d’atout maître contre notre cher ministre de l’intérieur !


          • (---.---.162.15) 28 septembre 2006 18:24

            Cet article très orienté véhicule plein de clichés sur une France craintive mélangeant allègrement Bové et Le Pen. Sûrement encore un rancunier qui a voté Oui à la constitution européenne. Avec quand même un peu de lucidité qui le rend dépressif de ne croire ni en Sarkozy ni en Sarkozette...

              Les plus jeunes ne s’en souviennent pas, mais dans les années 1970, les individus ne manifestaient pas ce type de craintes avec une telle intensité. Pourquoi ? D’une part parce que les conditions sociales étaient différentes, et d’autre part en raison d’une espérance dans l’action politique, manifestée notamment à gauche et conjurant les peurs autant que le malaise social.

            Au contraire, dans les années 70, c’était complètement fermé, la gauche et encore moins la droite ne comprenaient rien à l’écologie politique. Les choses ont beaucoup changé depuis, la prise de conscience s’est généralisée, même si elle manque de cohésion et de moteur, mais c’est prêt à démarrer.

            Et le Non à la Constitution européenne nous a délivré d’un carcan qui empêchait d’aller en ce sens. L’espoir est bien présent d’aller enfin dans une autre direction... dans quelques années. Même le mot « décroissance » commence à ne plus faire peur. Qui l’aurait cru dans les années 70 ?

            Am.


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 28 septembre 2006 19:12

              Je ne pense pas avoir mélangé mais bien séparé les types de crainte et tracé un portait synthétique résumant la situation.

              J’ai fait moi-même campagne pour le Non, comme quoi, vous prenez quelques risque en extrapolant sur ma position. Tapez opération skywalker suur Google et vous me trouverez


            • Internaute (---.---.9.173) 28 septembre 2006 18:39

              Vous brossez bien le paysage politique actuel mais vous cédez à la norme en ce qui concerne la peur, avec le mépris habituel pour les électeurs qui ne votent pas comme il faut. Sachez que les opposants au régime ne sont pas motivés par la peur mais par le désir d’amélioration de leur situation.

              La peur est du côté du PS et de l’UMP, la preuve étant toutes les marionettes de croquemitaine et de père fouettard qu’ils agitent à l’adresse de leur électorat pour que celui-ci n’aille pas regarder ailleurs. La vrai peur ne se trouve dans aucun électorat, tout simplement parceque nous ne vivons pas une époque qui la justifie, mais uniquement chez les candidats qui ont peur de ne pas être réélus. La trouille est chez ceux qui changent la loi pour exiger 500 parrainages et voudraient bien monter la barre à 1.000.

              En sociologie, l’attitude du PS et de l’UMP s’appelle la résistance au changement. On l’étudie comme l’un des principaux frein au progrés.


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 28 septembre 2006 19:16

                Là encore, incompréhension, je ne méprise par les électeurs ni les partis, j’essaie d’être neutre, non sans escompter un changement qui à mon sens, n’existe dans aucun parti et ne veut être tenté que par un Français sur dix, à mon humble avis. Bové est rétrograde, comme les Verts, je ne parle pas de Le Pen, qui est à fuir.

                Pour les nostalgiques, je conseille le catalogue des ressources, ça c’est de l’écologie citoyenne, l’écologie politique, un désastre, le bilan, quelques ours et loup qui se baladent dans nos campagnes...


              • Liberte (---.---.43.15) 28 septembre 2006 21:04

                +1 monsieur l’internaute.

                mais je crois (j’espère...) que ce discours cherchant à culpabiliser/mépriser l’électeur à tout prix pour en fait obtenir le maintien de l’aristocratie en place passe de plus en plus mal parmi les français.

                Quand on prend les gens pour des cons, il faut assumer le risque qu’il ne le restent pas éternellement


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 28 septembre 2006 21:35

                Justement, c’est ce que j’espère, que les citoyens réagissent, je parle en tant que citoyen, je ne suis pas des élites,trop libre pour en faire partie et les électeurs trop pleutres pour écouter les voix authentiques et dissonnantes


              • Yann (---.---.195.89) 28 septembre 2006 21:22

                Article intelligent mais avec un oubli toutefois.. Vous ne nous parlez pas des craintes des électeurs d’Alain Juppé, est-ce à dire que ces gens là n’ont peur de rien ? Et si cet électorat avait peur du changement, peur de ne pas retrouver avec une autre équipe municipale, ses prébendes, ses subsides, ses privilèges ? Comme dans toutes les villes de France, les principaux électeurs sont avant tout des fonctionnaires de la mairie, le fonctionnaire est ennemi du changement.


                • Bernard Dugué Bernard Dugué 28 septembre 2006 21:33

                  Je n’ai fait qu’un portrait de la France électorale, les électeurs de Juppé, comme ceux de l’UMP ou du PS, sont des clients et bien évidemment, sont attachés à leur concessionnaire et ne sont pas prêt à en changer


                • lt2ab (---.---.89.75) 29 septembre 2006 00:13

                  Analyse très réductrice des motivations du corps électoral.

                  Pourquoi seule la crainte motiverait-elle le choix de ceux qui votent pour les partis dits protestataires ? l On peut y voir tout aussi bien de la colère, le refus de ce qui est proposé par la classe politique dominante ou encore la recherche d’une alternative à ce monde fou sur lequel on a l’impression d’avoir bien peu de prise.

                  « l’espoir et le progrès partagé, l’idée d’un avenir partagé par tous et pour tous se sont envolés ».

                  Ah bon !?, Je ne crois pas que ce soient des aspirations qui quittent aussi facilement le coeur des hommes, mais disons qu’elles n’arrivent pas à s’exprimer de manière claire et lisible (par un choix électoral) de nos jours.

                  lt2ab


                  • le sondagophobe (---.---.126.57) 29 septembre 2006 11:28

                    Ce qui me gène dans cet article est l’impression de voir d’un côté les « partis responsables qui gouvernent par alternance » et de l’autre côté les « candidats portés par la crainte des électeurs ».

                    Aurais-je lu trop rapidement ?

                    Moi, je vois des citoyens de plus en plus lucides, et je pense que cette lucidité est due à une meilleure instruction (merci l’école) et à une meilleure information (merci les médias malgré vos défauts).

                    Je vois une classe politique qui a deux caractéristiques : une seule idéologie (le libéralisme) et un symptome d’accro (ceux qui ont gouté à la drogue du pouvoir n’arrivent pas à se sevrer).

                    Les citoyens qui s’abstiennent refusent d’arbritrer entre « bonnet blanc » et « blanc bonnet ».

                    Les citoyens qui votent aux extrèmes n’ont pas l’illusion de faire changer le monde. Ce sont comme des noyés qui s’agitent en tous sens au lieu de nager.

                    Et la réalité dans tout ça ?

                    Le chômage a-t-il évolué en une génération ?

                    La sécurité de l’emploi a-t-elle diminué avec les privatisations, alors qu’à l’époque des grandes entreprises nationnalisées les salariés avaient un statut proche des fonctionnaires ?

                    Qu’en est-il du nombre de sans-abri, d’employés « précaires », de durée avant d’obtenir un travail ?

                    Les craintes sont-elles justifiées ?

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