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Lettre d’un Français normal

Je suis citoyen français, employé subalterne, j’ai 39 ans et suis père de deux enfants. Au lendemain d’élections qui auront fait beaucoup de bruit, j’ai le regret de ne pas ressentir la tristesse de commande. Et j’ai, je crois, de bonnes raisons à opposer aux indignés et aux dépités que les « heures sombres » affolent.

Commençons par montrer patte blanche : je ne fais pas partie des électeurs frontistes. Le camp du bien ne pourra, pour autant, me compter dans ses rangs car je me suis abstenu. J’aggrave mon cas par ceci : ce fut un véritable choix politique de ma part, étranger aussi bien à la paresse qu’à la lâcheté, à l’inconscience qu’aux postures du « tous pourris ». Pour la première fois, en effet, j’ai délibérément boudé un scrutin qui, sans cela, aurait recueilli de ma part un suffrage blanc, comme tous les scrutins depuis plusieurs années maintenant. Le vote blanc, toute la classe politique le sait pouvoir porter rapidement témoignage du premier parti de France : celui précisément des non-représentés, des gens qui ne se reconnaissent ni dans la gauche, ni dans la droite, ni dans les ultras des deux bords. Or, si la récente « reconnaissance » du vote blanc semblait le signe d’un début de courage politique, lui refuser toute légitimité dans le décompte final était un camouflet ne pouvant qu’inviter les gens sans parti, soit à rejoindre en définitive les rangs du FN, soit à se résoudre à devoir végéter dans les limbes de l’abstention. Vexé, et par esprit de vengeance, j’aurais donc pu, moi aussi, me montrer plus susceptible encore et me complaire dans le fameux « vote sanction ». D’autant plus que cette reconnaissance à la fois désespérée et stérile du vote blanc masquait très mal la volonté, par ce biais, d’émousser les résultats de l’extrême droite, annoncés comme dévastateurs.

 Le FN, parlons-en. Je suis né en 1974 et n’ai connu que la France qui tombe. De manière concomitante, ce parti a fédéré, prospéré sur l’incurie des uns et les désillusions des autres. Mais quoi qu’on en pense, il est sidérant de constater combien nos « élites » sont loin de comprendre un phénomène qu’elles participent par ailleurs à amplifier à chaque fois qu’elles en parlent avec des trémolos et à grands coups d’anathèmes. Lorsque l’on est attaché à son pays, que l’on tient la liberté d’expression pour première valeur démocratique et la justice (la vraie, sans l’épithète hypocrite à la mode) pour la simple émanation du bon sens, on ne peut qu’être consterné par la médiocrité dont font preuve à qui mieux mieux journalistes et hommes (ou femmes, parité oblige) politiques. Car comment réagissent systématiquement les uns et les autres à l’annonce d’une victoire de l’extrême droite ? L’attention de la classe politique se porte alors sur les seuls moyens de barrer la route au FN quand l’obsession des journalistes est d’avoir l’exclusivité d’une bisbille, d’une polémique ou d’une déclaration de candidature aux prochaines élections. Triste et pitoyable constat. Toutes et tous ont profondément ancrés dans les esprits l’image de la politique spectacle, d’un grand théâtre de marionnettes ou le choix est laissé aux électeurs entre côté cour et côté jardin. Et lorsque le FN sort vainqueur, halte au sketch ! entend-on, on ne joue plus, les masques tombent. Point alors un « Front républicain » qui tient autant de la République que son ennemi préféré ne tient de la Nation. Ainsi devient-il au moins manifeste qu’il n’y a que deux partis dans ce pays ; les Français en ayant soupé de l’un, en toute logique, à tort ou à raison, ils plébiscitent à présent le second.

