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Accueil du site > Actualités > Politique > Mélenchon, ou le problème de la photo

Mélenchon, ou le problème de la photo


Jean-Luc Mélenchon a sorti l’an passé un petit livre rouge, contenant sa réplique au discours de Latran de Nicolas Sarkozy. Il s’y livre à une analyse très fine de la rhétorique du Président actuel. Le républicain affirmé qu’est Mélenchon acceptera donc sans problème que ses propres discours soient également disséqués.

Il est souvent intéressant d’écouter un responsable politique qui vient de quitter son parti « historique », car il est brusquement libre de s’exprimer sur ce parti. Jean-Luc Mélenchon, bien avant de quitter le Parti Socialiste, avait écrit un ouvrage très intéressant, En quête de gauche, dans lequel il s’interrogeait sur le sens-même de son action au sein de ce parti. Ne pouvant rester dans l’indiscipline permanente, impuissant à peser sur les orientations social-libérales de la direction du PS, Mélenchon a eu raison de quitter ce parti. Une telle décision est cohérente par rapport à son engagement politique, elle est respectueuse par rapport au PS, et on pourrait difficilement la taxer d’opportuniste au vu des difficultés qui se présentent désormais à lui. J’ajoute qu’il conduit des analyses très fines, servies par une véritable argumentation, et qu’il est un des seuls à rentrer dans le détail de ses propositions politiques tout en respectant le cadre, très contraignant, de la télévision. A l’heure où seules des idées très générales peuvent être formulées, les talents de tribun de M. Mélenchon font merveille.

Mais où est le problème, me direz-vous ?

Je l’appellerai le problème de la photo.

Dans sa rhétorique, Jean-Luc Mélenchon pointe régulièrement les convergences politiques entre le PS est ses « partis frères » sociaux-démocrates européens. Certains de ces partis sont aujourd’hui en cogestion avec la droite, d’autres ont soutenu la candidature de M. Barroso à la présidence de la Commission européenne, et ainsi de suite. La simple présence de Martine Aubry sur une photo en compagnie de Zapatero, Prodi ou Brown est suspecte aux yeux de Jean-Luc Mélenchon. Le problème, c’est que ces raccourcis sont faibles intellectuellement, et ne grandissent pas M. Mélenchon.

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon s’affiche régulièrement avec Marie-Georges Buffet, Secrétaire nationale du PCF. Ce parti a été dirigé pendant 22 ans par un certain Georges Marchais, allié objectif d’un régime totalitaire qui a exercé un joug sur le tiers de l’humanité pendant 44 ans. Doit-on demander des comptes à Jean-Luc Mélenchon ? Non, bien sûr que non, et l’intéressé se défend d’ailleurs assez maladroitement lorsque cette question lui est posée : « Je ne suis pas un Communiste français, ne me posez pas cette question à moi ». En vérité, cette question n’a même pas à être posée aux dirigeants communistes actuels. Ils ne sont pas comptables des horreurs du XXe siècle, et ni Marie-Georges Buffet ni son prédécesseur Robert Hue ne sont soupçonnables de la moindre accointance avec les régimes staliniens présents ou passés. Il reste bien ce nom, parti communiste, mais le conserver relève de leur cuisine interne, et ne fait de tort qu’à eux-mêmes. La question des affinités du PCF, qui avait sa pertinence à l’époque du Programme commun, ne l’a plus aujourd’hui. Mais à l’inverse, demander des comptes au PS sur les affinités de ses collègues européens avec des partis de droite n’a aucun sens non plus.

Je vais faire un raccourci plus rapide encore, et plus embarrassant pour Jean-Luc Mélenchon. Parmi ses amis latino-américains figure Hugo Chavez, Président du Vénézuela. Je ne m’intéresserai pas ici au détail des controverses sur le personnage ; je me contenterai de rappeler son soutien affirmé au dirigeant iranien Ahmadinejad. Le raccourci « Mélenchon = Chavez et Chavez = Ahmadinejad, donc Mélenchon = Ahmadinejad » est grossier, pour ne pas dire plus ; la question n’en a pas moins été posée à Jean-Luc Mélenchon. La réponse n’a pas manqué de fuser : je ne suis pas Hugo Chavez, et il m’arrive d’être en désaccord avec lui, comme c’est le cas ici. Mais, M. Mélenchon, si vous trouvez ces raccourcis insultants, reconnaissez à Martine Aubry, Laurent Fabius ou Manuel Valls le droit d’être en désaccord avec telle ou telle action ou déclaration de Tony Blair ou de Jose Luis Zapatero. 

