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« Lycées : changer le logiciel ! » ou Comment le programme éducatif des Verts m’a fait verdir de rage !

Le lecteur voudra bien prendre en compte que je suis un journaliste sympa et finalement bien respectueux des partis politiques. Le programme pédagogique des Verts m’a fait verdir de rage bien avant les élections régionales (le texte officiel des Verts que j’attaque dans cet article est lui-même paru sur la Toile bien avant les régionales, comme argument de campagne) et j’ai gentillettement attendu que ces élections soient closes avant de dire du mal des Verts. Mais il y a sympa et sympa : maintenant que nos chers Verts ont pris quelque peu de pouvoir et d’embonpoint au sein des collectivités territoriales, le simple citoyen que je suis ne saurait tolérer longtemps qu’ils continuent à proférer des inepties sur l’Éducation Nationale. Pourquoi me diriez-vous ? Parce qu’étant de l’Éducation Nationale moi-même, je n’aime pas les gens qui disent des bêtises sur notre bien vénérable et bien malade institution. Elle est suffisamment secouée comme cela, l’Éducation Nationale : ce n’est pas la peine d’en rajouter. Je passe bien entendu sur les propos très appréciés de Gaby Cohn-Bendit, le digne frère de son frère, qui ne laissera point un souvenir ému au corps enseignant, et je me contenterai de réfuter pas à pas un des textes les plus officiels des Verts, corédigé du reste par l’immense, inénarrable, terrible, vociféroce et abracadabrantesque Philippe Meirieu, le plus Vert des pédagogues. Tiens ! Une preuve de plus que je suis le plus sympa des profs républicains : je lui fais de la pub !

Comment lire cet article ? C’est très simple.

Le texte sans crochet est celui des Verts. Et les commentaires, toujours entre crochets, sont mes commentaires personnels. Je les ai voulus justes, ces commentaires, mais, je l’espère aussi, amusants. Bref : à défaut de pleurer du programme Vert, j’ai décidé d’en rigoler un peu. Quant au lecteur pressé ou fatigué, il trouvera, en fichier joint à cet article, un document « pdf » qui présente mes commentaires sous forme de notes en bas de page.

[Début de l’article des Verts :]

Lycées : changer le logiciel !

La société française a mal à son lycée et peur de ses lycéens. Elle a mal à son lycée qui, loin de combler la fracture sociale, l’accroît.

[Le lycée n’accroît en aucune manière la fracture sociale ; il la gère et il la subit. De moins en moins d’enfants du peuple accèdent à de hautes fonctions dans la société, la mobilité sociale s’effondre, cela est vrai. Ce n’est pourtant pas de la responsabilité du lycée mais de toutes les réformes successives – de droite comme de gauche – qui ont visé à réduire considérablement les postes et, de surcroît, à casser l’image et l’autorité des enseignants, réformes qui ont fait du lycée ce qu’il est aujourd’hui, c’est-à-dire une institution qui ne remplit plus sa fonction d’ascenseur social.]

Elle a mal à son lycée qui envoie dans l’enseignement supérieur des étudiants peu autonomes, insuffisamment préparés à la recherche documentaire, au travail en équipe, à la pratique de l’écriture longue et aux approches transdisciplinaires.

[Ce type d’étudiant correspond aux élèves trop moyens, ou de trop bas niveau qui sortent des lycées ; il y en a beaucoup et c’est vrai. Le lycée n’en est en aucun cas responsable ; imagine-t-on un lycée ou même une université qui transformerait 100 % d’une classe d’âge en génies ? Toujours la même rhétorique, particulièrement sensible à gauche : tout le monde est génial a priori, c’est le méchant lycée et les méchants profs qui empêchent la créativité de nos jeunes génies de s’exprimer. Le génie partout, les idéologues appellent cela l’égalité des chances. Or, il est à noter que la chance, par définition, n’est jamais égale ; la chance, comme la fortune (au fond, la contingence) se divise en bonne chance et en malchance, la fortune en mauvaise fortune et en bonne fortune... Assigner aux enseignants la mission, dramatiquement et absolument impossible, de résorber toutes les inégalités présentes dans le corps social, celles qui sont dues au hasard, comme, surtout, celles qui sont dues à un système capitaliste particulièrement dévastateur, c’est leur envoyer un message de mort.]