 Disons quelques mots du projet européen – on en oublierait presque que c’est de lui qu’il est question au départ. L’Europe tient debout depuis des décennies grâce à un chantage : on la dit garante de la paix. Il est bien évident que sans l’amitié franco-allemande accouchée aux forceps après des années de guerre fratricide, l’Europe n’aurait jamais vu le jour. De là à prétendre que la paix est un legs, voire un produit de l’Europe, il y a beaucoup. C’est l’inverse qui est vrai. C’est dans le dégoût de la pire guerre de l’histoire que le doux commerce s’est immiscé comme jamais et que la construction européenne s’est élancée. Nulle identité commune à l’horizon néanmoins, nulle perspective culturelle, politique ou militaire à partager. On escomptait souder les peuples par la seule ou inaugurale effusion marchande, faisant à moyen terme d’un continent entier un souk sans âme où les plus nantis spéculent sur la consommation hébétée des classes moyennes. Durant les Trente Glorieuses, ces classes moyennes n’ont rien vu venir et le pouvaient difficilement. Depuis quarante ans, chaque jour qui passe est un désaveu infligé à la grande cause marchande dont ils sont devenus les esclaves consentants. Cette cause, aussi bien les libéraux que les socialistes ou les néo-marxiens la soutiennent ; elle stipule qu’une identité est ad libitum et que nous devons nous soucier avant tout de l’ « avoir » et non de l’ « être ». Résultat : c’est un parti dans l’outrance identitaire qui, par réaction, dame le pion à tous les boutiquiers qui ne cessent de nous dire, sans rougir, que « sortir de l’Europe, c’est sortir de l’histoire ». Et si sortir de l’Europe, c’était plutôt sortir de l’historicisme, de la fuite en avant, du culte de la croissance, du conformisme et des rêves de fin de l’histoire, fût-ce au prix de quelques années de continence forcée ? En outre, les Phéniciens ont-ils attendu l’Union européenne pour commercer ? Même dans le cadre de relations commerciales, il y a de fortes chances qu’il y ait une vie en dehors de l’Europe. Dans le cas contraire, cette Europe laisserait clairement paraître ses visées hégémoniques et ses tendances impérialistes, centralisatrices, uniformisantes.

 J’en viens à présent, et pour finir, à l’état de la politique en France. Je ne fais pas partie de celles et ceux qui conspuent à longueur de temps nos représentants. À mes yeux, ces derniers sont autant si ce n’est davantage les jouets avides que les promoteurs avisés du cours des choses. Je n’attends rien d’eux et surtout pas un homme providentiel que notre époque, médiocre et revendiquée telle, serait bien incapable de produire. Je sais aussi pertinemment qu’à l’heure de la foison consumériste, la France n’a plus, à elle seule, les capacités de concurrencer les États-Unis, la Chine ou la Russie. Qu’à cela ne tienne : c’est au plan des idées qu’elle a une place à prendre, et non en tant que donneuse de leçons, comme c’est si souvent le cas, mais en tant qu’humble exemple à suivre. Le régime représentatif est en train de mourir à petit feu, ici comme ailleurs, et avec lui l’idée d’expertise ; j’entends par là que nos représentants sont tellement mauvais et impuissants que l’on se dit que n’importe qui ne ferait pas plus mal à leur place, de là que la politique, c’est bête comme chou. Un gouffre béant s’est ainsi creusé, en France peut-être plus qu’ailleurs, entre dirigeants déconnectés du réel et masses à l’écoute des moindres projets de renouveau, avec une préférence marquée pour les plus démagogiques d’entre eux. Or, en évacuant l’expertise avec la professionnalisation – délétère quant à elle –, le risque est grand de tomber de Charybde en Scylla. Si la politique doit redevenir ce qu’elle était à ses origines grecques – une activité d’amateurs – elle ne doit pas pour autant devenir ce qu’elle n’a jamais été (même à Athènes du temps de sa splendeur), à savoir la seule activité humaine pour laquelle ne serait requis aucun talent particulier ni aucun devoir adossé, dans le cas présent, à une finalité commune.

 Cela dit, les « élites » actuelles devront, tôt ou tard, prendre acte de l’ampleur des changements politiques qui attendent ce pays, consentir, tout comme leurs administrés frileux, à faire de la politique autrement (i.e. hors du mercenariat), accepter la mort culturelle et politique des grands médias qu’auront été la presse écrite et surtout la télévision (débarrassée des dîners-spectacles les soirs d’élections), et ne plus dauber sur l’Internet, où foisonnent à la fois le pire et le meilleur, la vanité la plus sordide et le questionnement sur notre condition politique le plus ancré dans la réalité, qu’un énoncé de valeurs communes devrait aider à démêler. Le dépassement du régime représentatif ne doit pas inquiéter et désarmer, sauf à considérer les travaux de grands penseurs – à commencer par Simone Weil – comme totalement creux. La France doit profiter de la crise (politique avant d’être économique), non pas pour marteler « croissance, croissance ! », mais pour penser la cohérence d’institutions inédites, réellement démocratiques, ne négligeant ni ses ressources humaines, ni le besoin de compétences, ni l’horizontalité, ni la verticalité. Des succès dans ce domaine ne seraient pas seulement exportables, ils seraient pérennes. Tout est donc à faire.