Suite de l’analyse de texte : « La sphère politique est désormais réduite à un vaste Disneyland, avec les très-gentils d’un côté et les très-méchants de l’autre » [restitution approchante d’une phrase de Jean-Luc Mélenchon, au moment de l’affaire du Tibet et du passage de la flamme olympique à Paris]. Stigmatiser les convergences entre untel et untel est certes pratique, mais cela mène rapidement à des contresens absolus. Jean-Luc Mélenchon a donc raison lorsqu’il s’insurge contre des raccourcis… qu’il s’abstienne donc d’en faire lui-même. La sphère des partis sociaux-démocrates européens est extrêmement complexe, et les considérer comme des « partis frères » est un raccourci parfois faux et souvent pratique. Les alliances des partis sociaux-démocrates européens sont toujours dictées par les nécessités qu’imposent les systèmes électoraux de leurs pays respectifs ; elles le sont beaucoup moins (et c’est regrettable) par des convergences programmatiques. Et cela, Jean-Luc Mélenchon le sait. Il serait donc bien avisé d’affronter le PS uniquement sur son programme, ou, pour le coup, sur son absence de programme. Mais il n’a pas à demander au PS des comptes sur les dérives de la social-démocratie ailleurs en Europe.

Enfin, à l’endroit de François Bayrou, affirmer que « c’est la droite » est un peu court. De l’émission de France 2 qui avait précédé les élections européennes de juin dernier, tout le monde a retenu le clash entre Bayrou et Cohn-Bendit ; une phrase de Bayrou, passée totalement inaperçue, me semble pourtant beaucoup plus intéressante : « Monsieur Mélenchon, je suis d’accord avec ce que vous dites beaucoup plus souvent que vous ne le croyez ». François Bayrou est le seul candidat de la dernière Présidentielle à avoir gardé son programme sous le coude, à continuer à l’assumer, à le détailler et à le défendre. Jean-Luc Mélenchon serait bien avisé de débattre avec lui, et de cesser de le fustiger d’un « c’est la droite » bien léger. Le débat politique en sortirait grandi.


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98 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 09:55

    à l’auteur

    "En vérité, cette question n’a même pas à être posée aux dirigeants communistes actuels. Ils ne sont pas comptables des horreurs du XXe siècle, et ni Marie-Georges Buffet ni son prédécesseur Robert Hue ne sont soupçonnables de la moindre accointance avec les régimes staliniens présents ou passés".

    Pour les exonérer de toute responsabiliité, il conviendrait de comparer leur date d’adhésion au PCF aux turpitudes et crimes perpétrés par leur modèle soviétique.


    • Enzo 2 septembre 2009 10:13

      Mais bien sûr... Et d’ailleurs, pourquoi ne pas fouiller en détail le comportement de toute personne majeure en 1940 (c’est-à-dire âgée aujourd’hui d’au moins 87 ans) afin de s’assurer qu’elle n’a pas été collabo ?


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 10:27

      à Enzo (xxx.xxx.xxx.229) 2 septembre 10:13

      Marie-Georges Buffet : Membre du Parti communiste français à partir de 1969.
      Robert Hue : Dès ses seize ans, en 1962, il adhère à la Jeunesse communiste puis un an plus tard au Parti communiste.

      Nuit du 20 au 21 août 1968 : invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes de l’URSS et d’autres pays frères membres du Pacte de Varsovie.


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 13:27

      En vérité, cette question n’a même pas à être posée aux dirigeants communistes actuels. Ils ne sont pas comptables des horreurs du XXe siècle, et ni Marie-Georges Buffet ni son prédécesseur Robert Hue ne sont soupçonnables de la moindre accointance avec les régimes staliniens présents ou passés.

      Ceci est fort juste, bien que pas mal de politiques communistes français aient désavoué l’aspect totalitaire du communisme en URSS.
      Il ne me semble pas qu’on ait demandé des comptes aux capitalistes et aux ultra-libéraux pour les coups de pute que leurs prédécesseurs (ou contemporains...) ont commis en Amérique latine (et commettent encore ici et là).


    • masuyer masuyer 2 septembre 2009 13:39

      Salut Noboody (j’éviterai le NKM qui pourrait faire penser à quelqu’un).

      c’est assez juste, quoique un libéral fort actif sur ce site (Le Péripate pour le nommer) t’expliqueras qu’il ne s’agissait que d’aimables dictatures un peu autoritaires certes mais somme toute relativement acceptables.


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 13:46

      j’éviterai le NKM qui pourrait faire penser à quelqu’un

      Merci !! Je peux pas la blairer si je pense à la même personne.
       ; - )

      C’est vrai que c’était « plutôt cool »... *tousse*... pour une minorité, ces années là au Chili, en Argentine et dans ces qqs paradis de retraités du nazisme.
      Mais ne le dérangez pas, il doit être en train de dénoncer ce nouveau fascisme islamiste (inacceptable celui-ci par contre - allez savoir pourquoi ? - probablement la règle du bon/mauvais fascisme des Inconnus) ou de repérer les antisémites de ce site sur un des fils de la rubrique « Frite à gogo ».


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 14:07


      Certains ont l’indignation très sélective...


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 14:17

      Certains ont l’indignation très sélective...

      Ca vient de moi, ou il essaye d’inverser les rôles ?
      C’est VOUS qui avez évoqué l’invasion de la Tchécoslovaquie, tout en prenant soin d’impliquer Mélanchon, Buffet, et les mous communistes français...
      Faîtes donc de même pour les capitalistes des années 80 et ceux qui se masturbaient sur les discours de Reagan/Thatcher. Ou alors on se répartit le travail, si vous préférez...
      Mais je trouve cela crétin et inutile d’évoquer les démons passés du communisme sans aborder le contre-poids des horreurs soutenues (ouvertement) par les ultra-libéraux de l’ère Reagan-Bush-Clinton-Bush...


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 14:33

      à Nobody knows me (xxx.xxx.xxx.11) 2 septembre 14:17 

      "Ca vient de moi, ou il essaye d’inverser les rôles ?
      C’est VOUS qui avez évoqué l’invasion de la Tchécoslovaquie, tout en prenant soin d’impliquer Mélanchon, Buffet, et les mous communistes français...« 

      Cependant, avant que j’intervienne, un certain Enzo affirmait :
       »En vérité, cette question n’a même pas à être posée aux dirigeants communistes actuels. Ils ne sont pas comptables des horreurs du XXe siècle, et ni Marie-Georges Buffet ni son prédécesseur Robert Hue ne sont soupçonnables de la moindre accointance avec les régimes staliniens présents ou passés".
      On peut donc dire, si vous en convenez, bien entendu, que c’est l’affirmation d’Enzo qui m’a incité à évoquer l’invasion de la Tchécoslovaquie.

      Évitons, s’il vous plaît, d’inverser les effets et les causes.


    • masuyer masuyer 2 septembre 2009 14:46

      JP Llabrés,

      on peut effectivement poser la question aux dirigeants communistes français. Tout en notant que la question n’est jamais posé quand il s’agit des « libéraux ».

      Pour la Tchécoslovaquie, si les « orthodoxes » du PCF s’alignaient sur Moscou, une personnalité de premier plan au parti, Waldeck Rochet désapprouva l’intervention soviétique.

      A noter que les soviétiques s’en prirent à d’autres communistes en Tchécoslovaquie, comme quoi rien n’est simple.


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 14:52

      On peut donc dire, si vous en convenez, bien entendu, que c’est l’affirmation d’Enzo qui m’a incité à évoquer l’invasion de la Tchécoslovaquie

      Dans quel but évoquer cette invasion alors ? Puisque l’auteur nie le lien entre les communistes français (particulièrement ceux d’aujourd’hui) et le totalitarisme de l’URSS.

      Vous pensez donc que les communistes français devraient faire repentance ?
      Le cas échéant, que pensez-vous d’appliquer AUSSI cette règle - afin d’être moins sélectif dans l’indignation - aux ultra-libéraux français qui ont admiré Reagan, Thatcher et Bush ?


    • Philou017 Philou017 2 septembre 2009 14:56

      J’aime bien les gens qui en sont toujours à ramener leur anti-communisme primaire.
      Il y a chez les communistes beaucoup de gens bien, des idéalistes, des syndicalistes qui se sont battus pour les droits des gens, des humanistes qui ont défendus un projet social.

