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Liberté, égalité, sororité

En prélude à la Journée internationale de la femme, Sœur Marie-Ségolène a sorti un joli mot des brumes du passé. Lors de son meeting à Dijon hier, elle nous a proposé une nouvelle devise pour la France : Liberté, égalité, sororité.



Evidemment, des journalistes m’ont tout de suite appelé pour me demander ce que c’était que cette nouvelle invention : un nouveau morceau de bravitude ?

Eh bien, non ! c’est un bon vieux mot de la langue française. Comme fraternité vient de frater, le frère, sororité vient de soror, sororis, sororem, la sœur (ou la cousine, d’ailleurs). En latin médiéval, sororitas désignait une communauté de religieuses (d’un ordre juste ?). En français sororité a pris le sens de relation entre sœurs, mais ce sens a disparu au XVIe siècle.

Ce n’est pas Ségolène Royal qui le remet au goût du jour en français. Il a été ressuscité (ou réinventé) par les féministes dans les années 1970 comme traduction de sisterhood que les mouvements féministes américains avaient fabriqué comme pendant à brotherhood. Il y en a des attestations dans les textes de l’époque. Mais il est vrai qu’il est resté quelque peu confidentiel en dehors des cercles féministes.

Je note quand même que Clémentine Autain avait fait cette même proposition, Liberté, Fraternité, Sororité, dans l’Humanité le 26 octobre 2000. Ségo ne semble plus s’en souvenir (petit oubli de paternité maternité entre soeurs ?)...

Je ne sais pas si les jeux lexicaux aideront la petite soeur (des riches ?) à remonter la pente dans les sondages... J’en doute. L’appel aux grands frères ne semble pas avoir eu l’effet escompté. Peut-être même a-t-il fini de décevoir de nombreux électeurs qui voyaient en elle des éléments de nouveauté. Ce matin Bayrou est donné à 24% d’intentions de vote, et elle à 25. Et s’il est au deuxième tour, il est assuré de gagner aussi bien contre elle que contre Sarkozy.

Vent de panique dans les états-majors. Il faut appeler l’épouvantail à gogos à la rescousse.

Le marquis de Condorcet se retourne de jubilation dans sa tombe.

par Jean Véronis (son site) vendredi 9 mars 2007 - 55 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Marie Pierre (xxx.xxx.xxx.129) 9 mars 2007 10:19

    Effectivement le terme sororité existe depuis très longtemps, même s’il est inusité.

    Cependant, tout comme l’Homme doit être pris dans son ensemble, Fraternité doit aussi être pris dans son ensemble. Alors que sororité implique une exclusion, ne s’adresse QU’aux soeurs.

    Dans l’esprit de S. Royal, comment remplacer baisers fraternels ? La fatrie est l’ensemble des frères et soeurs, si S. Royal n’a que ce genre de combat à mener, ses partisans ont de quoi s’inquiéter !

  • Par nessoux (xxx.xxx.xxx.117) 9 mars 2007 11:12

    Agoravox a aussi sa lumière omniprésente. Ne pourrait-on pas la mettre en veilleuse cette lumière théorique des arts et des lettres ?

  • Par Fred68 (xxx.xxx.xxx.1) 9 mars 2007 10:32

    Je me demande si la castration des mâles fait partie du problème Royal... Ce qu’elle peut être sexiste quand même...

  • Par Bill (xxx.xxx.xxx.11) 9 mars 2007 11:19
    Bill

    Je m’étais beaucoup amusé à la lecture du blog d’Yves Daoudal, sur ce sujet (http://yvesdaoudal.hautetfort.com/), à la lecture de son commentaire sur cette visite, je le retranscris ici :

    "C’est la Journée des femmes : cérémonie communautariste laïque et obligatoire. Cette année, naturellement, elle est particulièrement célébrée par celle qui a réussi à faire croire aux médias qu’elle était la seule femme à se présenter à la présidentielle, et dont l’un des axes de campagne est que les critiques qui lui sont faites sont sexistes, donc non recevables et scandaleuses.

    Hier soir, à Dijon, elle a fait l’apologie d’Olympe de Gouges, qu’elle fera entrer au Panthéon, « ce monument si peu accueillant aux femmes qu’il porte en son fronton : Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Car bien entendu Bécassine ne sait pas que le mot « homme », du latin homo, désigne l’espèce humaine, comme cela se voit dès la Genèse : Dieu créa l’homme à son image, homme et femme il le créa.

    Bécassine conclut ainsi son couplet sur le combat féministe d’Olympe de Gouges : « Le tribunal lui reprocha d’avoir oublié, je le cite, les vertus qui conviennent à son sexe. On la guillotina. » La vérité historique est que Marie Gouze (tel était son vrai nom) fut guillotinée, non pas du tout pour ses thèses féministes, mais parce qu’elle était girondine et s’opposait à la Terreur.

    Olympe de Gouge avait rédigé une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, où l’on pouvait lire dans le Préambule : « Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en assemblée nationale. »

    C’est sans doute inspirée par ce (réel) sexisme que Marie-Ségolène Royal en est venue à s’exclamer : « Liberté, égalité, fraternité, aujourd’hui à Dijon j’en appelle à la sororité. »

    Mais une fois de plus, Bécassine ne sait pas de quoi elle parle. Le mot sorority est aux Etats-Unis le pendant féministe de fraternity. Ici Fraternity ne veut pas dire fraternité (en anglais cela se dit plutôt brotherhood), mais désigne une prétendue « société secrète » d’étudiants (qui se désigne par des lettres grecques, cachant le véritable nom qui est « secret »). De telles associations ont été constituées par des étudiantes, et c’est l’une d’elles, ΓΦΒ (gamma-phi-bêta), qui a inventé le mot sorority pour qualifier ces fraternités exclusivement féminines.

    On voit qu’on est très loin de la devise de la République.

    Cela dit, l’exclamation de Marie-Ségolène est d’abord un clin d’œil au « féminisme » le plus subversif : « Liberté, égalité, sororité », c’est par exemple sous ce slogan que la dessinatrice Mad Meg (sic) range, sur son site internet, ses liens vers les Chiennes de garde, les Pénélopes, le Collectif national pour les droits des femmes (CNDF, lié à la CADAC , etc.), La Meute , Les fées du logis (revue des gouines en moufles...), Act-up...

    Sans doute Marie-Ségolène a-t-elle vu « Liberté, égalité, sororité » sur le site de l’association André Léo (féministe communarde qui avait pris un nom d’homme..), site créé grâce à une subvention accordée par... la présidente du conseil régional Poitou-Charentes.

    Et c’est cela que les socialistes veulent mettre à l’Elysée ?"

    Retranscris par Bill

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