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Lionel Pilate et Ségolène de Nazareth

La gauche de retour en fanfare, cacophonique et divisée, avec comme fer de lance Lionel Jospin, définitivement de retour d’exil, et qui exécute Royal dans un livre à paraître. Delanoë attend de lire, mais Hollande et ses amis ont préféré d’emblée se désolidariser de l’ancien Premier ministre. Sans doute trop tard pour éviter la chienlit.

Il y a aujourd’hui en France, vers chez l’opposition, deux types de socialistes : ceux qui ont écrit un livre contre Ségolène Royal et les autres. Parmi les premiers, après Allègre et Lieneman, le dernier en piste se nomme Lionel Jospin, retiré « définitivement de la vie politique » après son pitoyable échec de 2002. Jospin est de retour, depuis quelques semaines déjà, placé sur une rampe de lancement idéal par son dernier petit protégé, Bertrand Delanoë, très élogieux envers l’ancien Premier ministre dans son discours du week-end dernier. Jospin de retour de l’île de Ré, plein d’amertume et de rancœur apparemment, et qui dessoude Ségolène Royal dans L’Impasse, à paraître aux éditions Flammarion. Dans cet ouvrage, assez lucide, Jospin, lui d’ordinaire plutôt mesuré dans ses propos et glacial dans ses emportements, pointe les insuffisances de l’ex-candidate socialiste. Une femme, selon lui, qui n’avait pas « les qualités humaines ni les capacités politiques nécessaires pour remettre le Parti socialiste en ordre de marche et espérer gagner la prochaine présidentielle ». « Une figure seconde de la vie publique », « pas taillée pour le rôle », « une candidate qui était la moins capable de gagner », « une illusion ». Fermez le ban.

L’attaque est frontale, vacharde, dure. Elle ne se limite pas à la simple critique de forme ou de fond, mais elle s’en prend à la personne même de Ségolène Royal. Etonnant et ravageur de la part d’une personnalité pour le coup « de premier plan » du PS. Jospin, même déserteur incapable d’assumer sa défaite, a toujours gardé une certaine aura au sein du Parti. Beaucoup voient toujours en lui le symbole de l’intégrité, l’honnêteté, la loyauté. Tout ce qu’un grand homme politique devrait posséder et mettre en avant. Jospin n’est pas homme de compromis, ni avec les médias ni avec les spécialistes en communication. C’est un homme austère, professionnel, un brin rigide et très rigoureux, qui rigole quand il se brûle et, a priori, ne partagerait pas grand-chose avec les hargneux de service, style Allègre ou Mélenchon, ou Mamère ou Montebourg, toujours prêts pour un bon mot ou une petite phrase à flinguer veaux, vaches, collègues et cochons. Roses. Mais derrière cette panoplie de l’homme droit et debout, Jospin cachait manifestement la silhouette haute et tranchante d’un homme aigri, rancunier et déçu, qui, durant tout son exil loin du continent (enfin, loin, à un pont près) semble avoir cultivé ses rancoeurs. On imagine cet ermite relativement ivre de colère lors de la désignation de Royal, par les militants, comme candidate idéale pour le PS pour 2007. Ce jour-là, Lionel Jospin a perdu beaucoup de son flegme, et ne s’est pas calmé depuis, visiblement.

Très silencieux durant toute la campagne, l’homme attendait manifestement la conclusion évidente, c’est-à-dire la défaite, pour pouvoir s’offrir enfin un froid plat de vengeance, petit et frustre, macho et déplacé, à déguster sans modération sur les ruines dispersées aux quatre vent de la refondation du Parti socialiste, partagé entre de jeunes loups imberbes et de vieux schnocks vivaces, entre les partisans d’un peu plus d’ouverture et ceux qui ne cessent de claquer les portes. Jospin a attendu son heure, bien préparé son plan média, en faisant le coup du « livre mystère » dont même les représentants de Flammarion n’avaient pas le droit de parler aux libraires. Libération a levé le lièvre un peu plus tôt que prévu, assurant une vente déjà record. En quelques mois, donc, Jospin est devenu un politique semblable aux autres, flinguant les ambulances sans état d’âme, qu’elles roulent au pas ou pas. Occupant l’espace médiatique, coûte que coûte.

