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Mélenchon : je t’aime moi non plus

Certes, les paroles de la chanson que Serge Gainsbourg avait écrite pour Brigitte Bardot et lui-même n’ont rien à voir avec le leader du Front de Gauche. Le titre en revanche lui va comme un gant, ce que pourraient confirmer nombre de caciques communistes. Car il est comme cela, Méluche, une sorte d’aimant qui présente tour à tour les deux pôles d’une forte personnalité...

 D’un côté attirant, Mélenchon rallie à ses discours de progrès, ponctués d’imprécations justifiées contre les banksters et autres adversaires des classes populaires, les espoirs des partisans de la gauche radicale, mais aussi de nombreux cocus de la social-démocratie, dépités de voir un gouvernement socialiste continuer, de manière à peine atténuée, l’œuvre de la droite en refusant de s’attaquer frontalement aux racines du mal qui mine les fondements de la justice sociale et entraîne toujours plus de Français sur la voie de la paupérisation.

 De l’autre côté repoussant, il irrite par ses rodomontades et son irrépressible arrogance ; il agace par ses jugements péremptoires et sa propension à se présenter urbi et orbi comme le principal artisan de la victoire de Hollande ; il exaspère par ses saillies douteuses et ses attaques virulentes à l’encontre d’un exécutif de gauche qui se cherche mais ne peut encore être raisonnablement jugé sur son (in)action.

 Il est parfait, Mélenchon, lorsqu’il pourfend le capitalisme dévoyé par la spéculation internationale, lorsqu’il dénonce les agressions antisociales voulues par le Medef et l’UMP, lorsqu’il appelle à la mobilisation contre le MES (Mécanisme Européen de Stabilité), fruit de la consanguinité entre les décideurs de l’Union européenne et les banksters, lorsqu’il réclame un référendum sur le Traité budgétaire européen qui imposera de facto la règle d’or et subordonnera un peu plus notre pays aux diktats des eurocrates. 

 Le discours de Mélenchon est en revanche plus discutable lorsqu’il s’égare, comme à Toulon lors de la campagne présidentielle, sur le terrain de l’immigration. Et son discours devient carrément insupportable lorsque, pour reprendre la main après sa visite amicale au très ambigu Chavez, il balaie d’une phrase désinvolte la loi sur le harcèlement sexuel, jugée non prioritaire alors qu’elle était pourtant attendue avec impatience par des milliers de femmes désemparées par la décision du Conseil constitutionnel au printemps dernier. Á vouloir parler fort, le leader du Front de Gauche parle souvent trop vite, ce qui l’amène parfois à dire des âneries.

 Des âneries, Méluche en sert d’ailleurs régulièrement à l’encontre des socialistes auxquels il voue une animosité à la hauteur des ambitions qu’il n’a pu assouvir au sein d’un PS où il n’a été qu’un dirigeant lambda et un ministre falot de Jospin. Il n’a pourtant pas tort d’attaquer Hollande et le gouvernement, beaucoup trop timorés, mais après quelques petites phrases venimeuses et potentiellement dangereuses pour la gauche durant la campagne, style « capitaine de pédalo », voilà qu’il accuse le Président élu d’aller « faire le kéké ». Certes, Hollande n’est pas pour l’instant – laissons-lui le bénéfice du doute – à la hauteur des espoirs de tous ceux qui ont voté pour lui, que ce soit par adhésion ou par antisarkozysme, mais on ne peut l’accuser de « se la péter », traduction de l’expression marseillaise employée par le leader du Front de Gauche.

 

Un « kéké » peut en cacher un autre


Il se pourrait même que des deux hommes, ce soit bel et bien Mélenchon qui fasse le kéké, tant dans son affirmation réductrice et plusieurs fois réitérée que c’est lui-même et les électeurs du Front de Gauche qui ont hissé Hollande sur son pavois, ou dans son annonce elle aussi régulièrement suggérée, lorsqu’elle n’est pas carrément assénée, d’un prochain et irrésistible mouvement populaire dont Méluche serait le principal artisan, voire l’unique moteur.

 L’expression de cette colère populaire, si elle voit le jour – ce dont on peut douter en constatant le fatalisme croissant des Français –, se traduira-t-elle par une adhésion massive au Front de Gauche ? On peut sérieusement en douter car le corpus sociologique de notre pays reste majoritairement ancré à droite, l’électorat de gauche lui-même étant principalement constitué de personnes beaucoup trop tièdes et peu enclines à se révolter. Il est à cet égard significatif de constater que la gauche radicale, largement rassemblée dans ses composantes autour d’un Mélenchon fédérateur ayant habilement su capitaliser sur les structures communistes et phagocyter l’électorat du NPA, a certes progressé en nombre de voix mais pas en pourcentage relativement aux précédents scrutins présidentiels, et cela malgré un contexte favorable et une poussée à gauche qui s’est traduite par l’arrivée d’un socialiste à l’Élysée.

