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Les plus ambitieux doivent-ils toujours gagner ? (1/3)

Des convictions solides et de l’intelligence relationnelle éprouvée sont les constituants de base d’un homme d’État. Mais ils sont loin d’être suffisants. Première partie.

En France, contrairement à d’autres pays démocratiques comme les États-Unis, la classe politique rassemble des personnalités souvent douées, intelligentes, brillantes. Enfin, je veux dire, la classe politique au niveau national.


Une élite pour la politique française

Les belles carrières sont réservées le plus souvent à ceux qui sortent des meilleures écoles de la République  : Polytechnique (X), Normale Sup., et bien sûr, l’École nationale d’Administration (ENA).

Valéry Giscard d’Estaing était un X-ENA. Alain Juppé un normalien-énarque. François Hollande un HEC-ENA. Et ainsi de suite. Les exemples sont en effet très nombreux.

Même Nicolas Sarkozy, qui ne sort d’aucune grande école et dont certains opposants doutent même du niveau culturel, a fait tout de même des études de droit immobilier pour devenir avocat, ce qui l’a inséré dans une catégorie socio-professionnelle enviable (il voulait cette carte de visite pour être crédible en politique).

Au départ de la carrière politique, un poste administratif, souvent à responsabilité, des contacts avec le monde politique concrétisés rapidement par une collaboration avec un responsable politique. Puis le baptême du feu, l’élection, puis la multiplication des mandats, en nature et en périodes, pour atteindre une visibilité nationale qui pourrait peut-être conduire à un destin national.


Coups du destin

Évidemment, beaucoup d’appelés et peu d’élus et souvent, il y a des circonstances positives ou négatives, des coups de chance, de malchance, un hasard particulier ou une opportunité qui font ou défont des carrières. Et puis, il n’y a pas que l’Élysée dans l’esprit de bien des personnalités politiques. Parlementaire en mission, ministre, présidence de ci, de ça… bref, tout un grand éventail de responsabilités politiques pour rassasier la soif de certains… ou pas.

Nous y voilà… la soif… La soif du pouvoir… la soif de l’ego… la soif de l’argent… et nous pourrions continuer. Cette soif a un seul nom, l’ambition. Pour la soif de l’argent, cela s’appelle la vénalité.

Le mot est lâché et il est essentiel en politique  : pas de réussite en politique sans conviction mais non plus sans ambition.

Mais il y a ambition et ambition.


Les différentes formes de l’ambition politique

J’ai alors classé de manière très personnelle trois formes d’ambition (voire quatre).

La première est l’ambition nationale. "Je ne m’occupe pas de moi mais d’une cause" : la République, l’État, la Nation, l’indépendance, la science, les handicapés, l’environnement, etc. Cette cause peut porter haut. Le général De Gaulle avait sans nul doute cette ambition. Il payait ses factures d’électricité lorsqu’il occupait l’Élysée. Il s’est rarement soucié de sa situation personnelle et de celle de ses proches pour ne se porter que sur son ambition nationale. Bien sûr, ce type d’ambition manque amèrement dans la classe politique actuelle. Pour tout dire, à part De Gaulle, je ne vois personne ayant cette hauteur de vue dans les soixante dernières années, excepté Pierre Mendès France, Raymond Barre et Jacques Delors. On ne peut cependant pas demander aux hommes (ou femmes) politiques d’être surhumains. C’est donc une ambition d’exception, rare.

La deuxième est l’ambition par opportunité. "Je pense à moi, mais je ne veux pas sacrifier ma vie à mon ambition. Alors, je saisis les opportunités. Sinon, tant pis." L’ego y est déjà fort développé. On peut mettre dans cette catégorie Georges Pompidou, Alain Poher, Édouard Balladur, Raymond Barre, Jacques Delors, Ségolène Royal, Jacques Chaban-Delmas, Lionel Jospin… chacun se trouvant au bon moment à la bonne élection. Ou pas (pour Delors). À une moindre échelle, on peut aussi y mettre des élus "par hasard", c’est-à-dire qui ont bénéficié d’une situation dont ils n’étaient pas responsables. Par exemple, Bertrand Delanoë élu en mars 2001 à la mairie de Paris (en mars 2008, ce n’était plus par hasard), ou Michel Destot élu en juin 1995 à la mairie de Grenoble (alors que son prédécesseur Alain Carignon était en prison). Ou en négatif, comme Edgar Faure que la candidature à l’élection présidentielle de 1974 chatouillait.