Le résultat électoral du week-end dernier ne restera probablement pas sans effet, et nous sommes rendus à un point tel que le moindre mouvement est, en soi, une bonne nouvelle. Aucun parti, par définition, ne peut pour autant porter en son sein de réels espoirs tant le bien commun les transcendent tous. Sortir de l’Europe mercantile est peut-être un premier pas vers le changement salutaire. Âgé de dix-huit ans et trois mois le jour du référendum de Maastricht en 1992, je n’ai à l’époque pas pu voter à cause d’un embrouillamini administratif dont la France, cette usine à gaz bureaucratique, a le secret. J’aurais voté non. Je n’ai pas manqué, cependant, en 2005, de déclarer à l’Europe mon absence de flamme et j’ai constaté, comme tout le monde, le peu de cas qu’avait suscité mon geste, pourtant majoritaire, en haute sphère bruxelloise. Aujourd’hui, le divorce entre la France et le consortium chargé de statuer sur la taille des tomates est consommé. Contrairement à ce que l’on essaie de nous faire croire, cela ne signifie pas que la France déclare la guerre à l’Europe, cela signifie qu’elle veut à nouveau faire passer l’ « être » (le sien propre comme celui de ses voisins) avant l’ « avoir ». C’est à force de mépriser l’ « être », vital pour chaque peuple et étranger à l’Europe actuelle, que nous aurons à nouveau la guerre.

 

Éric Guéguen

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134 réactions à cet article    


  • colere48 colere48 26 mai 2014 17:45

    Moscovici en direct sur la 5
    Le remède au mauvais vote des français : la pédagogie !!
    Ben vi le peuple est con, il faut lui expliquer combien c’est bon pour lui toutes les saloperies qu’on lui fait subir !!!
    Ahhhh .. la miracle de la pédagogie !!

    Mosco dégage !! ha t’es déjà dehors, bon ben ferme là et reste dehors !!!


    • Morpheus Morpheus 26 mai 2014 22:19

      En novlangue, le mot « pédagogie » signifie « propagande » smiley


    • Salade75 27 mai 2014 13:43

      Moscovici, le mec a qui l’on donne le poste de ministre de l’économie alors qu’il déclare à 55 ans à peine plus de 230 k€ de patrimoine après avoir toute sa vie reçu des salaires plus que conséquents ?
      Un modèle de mauvaise gestion ou de mensonge ?
      Son avis n’est guère intéressant !


    • 1871-paris 1871-paris 27 mai 2014 14:38

      novalangue ou la manière de certain de pratiqué le néologisme a la sauce qui leur convient : c’est tout simplement DE LA LANGUE DE BOIS !


    • Montdragon Montdragon 26 mai 2014 17:55

      Pédagogie ? On est bientôt bons pour les camps de réeduc’ !
      Moi pas vouloir de GPA, burka et merde à l’UMPS ?

      Au bout de 6 mois nous serons crânes rasés, pyjama gris, ânnonant en symbiose et vivre-ensemble,
      T.I.N.A. ! T.I.N.A. ! T.I.N.A. !
      Merci ô grand Mosco !


      • L'enfoiré L’enfoiré 26 mai 2014 18:14

        A lire un article dans le « Monde diplomatique » qui dit :

        «   »Ce que s’abstenir veut dire".
        L’abstentionnisme pour les élections du Parlement européen, est devenu un phénomène marquant de la vie démocratique française en ne mobilisant plus qu’une minorité d’électeurs. Le FN se présente comme le parti eurosceptique par excellence.
        Dans le contexte politique, l’abstention est la cause et la conséquence de l’alternance.

        • Tintin Tintin 26 mai 2014 19:03

          Bonjour,
          C’est triste mais Vals m’a fait rire dans son dernier discours.
          Il demande de nous ressaisir et d’un autre coté il annonce continuer la même politique mais en l’accélérant et tout en nous disant qu’il nous a compris.
          Nos dirigeants nous pennent vraiment pour des imbéciles.
          C’est du mauvais cirque.
          Coppé , Fillon , Sarcosy , Hollande, Juppé , Mélanchon........ tous ont le même discourt...« ils nous ont compris  ! » et la famille Le Pen rigole.
          Nous réclamons la sortie de l’ UE et de son montage financier et économique qui fabrique en France du chômage et de la misère.
          Vous vous rappelez nos dirigeants qui se moquaient des citoyens avec leur gag des plombiers polonais......... !

          Maintenant nous avons en plus les Roumains , les Bulgares, les Lettons , Lituaniens ..................et bientôt les Ukrainiens.......délocalisations , casse des salaires , immigration .