      Bien sur, on peut toujours critiquer ceux qui sont restés aveugles sur les méfaits du stalinisme.

      Ce que Labres, dans son discours primaire oublie de préciser, c’est que les gros richards, les financiers du capitalisme ont toujours fait tout ce qu’ils pouvaient pour empêcher toute vision socialiste (au sens large du terme) de la société d’émerger. Ca va du soutien au émigrés russes, aux coups d’états anti-démocratiques, au soutien de mouvements para-militaires fascistes et assassins et de dictaures plus écoeurantes les une que les autres, à une propagande constante dans les médias (on le voit encore avec Chavez), etc

      Je pense que les anti-communistes primaires sont des gens qui sont préoccupés par la peur du lendemain, tres attachés à leurs maigres biens. La propagande capitaliste a fait ce qu’il fallait pour leur faire peur (les socialistes-communistes vont vous prendre vos biens). C’est pourquoi ils préferent rester dans un système qui les plume et les exploite au profit d’une petite élite cannibale. C’est plus rassurant pour eux.

      C’est comme ca que la propagande propagée par le capitalisme a réussi, en martelant la dénonciation du communisme et en l’associant systématiquement à toute idée socialiste ou collective, à faire soutenir par les populations un systeme (le capitalisme) qui n’est rien d’autre que la mise en oeuvre de l’exploitation de l’homme par l’homme, et qui a fait et continue de faire la preuve de ses faiblesses, de ses dérives et de sa nocivité.

      Mais avec la peur, on peut faire avaler n’importe quoi à tellement de gens.


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 14:58

      à masuyer (xxx.xxx.xxx.238) 2 septembre 14:46 

      « on peut effectivement poser la question aux dirigeants communistes français ».

      Ce n’est pas moi qu’il faut en convaincre mais Enzo ainsi que ceux qui, contre toute évidence, continuent de soutenir que :
      "cette question n’a même pas à être posée aux dirigeants communistes actuels. Ils ne sont pas comptables des horreurs du XXe siècle, et ni Marie-Georges Buffet ni son prédécesseur Robert Hue ne sont soupçonnables de la moindre accointance avec les régimes staliniens présents ou passés".


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 15:06

      à Nobody knows me (xxx.xxx.xxx.11) 2 septembre 14:52 

      On peut donc dire, si vous en convenez, bien entendu, que c’est l’affirmation d’Enzo qui m’a incité à évoquer l’invasion de la Tchécoslovaquie

      « Dans quel but évoquer cette invasion alors ? »

      Simplement, parce que telle est la vérité. Ausssi dérangeante soit-elle pour Enzo et d’autres.


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 15:12

      à Philou017 (xxx.xxx.xxx.64) 2 septembre 14:56

      Pourquoi vous emporter dans une grande envolée lyrique parce que j’ai simplement corrigé une affirmation erronée d’Enzo ?

      À part cela, tout ce vous affirmez savoir sur moi n’est que procès d’intention ne méritant pas réponse.


    • masuyer masuyer 2 septembre 2009 15:14

      JP Llabrés,

      Vous ne verrez pas d’objection alors que, sans exonérer les dirigeants communistes, on puisse interroger nos amis liberaux sur le renversement d’Allende, et sur la collaboration entre l’école de Chicago et les économistes chiliens de l’époque Pinochet.


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 15:23

      Vous ne verrez pas d’objection alors que, sans exonérer les dirigeants communistes, on puisse interroger nos amis liberaux sur le renversement d’Allende, et sur la collaboration entre l’école de Chicago et les économistes chiliens de l’époque Pinochet.

      Voilà, c’est mon propos... en plus clair.
      La seule chose que les libéraux ont faite de plus intelligente que les russes, c’est qu’ils sont passés par des intermédiaires pour ne pas se salir les mains. Le résultat étant exactement le même.
      Mais la fosse sceptique a débordé et les odeurs sont remontées bien qu’on essaye encore aujourd’hui de couvrir les odeurs avec du désodorisant, avec ce cache-sexe qu’est le communisme.


    • Enzo 2 septembre 2009 15:28
      @Jean-Pierre Llabrès, 

      La vérité ne me dérange pas, je ne suis pas membre du PCF et je n’envisage pas de l’être.

