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Accueil du site > Actualités > Politique > Lionel Jospin : itinéraire d’un ancien dirigeant satisfait

Lionel Jospin : itinéraire d’un ancien dirigeant satisfait

Jospin le retour mais, retour vers le passé a aussitôt précisé l’intéressé. Le Jospinus Hibernatus est sorti de ses glaces sans qu’on sache finalement trop pourquoi. Pas de scoops pas de révélations hormis, un règlement de compte bien tardif avec Jacques Chirac, son entourage, et “leurs méthodes de voyous”. L’ancien premier ministre, malgré le temps écoulé, assume mais n’entend pas procéder à une analyse de son propre rôle dans la défaite impossible du 21 avril 2002, préférant faire porter la faute à l’absence d’unité de la gauche.

Quel urticaire soudain a donc poussé l’ancien leader à sortir de sa réserve pour un livre qui certes revisite son parcours politique mais qui ne peut pas se classer dans la catégorie Mémoires ? Le choix n’est pas neutre. Il témoigne des fourmis dans les pattes d’un homme en pleine forme, épanoui, qui se refuse à jouer les vieux sages même si, comme il le confie, il “a la chance de pouvoir vivre heureux hors de toute fonction politique“. Le pire pour un ancien dirigeant demeure l’effacement dans les mémoires. Lionel Jospin ne peut s’y résoudre.

On l’aime bien notre Jojo, comme on apprécie de revoir, bien des années plus tard, ces enseignants qui nous ont marqué par leur rigueur et leur qualité mais aussi,… un certain ennui. Jospin l’austère qui se marre n’est pas du genre à faire rêver dans une période qui en aurait bien besoin et, n’inspire de la nostalgie qu’à ceux qui se sont inscrits dans son sillage.

L’intérêt toutefois de la résurgence jospinienne c’est avant tout de souligner, par le contraste des styles, qu’il est possible de faire de la politique autrement qu’actuellement. Avec hauteur, probité, sens de l’intérêt général et, absence de coups bas.

Dans les colonnes du quotidien Le Monde du 8 janvier l’ancien Premier ministre socialiste fustige, la “désinvolture” de Nicolas Sarkozy et sa mauvaise gouvernance, comme l’illustre, selon lui, la censure de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel. “L’obsession de l’effet d’annonce et la prise de décision sans débat, dans un cercle restreint tout en haut à l’Elysée, font négliger l’expertise et le sérieux dans la préparation des textes” accuse l’ex-chef du gouvernement.

Point faible de la démonstration, confirmé par la brutale disparition de Philippe Seguin, c’est que ce type de comportement, malgré son panache, augure plus des défaites que de lendemains victorieux.

Et nous voilà revenus à la séquence de la main de Thierry Henry. Faut-il gagner à tout prix ou, est-on prêt à prendre le risque perdre afin de ne pas renier ses valeurs ? La sortie du bois, ou plutôt de l’ile de Ré, de l’ancien leader socialiste peut s’analyser comme une réaction d’orgueil face à ce qu’il ne peut accepter : l’entrée dans le Panthéon du coeur des Français de Jacques Chirac. Jacques Chirac, roi fainéant selon Nicolas Sarkozy, adepte du côté crasseux de la politique pour Lionel Jospin.

Il est des losers magnifiques . Notre pays a tendance, à l’inverse des Etats-Unis, à leur élever des statues. La grande erreur de Lionel Jospin aura été de penser qu’on peut gagner les actions sur un bilan et une rectitude morale. La faute de Lionel Jospin n’est pas tant là que, dans son incapacité à pratiquer l’autocritique, que dans son refus de toute introspection ou thérapie de groupe au lendemain de la défaite du 21 avril. Une erreur dont le PS continue aujourd’hui à payer le prix.

Les principaux reproches susceptibles d’être adressés à l’ancien chef de gouvernement sont de trois ordres. Un autisme suicidaire de gestionnaire coupé au fil du temps de la réalité de terrain . Une inversion du calendrier électoral qui a ouvert la voie à l’hyperprésidence Sarkozy. Un retrait de la vie politique annoncé un soir de défaite , ressenti plus comme un geste d’orgueil, qu’un sens inédit en France de la responsabilité politique.