Certes, que Ségolène soit « nulle » comme Réza le fait dire à Sarkozy dans son livre L’Aube le soir ou la nuit, beaucoup en conviennent, beaucoup à gauche, d’ailleurs. Mais peu avaient attaqué la personne même de Ségolène Royal comme Jospin l’a fait. Du coup, l’ex-Mme Hollande a piqué un fard, en apprenant la nouvelle, et a réagi comme elle le pouvait, c’est-à-dire à l’emporte-pièce, à la Royal... en citant le Nouveau Testament : « Pardonnez-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » ! a-t-elle osé lancer aux journalistes québécois, un peu perdus pour le coup. La dame blessée, et visiblement épuisée, a ensuite parlé de « racisme » : « Je crois aussi malheureusement qu’il y a, et peut-être est-ce aussi inconscient, dans toutes ces attaques, du sexisme, et à le voir à ce point aussi fort, j’en suis moi-même surprise, je pense qu’il s’apparente au racisme ». Mais loin de s’arrêter en si bon chemin, Ségolène a conclu : "J’ai l’impression en lisant tous ces ouvrages que si j’étais Jeanne d’Arc, j’aurais déjà été brûlée vive". Jésus, Jeanne d’Arc et le racisme dans une même réaction d’indignation, il n’y a que Royal pour inventer un tel galimatias. Une telle improvisation. Jusque dans les réponses à ses détracteurs, elle donne au bout du compte de l’eau à leur moulin. Telle est son impasse. Humaine, donc politique.

Et c’est là que le plus grand drame se joue : Jospin, aussi violent et hypocrite soit-il (que ne s’est-il exprimé plus tôt ?) touche juste dans ses attaques. Le pire, c’est qu’il a en grande partie raison. Le pire c’est que Royal elle-même lui a donné dans la foulée raison. Et ce n’est ni une crucifixion ni un bûcher, juste le calvaire qui continue pour ce qui reste de l’opposition à gauche, une opposition (dé)composée de forces aussi « vives » que Marie-George Buffet, Olivier Besancenot ou les Verts. Des figures secondes de la vie publique, pas taillées pour le rôle, les moins capables de gagner. Une voie sans issue, oui, Jospin a raison, mais sans mérite : c’est lui-même qui a embarqué le PS dans cette impasse-là, un soir d’avril 2002.

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    Par Trash Titi (xxx.xxx.xxx.176) 18 septembre 2007 10:30
    A. Nonyme

    Woaouw ! Voir cette baston de looser, c’est limite jouissif non ?

    Entre le fiel terrible de Jospin à qui une bonne âme devrait expliquer que c’est fini maintenant, qu’il faut bien prendre ses pilules, et la Ségolène qui a chaque fois qu’elle l’ouvre s’enfonce un peu plus dans la caricature que l’on veut en faire, c’est que du bonheur.

    Allez, encore un effort Ségo, et tu marcheras sur l’eau !

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    Par ratatouille (xxx.xxx.xxx.203) 18 septembre 2007 10:07
    ratatouille

    En parlant de sexisme, on a beaucoup entendu "votez pour moi parce que je suis une faaaaammmme !" pendant la campagne. Ce ne serait pas précisément ça, des propos sexistes ?

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    Par Actias (xxx.xxx.xxx.34) 18 septembre 2007 09:58
    Actias

    Réaction de Segolene : " c’est du sexisme qui s’apparente à du racisme".

    Quelle argumentation !! c’est merveilleux ! de plus tout le monde sait bien que le racisme s’apparente au Nazisme et au cannibalisme. Et dire qu’on a eut pareil monstre comme premier ministre.

    SR a une réaction de degré zéro qui ne peut que confirmer les critiques sur ses compétences et son ego.

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    Par arturh (xxx.xxx.xxx.83) 18 septembre 2007 10:32

    @ lerma

    Un grand homme juste et honnête par lerma (IP:xxx.x1.72.24) le 18 septembre 2007 à 10H11

    JOSPIN restera dans la vie politique comme un grand serviteur de l’Etat. En 1997,il aura restauré la confiance et avec la reprise mondiale,il aura créé les conditions favorables de centaines de milliers de création d’emplois en France.

    On parle du même Lionel Jospin ?

    En 1993, Lionel Jospin est battu aux législatives. Il n’a plus qu’un mandat de conseiller municipal. Il songe à se retirer de la vie politique.

    Comme il est Haut Fonctionnaire, il fait donc jouer cet extraordinaire privilège de la Fonction Publique en France : il réintègre sa carrière d’origine au Ministère des Affaires Etrangères où il a le rang d’un diplomate.

    A cette époque là, Alain Juppé est premier ministre, Chirac est président. Lionel Jospin réclame une ambassade à la hauteur de son rang. Alain Juppé refuse.

    Autre privilège extraordinaire que la France offre à sa Haute Fonction Publique, Jospin n’a alors rien d’autres à faire que rester chez lui, avec salaire et "avantages sociaux" qui vont avec sa fonction.

    Il va profiter des deux années pour reconquérir le pouvoir au Parti Socialiste où il parvient à s’imposer en 1995 contre Henri Emmanuelli. Juppé ayant entre temps chûté sur la question (d’actualité !) des régimes spéciaux de retraite, autre privilège, notamment dans la Fonction Publique, le PS gagne les élections législatives et devient Premier Ministre, poste qui va lui permettre d’aller tout droit à la bérézina de 2002.

    Alors je ne suis absolument pas certain que Jospin soit un "grand serviteur" de l’Etat.

    Mais je suis certain que l’Etat lui a bien servi.

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