      Oui, l’URSS a envahi la Tchécoslovaquie en 1968, et oui, à l’époque il existait un PCF globalement muet sur le sujet. Mon grand-père, secrétaire d’une section du PCF à l’époque, a été invité à laisser sa place parce qu’il dénonçait un peu trop, justement, l’invasion de la Tchécoslovaquie ; je connais donc un peu le sujet. Et si le coeur vous en dit, vous pouvez prendre votre plus belle plume et demander à Marie-Georges Buffet (19 ans en 1968) ce qu’elle pense de tout cela.

      Mais c’est sans intérêt pour moi. Parce que si l’on suit votre logique, chaque membre d’un parti devrait endosser la responsabilité de l’ensemble de l’histoire de son parti ou des personnes qui le constituent. Dans ces conditions, aucun parti ne vaudrait la peine qu’on y adhère. Ce qui m’intéresse, c’est le présent. Ni vous ni moi ne sommes responsables de ce qui nous a précédé ; en revanche, nous sommes responsables de ce que nous faisons aujourd’hui. Voila pourquoi les actuels militants communistes français, qui pour la plupart militent pour des raisons aussi légitimes que les autres, sont des personnes qui méritent un peu de respect. Je suis loin de partager leurs idées, mais j’estime qu’ils n’ont pas à endosser la responsabilité d’une histoire passée qui n’est en rien la leur.


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 15:36

      Premier point : il est faux qu’Allende ait été porté à la présidence par le peuple, par un puissant et irrésistible courant de tout le peuple. L’élection de 1970 fut une élection triangulaire. Le Parti démocrate-chrétien, dont le candidat Eduardo Frei avait été élu à la magistrature suprême en 1964, avec 55,6 % des voix, s’était, depuis lors, non pas exactement scindé en deux, mais détaché d’alliés conservateurs, qui présentèrent leur candidat propre. Le résultat fut qu’Allende, candidat d’une coalition électorale de Front populaire, arriva en tête avec 36,2 % des voix, contre 34,9 % au candidat conservateur et 27,8 % au démocrate-chrétien. En faisant le total, on constate aisément que 62,7 % des Chiliens ont voté contre Allende.

      Déjà, je ne trouve pas ce premier point super rigoureux. Car si on applique ce raisonnement pour d’autres cas, on pourrait justifier, vu les taux d’abstention, un coup d’Etat en France ou même en Europe, on pourrait aussi justifier l’assassinat de Kennedy (après tout, il s’est mis tout le monde à dos aussi...).
      Donc le « il est pas vraiment élu par tout le peuple, donc c’est pas si grave », n’invalide en rien le coup d’Etat, ni l’horreur de l’assassinat.
      C’est comme si vous disiez d’une victime de viol qu’elle l’a bien cherché car elle était en mini-jupe. Je ne peux m’empêcher de ressentir un tiraillement de la réalité typique de la clique responsable de ces méfaits.


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 15:52

      à masuyer (xxx.xxx.xxx.238) 2 septembre 15:14 

      "Vous ne verrez pas d’objection alors que, sans exonérer les dirigeants communistes, on puisse interroger nos amis liberaux sur le renversement d’Allende, et sur la collaboration entre l’école de Chicago et les économistes chiliens de l’époque Pinochet".

      Je n’ai aucune objection. Au contraire de certains, je ne fais pas de différence entre les turpitudes, méfaits, crimes, etc. des uns ou des autres.


    • Le péripate Le péripate 2 septembre 2009 16:03

      Nobody ! On ne fait pas ses petits arrangements avec de fausses citations ! Je vous cite : il est pas vraiment élu par tout le peuple, donc c’est pas si grave , que vous présentez comme si c’était dans le texte....
      Tu ne mentiras pas.....


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 16:07

      à Enzo (xxx.xxx.xxx.229) 2 septembre 15:28

      Partons, si vous le voulez bien, d’un point d’accord entre nous :
      "Ni vous ni moi ne sommes responsables de ce qui nous a précédé ; en revanche, nous sommes responsables de ce que nous faisons aujourd’hui« .

      Vous avez dit :
       »En vérité, cette question n’a même pas à être posée aux dirigeants communistes actuels. Ils ne sont pas comptables des horreurs du XXe siècle, et ni Marie-Georges Buffet ni son prédécesseur Robert Hue ne sont soupçonnables de la moindre accointance avec les régimes staliniens présents ou passés« .

