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Les pompiers et les shadoks

Les Canadairs resteront donc à terre... La grève illimitée annoncée par les pilotes des bombardiers d'eau est tout sauf anecdotique !

On pourrait presque reprendre in extenso un article de la presse du jour, intitulé 'Pompiers du ciel, les raisons du malaise' (voir note). Son auteur, Denis Sergent (La Croix), y rend compte avec concision et intelligence d'un problème plus récent que les regrettés shadoks. L'incendie figure au rang des principales menaces, mais...

"" dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) a décidé au printemps de laisser au sol deux Canadair, ainsi qu’un avion de coordination Beechcraft, habituellement utilisé en Corse, pour économiser de l’argent sur la maintenance. ""

Les personnels se mettent donc en grève début juillet. Ils disent que l'on fait à tort l'impasse sur une situation d'alerte maximale, avec des interventions conjointes dans les Landes et dans le Sud-Est...

"" Issus le plus souvent de l’aéronavale ou de l’armée de l’air, les 88 navigants sont des contractuels qui, de mi-juin à mi-octobre, assurent un service par tiers (deux tiers assurant l’alerte du lever au coucher du soleil, un tiers de repos) pouvant aller jusqu’à huit heures de vol par jour. Même grévistes, les pilotes sont réquisitionnables sur décision du préfet. ""

Pour tuer dans l'œuf toute polémique, je pose un préalable. Il ne s'agit pas pour moi de remettre en cause l'impératif de rigueur budgétaire. S'il y a eu dans le passé des fautes, je ne me lasserai pas de les pointer du doigt. En attendant, les dépenses publiques (en pourcentage de PIB) ont été stables depuis 50 ans. Malheureusement - j'insiste sur l'adverbe - elles l'ont été de deux points de vue : l'investissement et les salaires. Le premier aurait pu assurer l'efficacité de l'Etat, et le second la loyauté des fonctionnaires (tableau).

C'est le poste des prestations sociales qui a explosé : en 1960, elles représentaient un peu plus de 10 % du PIB. Elles en dévorent aujourd'hui plus de 30 % ! Si l'on veut vraiment diminuer la dépense publique, il suffit de diminuer les retraites, et de dérembourser les soins de santé (frais d'hospitalisation et médicaments). Je souhaite bon courage à ceux qui s'y essaieront. L'austérité ne peut toutefois faire figure de politique, de la même façon qu'arrêter de manger n'est pas manger. Mieux vaut grossir que mourir.

En attendant, on voit bien à travers l'exemple des pompiers du ciel l'horreur qu'inspire la confrontation entre un bureaucrate et des hommes qui risquent leur peau à chaque saison... L'hélicoptère plus encore que l'avion à hélices peuvent se transformer en cercueils si les circonstances se dégradent. Une bouffée de chaleur et les instruments se dérèglent, forçant les pilotes à se poser loin du brasier ; s'ils le peuvent (lien). L'austère haut-fonctionnaire de la direction générale commande, lui, une RGPP en version confort, derrière son bureau et ses petits tableaux Excel. Au temps des shadoks, il pompait. L'ironie est facile. Mais sont en effet bien lamentables ceux qui président à ces économies sur l'essentiel, sans oser dire un mot des missions...

Lutter contre le risque d'incendie en France (Chapitre I4) implique que l'on y consacre des moyens importants. Des fonctionnaires dévoués remplissent leur mission avec des moyens matériels réduits au minimum. S'ils n'utilisent pas des avions, l'année suivante un obscur leur ordonne de les remiser. Une année supplémentaire sans menace ? On fermera le hangar à clefs... Et vive la RGPP. A celui qui viendrait me donner des conseils pour faire des économies, je recommanderai de réfléchir à l'idée de redéployer quelques postes de la Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises ; là où l'on a des idées, et où l'on voit de loin les risques.

En France, on joue tout bonnement avec le feu. Si au moins on avait le courage d'assumer politiquement la logique de la RGPP : voter une loi pour interdire les incendies. Comme çà, du jour au lendemain, on pourrait supprimer la DGSCGC.C'est le paradoxe de l'austérité à la française : il faut dépenser moins, mais sans choisir dans les missions ; et surtout, sans toucher aux directions parisiennes. Les syndicats se gardent bien de faciliter la tâche aux courageux, qui voudraient séparer le bon grain de l'ivraie. Il y a peu, un ancien chef d'état-major de l'armée de l'air préconisait quant à lui d'intervenir en Syrie...

Les menaces n'y changent rien. Elles pèsent sur nos têtes : SOS sécheresse. Car la forêt progresse en France (Chapitre II2), y compris dans le sud méditerranéen, là où tous les dangers se concentrent : exemple dans la région du Mont-Ventoux. Du minimum au Second Empire (9 millions d'hectares), on est passé à un total de 16 millions d'hectares (source). L'accélération du réchauffement climatique tend à accentuer le risque (source).