 Une réalité amère que les législatives ont contribué à accentuer. On comprend mieux dans ces conditions les réticences de plus en plus grandes des caciques communistes à l’égard d’un Mélenchon jugé trop hâbleur, trop égocentrique, et surtout trop agressif vis-à-vis de l’exécutif, au point que les Français en viennent à désigner le leader du Front de Gauche comme le principal opposant à Hollande devant les barons de l’UMP !

 Un constat qui déplait fortement aux dirigeants du PC dont la ligne est clairement le soutien critique sans participation au gouvernement, mais en aucun cas une rupture avec les socialistes et un statut d’opposant revendiqué, rôle dans lequel se glisse à l’évidence le camarade Méluche malgré des mises en garde répétées. Des communistes qui, en outre, devront – pragmatisme électoral oblige – se rapprocher de ces mêmes socialistes en vue des municipales de 2014 au cours desquelles le PC jouera gros après ses déconvenues législatives soldées par seulement 8 sièges (une misère !) et un groupe parlementaire en forme d’aumône car constitué avec des élus des Dom Tom grâce à la complaisance du PS.

 Au delà de l'unité de façade affichée dimanche aux Karellis à l'université d'été du PC, la question qui est aujourd’hui posée aux communistes est simple : après avoir été la solution, Mélenchon n’est-il pas devenu pour eux le problème ? Autrement dit, doivent-ils lâcher la proie (leur propre stratégie) pour l’ombre des chimères d’un leader flamboyant mais décidément incontrôlable ? La réponse leur appartient, mais il est patent qu’elle provoque une tempête sous leurs crânes !

 

Photo La Montagne




par Fergus lundi 3 septembre 2012 - 395 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Gabriel (---.---.---.98) 3 septembre 2012 11:00
    Gabriel

    Bonjour Fergus,

    Les socialistes sont au pouvoir pour plusieurs raisons. La première un rejet du précédent locataire de l’Elysée par ses manières anti-démocratiques, la corruption avec ses amis les riches et sa folie de l’argent facile. La seconde, un espoir d’un peu plus de justice et d’équité dans ce monde complètement dingue pris en otage par les marchés financiers et enfin la troisième, dans l’appellation socialiste, il y a le mot social. Hors que voyons nous jusqu’à présent ? Premièrement, un gouvernement faisant le dos rond aux marchés et adhérent à la fumeuse règle d’or qui étranglera et saignera les nations. Deuxièmement, une perte de mémoire concernant le non cumul des mandats. Troisièmement, aucune vision et aucun programme digne de ce nom concernant la mutation énergétique, écologique. Je ne cite là que trois points mais la liste pourrait être beaucoup plus longue. Aussi Mélenchon est l’aiguillon nécessaire pour remuer cette gauche qui a une dangereusement tendance à gouverner au centre droit. Attention, si ce gouvernement continue dans cette voie, aux prochaines échéances, c’est une droite dure qui sera élue par dépit. 10 millions de personnes en difficulté, cela n’augure rien de bon et les livres d’histoires en sont témoins. Cordialement 

  • Par Mycroft (---.---.---.114) 3 septembre 2012 11:18

    Mélenchon est victime d’un phénomène médiatique particulier : on ne parle de lui que quand il sort des phrases toutes faites. Beaucoup moins quand il sort des analyses politiques fines comme c’est souvent le cas, ceux qui écoutent ses intervention sérieuses le savent (par exemple, allez faire un tour sur Arrêt sur Image). Du coup, il se sent obligé de faire de la provoque. On aurait pu croire que son succès de la présidentielle ai justifié qu’il arrête cette méthode, n’en ayant plus besoin. J’ai moi même pensé ainsi. Je m’aperçoit néanmoins que les médias ne lui réservent pas la place qui est la sienne, et qu’il a toujours réellement besoin de ruer dans les brancards pour pouvoir exister médiatiquement. C’est une réalité avec laquelle il doit composer, elle est déplorable, consternante, agaçante et scandaleuse mais elle est bien là. Quand on sait que des gens du front de gauche on beaucoup à dire sur les origines de la crises et les solution à y apporter, on ne peut que déplorer leur faible influence dans les médias, alors que des événement aussi « passionnant » que la gueguerre des chefs UMP font la une, ou encore les JO...

    Votre article est bon, je vous rejoins sur le constat, moins sur les conclusions. Le PC, en faisant partie du front de gauche, a cessé d’agir comme EELV, un partie qui n’existe que par la magouille, les petits arrangement entre amis et qui ne représente en aucun cas les intérêts des français. Ça situation est tout simplement un scandale, car sans l’alliance avec le PS, il aurait moins d’élu que le FdG, et le PC ne doit pas revenir sur cette voie. S’il le fait, il enterrera la gauche en France.

