Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Libéralisation de la carte scolaire : un remède pire que le (...)

Libéralisation de la carte scolaire : un remède pire que le mal

La rentrée des classes a révélé l’inquiétude des acteurs de l’éducation face aux réformes comptables engagées par le gouvernement. Agnès van Zanten tire ici le bilan de la libéralisation de la carte scolaire, mise en place par le gouvernement depuis la rentrée 2007. Cette réforme n’a pas résolu les défaillances rencontrées par le passé : elle les a au contraire aggravées. Selon l’auteur, il est nécessaire de développer d’autres moyens de régulation pour voir enfin émerger une véritable mixité scolaire.

Agnès van Zanten est directrice de recherche au CNRS.

Créée au début des années 1960 pour accompagner l’expansion et l’ouverture de l’enseignement secondaire, la carte scolaire a au des effets très positifs. Elle a permis de rationaliser la gestion des effectifs scolaires : les élèves sont affectés à l’établissement le plus proche de leur domicile. Elle a également encouragé le brassage scolaire : tous les élèves d’un même secteur géographique, quelles que soient leurs origines et leur classe sociale, se retrouvent au sein du même établissement.

Sous l’effet du renforcement de la ségrégation urbaine dans notre pays, la carte scolaire est cependant aujourd’hui fragilisée. Elle connaît une triple défaillance.

Premièrement, elle ne concerne que le secteur public. Les établissements privés n’y sont pas astreints et restent libres de sélectionner leurs élèves. Ils jouent de plus en plus un rôle de recours pour les parents.

Ensuite, et c’est le fait le plus marquant, le rôle social de la carte scolaire s’est inversé : du fait de la montée en puisse de la ségrégation urbaine, elle est devenue, depuis les années 1980, un des dispositifs les plus favorables à la reproduction sociale, notamment pour les classes supérieures. Compte tenu de l’explosion des prix du logement, ces dernières restent en effet seules en capacité de résider à proximité des établissements les plus réputés. Inversement, la carte scolaire est désormais perçue par une frange croissante des populations défavorisées, françaises et immigrées, comme une source d’injustice : elle les « assigne à résidence scolaire » dans les quartiers défavorisés. Les couches populaires sont ainsi de plus en plus nombreuses dans les sondages à se déclarer favorables au libre choix. Perçues comme particulièrement graves encore parce qu’elles compromettent le devenir scolaire et professionnel de leurs enfants, les injustices liées au fait d’avoir accès à une offre scolaire de moindre qualité redoublent en effet à leurs yeux celles associées au fait de vivre dans des territoires caractérisés par le chômage et l’insécurité. Le ghetto urbain entraîne le ghetto scolaire. D’instrument de brassage social, la carte scolaire est alors ressentie comme une « double peine ».

Enfin, la carte scolaire est mise en œuvre de façon souvent inéquitable par les administrations locales. La gestion déconcentrée de ce dispositif a fini, au fil des ans, par permettre aux inspections académiques de privilégier l’objectif de limitation des fermetures de classe, pour des raisons de bonne organisation de la rentrée, objectif qui l’a dans les faits emporté sur celui de favoriser la mixité sociale.

Ces tendances se sont renforcées depuis la réforme de 2007 de libéralisation de la carte scolaire. Elle a étendu la compétition à tous les niveaux. A cet égard, les premières études montrent que cette réforme a encore contribué à déséquilibrer le système par l’apparition de deux phénomènes nouveaux : une ségrégation interne aux établissements (renforcement des classes de niveau dans le but de retenir leurs meilleurs élèves) et l’exclusion plus massive d’élèves perturbateurs ou en grande difficulté par des établissements pouvant espérer, grâce à la nouvelle procédure, des meilleures recrues en provenance d’autres établissements. Par ailleurs la priorité accordée aux boursiers dans les textes n’a pas trouvé d’écho sur le terrain faute de volonté politique de la part du ministère.

Faut-il dans ces conditions prôner la disparition de la carte scolaire ? La réponse est clairement négative. Car tous les travaux conduits soit dans des pays où les choix scolaires n’ont jamais fait l’objet d’une régulation étatique comme la Belgique ou les Pays-Bas, soit dans ceux qui ont éliminé les procédures d’affectation des élèves par les administrations éducatives locales comme l’Angleterre, montrent qu’il existe une forte corrélation entre le libre choix, la ségrégation scolaire et les inégalités entre établissements.

La carte scolaire doit être repensée, et non supprimée. Elle doit être rendue plus équitable dans son application quotidienne et surtout accompagnée d’autres moyens de régulation. Parmi les pistes qui pourraient être explorées, une des plus prometteuses serait de permettre aux familles d’exprimer un choix à l’intérieur d’un territoire délimité et de donner aux administrations et aux établissements la mission — dont la réalisation serait évaluée par des instances externes chaque année — de prendre en compte ces demandes en respectant des indicateurs de mixité scolaire entre les établissements.

Retrouvez la note en intégralité ici


Moyenne des avis sur cet article :  3.22/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 14 septembre 2010 17:08

    ouais super l’ecole pourri avec des profs bourres et des conseillers travaillistes ou intello


    • antonio 15 septembre 2010 10:59

      C’est ça ! créons encore un « machin  » de plus, soit des instances externes pour « évaluer » s’il vous plaît le respect de la mixité scolaire par les établissements scolaires dans le choix de leurs élèves ! Comment travailleraient ces « instances externes » ? Avec un « camembert » fixant « les quotas » ? Quatre pour cent de fils d’ouvriers, cinq pour cent de fils de divorcés, six pour cent de fils de familles monoparentales...et combien de fils de paysans ? Sans oublier bien sûr la « fameuse » diversité ethnique ! Attention, il « nous » faut un Sikh et son turban ! Zut ! alors, il nous manque deux fils d’artisans ! Et des fils d’employés, on en a combien ? Attention, attention ! on a oublié les handicapés ! Combien on met de sourds ? ( pardon, il faut dire malentendants, c’est plus « politiquement correct » !)...Mais enfin soyez vigilants ! Où sont les dyslexiques, les obèses, les roux ? Mais non ! Vous mettez trop de fils d’ingénieurs ! les autres élèves vont se sentir stigmatisés, discriminés même !
      Décidément la « connerie bien pensante » n’a pas de limites...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès