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Accueil du site > Actualités > Politique > Les « prisons secrètes » de la CIA : L’Europe en quête de (...)

Les « prisons secrètes » de la CIA : L’Europe en quête de vérité...

L’affaire des éventuelles « prisons secrètes » de la CIA prend de plus en plus d’ampleur. Il faut à la fois s’en affliger et s’en réjouir. S’en réjouir, parce que lumière doit être faite. Les démocraties se renient et offrent de vraies victoires aux terrorismes quand elles combattent les semeurs de haine et de mort par des moyens contraires aux valeurs qu’elles proclament. « Être démocrate, c’est être délivré de la peur », écrivait Istvan Bibo, trop peu connu... « N’ayez pas peur », exhortait Jean-Paul II. « La peur est mauvaise conseillère » : c’est bien perçu, mais de moins en moins appliqué. S’en affliger, parce que le courage n’est pas au rendez-vous. Ni au plan international, ni dans les sphères gouvernementales nationales.

Une remarque : c’est un journal, le Washington Post, donc la presse, qui a soulevé ce scandale. Les pourfendeurs des médias devraient peut-être y réfléchir.

Un autre constat : dans cette affaire, le Conseil de l’Europe, qui prêche si souvent dans le désert, pèche trop souvent par excès de prudence, lui qui est si méprisé par ignorance, affiche plus de détermination et de clarté que l’Union européenne et que les gouvernements européens. Il faut écouter son secrétaire général, son Assemblée parlementaire, son Commissaire aux droits de l’Homme, l’excellent Gilles Roblès...

Une troisième constatation : l’embarras, les non-dits et les ambiguïtés du gouvernement américain et des dirigeants des pays européens visés.

Ainsi, hier, le directeur de l’Agence centrale de renseignement américaine, Porter Goss, a affirmé que la CIA en savait "beaucoup plus qu’elle ne peut le dire" sur Oussama Ben Laden et Abou Moussad Zarqaoui , mais il a reconnu ne pas savoir où ils se terraient. C’est parler pour ne rien dire. A la limite de l’impudeur. Oussama doit sourire...

Il nie tout recours à la torture, se refusant pourtant à porter un jugement sur « certaines » techniques d’interrogatoire utilisées par ses services. C’est encore ne rien dire. Et commettre les mêmes fautes que d’autres en d’autres circonstances. « Nous avons tous des cadavres dans nos placards », disait jadis le ministre britannique Georges Brown. Ce n’est pas une raison pour multiplier les placards.

A la question posée par la chaîne ABC, de la nécessité" de disposer de prisons secrètes dans différentes parties du monde, dont l’Europe de l’Est, Porter Goss a répondu : "Nous menons une guerre contre le terrorisme, et nous nous en tirons assez bien". Là, le cynisme devient intolérable. Il ne dit rien mais il avoue tout, même s’il affirme que la CIA "n’emploie pas la torture (...) car la torture est contreproductive".

Le problème de ce haut responsable, c’est de savoir ce que veut dire le mot « torture » : la technique de la « suffocation », par exemple, c’est quoi ? Comme la gégène en Algérie à l’époque des « événements », en Grèce sous les colonels, en Espagne dans les geôles de Franco, et ailleurs. « Viva la Muerte » se traduit en toutes les langues, et se crie à toute époque...

Autant les criminels des réseaux terroristes doivent être neutralisés, et payer leurs crimes, autant cette lutte ne doit pas être menée avec des méthodes et des pratiques qui vident de sens les valeurs dites «  démocratiques ». Ou alors, c’est le retour généralisé à la sauvagerie, avec une barbarie généralisée, où personne n’a plus de leçon à donner à personne.

Dans ce contexte, le groupe socialiste du Parlement européen a bien fait de fortement critiquer les dirigeants européens qui ne "font rien" pour mettre au clair l’affaire des prisons secrètes de la CIA sur leur territoire, et d’appeler la Commission européenne, dotée d’un pouvoir d’initiatives que Baroso semble avoir mal compris, dans ce domaine comme dans d’autres, à agir.

"Il est inacceptable que des dirigeants européens ne fassent rien, alors que les informations continuent de circuler sur l’existence de ces camps de prisonniers et sur l’utilisation d’aéroports européens pour le transport de prisonniers de la CIA", a indiqué notamment Martin Schulz, président du groupe socialiste au PE, dans un communiqué de presse."Nous avons besoin d’une action de la Commission (européenne) et des ministres afin de régler cette question une fois pour toutes et afin de rassurer le public. Mon groupe a pris la tête de la réponse européenne aux informations publiées dans le Washington Post en demandant une enquête de la Commission".

Le président du deuxième plus important groupe au Parlement européen a même insisté sur le fait qu’il chercherait à créer une commission d’enquête du PE, s’il n’était pas satisfait de la première enquête. "L’existence de telles prisons constituerait une violation flagrante des droits de l’Homme et des critères de l’UE. Toute prison de ce type devrait être fermée immédiatement".

