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Accueil du site > Actualités > Politique > Les nerfs solides. Paroles à vif de la France moyenne qui refuse la (...)

Les nerfs solides. Paroles à vif de la France moyenne qui refuse la banalisation et l’effondrement.

"Il se montra même capable de concevoir un plan vaste ; mais si la sagesse qui mûrit les pensées, si la prévoyance qui devine les obstacles, si l’esprit d’ordre et de suite qui prépare le succès de l’exécution sont les parties constitutives d’un homme d’État, Calonne ne saurait prétendre à ce titre."

"Deux ans après l’élection, la gauche à la traîne. Comment le battre ? Seule une opposition unie et élargie pourra contrecarrer les ambitions de Nicolas Sarkozy qui prépare déjà activement la présidentielle de 2012" titre le quotidien Libération dans sa livraison du Lundi 4 mai 2009 , première édition N° 8705.

"Que peuvent faire les gouvernements contre le chômage ? Dans l’urgence les Etats renforcent les dispositifs existants. Les politiques de l’emploi traditionnelles ne sont pas aptes à affronter une crise longue" titre là son tour le quotidien Le Monde dans son supplément économique en date du Mardi 5 mai 2009.

"Affaire de style", comme l’écrit avec justesse Eric Fottorino dans son Editorial de ce même "Monde", pour répondre à la question de savoir " d’où vient alors qu’après deux ans de mandat , celui dont le slogan aurait pu être "Yes, I can", voie se lézarder la confiance qu’une majorité de Français avait placée en lui ?" Se demandant si "ce volontarisme qui fit sa force du début n’est-il pas devenu sa faiblesse du moment ?"

Faiblesse intrinsèque, serait-on plutôt tenté de dire ; mais surtout faiblesse congénitale, erreur de casting et de méthode qui seront la cause de l’échec inéluctable et déjà patent du sarkozysme, non pas tant à cause de la politique de réformes en tant que telle mais à cause du personnage lui-même.

La réponse est en effet très simple, qui tient au fait que "moins que l’inspiration réformatrice, c’est (effectivement) l’exécution qui pêche chez Nicolas Sarkozy. Une affaire de style, poursuit Fottorino, qui finit par irriter après avoir soulevé curiosité et espoir", puisqu’il ne "suffisait pas de vouloir s’affranchir des codes en usage dans la République, de jeter aux orties l’héritage de ses prédécesseurs, à commencer par celui de Jacques Chirac, ou encore d’ouvrir avec frénésie mille chantiers, au risque de n’en achever correctement aucun."

"Encore fallait-il créer, ajoute Fottorino, une pratique nouvelle en phase avec notre société, faite d’un dosage subtil d’individualisme et d’élan commun, de "moi d’abord" et de "tous ensemble".

Cela, le chef de l’Etat ne l’a pas compris.

Le constat est sans appel, comme le montre Marcel Gauchet, directeur de recherches à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS),dans son entretien donné au quotidien Libération le 28 avril 2009 à propos du bilan politique qu’il dresse des deux premières années de Nicolas Sarkozy.

"Le sarkozysme, explique Marcel Gauchet, est difficile à analyser, car il est caméléonesque. Il manie la contradiction sans complexe. En jouant sur tous les tableaux, il se rend insaisissable, ce qui explique que les protestations de la gauche le laissent indemne. Néanmoins, si on doit faire un bilan, on peut dire que le sarkozysme a probablement épuisé son capital initial et que s’il continue de faire illusion, c’est paradoxalement grâce à la crise, qui le prend à contre-pied, mais justifie, pour quelque temps encore, son activisme. L’essence du sarkozysme, c’est, sous le titre de la « réforme », l’idée que le moment est venu de banaliser la France, en économie, en diplomatie, dans l’éducation…"

Banaliser la France ? L’erreur du chef de l’Etat aura été de le faire, "d’user d’une démocratie du privé qui aura perturbé le collectif", comme l’écrit Marcel Gauchet, de ne pas tenir compte de la réalité d’une nation prête à beaucoup de choses, certes, capable de céder aux sirènes du moment, mais certainement pas jusqu’au point d’accepter de disparaître en passant par pertes et profit dans la banalisation générale du pays, au laminoir d’une crise économique qui remet en cause des paradigmes obsolètes.

Cette France, c’est celle des classes moyennes qui la composent.

Tous ces gens qui "forment le coeur de la société française, ceux sans qui rien n’est possible, ceux sur qui la nation compte pour produire et consommer, ceux dont le vote fait la différence. Ceux aussi qui supportent, dans tous les sens du terme, notre modèle social.

"Ce sont les classes moyennes.