Elle a mal à son lycée, clivé entre des séries et des filières qu’on ne cesse de proclamer "d’égale dignité", mais dont la hiérarchisation reste tellement inscrite dans les esprits que les élèves des baccalauréats professionnels sont, dans l’indifférence générale, privés de philosophie, écartés d’une réflexion sur le bonheur, l’amour, la mort et l’avenir du monde.

[Nous y voilà : l’enseignement de la philo en bac pro ! Un vieux serpent de mer. Les profs de lycée professionnels, y compris ceux qui enseignent les matières les plus... professionnalisantes, se plaignent déjà de l’ambiance qui règne dans leurs établissements, difficiles, parfois violents, et voilà que, pour résoudre tous les problèmes, on va envoyer en mission le malheureux prof de philo, qui, tel un deus ex machina, va transformer nos gros durs des lycées pros en sages platoniciens. Inutile de préciser que le but caché de cet idéalisme se réduit à l’intention sordide d’envoyer les profs de philo au casse-pipe, surtout dans le contexte très utilitariste actuel qui fait de la philo une de ces matières qu’il serait bon de supprimer. Du reste, envoyer telle ou telle catégorie d’enseignants au casse-pipe a toujours été une technique de « réforme » très efficace dans l’éducation nationale. On peut penser par exemple à la condition actuelle des professeurs d’arts plastique en collège...]

Elle a mal à son lycée qu’elle "sanctuarise" par des portiques de détection de métal, des caméras de vidéosurveillance et une inflation de sanctions disciplinaires, quand il faudrait densifier la présence des adultes en son sein, donner aux professeurs des bureaux où recevoir élèves et parents, dégager des temps de concertation pour imaginer ensemble comment partager le goût de savoir et le plaisir d’apprendre, comment transmettre les savoirs à tous et accompagner chacun.

[Dans un lycée où l’on enseigne dans la sérénité, les professeurs n’ont guère besoin de bureau. La sanctuarisation des lycées n’a rien à voir avec la présence de portiques. La sanctuarisation, c’est la laïcité : les enseignements doivent rester indépendants des injonctions des politiciens locaux, des religions, des sectes, et même des lubies des parents d’élèves.]

Elle a mal à son lycée qu’elle ferme à double tour un jour sur deux dans l’année quand tant d’activités de formation sont condamnées à chercher désespérément un vague local pour les accueillir.

[Des locaux, ce n’est pas difficile à trouver. Des lycées qui ouvrent le dimanche, on en trouve déjà, et c’est regrettable. Apparemment, les Verts soutiennent l’idée du travail le dimanche. Les personnels ouvriers et enseignants des établissements scolaires vont gérer bénévolement l’arrivée massive de symposiums et de conférences entre les murs des lycées ? Belle conception du repos hebdomadaire et des vacances. Mais, on oubliait : en libéralie, les notions de congé et de vacances n’existent plus...]

Mais la société française a aussi peur de ses lycéens. Les délégués lycéens sont, bien souvent, élus à la va-vite, privés de formation et cantonnés dans des rôles subalternes : on leur demande leur avis sur l’emplacement des bancs dans la cour… on ne travaille pas avec eux sur les emplois du temps, l’organisation de contrôles, l’importance du tutorat entre élèves, les méthodes efficaces de travail en classe. Malgré de belles initiatives ici ou là, les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté, sont, bien souvent, des coquilles vides !

[Il faudrait donc une formation accrue des délégués lycéens... Qui va l’assurer ? Les enseignants, bien entendu, et de manière bénévole, puisque, comme chacun sait, ils sont payés à ne rien faire... Cette formation aura-t-elle lieu en plus des heures de cours ? Non, bien évidemment, il ne faut pas surcharger la jeunesse de travail. Elle aura lieu pendant les cours, ce qui supprimera encore d’autant la transmission des connaissances... Et pour quoi faire ? Pour fabriquer de super-délégués lycéens qui, si l’on suit l’article, auront un véritable pouvoir décisionnel (et même discrétionnaire) sur tout ce qui se passe à l’intérieur de l’établissement. Dans des établissements très durs et violents, on laisse imaginer au lecteur ce que ce pouvoir décisionnel ou discrétionnaire pourra engendrer...]