A l'étalement urbain s'ajoute la place prise par les résidences secondaires. Dans le premier département français, le Var, la Fnaim en recensait 158.000 en 2005 (source). Avec les Alpes-Maritime, on atteint 300.000 habitations ! Essayons un instant de nous projeter... L'arrière-pays toulonnais subit une longue sécheresse. La tramontane souffle continûment. Une fin d'après-midi d'août, des centaines de véhicules pare-choc contre pare-choc bloquent la seule autoroute (l'A50). Soudain le feu vient lécher les premiers buissons d'épineux sur les collines.

Une seule chose reste à faire : prier en pensant à la RGPP...

[1] "" Les Canadair, Tracker et autres Dash vont-ils rester cloués au sol, alors que débute l’été ? Dimanche 1er juillet, la grève a été votée à la quasi-unanimité en assemblée générale. Réunis sur la base de la sécurité civile de Marignane près de Marseille, qui concentre l’essentiel de la flotte aérienne française de lutte contre les incendies, une soixantaine de pilotes et copilotes dans leur combinaison orange, sur les 88 que compte la brigade, ont ensuite déployé des banderoles sur lesquelles était inscrit : « Pompiers du ciel en grève » et « Moins d’avions, moins de protection ».

Les revendications portent sur deux points : le manque de moyens affectés à la maintenance et l’absence de dialogue social. La maintenance des 26 avions est assurée avec un budget annuel de 35 millions d’euros.

Mais dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) a décidé au printemps de laisser au sol deux Canadair, ainsi qu’un avion de coordination Beechcraft, habituellement utilisé en Corse, pour économiser de l’argent sur la maintenance.

Le 29 juin, une rencontre entre les pilotes et le nouveau directeur de la DGSCGC, Jean-Paul Kihl, a débouché sur un accord : les deux Canadair mis initialement hors service devaient être de nouveau opérationnels à partir d’hier. Toutefois, le 1er juillet, les pilotes grévistes demandaient toujours 10 millions d’euros supplémentaires pour la maintenance.

Selon eux, le format de la flotte est calibré pour une saison de feux normale, mais pas pour des étés comme ceux de 2003 ou 2005 où les avions ont été sollicités 70 et 40 fois et où « de nombreuses maisons avaient brûlé ». De plus, en cas de feux intenses, pour pouvoir intervenir rapidement, des avions sont prépositionnés sur les aéroports de Corse, de Carcassonne, de Cannes et même de Bordeaux-Mérignac pour les feux en forêt landaise.

Généralement, pour neutraliser un incendie important, quatre appareils du type Canadair, capables chacun de recueillir 6 tonnes d’eau en 12 secondes en effleurant un plan d’eau sur 1 500 mètres, attaquent le sinistre simultanément.

Issus le plus souvent de l’aéronavale ou de l’armée de l’air, les 88 navigants sont des contractuels qui, de mi-juin à mi-octobre, assurent un service par tiers (deux tiers assurant l’alerte du lever au coucher du soleil, un tiers de repos) pouvant aller jusqu’à huit heures de vol par jour. Même grévistes, les pilotes sont réquisitionnables sur décision du préfet. ""


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4 réactions à cet article    


  • paul 4 juillet 2012 12:38

    Vente de bienfaisance, organisée au profit des Pompiers du ciel :

    Avion « Air Sarko One », nombreuses options dont fours à pizzas ( 75.000 euros ) .
    mise à prix : 180.000 euros .


    • paul 4 juillet 2012 12:42

      Une regrettable erreur dans l’annonce : lire 180 millions d’euros


      • Laurent C. 5 juillet 2012 11:11

        Le problème de la maintenance des Canadairs est surtout le problème des Canadairs eux-mêmes.

        A chaque fois qu’on a voulu rationaliser (je sais c’est un gros mot), tout le monde y a mis son grain de sel (de sable plutôt).

        A un moment, on a voulu utiliser surtout des hélicoptères. Déployés au plus près des zones à risque. Le principal avantage étant la possibilité de ravitailler partout, ils peuvent faire plus de rotation.

        « Supprimer les Canadairs, vous n’y penser pas !! En plus pour des hélicos qui vont siphonner les piscines de nos électeurs. » Voilà la réponse des élus locaux

        Louer des avions permettrait de diminuer les frais. Les Canadairs coutent aussi en hiver et ne peuvent pas être utilisé à autre chose (fret, passager).

        « Supprimer les Canadairs, vous n’y penser pas !! Comment reconnaitre les bombardiers d’eau s’ils ne sont plus jaune comme les Canadairs. Que vont penser nos électeurs, qu’ils ne sont plus protégés ? »Voilà la réponse des élus locaux

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