Lionel Jospin n’apprend rien de nouveau lorsqu’il rappelle les trois éléments qui font la victoire à savoir : un leader, un programme et l’union. Le retraité forcé n’est porteur d’aucune recette miracle, seulement d’un vœu : “J’aimerais que ce livre puisse être utile à tous ceux, à gauche, qui veulent retrouver le chemin du pouvoir” et, d’une frêle esquisse de solution. Plutôt une direction dans laquelle il faut chercher : s’interroger sur les fondements du socialisme réformiste notamment, la priorité de l’économie sur la finance, une plus juste répartition des revenus et une régulation de l’économie mondiale. Martine Aubry et le PS auraient sans doute préféré des étrennes plus conséquentes.

L’appréciation la plus pertinente sur ce retour vers le passé est portée parGuillaume Bachelay. Le jeune dirigeant socialiste (cornaqué par Laurent Fabius) préfère pour sa génération “le devoir d’inventer au droit d’inventaire” sur les années Jospin : “La tentation est grande de procéder à l’explication du 21 avril pour les enfants, c’est-à-dire d’employer la thèse de l’accident électoral. Mais l’origine du 21 avril, c’est bien la cassure entre d’une part les couches populaires et une partie des classes moyennes précarisées, et de l’autre la gauche de gouvernement.

 
 
 

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5 réactions à cet article    


  • Vilain petit canard Vilain petit canard 11 janvier 2010 12:06

    Scolaire, le Jospin, scolaire. Quand il est pris la main dans le sac, il nie. Puis il regrette d’avoir « sous-estimé », c’est son mot. Juste une petite erreur d’apprciation, que des méchants ont monté en épingle. A part ça, il a eu des bonnes notes, euh des bons indicateurs de réussite, alors il aurait dû être élu, quoi. Il n’a toujours pas réalisé ce qu’est la politique. Il en a un côté simple et tragique, au sens d’une figure tragique de théâtre. L’Homme qui a sous-estimé. Persuadé d’être trop naïf, trop bon, trop bien. C’est chou, non ?

    Ah bah, maintenant, il est enfin en retraite. Mais l’a-t-il seulement compris ?


    • Hieronymus Hieronymus 12 janvier 2010 01:50

      d’accord avec vous Chantecler
      c’est assez peu frequent pour meriter d’etre signale
      que n’a t on pas dit sur ce pauvre Jospin !
      perso je lui ferais surtout un reproche : d’avoir jete l’eponge le soir meme du 21 avril, geste qu’il a d’ailleurs du regretter ensuite car il fallait se battre pour les legislatives

      que les electeurs se souviennent un peu, qq jours avant le 1er tour Chirac c’etait super-menteur et d’un seul coup, il etait devenu le sauveur (contre le Pen)
      en tout cas merci a Taubira, merci surtout a Chevenement, merci enfin aux trostkystes de cet acharnement visceral envers le seul, oui le seul, qui pouvait eviter un second mandat a super-menteur, ce voleur tricheur escroc, 40 ans de pourritique !
      on a vu la suite, Raffarin puis Villepin, demagogie et immobilisme, encore 5 ans de perdus et maintenant a la tete de l’etat le seul qui ait ete capable de survivre aux coups tordus du serial killer de la droite francaise, sur qu’on a gagne au change ..
      les Francais se caracterisent par une attitude infantile en politique, toujours a raler, a gemir et a se plaindre, defaut total de memoire, ils sont plus sensibles au refrain de n’importe quel joueur de fifre qui saura les charmer qu’au constat realiste du travail accompli, qu’au bilan d’un mandat ecoule, a ce niveau Jospin etait encore le moins mauvais candidat face aux autres mais les Francais preferent croire au reve que d’admettre la realite, je suis assez pessimiste sur l’evolution politique de mon pays !


    • joelim joelim 11 janvier 2010 19:21

      Jospin est satisfait de lui, pourtant il n’y a pas de quoi, son parcours politique étant l’histoire d’une faillite totale. Je n’entre pas dans les détails, d’autres l’ont fait.

      La cerise sur le gâteau fût d’avoir été (avec d’autres petits camarades) contre l’élection de la candidate socialiste aux présidentielles de 2007. Je comprends que Sarko veuille récompenser ce faux-derche...

      • Danielle2 11 janvier 2010 21:40

        s’il n’a pas gagné c’est parce que le parti était dispersé, n’était pas derrière lui, en un mot, c’est pas sa faute - par contre ségolène elle avait rassemblé le pS !!! je ne m’en étais par aperçu !!! donc si elle a perdu c’est de sa faute - sous couvert d’un hommage rendu à ségo qui aurait su rassembler, il lui envoie un coup de sabot !!!! aïe, aïe, aïe !!!! on n’arrivera jamais à rien, ils sont désespérants ; pourvu qu’il ne se présente pas, mais au fait, peut être que ce serait bien si lui aussi, avec Valls, Moscovici, Hollande, Dsk, Fabius et pourquoi pas Lang, comme ça ségo passerait - mais que feront-ils pour lui barrer la route - ah, c’est pas gagné !!! ce sera dur avec tous ces bras cassés !