      J’ai répondu :
       »Pour les exonérer de toute responsabiliité, il conviendrait de comparer leur date d’adhésion au PCF aux turpitudes et crimes perpétrés par leur modèle soviétique« .
      Puis :
       »Marie-Georges Buffet : Membre du Parti communiste français à partir de 1969.
      Robert Hue : Dès ses seize ans, en 1962, il adhère à la Jeunesse communiste puis un an plus tard au Parti communiste.
      Nuit du 20 au 21 août 1968 : invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes de l’URSS et d’autres pays frères membres du Pacte de Varsovie".

      Tout ceci pour dire qu’au moment de l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS, Hue aurait pu démissionner du PCF s’il n’avait pas approuvé cette invasion.
      Pour la même raison, Buffet aurait pu s’abstenir d’adhérer au PCF un an plus tard.

      Ils ne l’ont pas fait. Dont acte. C’est l’affaire de leur conscience.
      Quant à nous, nous avons le droit d’en penser ce nous voulons. Pour ma part, je considère leur attitude comme moralement condamnable.


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 2 septembre 2009 16:12

      @ NNM : Tous les communistes du monde dénoncent le totalitarisme, quand ils ont la liberté de la dénoncer... et que la dictature du prolétariat n’est pas « absolument nécessaire » pour aller vers les lendemains qui chantent. Le capitalisme est aussi pour le partage et la justice sociale...


      L’étiquette n’en dit pas beaucoup sur le produit. Il faut une démocratie où l’on vote pour un programme et une structure politique qui permet de destituer un gouvernement qui ne tient pas ses promesses. Le reste est marketing, selles de boeuf, abus de Quidam Lambda qui est un jocrisse ... Le discours politique actuel est oiseux, lassant et fondamentalement malhonnête.

      La démocratie actuelle a été créée pour que le pouvoir économique, par la corruption, puisse manipuler le pouvoir politique et avoir toute autorité sans aucune responsabilité. Ça donne ce que nous vivons.

      OUI, il y a une alternative.


      Pierre JC Allard

    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 16:31

      Nobody ! On ne fait pas ses petits arrangements avec de fausses citations ! Je vous cite : il est pas vraiment élu par tout le peuple, donc c’est pas si grave , que vous présentez comme si c’était dans le texte....

      La mise en forme vous a trompé, je m’en excuse. Il ne s’agit pas d’une citation mais d’une interprétation, d’où la mise en forme en italique. Et même si ce n’est pas dit, tout l’argumentaire de JF Revel vise pourtant à atténuer les responsabilités des putschistes.
      Me répondrez-vous donc sur la faible légitimité du parlement européen, sur la validité du Traité européen ? Devons-nous sortir les mortiers ?

      Tu ne mentiras pas.....
      Je le répète, ce n’était pas un mensonge, mais mon interprétation, d’où la mise en forme.
      Cela dit, bien con serait celui qui tenterait d’affirmer un mensonge sur un forum avec tant de personnes pour rétablir la vérité...
      Et jetez un oeil à mon avatar, vous devinerez que je ne suis pas vraiment un chrétien exemplaire... Comme si ce commandement avait empêché les hommes de mentir ces 2 derniers millénaires, vous me faîtes rire.

      On avait dit aussi « Tu ne tueras point », « Tu ne voleras point », « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain », ... Autant de règles qui ont été transngressées par les plus zélés des croyants.


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 16:41

      Par ailleurs, si le coup d’état peut paraître légitime pour certains, c’est tout de même un comble d’invoquer qu’Allende n’était pas majoritaire dans le total pouvoir/oppositions des suffrages pour ensuite instaurer une des pires dictatures d’Amérique latine qui a fait disparaître un grand nombre d’opposants. Il me semble que ce sont des méfaits bien plus graves que ceux d’Allende. Non ?


    • Le péripate Le péripate 2 septembre 2009 16:44

      Hé oui. D’autres mentent, ce qui, bien sûr vous donne licence d’en faire autant.
      Le texte de Revel ne colle pas avec le catéchisme habituel, c’est un fait. Que cette argumentation historique déboulonne une icône encore intacte de la gauche, c’est gênant (quand je pense qu’il y a en France des établissements scolaires qui portent le nom d’Allende !).
      Mais vous tordez le texte. Et ça se voit. Désolé.