L’orientation reste massivement vécue comme une sanction. Le retour au lycée après un décrochage ou une première expérience professionnelle est toujours problématique, quand il n’est pas systématiquement écarté. Et chacun sait qu’en France, ceux qui ont quitté l’école le plus tôt bénéficient le moins de la formation continue : il y a de quoi se sentir floué quand on entend, par ailleurs, ressasser le slogan de "l’égalité des chances".

[Dans un contexte ultralibéral où le but avoué des entreprises n’est pas d’embaucher mais de virer à tour de bras, il est clair que les talents individuels, si profonds soient-ils, sont peu de choses face au patronat et à l’actionnariat. Du coup, toute orientation est vécue, évidemment, comme une sanction, puisqu’elle a de forte chance de ne mener à rien. Dans un contexte de plein emploi, n’importe quelle formation mène à tout. Dans un contexte ultralibéral, quelle que soit la formation, on risque toujours le chômage et la précarité. Le lycée n’est en aucun cas responsable de ce contexte mondial et englobant. Mais les Verts emploient la même rhétorique libérale que les patrons et actionnaires : s’il y a du chômage c’est la faute aux méchants lycées et aux mauvais profs qui forment leurs élèves à des disciplines inutiles ou inadaptées à l’Entreprise (déesse contemporaine) ; en réalité s’il y a du chômage et de la précarité, cela découle automatiquement d’un système qui vise à faire travailler les salariés le plus possible en les rémunérant le moins possible (cohabitation horrible et difficile de pauvres qui se tuent au boulot et de pauvres qui sont exclus de l’emploi). Par ailleurs, le lycée, en tout cas général, n’a jamais eu pour but fondamental de donner de l’emploi et de former de la chair à entreprise ; apprendre Platon ou Camus, ce n’est pas recevoir une formation professionnelle. Question de bon sens...]

Et voilà qu’arrive aujourd’hui une nouvelle "réforme". Elle s’inscrit dans un contexte général de réduction drastique des moyens en personnels, de recours aux statuts précaires, de suppression des budgets pédagogiques nationaux. Elle est concomitante d’une désastreuse disparition de toute véritable formation pédagogique des enseignants. Elle maintient un baccalauréat final qui favorise le bachotage et où, contre tout bon sens et toute véritable exigence, un treize en mathématiques peut rattraper un sept en français… ou vice versa ! Elle propose la mise en place de deux heures d’"accompagnement" hebdomadaires sans toucher à l’organisation traditionnelle "une heure, une classe, un professeur, une discipline, une note"… Le pire est à craindre car cet "accompagnement individualisé" risque d’encourager un système de déversoirs successifs vers des soutiens-prothèses de toutes sortes, jusqu’aux cours supplémentaires payants qui se trouvent ainsi légitimés dans leur existence même.