        • poetiste poetiste 11 janvier 2010 22:51

          Le Jospin nouveau est arrivé.

          Le Jospin la gaffe est revenu ; le Jospin la gaffe revient toujours et chaque fois, il se tire une balle dans le pied. Mais que ne reste-t-il pas à faire de la voile à l’île de Ré ! Le « pion « de Mitterrand a failli donner le pouvoir au front national, il a vendu la communication téléphonique au privé ; il a clamé à qui voulait l’entendre qu’il y avait un trop plein d’argent dans les caisses de l’Etat et du coup alerté la meute ; il a parlé inconsidérément dans un avion, disant que Chirac était trop vieux. Question bourdes, il est largement au dessus de Ségolène Royal qui a appris le mot « bravoure » un peu sur le tard. Il voudrait saborder le parti socialiste qu’il ne s’y prendrait pas autrement, si tant est que l’on puisse parler de sabordage en un temps où l’on parle plutôt de renflouage. Le parti a sombré depuis déjà belle lurette. Son ami Besson, paradigme en matière de retournement de veste n’a pas fait mieux pour décrédibiliser le parti mal parti. Le président l’a testé en le poussant aux œuvres les plus droitières ; il a tout encaissé, il a avalé sa carte jusqu’au bout. Les sables mouvants du parti socialiste ne seront jamais émouvants, les éléphants sont passés de l’incurie à l’absurde. Ces pachydermes valaient tellement peu que Notre président a sauté sur l’occasion, les a payés au prix des puces. La manipulation est connue et toujours efficace de rallier à soi les ennemis, les dissidents et d’en faire de parfaits soldats. Du temps de Charlemagne, c’était déjà comme ça : les vaincus qui se convertissaient venaient gonfler les rangs des vainqueurs, côté chrétien ou musulman. L’expansionnisme n’est pas seulement le fait des religions. Les socialistes ont sauté dans le piège à pieds joints. Comment redonner un sens au mot « socialiste » dans un tel contexte ? Le parti s’est volatilisé, atomisé ; sa cohésion, qui pourrait encore y croire ? Pas une pièce du même puzzle, on n’en refera pas une belle image. Jospin ; le catalyseur de la déliquescence du parti est revenu, sauve qui peut aux élections ! Les éléphants, faute de se retourner de temps à autre, ne se sont pas aperçus qu’ils n’étaient plus suivis ; un parti virtuel était né. Et nous, pauvre peuple abandonné, on veut encore nous donner du Jospin et des jeux comme on vous donne un tranquillisant contre la droite mais il y a bien longtemps que ce somnifère n’agit plus. Pouvez-vous m’indiquer le chemin des restaurants du cœur, s’il vous plaît ? Allo, monsieur Hollande, je vous téléphone du Nord, j’ai ma carte au parti, j’ai quatre enfants et je suis au chômage. (L’histoire est authentique) : savez-vous ce qu’a répondu Monsieur Hollande ? Il a dit : « Mais ce n’est pas à cause de l’Europe qu’il vous arrive ça ». Cela s’est entendu à la radio. Y avait-il caviar au menu de Monsieur Hollande se soir là ? Ah ! La nostalgie du socialisme n’est plus ce qu’elle était ! Le socialisme partageur partage avec la droite, Monsieur Allègre entre à l’U.M.P par une porte dérobée. Le peintre surréaliste Jospin revient, il va nous barbouiller le portrait de Ségolène Royal, peut-être par jalousie du score qu’elle a fait aux présidentielles, un score devant lequel il devrait s’incliner humblement mais humble et lui, ça fait deux. Le parti s’est transformé en partie de jeu vidéo ; on est au spectacle. Jospin est arrivé, hé, hé, sans se presser, hé, hé, faut pas pleurer, vaut mieux encore en rigoler. Henri Salvador en aurait fait une chanson. Et François Hollande est candidat pour 2012, déjà proclamé, et pourtant, il n’y a plus rien à saborder. Scène de ménage avec son ex ou geste politique ? L’inconsistance a la vie dure au P.S. Au début de la décrépitude, ces luttes intestines étaient navrantes, elles ne le sont plus, le loufoque s’est banalisé. De pro-fondis P.S.
          A.C

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