          Tant que pour un travail équivalent dans l’ UE le salaire varie de 1 a 8 il y aura des délocalisation , de l’immigration et du chômage de masse ....ce sont les vases communicants.


          • Piotrek Piotrek 27 mai 2014 15:35

            ...de son montage financier et économique qui fabrique en France du chômage et de la misère.

            C’est mal dit et en partie faux : En fait l’UE a été crée sur mesure pour certaines entreprises françaises : Carrefour, Société Générale, Vivendi, Axa, Renault, Bouygues, Orange... plus des centaines d’autres sont heureuses dans l’UE comme cochon dans le fumier.

            Maintenant imaginez ce que ces français là ont gagné et comparez le à ce que d’autres (petits) français ont perdu. Pensez-vous vraiement que le pot-aux-roses c’est l’artisan moldave ?

            L’axiome « Nation/Nationalime » fausse tout, même l’évidence mathématique.


          • Tintin Tintin 27 mai 2014 19:12

            Bonjour  Piotrek
            L’artisan moldave est avantagé par rapport a l’artisan français. En fonction des métiers par exemple maçon ou plombier dans un premier temps il viendra travailler en France au noir pour voir comment « ça marche » . Il se fera payer moitié moins pour le même travail et se fera connaitre. Pendant cette période il touchera néanmoins deux fois plus. Ensuite grâce au bas devis il va se faire une clientèle.
            Dans un troisième temps il va se déclarer officiellement et faire venir sa famille pour profiter des acquis sociaux et c’est normal ! Cela demande du courage d’aller travailler ainsi à l’étranger.
            Le mauvais coté c’est qu’il va travailler au noir sans payer d’impôts ni de charges sociales. Il va casser les prix du marché dans sa profession en France et quitter son pays ........immigration incontrôlée car normale !
            Que cela soit mal dit c’est possible mais faux je ne suis pas d’accord.
            Tout ce que l’on dit est en partie contestable. Un forum comme le notre est créé pour échanger des idées et avec l’apport de tous dont le tien de mieux comprendre et le plus souvent de confirmer ou d’infirmer certaines idées .


          • Piotrek Piotrek 27 mai 2014 19:59

            Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous venez de dire.

            Mais dans votre commentaire précédent, vous associez « montage fiancier » à l’« immigration », le gros poisson et le menu fretin. C’est mal dit à mon avis. Le polski plombier ne va pas faire de société écran au luxembourg.

            Enfin dire que les français en général souffrent du poids de l’UE c’est faux, car certains français on touché le pactole, (j’en donne une listre très partielle) et généralement à l’aide de montages financiers pensés par des français.
            Vous pensez réellement que c’est les pays de l’Est qui ont proposés seuls une proposition de loi pour exporter leurs pauvres travailleurs ? Moi mon nez me dit que ces gros poissons purement français sont tous parfaitement ravis de pouvoir importer de la main d’œuvre pas chère.

            Dire que tout le mal est dans la dualité France/EU c’est dont économiquement/politiquement/stratégiquement totalement faux : l’ennemi n’a pas de nationalité, ou plutôt il a toutes les nationalités, et c’est pas le libéralisme en général, c’est une version encore plus dangereuse : une oligarchie apatride opportuniste qui n’hésite pas à utiliser les biens publics pour s’enrichir voir même, comble du comble : éponger ses dettes !


          • 65beve 29 mai 2014 22:12

            Piotrek,

            «  ravis de pouvoir importer de la main d’œuvre pas chère »

            Et j’ajoute : qui ne mange pas halal 

            cdlt.




          • soi même 1er juin 2014 13:21

            « ils nous ont compris ! » apparent pas puis qu’ils pensent qu’il faut en rajouter une couche !
            Nos politiques, seraient ’ils, la nouvelle noblesse ? et la famille Le Pen rigole !
            Bien sûr quelle rigole, avec leurs nouveaux parlementaires, ils vont remettre leurs paquebots à flot !
            Les premier crétin de l’affaire sont les abstentionnistes !


          • mimi45140 2 juin 2014 01:05

            @ Tintin

            Pourquoi au noir ? Dans le cadre de la libre circulation des biens et des services il
            peut devenir auto entrepreneur comme tous citoyen européen et pratiquer légalement les tarifs qu’il désire.

          • colere48 colere48 26 mai 2014 19:20

            Et pendant ce temps là, une magnifique réussite à mettre à l’actif de l’UE  :
            Accord gazier historique entre la Chine et la Russie, 400 mds $ ....
            Belle quenelle de Poutine aux bouffons Européens et Otan.