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 16:46

      Pierre JC Allard, je regrette de ne plus pouvoir atteindre votre blog, le proxy de mon boulot me bloque l’accès.
      Je regarderai de chez moi si j’en ai le temps.
      Merci et bonne journée


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 16:52

      à Nobody knows me (xxx.xxx.xxx.11) 2 septembre 16:46

      Sans aucun rapport avec le fil principal de la discussion, permettez-moi de sourire du fait que vous ayez plus de temps de loisirs à votre travail qu’en votre domicile. Par quel miracle ?


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 16:54

      Que cette argumentation historique déboulonne une icône encore intacte de la gauche

      Je ne vois pas en quoi ça déboulonne le fait qu’il y a eu plusieurs décennies de dictature supportée par les ultra-libéraux ?

      Et vous persistez à prétendre que j’ai menti sciemment. Je vous ai expliqué sincèrement que c’était MON interprétation.
      Faîtes-en ce que vous voulez si vous ne désirez pas répondre honnêtement à mes questions comme souvent.
      Grand bien vous fasse.


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 17:01

      Sans aucun rapport avec le fil principal de la discussion, permettez-moi de sourire du fait que vous ayez plus de temps de loisirs à votre travail qu’en votre domicile. Par quel miracle ?

      MDR. Voilà l’inspecteur des travaux finis. Vous savez pas, les français sont les champions du monde de la productivité... Non, en fait, je suis une bête, donc l’activité qu’on me donne fond comme neige au soleil en 2 temps 3 mouvements (ça a du bon de savoir programmer, les logiciels peuvent être beaucoup plus rapides que nous vous savez...).
       : - P

      Plus sérieusement, il se trouve que j’effectue une activité de support,où la charge peut varier mais où je dois pourtant rester comme un con à rien foutre devant mon PC. Je préfèrerais être en train de bosser réellement que de me fritter sur Agoravox avec les hystériques, où les discussions intéressantes comme la notre (hum...) se font de plus en plus rares, en particulier les « feu » références du Péripate que je regrette amèrement.
      Ayant le choix chez moi, je préfère passer mon temps à autre chose qu’à parler avec un mur sur Agoravox, la journée m’ayant lassé de cette activité.


    • Future Custer Girl Future Custer Girl 2 septembre 2009 17:05

      Nobody,

      il n’est jamais trop tard pour les braves.

      Signé : un citoyen furtif pour les besoins de la cause.


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 2 septembre 2009 17:08

      à Nobody knows me (xxx.xxx.xxx.11) 2 septembre 17:01

      Bon courage dans votre travail.
      Nous essayerons de rendre les discussions intéressantes sur AgoraVox pour vos moments d’inactivité forcée.


    • Nobody knows me Nobody knows me 2 septembre 2009 17:24

      Bon courage dans votre travail.
      Nous essayerons de rendre les discussions intéressantes sur AgoraVox pour vos moments d’inactivité forcée.

      Mais c’est qu’il me raille, l’effronté !!!
       ; - )

      Bonne journée


    • masuyer masuyer 2 septembre 2009 17:47

      Péripate,

      toi volontiers donneur de leçons d’honnêteté intellectuelle pris la main dans le sac. Tu attaques une phrase du commentaire de Nobody (qui ne pêche que par la forme, la présentation) en évitant soigneusement d’évoquer la citation non tronquée et assez longue et explicite du texte de Revel :


      Premier point : il est faux qu’Allende ait été porté à la présidence par le peuple, par un puissant et irrésistible courant de tout le peuple. L’élection de 1970 fut une élection triangulaire. Le Parti démocrate-chrétien, dont le candidat Eduardo Frei avait été élu à la magistrature suprême en 1964, avec 55,6 % des voix, s’était, depuis lors, non pas exactement scindé en deux, mais détaché d’alliés conservateurs, qui présentèrent leur candidat propre. Le résultat fut qu’Allende, candidat d’une coalition électorale de Front populaire, arriva en tête avec 36,2 % des voix, contre 34,9 % au candidat conservateur et 27,8 % au démocrate-chrétien. En faisant le total, on constate aisément que 62,7 % des Chiliens ont voté contre Allende.

      Cette citation est-elle fausse ?

      Avec le même raisonnement on peut légitimer un putsh en France puisque 70% des Français ont voté contre Sarkozy au premier tour, non ?