Lundi, le commissaire européen à la Justice, Franco Frattini ,a menacé les États membres de l’UE de leur retirer leur droit de vote au Conseil européen, si l’existence des prisons de la CIA se confirmait. Il se fondait alors sur les articles du traité de Nice, prévoyant que les États membres s’engagent à respecter les fondements des libertés et des droits de l’Homme, et sur l’article 7 qui autorise le Conseil européen -réunissant les chefs d’État et de gouvernement- à priver de leur droit de vote les États qui les enfreindraient. Voilà une bonne initiative, avec de bonnes références.

La constitutionnalisation de cette charte des droits aurait donné encore plus de poids à cette menace. Mais les adeptes du non ne pouvaient pas penser à tout... Pardon aux cocus du non, c’est un floué du oui qui écrit ces lignes. Une Europe politiquement constituée aurait plus de poids dans ce type d’affaire, comme dans d’autres domaines, qu’une Europe en miettes et en panne. Assumons ! Le pire, en l’état, c’est que les floués du oui se cassent plus la tête que les cocus du non pour tenter de réparer les dégâts du non. Mais nous sommes tous sur le même Titanic. Blair et Bush dirigent l’orchestre. Où est l’iceberg ? Devant nous. Nous continuons, ou nous réagissons ?


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7 réactions à cet article    


  • (---.---.162.15) 2 décembre 2005 07:51

    Hé bien oui, c’est ça, continuez, on va vous voir à l’oeuvre. L’Europe vient de demander aux USA d’expliquer ce qui se passe en Europe, c’est pas mal du tout comme début, ça va sûrement avancer...

    Et il est cocasse de savoir que ça serait différent avec la Constitution, « l’augmentation progressive des capacités militaires » allait sûrement dans ce sens... ou la concurrence libre et non faussée de la construction de prisons smiley...

    Ah ces fichus nonistes qui causent tant de problèmes à l’Europe !

    Am.


    • Emile Red (---.---.218.222) 2 décembre 2005 12:24

      « Mais les adeptes du non ne pouvaient pas penser à tout... Pardon aux cocus du non, c’est un floué du oui qui écrit ces lignes ».

      Quelle démonstration...

      Pourtant si je crois bien lire, Baroso fait le sourd, les états membres sont silencieux, les administrations européennes ne font aucun bruit....

      Les droits de l’homme sont bafoués et étrangement la cours européenne de justice paraît être le seul organisme communautaire qui fonctionne, fonctionnant avant le referendum, mais aussi après.

      Qui donc sont les cocus ?

      Il va falloir enfin, Mr Riot, que vous admettiez votre défaite, et puisque vous vous voulez chantre de l’Europe démocratique, être démocrate vous même.

      Que la « constitution » eut été votée ou pas, n’aurait rien changé à la non réaction des partis de droite européens ainsi que des gouvernements du même bord.

      Pire, gràce à la constitution proposée, aucune action minoritaire n’aurait été possible.

      Il en va de l’avenir de l’Europe que les mésactions soient dénoncées, par delà les rancoeurs et les déceptions, il en va aussi de l’avenir de la liberté défendue par de nombreux pays de la communauté.

      Et plutôt que les lamentations passéistes, ne serait’il pas plus constructif de s’armer de courage pour comprendre pourquoi ce traité a été refusé, afin de le corriger ou de proposer une solution constitutionnelle viable et démocratique.

      Il est vrai que la vision globale des uns ne correspond pas foncièrement à la vision détaillée des autres, et que lorsqu’un texte est soumis à l’attention des peuples, il ne faut pas s’étonner de voir le peuple le lire en profondeur et y voir les imperfections volontaires ou non.

      Imperfections qui, d’ailleurs, convergent systématiquement à l’opposé du grand idéal commun qu’est la LIBERTE.


    • daniel RIOT (---.---.186.169) 2 décembre 2005 14:26

      point un:le rejet de la Constitution n’est pas MA défaite. point deux : en l’absence d’une Europe POLITIQUE que permettait de construire la Constitution, les Européens n’ont guère que la force du discours. C’est peu par rapport à la loi du plus fort qui est,comme dit Pierre Legendre:la loi du plus fort point trois : comment fait-on aujourd’hui pour relancer une Europe POLITIQUE ? La parole est aux « cocus du Non » puisque les floués du OUI sont considérer avec mépris ou ironie. Merci pour vos commentaires.


    • (---.---.162.15) 2 décembre 2005 16:15

      Je vais répondre (très personnellement) à votre question « comment fait-on aujourd’hui pour relancer une Europe POLITIQUE ? »

      Je crois que l’Europe ne peut pas être relancée à très court terme car il n’est pas encore admis que la constitution a été rejetée. Je considère que Chirac a commis une forfaiture en demandant à ce que le processus constitutionnel soit poursuivi. Il aurait dû prendre acte de la volonté du peuple français et dire que la France refuse d’aller plus loin sur cette Constitution.

      Cela aurait eu le mérite de clarifier les choses et de pouvoir penser différemment. On est au contraire dans une zone de flou où les esprits n’ont pas changé. Nous sommes donc entrés dans une ère d’immobilisme.