            C’est désespérant de stupidité  !!
             


            • VivaLaRevolucion VivaLaRevolucion 26 mai 2014 19:30

              Bonjour Eric,


              Il est dommage que vous vous soyez abstenu car il y avait un parti qui n’est ni xénophobe, ni raciste et qui propose la sortie de l’UE, de l’euro et de l’OTAN.
              C’était le bras d’honneur que vous auriez du faire à l’UE

              • micnet 26 mai 2014 20:43

                Bonsoir à vous mon cher Eric,


                Première remarque : si tous les français « normaux » étaient capables de produire de telle lettre, je ne verrais aucun inconvénient à élire à la tête de l’état un Président ’normal’ smiley.

                Pour le reste, je ne sais trop quoi ajouter en complément de votre témoignage, tant celui-ci rejoint ma propre pensée et, j’en suis sûr, rejoint également celle de la plupart des français ’normaux’ comme vous mais qui n’ont pas nécessairement votre don pour pouvoir l’exprimer ainsi.

                Vous l’avez fort justement rappelé, nous vivons une époque d’une médiocrité telle que plus personne ne croit, non seulement en l’Europe, mais plus non plus en la France. 

                Ainsi, lorsque vous en appelez à nos « élites actuelles » afin qu’elles prennent enfin « acte de l’ampleur des changements politiques qui attendent ce pays », je pense que vous savez tout comme moi que celles-ci ne changeront rien. Pas plus que la « masse » d’ailleurs...
                Dans une société mercantile tablant uniquement sur le « nombre », ce n’est pas moi qui vous apprendrai qu’il n’y a rien à attendre d’une quelconque ’démocratie égalitariste’ smiley.
                En revanche, quitte à faire un appel, je pense que vous me rejoindrez pour essayer de mobiliser, autant que faire ce peut, ce ’petit nombre’ d’individus qui constituent la VRAIE élite de ce pays. je veux évidemment parler des plus vertueux, des plus compétents d’entre nous. En un mot : des plus patriotes ! Mais pour cela, il faudrait un vrai changement de régime : certes une démocratie mais qui, comme vous le rappelez, ferait la part belle aux « meilleurs d’entre nous ».

                Encore merci pour cet article de qualité qui change de la médiocrité ambiante relative à ces élections européennes...

                • Rounga Roungalashinga 27 mai 2014 08:42

                  certes une démocratie mais qui, comme vous le rappelez, ferait la part belle aux « meilleurs d’entre nous »

                  Une espèce d’« aristo-démocratie » ?


                • micnet 27 mai 2014 18:31

                  Tout à fait Rounga : une aristo-démocratie smiley


                • CASS. CASS. 29 mai 2014 15:49

                  bref la démoncratie des aristo usuriers consanguins les vatican et cie en savent quelques choses de leur pacte avec les madin veau d’or belzebut mamon c’est leurs création


                • Attilax Attilax 30 mai 2014 02:44

                  Non, la démocratie, c’est tout le monde ou c’est pas la démocratie. La dictature du nombre vous dérange ? Moi c’est la dictature d’un tout petit nombre qui me dérange...


                • Éric Guéguen Éric Guéguen 30 mai 2014 09:40

                  Bonjour Attilax.

                  Je trouve l’argument un peu court, si vous me permettez. Interrogez donc l’étymologie de ce régime : demos d’un côté, kratos de l’autre. Soit le tenant d’un pouvoir, et l’exercice de ce pouvoir. Considérez-vous que l’acte de voter soit réellement la manifestation d’un pouvoir politique ? N’est-ce pas plutôt un droit de regard, un contre-pouvoir ? Maintenant, tentez d’imaginer ce que peut être réellement l’exercice du pouvoir, et une fois que vous aurez cerné le kratos, concentrez-vous sur le demos qui en découle. Je vous fais le pari que dans un pays de 65 millions d’âmes, vous réviserez bien vite votre jugement.

                  Donner du sens au kratos implique nécessairement de redéfinir le demos. Je ne dis pas qu’il faut délaisser le peuple, je dis qu’il faut enfin considérer le peuple au pouvoir, non plus en acte dans son ensemble - ce qui demeure illusoire - mais en puissance. Les gens qui nous gouvernent doivent en être issus, vivre ainsi les répercussions quotidiennes des mesures qu’ils sont amenés à prendre, et non pas vivre dans le monde clos des affairistes professionnels.