      Pour masquer quelque peu ce raisonnement ma foi discutable, tu ériges Revel (et tu t’ériges par la même occasion) en déboulonneur d’idole, position fort confortable.Comme les libéraux aiment à se vivre comme des révolutionnaires en décrivant un monde quasi-bolchevique où ils seraient la minorité éclairée, quand l’économie fonctionne malgré tout sur leurs préceptes (bien qu’il reste encore quelques filets de protection qu’il leur faut absolument détruire).

      Et tout ça au nom de la Liberté (Staline aussi commettait ses crimes au nom de grands principes consensuels).

      Or l’exemple chilien, comme d’autres, montrent que ceux qui se nomment du doux nom de libéraux (plus vendeur que capitalistes qui induit une notion d’avidité), que ce libéralisme est avant tout pour les marchés ou les classes dominantes. L’Amérique de Reagan était assez répressive, non ? Pour les classes les plus défavorisées en tout cas.

      Il faut évidemment occulter dans ce cadre toute notion de classes sociales. Travailler le 7 jours sur 7 devient une « liberté ». Et pourquoi ne pas donner aux enfants la liberté d’aider leurs familles en travaillant plutôt que de les forcer à fréquenter les bancs de l’école.

      Polylogistes les libéraux ?


    • Le péripate Le péripate 2 septembre 2009 18:01

      Toujours le même problème avec les bigots englués dans la saumure du Bien. Où dans le texte est justifié le golpe ? Nulle part. Mais c’est une réalité : plus de 60% des chiliens n’ont pas voté Allende. Ca, ça fait mal à la légende, mais ce n’est pas une justification de quoi que ce soit.

      Il y a d’autres développements, plus loin dans le texte. Visiblement non lus. Le coup d’État était inévitable, et c’est Allende qui a provoqué cette situation, il était le coup d’état lui-même, avait fait donner l’armée contre les grévistes, ne s’était pas soumis à la loi, etc... J’ai un bon dossier là dessus

      Mais aucune importance : j’ai répondu à un défi qui ne me concerne pas, ni en tant qu’homme ni en tant que libéral. Et il est heureux que Pinochet ait fini par comprendre qu’il fallait qu’il rende le pouvoir après 16 trop longues années.

      Mais bon, il est commode d’avoir un Pinochet pour excuser 100 millions de morts. Alors, joue avec. C’est tout ce qu’il reste comme consolation à la gauche communiste et antilibérale.


    • Future Custer Girl Future Custer Girl 2 septembre 2009 18:07

      « englués dans la saumure du Bien »

      On sent tape du bien, on veut du juste. On peut le trouver celui là avec MCM, mais pas avec vous péripate.

      Et ça va changer !!!!


    • masuyer masuyer 2 septembre 2009 18:14

      Péripate,

      Pinochet n’est qu’une donnée du problème. On pourrait aussi évoquer le IIIe Reich. Bien sur dans la logorrhée « libérale », il faut mettre en avant le pacte germano-soviétique. Et surtout oublier un peu vite qu’une part importante de la bourgeoisie ne voyait pas d’un mauvais oeil cet Hitler ultime rempart contre le bolchevisme. On peut ici penser à un Pucheu, où à la propagande vichyste pour l’engagement des jeunes Français dans la SS afin de lutter contre le bolchevisme.

      Sinon, pour les libertés que j’évoque quand dis-tu ?

      Quant à la dénonciation du rôle oppressif de l’état, va jeter un oeil vers des précurseurs un peu plus à gauche que ceux qui te font tant vibrer et qui ne l’ont découvert que lorsque l’état dû, sous la pression sociale, faire quelques aménagements pour maintenir le capitalisme en vie.


    • masuyer masuyer 2 septembre 2009 18:22

      Au fait Péripate,

      il me semble que comme bigot tu te poses là. Pour le moment il ne me semble pas avoir lu chez toi le moindre début de commencement de critique de ton système de pensée fétiche.

      Je crois être un peu plus critique envers la pensée de Marx, et sur les diverses « exégèses » et applications concrètes postérieures.

      Bien à toi.


    • masuyer masuyer 2 septembre 2009 18:30

      Exact future Custer Girl, on s’en tape du Bien. Laissons à notre prez’ et à ses déclarations d’intentions sur la « nécessaire moralisation du capitalisme financier ». Ca c’est du catéchisme, en plus d’être bien pratique puisque la « nécessité d’une gestion mondiale » du problème renvoie tout cela aux calendes grecques.

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Enzo


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