[Ce paragraphe est sans doute le plus ahurissant de l’article. Critique en règle de la réforme Sarkozy, qui propose, en réalité, le même chose, ce qui est typique de la fausse opposition droite-gauche. L’article déplore les suppressions de postes et le recours au précariat, et c’est un des rares aspects raisonnables que l’on peut saluer en lui. Pour le reste, le paragraphe déplore la disparition d’une « véritable formation pédagogique des enseignants ». Mais les IUFM ont-ils jamais été de vrais centres de formations pour enseignants ? Les mauvaises langues disent même que les IUFM ont été des centres de décérébration pour jeunes enseignants... Qu’on défende les salariés qui travaillent dans les IUFM, cela est légitime et nécessaire. Mais qu’on assimile l’IUFM à une « véritable formation pédagogique », cela prête à sourire. Le jeu des coefficients ? Il a toujours existé, c’est ce qui profile les examens : un bac scientifique n’est pas un bac littéraire et vice-versa. Le bachotage ensuite ? Il ne faudrait rien apprendre lorsqu’on passe le bac ? Étrange conception d’un examen... Les deux heures d’accompagnement ? Lisez bien l’article : il suggère de faire la même chose que la réforme Sarkozy, mais, en outre, en supprimant totalement le contexte une heure = un prof = une classe. Le flou artistique ahurissant des deux heures d’accompagnement sarkoziennes, machine à confier les élèves à des personnels précarisés, n’est en aucun cas remis en question, c’est au contraire l’organisation traditionnelle de l’enseignement qui déclenche les foudres des Verts. Bref : il ne faudrait plus d’enseignement traditionnel, mais, par exemple, des procédures de tutorat, telles que celles évoquées dans le deuxième paragraphe. Quand on voit l’ambiance qui règne dans certains établissements scolaires, on laisse au lecteur le soin d’imaginer où mènera ce tutorat entre élève... Et même dans des établissements plus tranquilles, je laisse imaginer l’atmosphère relationnelle, lorsque tel ou tel élève de Terminale prétendra évangéliser tel ou tel Seconde. Il semble plus raisonnable de confier l’enseignement... aux enseignants, mais les Verts l’ont oublié ! Terminons par les cours privés payants pour rattraper l’insuffisance prétendue des lycées : ce n’est pas les idées vertes qui vont changer un iota à ce problème. Les Verts disent explicitement qu’ils veulent casser l’équation une heure = un cours = un prof, il ne faut donc pas s’étonner qu’ils cautionnent les soutiens-prothèses en s’imaginant les condamner.]

Il est temps de changer de logiciel scolaire !

[« Changer le logiciel. » Expression branchée, très high-tech, typiquement néolibérale... Et, sur le fond, c’est toujours la même idée : ces vieux lycées, avec ces vieux cons de profs... Il faut donner un bon coup de pied dans la fourmilière ! Claude Allègre en son temps l’avait déjà dit...]

Il faut être résolument ambitieux et, dans les perspectives ouvertes par Condorcet et Jean Zay,[...]

[On ne dira rien du philosophe Condorcet, ni du résistant Jean Zay, si ce n’est qu’ils doivent bondir dans leurs tombes !]

[...] faire des lycées de véritables "maisons des savoirs, de la citoyenneté et de la formation tout au long de la vie". Une collaboration étroite entre l’éducation nationale et les régions s’impose pour cela. Elles doivent travailler ensemble au décloisonnement entre la formation initiale et la formation continue, inventer des passerelles entre elles pour que nul ne soit jamais assigné à l’échec.

[« Pour que nul ne soit jamais assigné à l’échec » : c’est oublier que, dans un contexte ultralibéral, tout le monde – sans exception – sauf les quelques crétins richissimes qui détiennent le pouvoir économique et appartiennent à la classe dominante, tout le monde, donc, est assigné, a priori, à l’échec. L’échec universel, des formations, des talents, de la culture, des bonnes volontés, des intentions vertueuses, c’est l’essence même du néolibéralisme. C’est épouvantable, mais ce n’est pas une réforme des lycées, fût-elle verte, qui va y changer quelque chose.]

Sans une articulation étroite entre ces deux dimensions gérées aujourd’hui de manière complètement étanche, l’orientation restera un système de tri plus ou moins sélectif et les élèves exclus continueront à se vivre comme des déchets. Il faut que les lycées intègrent mieux les Greta (centres de formation continue de l’éducation nationale) et s’impliquent dans la validation des acquis de l’expérience : ils pourront alors favoriser les rencontres entre lycéens, adultes en reconversion et apprentis. Dans le même temps, les lycées doivent devenir des lieux ouverts aux initiatives associatives et culturelles, des espaces d’accueil pour les échanges et les projets intergénérationnels : il ne suffit pas d’en exclure ceux qui y apportent la violence, il faut aussi y introduire ceux qui peuvent contribuer à y tisser du lien social.