                  À bientôt,
                  EG


                • Attilax Attilax 31 mai 2014 15:48

                  Je ne partage pas du tout votre avis, perso le « demos », c’est à dire le peuple, me va comme il est et je n’ai aucune envie de le rééduquer, il le fera de lui-même si un jour il se libère. Et je ne vois pas en quoi le fait d’être 65 millions nous empêche de voter nous-même nos lois, sauf si vous avez une peur bleue de ce fameux « demos »... Dans ce cas, défendez la République et ses élites, pas la démocratie.


                • Éric Guéguen Éric Guéguen 31 mai 2014 16:07

                  D’une part vous avez tort, je pense, d’opposer république et démocratie. Elles ne se situent pas au même plan. C’est un moyen commode, ces temps-ci, de préserver la sacro-sainte démocratie que de dire que des éléments républicains l’ont avilie, mais c’est un réflexe que je n’adopte pas.

                  D’autre part, je n’ai jamais parlé de « rééduquer » qui que ce soit, seulement d’assumer que l’exercice effectif du pouvoir n’a strictement rien à voir avec le suffrage, que 65 millions d’âmes sur l’agora, c’est impossible, et que parmi elles, une quantité importante ne voient dans la politique qu’une corvée dont elles se passeraient volontiers.


                • Attilax Attilax 3 juin 2014 16:39

                  Hélas, j’oppose république et démocratie car ces deux systèmes sont de rigoureux contraires : l’un offre le pouvoir aux ultra-riches avec des représentants professionnels, l’autre leur confisque en impliquant tous les citoyens. De plus, historiquement, la République débouche trop souvent sur l’Empire pour qu’on puisse lui faire encore confiance...
                  Pour l’agora à 65 millions (enfin moins, il n’y a pas vraiment 65 millions de citoyens pouvant voter), je ne comprends pas votre problème : avec internet et les possibilités informatiques d’aujourd’hui, chacun pourrait participer simplement. Même plus besoin de tirage au sort, c’est dire !
                  Le seul point sur lequel je vous rejoins est le dernier : oui, c’est chiant de s’occuper de politique, ça prend du temps et la majorité d’entre nous ont des vies suffisamment occupées pour ne pas rajouter ça. C’est pourquoi il faudrait à mon avis dégager une demie-journée « citoyenne » pour remplir ses devoirs (si on était en démocratie, bien sûr, ce qui rassurez-vous n’est pas près d’arriver).
                  Je précise que la démocratie servant à ne plus avoir de « maîtres » est par essence même une forme d’anarchie, ce que ne sera jamais la république, raison pour laquelle la première m’intéresse beaucoup plus idéalement que la deuxième...


                • Éric Guéguen Éric Guéguen 3 juin 2014 17:48

                  @ Attilax :

                  Il faudra que vous nous donniez des exemples de démocratie effective, parce qu’à part Athènes qui a dégénéré dans la corruption et ses visées hégémoniques et qui a, par surcroît, démocratiquement condamné à mort Anaxagore et Socrate, je n’en vois pas.

                  L’exercice du pouvoir ne peut se résumer à taper « 1 » pour untel ou « 2 » pour tel autre candidat confortablement installé dans son fauteuil devant un écran. Ça, c’est valable pour la Star Ac’, c’est tout. Si vous voulez confier réellement le pouvoir au peuple, il va falloir compter sur les rares en son sein à être prêts à se retrousser les manches au quotidien et bénévolement, et pas seulement une demi-journée dans l’année pour apprendre les bases.

                  La démocratie prête voix à chacun, c’est ce qui fait sa force. Mais il y a là une tendance centrifuge. Pour unifier les volontés et faire tendre les regards vers un bien commun, il faut penser la chose commune, la res publica, la république, centripète quant à elle.


                • Attilax Attilax 5 juin 2014 09:26

                  Une fois de plus, je ne partage pas votre avis concernant les « gentils volontaires » pour organiser le pouvoir. L’idée incroyable de Socrate est justement de placer au pouvoir les gens qui n’en veulent pas ! Donc placer des volontaires est déjà trahir cette idée, il me semble... Athènes était imparfaite, certes, mais l’équation politique qu’ils nous ont laissé est géniale et à mon avis applicable aujourd’hui à l’ensemble d’un pays... Quand aux citoyens votant depuis chez eux, malgré le côté ’starac’ effectivement, je reste persuadé qu’ils feraient néanmoins bien mieux pour l’intérêt général que nos ’représentants’. Mais vous avez raison, si j’en ai l’intime conviction, je n’en ai effectivement pas la preuve puisque ça n’a jamais vraiment été tenté... Est-ce une raison pour ne pas essayer ?


