On nous explique que la presse et les ondes françaises, dont plusieurs patrons comptent parmi ses amis, sont depuis 2007 à la botte d’un petit Napoléon qui ferait et déferait les carrières. On a pourtant rarement vu président de la République si constamment étrillé et moqué de tous bords. En tous cas M. Giesbert, rédacteur en chef d’un magazine qui ne ménage guère Sarkozy, semble fort bien se porter, et la verve cruelle de son dernier ouvrage, M. Le PRESIDENT, Scènes de la vie politique 2005-2011 , ne lui vaudra sans doute d’autre disgrâce que de ne plus rencontrer son modèle. On suppose qu’il s’en consolera.
Ni portrait biographique en pied, ni analyse politique savante, l’ouvrage procède à petites touches juxtaposées -cinquante chapitres de quatre ou cinq pages- s’inscrivant dans une problématique formulée ainsi dès l’Avant-propos : « Pourquoi tant de haine contre cet homme ? On a rarement vu un pouvoir autant vomi, moins pour sa politique que pour la personne de son chef. J’ai cherché à comprendre. » La technique pointilliste adoptée par l’auteur défie le compte rendu méthodique, même si l’on reconnaît au fil des pages une chronologie : essentiellement de la campagne de 2007 à ces derniers mois, et un approfondissement progressif à la recherche des causes secrètes. Cette écriture à sauts et gambades, de saynète vécue en anecdote de seconde main, évite l’ennui sinon l’éparpillement, mais tout y passe et les contempteurs de Sarkozy ne seront pas déçus.
Voici en vrac le balourd dédaignant la truffe et le bon vin : « Je préfère le Coca light. » ; le plouc en amour : « Tournis de caresses, de baisers, de regards de merlan frit » sous l’œil des paparazzi, avant le fameux « Carla, c’est du sérieux » en pleine conférence de presse ; le parleur incontinent, « pipelette du PAF » : « Quand il ne parlera plus, il faudra s’inquiéter, c’est sans doute qu’il sera mort » ; l’ingrat en amitié, par exemple avec Mariani ou Devedjan ; le tourmenteur de ministres « qui paraît se complaire dans l’avilissement des siens » ; le mâle dominant, de son aveu même à Villepin ; « le petit frère des riches » : « Quand je ne serai plus président, vous savez ce que je ferai ? Du fric et encore du fric » ; l’opportuniste sans doctrine : « Vérité un jour, mensonge le lendemain » ; l’enfant-roi, « foutriquet qui veut la plus belle femme et le plus gros avion du monde pour épater la galerie » ; et même, ce qui surprend le plus, le mauvais communicant, « déplorable publicitaire de lui-même », voire le piètre tacticien, notamment dans sa gestion du remaniement.
On voit que la charge est rude. F-O.G ne tombe pourtant pas dans le dénigrement hystérique. Il reconnaît à Nicolas Sarkozy de grandes qualités d’intelligence -« un surdoué »-, une mémoire prodigieuse, une grande capacité de travail, l’énergie, la souplesse, la ténacité, la rapidité d’exécution. L’œuvre accomplie en quatre ans ne lui paraît pas négligeable : l’autonomie des universités, le renforcement des droits du Parlement, la simplification de la vie des PME, l’adaptation de la carte judiciaire, le RSA, l’élagage d’une administration pléthorique, et le QPC, question prioritaire de constitutionnalité, qualifiée de véritable « révolution institutionnelle ». S’il ne prend pas partie sur la réforme des retraites, le journaliste à la dent dure met aussi au crédit de ce président une réactivité saisissante lors de la crise financière. Et de reprendre à la fin la question initiale : « Que s’est-il passé pour que la grande majorité des Français l’ait rejeté ? C’est à lui, d’abord qu’il faut imputer ce désamour. A son amour-propre, ses rodomontades, sa recherche de la gloriole et ses manières de tyranneau malappris. »
La fracture est inscrite dès le sacre avec « le doigt d’honneur du Fouquet’s ». Franz-Olivier Giesbert croit pouvoir en chercher la cause dans l’enfance, et faire dépendre de sa réduction l’éventuel sursaut : « S’il veut rebondir et reconquérir la France, il faudra bien que Sarkozy rompe avec la marionnette dont il tire les ficelles derrière le rideau. Il faudra aussi qu’il consente à se poser, maintenant qu’il a pris toutes ses revanches. Contre ce père qui, en divorçant, l’a quitté avant de l’oublier, et qu’il n’arrive toujours pas à aimer. Contre sa jeunesse désargentée dans les beaux quartiers de Neuilly, sous les regards humiliants des enfants de la haute. Contre son frère Guillaume qui l’a toujours méprisé. Contre les aristocrates de la politique qui l’ont toujours toisé, lui, le petit Hongrois bancal. Contre les attaques si basses sur son physique, ses talonnettes, sa jambe un peu plus courte que l’autre. Contre le monde entier, en vérité. »
Sarkozy est-il fini ? Et si oui, dans quel sens du mot ? L’auteur se garde de trancher, au terme d’un livre sans douceur et sans haine. « Parfois, il faut cinquante ans pour faire un homme. Parfois, soixante. Nicolas Sarkozy n’est plus tout à fait le même. Il a peut-être enfin commencé à se trouver. Il est fait ; il est fini. »

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