[Même remarque que précédemment. Nous y sommes : la grande fraternité universelle, des lycées qui deviennent des espaces de de rencontres (sentimentales ?) et d’échange, ouverts 7/7 et 24h/24 (avec, bien sûr, des personnels bénévoles qui gèreront les flux de personnes). Et tout cela va contrecarrer le libéralisme dévastateur ! Contre le capitalisme décomplexé, créons la fraternité lycéenne. C’est le grand soir : on va même fraterniser entre jeunes, vieux, beaux, moches, pauvres, riches, salariés, patrons, actionnaires, et tout cela en organisant des débats d’idées fructueux, des goûters festifs et des rencontres synergiques dans les locaux scolaires. La société va se réformer peu à peu dans ce vaste élan du cœur ; le lycée deviendra le centre cosmique d’où partira ce gigantesque élan d’amour universel. Cela va faire du bruit !]

Les professeurs, quant à eux, doivent avoir les moyens de mener une pédagogie où l’on ne se contente pas de "donner des cours" avant d’envoyer les élèves "faire leur travail chez eux".

[On l’attendait. Un prof qui fait cours et qui donne des devoir, c’est un vieux con, c’est bien connu, tout le monde le sait... On reconnaît bien là le pédagogisme des Meirieu et consorts : un bon enseignant, c’est celui qui fait tout sauf enseigner ! Et dire que beaucoup d’inspecteurs ont relayé cette doctrine... Haut les cœurs !]

Il faut, au lycée, une pédagogie où l’on apprend en classe et concrètement à faire une dissertation et une expérience scientifique, comme on apprend à usiner une pièce, à élaborer un dossier documentaire, à déclamer un poème ou à mener un débat. Une pédagogie de l’effort qui ne se contente pas de mettre une mauvaise note à un mauvais devoir, mais donne à chacun les conseils et les moyens d’améliorer, chaque fois, ses résultats.

[Comme si ce n’était pas déjà fait...]

Une pédagogie qui implique les élèves au quotidien, leur confère de vraies responsabilités et les mette en position de proposer au lieu de les encourager à rester dans la passivité et le dénigrement. Cela passe, bien sûr, par un meilleur engagement de l’État dans la formation initiale et continue des maîtres, mais aussi par des investissements concertés et rigoureux en matière de politique documentaire, de technologies éducatives, de construction et rénovation des locaux, comme par une meilleure formation et intégration des personnels de service et par des aides ciblées aux initiatives pédagogiques capables de mobiliser les élèves et d’aider à leur réussite.

[On peut avoir les meilleurs ordinateurs et les plus beaux locaux du monde... cela ne compense ni les suppressions de postes, ni les campagnes ahurissantes de dénigrement des enseignants orchestrées par la gauche comme par la droite, ni l’extrême violence qui règne dans les zones difficiles et parfois ailleurs. Cela ne compense pas non plus la LOLF, loi fondamentale qui autorise la croissance exponentielle d’achats de matériels, mais qui enjoint à la plus incroyable pingrerie en matière de moyens humains (notamment réduction drastique du nombre de fonctionnaires). On aurait aimé, dans un article sur l’Éducation, que nos chers Verts prennent une position vigoureuse contre la LOLF. Au lieu de position vigoureuse... Rien.]

Au total, l’éducation nationale et les régions doivent travailler de concert pour faire des lycées de véritables lieux d’apprentissage tout au long de la vie. Ce projet n’est pas utopique : des partenariats prometteurs ont été noués. L’enseignement agricole a beaucoup avancé de son côté. De 1992 à 1998, les Verts, à la tête de la région Nord - Pas-de-Calais, avaient mis en place des "lycées de toutes les chances". Mais tout cela reste trop épars et notre pays reste embourbé dans des conceptions archaïques.

[« Conceptions archaïques... » Curieuse rhétorique du changement, typique des libéraux. Les Verts, eux aussi, aiment que cela bouge. Pour le reste, en ce qui concerne le fameux « lycée de toutes les chances », son efficacité en matière de résistance au libéralisme économique reste à démontrer. Peut-on garantir que chacun des élèves sortant de ce magnifique lycée aura droit à un emploi solide, des perspectives de carrière, un respect du droit du travail et des conventions collectives au sein de son entreprise, une retraite décente à soixante ans, l’absence de harcèlement moral, etc. ?]