    Le PS est de toute évidence un partie centriste. Du PS ou du modem, il est dur de dire lequel est le plus à gauche dans ses propositions. La seul chose qui permette au PS de passer pour « à gauche », c’est le fait que l’UMP soit d’extrême droite. Mais soyons honnête, tout comme il n’y a plus beaucoup de différence entre UMP et Fn, il n’y a plus des masses de différence entre Modem et PS. La gauche est donc limité au front de gauche, les mouvements de type NPA assumant ne pas vouloir gouverner mais au contraire rester dans l’opposition. Le Front de gauche doit convaincre si on veut que la gauche cesse d’être minoritaire. Vous faites preuve de fatalisme en disant que la France est majoritairement de droite. Elle n’est pas forcé de le rester. Pour qu’elle cesse d’être de droite, il est nécessaire qu’il existe une force de gauche crédible et cohérente face au centre et à la droite. C’est cela, le front de gauche. Il n’existe actuellement aucune autre force politique française proposant cela. Si Mélenchon, demain, perd face au ténor du PC qui veulent, comme EELV, aller à la soupe, alors nous n’aurons plus de gauche en France.

  • Par Guy BELLOY (---.---.---.240) 3 septembre 2012 12:18
    Guy BELLOY

    Beaucoup de vives réactions mais les positions politiques des commentateurs sont-elles si éloignées ?
    Tous sont contre le TSCG, certains, fatalistes pensant que c’est plié, d’autres appelant à manifester jusqu’au bout (30 septembre à Paris)
    Tous sont d’accord pour regretter la lenteur de Hollande à tenir ses promesses :
     non-cumul des mandats, statut pénal du chef de l’état, suppression de la CJR pour les ministres, loi sur les licenciements boursiers votée au sénat et non présentée decant l’assemblée nationale
    certains pensant qu’il ne les honorera pas, d’autres lui accordant un délai.
    Reste la position du PC face au P.S., position qui risque d’être « souple » vu les municipales de 2014, Mélenchon, lui, n’ayant rien à perdre, au contraire, à garder son rôle d’aiguillon pour éviter une dérive à droite.
    Bref, une fois de plus la personnalité du tribun cristallise.
     

  • Par taktak (---.---.---.190) 3 septembre 2012 11:57

    Ce qui est sur c’est que si on ne fait rien, comme le FN, il y aura le TSCG.
    Le TSCG c’est la destruction finale de la souveraineté nationale. Dans cette affaire, en faisant rien c’est bien le FN qui est l’anti france. Point barre.
    Le FdG mais aussi l’ensemble de la gauche (pas le PS et autres libéraux d’EELV bien sur) tentent de faire quelque chose pour mettre en échec ce traité. Manif, pétition, tout est bon pour que la voix du peuple se fassent entendre. Et à défaut d’une victoire immédiate, il convient d’obtenir a minima une victoire dans les consciences.

    Où l’on voit une fois de plus le fait que le FN et capable de produire un discours démagogique remettant en cause le « mondialisme » mais que quand il s’agit de bouger contre l’UE des patrons, l’ordre établis, ils sont avec l’oligarchie. Systématiquement.
    C’est sur que c’est plus facile de s’attaquer de façon primaire et unique aux immigrés.

    @ Fergus. Vous analysez ici la situation uniquement en terme stratégique et pas sur le fond politique. Sur la forme, vous avez sans doute raison, Mélenchon à le melon.
    Une fois cela dit quel est le principal problème ? que Mélenchon parle fort en faisant ce qu’il avait promis dès avant l’élection à savoir mettre la pression sur le gouvernement pour qu’à défaut d’une politique veritablement de gauche, il ne soit pas autant à la solde du patronat que ne l’était Sarko-Medef ? Ou bien que certains dirigeants du PC, minoritaires je l’espère, par simple opportunisme électoral très court termiste soient tentés d’abandonner toutes pressions sur le gouvernement même si celui-ci fait une politique de droite. Poser cette question c’est y répondre.

    Donc non, il n’y a aucun délais de grace à accorder à un gouvernement qui envoie pour la première fois un premier ministre chez le MEDEF dire que la baisse du cout du travail et la compétitivité des entreprises (discours patronal) sont ses priorités. Et il faut donc bien sûr réagir. On peut effectivement regretter que cela ne passe que par les coups de gueule d’un mélenchon qui a certes des défauts.
    Quand à la grosse tête de Mélenchon, il faut plutot se demander pourquoi le PC est mélencho dépendant, en ayant à sa direction que des personnages fallots. Cela n’est sans doute pas sans rapport avec la ligne d’opportunisme politique instituée depuis la mutation. Comment porter un discours clair et fort quant on s’inquiète systématiquement plus de ne pas embéter les socialistes, l’europe etc que de ses convictions politiques ?

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