"Ces Français qui sont scrutés à longueur de sondages parce que leurs avis sont déterminants dans la formation de l’opinion mais que finalement on connaît peu. Que ressentent-ils vraiment ? Comment vivent-ils avec un pouvoir d’achat en berne ? Se sentent-ils dans une société bloquée ou craignent-ils les réformes que l’on nous annonce ? Est-ce qu’ils paniquent devant la crise qui arrive ou gardent-ils pour l’instant la tête froide ?"

Dans Les nerfs solides - Paroles à vif de la France moyenne, qu’ils viennent de publier aux Nouveaux débats publics, Xavier Charpentier et Véronique Langlois disent ce qu’est la réalité de la crise au quotidien pour le coeur de la société française, ceux sans qui rien n’est possible, sur qui la nation compte effectivement pour produire et consommer, ceux qui supportent (dans tous les sens du terme ) notre modèle politique, économique et social, ceux dont le vote fait - ou devrait -faire la différence ...Tous ceux qui finiront par sortir des options et choix politiques dans lesquels ils se sont fourvoyés par crédulité ou habitude, victimes d’avoir cru pour beaucoup à l’efficacité d’un illusionniste, thuriféraire et bientôt fantôme d’un passé révolu.

Tous ceux qui sont en train de comprendre qu’il peut y avoir émergence d’une figure politique nouvelle, autre que la galerie des portraits qui nourrissent l’actualité et s’évertuent en prétentions diverses à occuper le terrain jusqu’à l’échéance de 2012.

Ouvrage particulièrement intéressant qui montre la justesse et la finesse de la perception des Français qui composent les classes dites moyennes.

L’étude remarquable de nos concitoyens par le biais de leurs analyses et perceptions d’une réalité qui est celle de la société française actuelle montre que si les classes moyennes ont effectivement "les nerfs" face aux difficultés qu’elles s’efforcent de surmonter, elles ont aussi les nerfs solides et demeurent une extraordinaire chance pour la France et tous ceux qui, comme moi, veulent la mener dans des eaux libres.

Cette France, cette "France d’en-bas", ce sont les quelques 20 millions de Français - soit un bon tiers de la population totale - qu’évoque avec pertinence Louis Chauvel dans son ouvrage intitulé Les Classes moyennes à la dérive (Seuil, 2006).

Cette France, c’est en réalité celle des oeuvres vives d’une nation prête à tout, mais certainement pas à continuer à laisser le navire aux mains d’un commandement composé d’acteurs inaudibles dont l’unique objectif est le dur désir de durer politiquement en menant à son terme un quinquennat dont tout montre qu’il est déjà terminé.

Bibliographie :

Les nerfs solides
Langlois Véronique Charpentier Xavier

Éditeur Nouveaux débats publics

ISBN 2953328513
EAN 9782953328516
Dewey 302.2
Date de parution 10 février 2009
Nombre de pages 176

Les classes moyennes à la dérive
Louis Chauvel

Paris, Seuil, octobre 2006, 108 p.

Pour une analyse plus précise de la notion de classes moyennes, on consultera avec intérêt les notes de Julien Winock à propos de l’ouvrage de Louis Chauvel dans Julien Winock http://www.strategie.gouv.fr/revue/article.php3?id_article=249

A propos de Charles-Alexandre de Calonne (1734-1802) Extrait tiré de Biographie Universelle Ancienne et Moderne Tome VI - Michaud, Paris, 1842


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2 réactions à cet article    


  • Pourquoi ??? 6 mai 2009 07:31

    Je vous trouve bien optimiste sur notre capacité à lui résister.

    Tous les jours j’entends à la radio des auditeurs dire en substance q’il faut cesser de taper sur ce « pauvre président si gentil qui fait tant de choses pour nous et qui se donne tant de mal »...

    Quant aux syndicats ils semblent avoir peur de leurs propres bases...

    Comment se libérer d’un homme qui détient la totalité des pouvoirs ? Les « classes moyennes » ne sont pas prètes à un coup de force.


    • paul 6 mai 2009 10:02

      Manuel Vals a même parlé d’anti-sarkozisme primaire....un comble quand on est sensé être dans l’opposition .Curieux aussi que Marcel Gauchet pense que le sarkozisme est difficile à analyser : passés les premiers mois de« sidération » après son arrivée à l’Elysée ,à la suite d’une élection résultant d’un non choix, le personnage ne laissait plus de doute :
      déconstruction méthodique des fondements de notre république, réformes à la hussarde prenant de cours les syndicats affaiblis, vassalisation atlantiste, médias sous controle......
      Et la France d’en bas, avec l’angoisse de perdre ses emplois, ne voit personne à l’horizon ,
      capable de la représenter avec force pour s’opposer au saccage présidentiel .....

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