Une "réforme" des lycées va être mise en œuvre par le ministère. Mais il y a un autre rendez-vous pour les lycées à l’occasion des prochaines élections régionales. Si les Français donnent aux listes d’Europe Ecologie les moyens d’agir vraiment, dans chaque région, on pourra alors engager une véritable mutation : sortir, enfin, du modèle cloisonné, individualiste, concurrentiel et marchand de la formation initiale et continue pour construire des lycées éco-responsables et éco-citoyens.

[Sortir du modèle individualiste et marchand, voilà qui fait sourire. On n’a rien vu au cours de cet article qui témoigne d’une opposition sérieuse à la réforme Sarkozy des lycées, on a même l’impression que le programme des Verts en empire les effets. Même rhétorique bougiste, même idéalisme hypocrite qui consiste à présenter les lycées comme des lieux qui pourraient changer le monde pourvu que ces vieux cons de profs y mettent un peu de bonne volonté, même volonté de faire passer les enseignements et les enseignants sous la coupe des politiques par le biais de la régionalisation : les élus des régions, de gauche comme de droite, sont déjà maîtres des locaux, pourquoi ne seraient-ils pas, tant qu’à faire, maîtres des personnes ? Il est clair qu’un tel article peut valoir en tout cas aux Verts de perdre des centaines de milliers de voix d’enseignants aux élections régionales...]

Des lycées de la solidarité et de l’exigence. Des lycées pour l’avenir.

 

Marie-Christine Blandin, sénatrice, ancienne présidente de la Région Nord - Pas-de-Calais,

Cécile Duflot, tête de liste d’Europe Ecologie en Ile-de-France,

Philippe Meirieu, tête de liste d’Europe Ecologie en Rhône-Alpes

 

[Fin de l’article des Verts]


Moyenne des avis sur cet article :  4.08/5   (26 votes)




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8 réactions à cet article    


  • Luc Paul ROCHE Luc Paul ROCHE 23 mars 2010 11:46

    Suite à un problème informatique des hyperliens n’apparaissent pas dans le chapeau de mon article ce qui rend ce chapeau moins pertinent. Voici donc le texte du chapeau avec les hyperliens, notamment le lien vers l’article des Verts lui-même.

    Le lecteur voudra bien prendre en compte que je suis un journaliste sympa et finalement bien respectueux des partis politiques. Le programme pédagogique des Verts m’a fait verdir de rage bien avant les élections régionales (le texte officiel des Verts que j’attaque dans cet article est lui-même paru sur la Toile bien avant les régionales, comme argument de campagne) et j’ai gentillettement attendu que ces élections soient closes avant de dire du mal des Verts. Mais il y a sympa et sympa : maintenant que nos chers Verts ont pris quelque peu de pouvoir et d’embonpoint au sein des collectivités territoriales, le simple citoyen que je suis ne saurait tolérer longtemps qu’ils continuent à proférer des inepties sur l’Éducation Nationale. Pourquoi me diriez-vous ? Parce qu’étant de l’Éducation Nationale moi-même, je n’aime pas les gens qui disent des bêtises sur notre bien vénérable et bien malade institution. Elle est suffisamment secouée comme cela, l’Éducation Nationale : ce n’est pas la peine d’en rajouter. Je passe bien entendu sur les propos très appréciés de Gaby Cohn-Bendit, le digne frère de son frère, qui ne laissera point un souvenir ému au corps enseignant, et je me contenterai de réfuter pas à pas un des textes les plus officiels des Verts, corédigé du reste par l’immense, inénarrable, terrible, vociféroce et abracadabrantesque Philippe Meirieu, le plus Vert des pédagogues. Tiens ! Une preuve de plus que je suis le plus sympa des profs républicains : je lui fais de la pub !


    • Luc Paul ROCHE Luc Paul ROCHE 23 mars 2010 12:02

      Un autre problème informatique a également fait disparaître la version pdf de l’article, promise au début. Mais cela a moins d’importance. Mille excuses pour toutes ces imperfections de forme.

       smiley


      • Pyo123 23 mars 2010 12:07

        Coucou,
        He oui…
        Ces verts actuels sont un gloubilbouga de démago bobo extrémiste… Avec D. Cohn-Bendit c’est normal…

        « Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avoir choisi moi et pas les autres gosses ? Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même. »

        Extrait de « Le grand bazar » par D. Cohh-Bendit


        • finael finael 23 mars 2010 13:11

          Je n’avais pas lu le programme en question ... et heureusement.