                • Éric Guéguen Éric Guéguen 5 juin 2014 09:37

                  Bonjour.

                  J’ai moi aussi beaucoup plus confiance en un Français lambda extrait de son quotidien le temps d’une mandature pour exercer le pouvoir qu’en des professionnels appointés de la politique.

                  Concernant Socrate, j’ai bien peur qu’il n’ait jamais rien envisagé de tel. Socrate, par la bouche de Platon, était un critique assez sévère de la démocratie, de l’idée d’égalité et du manque de compétence dans l’exercice du pouvoir. Quant au Socrate par la bouche de Socrate, personne ne le connaît.

                  Enfin, vous négligez il me semble (et je le répète sans cesse à ceux qui ont trop écouté Chouard) le fait qu’un Athénien de l’âge classique, anthropologiquement parlant, n’a rien à voir avec un Français actuel. Le premier se sait partie intégrante de la cité, le second se prétend individu ayant droit. Le premier voit la politique comme un devoir dont il faut se montrer fier, le second comme un droit à son avantage. Le premier est produit de la cité le second promoteur exalté de la société. D’où l’importance de la res publica dans les esprits, implicite chez les Grecs, oblitérée chez nous.


                • Attilax Attilax 5 juin 2014 22:24

                  C’est vrai, mais il suffit d’une prise de conscience pour que tout change, y compris les mauvaises habitudes comme déléguer son pouvoir politique... Et les citoyens athéniens se sont eux-même éduqués au fil de leur démocratie, qui a duré 200 ans. Les suisses s’en approchent, donc je ne vois pas pourquoi les français en seraient incapables. Ça ne tient pas.

                  Quand à la phrase de Socrate, bien sûr, je la connais comme vous des écrits de Platon. Et puis ? L’équation reste magique : si le pouvoir corrompt, alors il faut le donner à tout le monde pour que personne ne puisse en abuser... Si simple !


                • Éric Guéguen Éric Guéguen 5 juin 2014 23:40

                  Le pouvoir corrompt les gens corruptibles. Je ne pense pas que le pouvoir soit un mal en soi, même nécessaire, et je ne pense pas que l’homme soit génériquement mauvais. Il y a des hommes corruptibles, d’autres qui le sont très peu, tout l’art - complexe ! - de la politique consistant à assigner les bonnes places aux bonnes personnes. Je ne crois pas à l’humanité homogène, aux hommes identiques et façonnables à volonté. Je crois aux idiosyncrasies et à la nécessité, en conséquence, d’une science politique adaptative, plus souple, soucieuse de la pluralité des caractères, des talents et de leur complémentarité.

                  De manière générale, vouloir renouer avec l’esprit grec, c’est commencer par faire primer la communauté sur les individus, s’enquérir de ses devoirs avant d’invoquer ses droits, être prêt à donner de sa personne sans rien attendre d’autre en retour que l’harmonie sociale et la reconnaissance de ses pairs. À ce moment-là, nous pourrons songer à refonder la démocratie sur de vraies bases. Il y a du boulot...


                • Attilax Attilax 10 juin 2014 23:50

                  C’est clair smiley

                  Mais je suis plus pessimiste que vous, je crois que c’est la nature même du pouvoir de corrompre, et que personne ne peut y échapper. Je ne crois pas aux « sages » éclairés qui nous guideront par altruisme vers un monde meilleur. Pas du tout. C’est pourquoi le morcellement de ce pouvoir au sein même des citoyens m’intéresse.


                • Morpheus Morpheus 26 mai 2014 22:18

                  Très bon article, très bien écris, Eric smiley

                  A ce propos, te connaissant modéré, que penses-tu de David Van Reybrouck et de son livre « Contre l’élection », et surtout - en dépit de ce titre provocateur - de ses propositions qui n’excluent pas l’élection, mais l’agrémente du tirage au sort ? De telles propositions mixtes devraient être dans la ligne que tu préconise, il me semble ?

                  http://www.dailymotion.com/video/x1wotcz_david-van-reybrouck-contre-les-elections-pour-la-democratie_news


                  • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 mai 2014 23:40

                    Merci pour le lien, Morpheus, je regarderai ça demain.


                  • Éric Guéguen Éric Guéguen 27 mai 2014 10:09

                    Morpheus, j’ai écouté votre compatriote. Merci encore pour ce lien.