La troisième est l’ambition totale, celle qui rend l’homme (ou la femme) politique "animal politique". L’ego est démesuré (mais ce n’est pas un signe distinctif). "Depuis tout petit, je veux être le plus grand. En gros, c’est ça. Et je fais tout pour réussir. Je sacrifie tout pour arriver." Nous y reviendrons.

J’ajoute cependant à mon rythme ternaire une quatrième case  : les "animaux politiques" qui ont abandonné la partie, désabusés, dépassés par la situation. Ce sont eux qui étonnent. Car ils ont fait un lâcher-prise surprenant. Par exemple, Philippe Séguin, ou François Léotard, ou encore Michel Rocard. Ils étaient dans la potion politique dès leur plus jeune âge, mais ils ont arrêté net. Pour différentes raisons, opportunités extérieures à la politique, affaires, revers électoraux, deuil, etc., mais ces personnalités auraient pu persévérer comme d’autres (qui, elles, ont réussi in fine). Faut-il y mettre aussi Alain Juppé  ? Il faudra lui demander, car son silence politique laisse entendre qu’il n’a plus aucune ambition nationale. On peut aussi inclure dans cette rubrique Alain Carignon, Michel Noir, Édith Cresson…


Dans un second article, je donnerai un autre repère que l’ambition, puis, je passerai en revue les précédentes élections présidentielles complétées par un troisième article qui conclura sur les constantes et 2012.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juillet 2008)


Pour aller plus loin  :

Les grands candidats à l’élection présidentielle.


Documents joints à cet article

Les plus ambitieux doivent-ils toujours gagner ? (1/3)
par Sylvain Rakotoarison (son site) vendredi 25 juillet 2008 - 9 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par bof (xxx.xxx.xxx.58) 25 juillet 2008 22:46

    Je ne connais pas suffisamment les "autres pays démocratiques comme les États-Unis" pour me prononcer sur le caractère brillant ou non de leurs politiciens... à part deux spécimens hors-concours : GW Bush qui a toutes les apparences de l’imbécile inculte (et à qui on peut juste faire le crédit de persister dans ses choix, si catastrophiques soient-ils ; autant d’obstination entêtée, ça force le respect).
    L’autre spécimen étant Tony Blair, brillantissime expert en communication (tellement expert qu’il finissait par croire à son propre discours), qui fut un moment la coqueluche des bobos français, gauche et droite confondus, et qui a disparu de la circulation après avoir rêvé tout haut d’une présidence européenne.
    Rien de très glorieux, faut bien en convenir...

    Pour dire qu’en France, "la classe politique rassemble des personnalités souvent douées, intelligentes, brillantes", l’auteur ne manque pas d’audace ! Ils ne manquent certes pas d’ambition et vous le décrivez fort bien !
    Doués, ils le sont sans doute. Intelligents... là je me prononce pas, car si intelligence il y a c’est plus au service du parti ou de la carrière perso qu’elle est utilisée. Et moi je m’en tape de leur carrière : c’est mon pays qui m’intéresse !
    Mais pour ce qui est de la classe, là y’a pas grand monde. Je parle de la véritable classe, de celle qu’a un jour montré Villepin à l’ONU face aux mensonges américains, ou de celle qu’avait souvent Mitterrand (si retors qu’il ait pu être par ailleurs).
    Y’ a bien eu quelques Mendes-France, Delors... Allez, je vous accorde même Rocard. Une certaine classe, en effet. Mais passez-moi l’expression : pas de couilles !

    Non décidément, le Général a mis la barre bien trop haut. Face à une référence de ce calibre, si "doués", "intelligents", "brillants" même qu’ils aient pu être, ils ne parviennent pas à avoir l’air d’autre chose que des médiocres.

    Pauvre France, tiens !

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