          C’est à croire que « les verts » n’ont strictement aucune idée de ce qu’est l’apprentissage du savoir, aucune idée des difficultés croissantes du corps enseignant, aucune idée de ce que sont devenus les « temples du savoir ».


          • Varron Varron 23 mars 2010 16:30

            Elle a mal à son lycée qu’elle ferme à double tour un jour sur deux dans l’année quand tant d’activités de formation sont condamnées à chercher désespérément un vague local pour les accueillir.

            [Des locaux, ce n’est pas difficile à trouver. Des lycées qui ouvrent le dimanche, on en trouve déjà, et c’est regrettable. Apparemment, les Verts soutiennent l’idée du travail le dimanche. Les personnels ouvriers et enseignants des établissements scolaires vont gérer bénévolement l’arrivée massive de symposiums et de conférences entre les murs des lycées ? Belle conception du repos hebdomadaire et des vacances. Mais, on oubliait : en libéralie, les notions de congé et de vacances n’existent plus...]

            Il me semble que vous n’avez pas compris le sens de cette formule. Les Verts ne parlent des dimanches mais des longues périodes de vacances scolaires pendant lesquelles les locaux sont inexploités.


            • joelim joelim 23 mars 2010 20:11
              La société française a mal à son lycée et peur de ses lycéens. Elle a mal à son lycée qui, loin de combler la fracture sociale, l’accroît.

              [Le lycée n’accroît en aucune manière la fracture sociale ; il la gère et il la subit.]

              Votre remarque me paraît fausse : le lycée est parfois un « centre de tri » quand il n’a pas les moyens humains pour tirer vers le haut les jeunes sans repères. Et cela amplifie à la sortie la différence sociale entre les jeunes. C’est un fait, quelque soit la « responsabilité » que vous évoquez.

              • non667 23 mars 2010 23:16

                a l’occasion du 40 ° anniversaire de mai 68 j’ai entendu une déclaration que d.cohn bendit avait faite à l’époque et qui était en substance : « il est inutile de promouvoir (à l’université ) les fils de la classe ouvrière ils deviendront les plus fidèles serviteurs du capitalisme »
                tout est dit
                dans un contexte de rivalité capitalisme -communisme il fallait faire échouer la france capitaliste en sabotant son éducation nationale et tout le reste . ne pas former des élèves capables mais des élèves revendicateurs (délégués d’élèves + délégués parents recrutés dans les cellules du p.c. )
                le sabotage avait commencé bien avant 68 par les math modernes ,la méthode globale de lecture , la notation par lettres , etc .... toutes ces réformes déstabilisant les pauvres gens qui ne pouvaient ainsi plus suivre leurs enfants ni les aider !
                après la chute du communisme ,que ce sabotage perdure actuellement demeure pour moi un mystère !
                 


                • Luc Paul ROCHE Luc Paul ROCHE 23 mars 2010 23:39

                  C’est en effet toute l’ambiguité du gauchisme dont on sait qu’il est une « maladie infantile » du communisme (au sens de lutte des classes). Il faut croire qu’à l’époque, un communisme de tendance gauchiste avait cru libérer le prolétariat en sabotant l’Ed Nat. Cet ancien gauchisme absurde s’est aujourd’hui mué en ultralibéralisme, ce qui est normal puisque l’hypercapitalisme contemporain cherche aussi à saboter des services publics comme l’Ed Nat. En revanche, en ce qui concerne le PCF contemporain, je pense qu’il est tout de même moins gauchiste, et donc plus à gauche, que Cohn-Bendit. Mon intervention peut paraître obscure, mais je veux dire que les gauchistes sont les alliés objectifs des libéraux (en parfaite collusion sous des apparences d’opposition). J’ai démontré dans d’autres articles que les syndicalophobes gauchistes sont les meilleurs alliés des antisyndicaux droitiers. Bref : le discours des Verts n’est qu’un tissu d’ambiguïtés, ils sont en définitive ni de gauche ni de droite puisqu’ils sont de tous les discours et tous les bords à la fois.

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