      Nous en sortirons quand cette constitution sera enterrée officiellement. Trois voies pourront alors s’ouvrir :

      1. partir dans des directions différentes sans réussir à s’entendre. L’immobilisme continuera (mais différemment)
      2. trouver une nouvelle direction commune. Une nouvelle constitution pourrait alors être rédigée, mais en corrigeant deux défauts majeurs de la précédente, le fait d’imposer une politique et le manque de contrôle démocratique
      3. aller aussi dans ce sens, mais avec un nombre réduit de pays. Il y a aurait alors une « coopération renforcée » entre eux, c’est bien plus facile avec le traité de Nice qu’avec la Constitution puisque qu’un pays (en dehors de ceux engagés) ne pourra pas s’y opposer

      Je pense qu’il faudra attendre au moins 2007 pour un débloquage, et plus probablement 2 ou 3 ans de plus.

      J’ai toujours cru que la victoire du Non aurait des retombées négatives à court terme (et à mon sens c’est davantage à cause des ouistes qui ne savent pas tourner la page), ce n’est qu’à long terme que le Non aura des retombées positives.

      Vos propos et vos interrogations montrent à quel point certains partisans du Oui n’arrivent pas à comprendre les motivations des nonistes, comme si nos arguments entraient par une oreille pour ressortir par l’autre... Parfois je m’en lasse, aujourd’hui je réponds.

      Je signale que j’avais voté Oui à Maastricht, que je suis plutôt pour une Europe fédérale, mais il arrive un moment où il faut prendre du recul, dresser le bilan des années passées et étudier précisément (texte à l’appui) la direction dans laquelle on nous demande d’aller. Cette élection a été l’occasion d’une prise de conscience importante et ma perception de la politique en a été transformée.

      Un fossé s’est creusé et de façon sans doute un peu prétentieuse, je crois qu’il y a d’un côté ceux qui ont pris vraiment conscience de la dérive dans laquelle on partait et veulent redresser la barre et d’un autre côté ceux qui croient toujours que ça peut s’arranger en continuant dans le même sens.

      En cela les verts et les socialistes qui ont soutenu le Oui sont maintenant pour moi devenus personna non grata. Il y l’avant et l’après vote de la Constitution, ceux qui veulent l’ignorer auront sûrement des déconvenues, surtout à gauche.

      Am.


    • Daniel RIOT (---.---.186.169) 2 décembre 2005 16:39

      Merci pour ce commentaire. Votre opinion est respectable. Mais elle n’engage que vous. Le vrai problème est double : le Non est très hétéroclite et ne débouche sur aucune proposition concrète crédible ; le Non dirt pro-européen fait le jeu du Non anti-européen qui pour l’heure triomphe dangereusement. Ma questio, à moi, n’estpas de refaire la campagne, de nourir des regrets, mais de dégager des perspectives. personnellement j’ai écrit que le non l’emportrait alors que les sondages donnaient 59 % aux OUIet avant même que la date du référendum soit fixée. je n’ai donc pas été surpris. Pendant l’été 2003, j’avais ,avec d’autres, lancé l’idée d’Etats généraux de l’Union qui seraient à organiser indépendamment du résultats des ratifications sur le « traité constitutionnel » Historiquement, c’est parce qu’elle avance MALGRE les crises que l’Europe inachevée est aussi boiteuse. Il y a deux « fédéralismes » : celui maximaliste qui ne mène à rien, et celui pragmatique qui fait faire des progrès. « Pas à pas », comme disait Schuman. Bien à vous.


    • (---.---.162.15) 2 décembre 2005 22:48

      Pour terminer, j’ajoute que, d’après mes lectures, je ne connais qu’un seul homme politique ayant voté Oui qui me semble avoir compris le sens du vote Non et qui me semble prêt à le prendre en compte. Il va falloir du temps pour que d’autres aillent dans le même sens. Le fossé n’est donc pas infranchissable, retenez les deux points que j’ai cités (le fait d’imposer une politique et le manque de contrôle démocratique, c’est un seul et même point d’ailleurs). Si un réel effort est fait pour pallier à ce défaut majeur, ceux qui ont cru en l’Europe et n’y croient plus recommenceront à espérer. Mais n’attendez pas que les nonistes émettent des propositions, d’ailleurs ça ne passerait pas, ça ne passera que lorsque les ouistes auront des propositions crédibles. Ou alors il faudra attendre un peu plus longtemps encore un renouvellement du personnel politique... La personne dont je parlais est Hubert Védrine (en me référant à un article paru dans le Monde).


    • Viktor Dedaj (---.---.87.35) 4 décembre 2005 13:00

      Ce n’est pas le washington post qui a soulevé cette affaire de prisons clandstines, mais le journalisme indépendant de l’internet, et ce depuis plus d’un an. la « presse » n’a fait que prendre le train en marche, comme toujours....

      Pour être le co-auteur d’un livre qui aborde ce sujet et qui a été écrit six mois avant les « révélations » du WP, je crois être bien placé pour l’affirmer.

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