                    Je vais tenter de résumer mon point de vue en quelques mots (mais vous connaissez déjà mon sentiment à ce sujet) : Van Reybrouck nous dit en substance que le vote, d’essence hiérarchique, n’a plus lieu d’être car la société s’« horizontalise ». Et c’est d’ailleurs le point de vue de beaucoup de démocrates dépités par l’époque actuelle. Je crois au contraire que le régime représentatif a été mis en place en conciliant le besoin de « gouvernance » (professionnalisation) et le désir d’égalité (suffrage universel), et que si aujourd’hui il rend l’âme, c’est précisément parce que ce mariage de la carpe et du lapin était tout sauf politique. Je veux dire par là que le lien entretenu était purement marchand : VRP d’un côté, consommateurs de l’autre, votant pour tel ou tel candidat comme l’on opte pour tel ou tel produit lambda. Tant qu’il y avait du pain blanc à manger, tout le monde s’en accommodait. Aujourd’hui, la carence politique de ce système, son inanité sont criantes.

                    Ce n’est donc pas, de mon point de vue, le principe de hiérarchie qui est en cause, mais plutôt le relativisme entretenu par une élite possédante au nom de la sacro-sainte croissance dont tout le monde, TOUT LE MONDE, était appelé à bénéficier. Nos hommes politiques ne sont pas davantage « élites » que nous ne sommes « citoyens ». nous sommes tous « consommateurs ».


                  • Morpheus Morpheus 27 mai 2014 15:42

                    Il faut néanmoins noter que Van Reybrouck propose non pas un tirage au sort intégral, mais bien un système bicaméral avec une chambre élue et une chambre tirée au sort. C’est surtout sur cette idée modérée d’un système mixte qu’il me semblait que tes idées et celle de DVR se rejoignaient smiley


                  • Éric Guéguen Éric Guéguen 27 mai 2014 15:47

                    Exact, il ne s’en remet pas entièrement au sort, et c’est tout à son honneur.
                    Cela dit, j’ai même entendu Chouard le dire dernièrement. Furtivement, mais il a évoqué cette éventualité.


                  • Plus robert que Redford 26 mai 2014 22:19

                    Bonne n’alyse !

                    Tout est dit.

                    J’ai vingt ans de plus que vous, et le douteux privilège de compter parmi les cocus de l’europe (avec un petit e bien sur)

                    Car j’ai vécu directement sa construction, habitant tout petit à c^^oté d’une de ces merveilleuses cités « CECA » qui figurait une matérialité palpable de cette belle idée en devenir.

                    On sait hélas ce qui est advenu du charbon et de l’acier européens depuis...

                    On a vu ce qu’une europe des marchands pouvait amener en termes d’efficacité politique, fiscale, sociale, culturelle, etc...

                    J’ai voté oui à Maastricht en accordant une confiance (imméritée) à Delors et consorts, puis non en 2005 devant l’évolution des choses..

                    J’ai donc été, comme 55% de nos concitoyens, enculé à sec ensuite par la ratification du « Traité portant Constitution » par nos chers parlementaires...

                    J’ai pas eu les couilles de voter Philippot hier, donc je ne me suis pas déplacé !

                    L’europe n’est plus qu’une grosse bouse molle et dispendieuse. Elle devait protéger les peuples. Elle les enfonce...

                    Quand au reste de la classe politique nationale...

                    Je préfère n’en point parler.


                    • Mmarvinbear Mmarvinbear 27 mai 2014 00:48

                       Âgé de dix-huit ans et trois mois le jour du référendum de Maastricht en 1992, je n’ai à l’époque pas pu voter à cause d’un embrouillamini administratif dont la France, cette usine à gaz bureaucratique, a le secret.


                      Il n’y a pas d’embrouillamini. Les listes électorales sont closes au 31 décembre de l’année précédente. Ayant 18 ans en Juin, vous ne pouviez pas voter pour le scrutin de septembre. 

                      C’est à vos parents qui’l faut vous en prendre. Pas à L’ Etat.

                      • Éric Guéguen Éric Guéguen 28 mai 2014 09:58

                        Bonne remarque. Ceci dit, au risque de botter en touche :

                        À la même époque j’ai dû me faire recenser, et quand il s’est agi de me convoquer sous les drapeaux, l’État n’a pas attendu mon consentement et a su me trouver. Il faut dire que le service militaire était un véritable devoir civique, tandis que le vote n’est qu’un droit à la carte...


                      • Gollum Gollum 29 mai 2014 14:36

                        Alors les règles ont changées. Car je connais un jeune qui a eu 18 ans en mai et qui vient de voter aux européennes...


                      • Gollum Gollum 29 mai 2014 14:37

                        Je m’adressais à l’ours (mal léché ?) smiley

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