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Accueil du site > Actualités > Politique > Merci, Monsieur Hollande, pour votre franchise

Merci, Monsieur Hollande, pour votre franchise

Que reste-t-il de démocratique dans le système politique français ? La démarche récente de la direction du Parti Socialiste visant à barrer aux « petits candidats » l’accès aux présidentielles de 2007 en dit long sur l’incapacité de l’actuelle classe politique à convaincre les citoyens et à répondre à leurs attentes. La fuite en avant de l’équipe de François Hollande montre également que les « gestionnaires » français ont décidé de rester en place coûte que coûte, même si le peuple n’en veut pas. Il fallait sans doute ce geste pour que des apparences soigneusement entretenues s’effondrent et que la réalité apparaisse au grand jour.

 
François Hollande vient de rendre un immense service au pays en demandant aux élus du Parti Socialiste de parrainer uniquement, pour les élections présidentielles, le candidat officiel de leur Parti. S’il fallait une preuve nette du dépérissement de la démocratie dans le pays et de l’évolution de la France vers le verrouillage politique, elle est bien là. Même si le fonctionnement du gouvernement en place n’est pas "mauvais", non plus, de ce point de vue. Dans l’ensemble, les Français se trouvent de plus en plus ouvertement confrontés à un monde de décideurs installé depuis des décennies et qui n’a plus rien à offrir aux citoyens, mais qui n’entend pas pour autant céder sa place.

Samedi dernier, François Hollande confirmait en public avoir demandé par écrit aux maires socialistes de réserver leur parrainage pour l’élection présidentielle au seul candidat du parti socialiste, afin de ne pas "revivre le 21 avril 2002". Il déclarait même : "L’élection présidentielle, c’est le choix du prochain président de la République, ce n’est pas un forum participatif ou une assemblée générale" et ajoutait que, sans le désastre du 21 avril 2002, il "n’aurait pas envoyé cette lettre". Ce qui signifie, en somme, que la cible de l’opération n’est pas le Front National mais bien les candidats du spectre dit "de gauche" ou "d’extrême gauche" concurrents du PS. Le 1er août, une dépêche AFP avait déjà fait état d’une déclaration du premier secrétaire du PS désignant clairement ceux qu’il entendait placer dans le collimateur : "à la gauche de la gauche, ils n’ont rien compris. (...) Ils n’ ont aucune notion de ce qui s’est passé en 2002. Et là, il faut que les électeurs et les électrices qui veulent le changement en 2007 ne se trompent pas, et qu’ils votent utiles". Le même jour, une dépêche AP évoquait une appréciation peu aimable de Ségolène Royal sur les débats au sein du PS, estimant que "s’ils sont faits pour diviser les socialistes entre eux, ils sont à ce moment-là très dangereux". La "dissidence" interne au PS apparaît donc également visée.

Aux termes de la Loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 modifiée, la liste des candidats publiée par le Gouvernement est "préalablement établie par le Conseil constitutionnel au vu des présentations qui lui sont adressées par au moins cinq cents citoyens membres du Parlement, des conseils régionaux, de l’Assemblée de Corse, des conseils généraux des départements, de Mayotte et de Saint-Pierre-et-Miquelon, du Conseil de Paris, de l’Assemblée de la Polynésie française, du Congrès et des assemblées de province de la Nouvelle-Calédonie, de l’Assemblée territoriale des îles Wallis et Futuna, maires, maires délégués des communes associées, maires des arrondissements de Lyon et de Marseille ou membres élus de l’Assemblée des Français de l’étranger". S’ajoutent à cette relation de possibles parrains "les présidents des organes délibérants des communautés urbaines, des communautés d’agglomération, les présidents des communautés de communes, le président de la Polynésie française, le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et les ressortissants français membres du Parlement européen élus en France". Encore faut-il que "parmi les signataires de la présentation, figurent des élus d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer, sans que plus d’un dixième d’entre eux puissent être les élus d’un même département ou d’une même collectivité d’outre-mer". L’exigence des 500 signatures peut effectivement constituer un réel barrage contre des concurrents connus et capables d’obtenir un nombre significatif de voix.

Dimanche, Reuters diffusait une dépêche intitulée : "Le « vote utile », seul argument de campagne du PS pour 2007 ? ". Lundi, Jack Lang a défendu la consigne de François Hollande, "unanimement soutenue" d’après lui par la direction du parti. Rappelant "avril 2002", il a commenté : "On a assez reproché aux socialistes d’être un peu trop débonnaires dans la survenance d’une multitude de candidatures", ou encore que si le PS acceptait que les maires donnent leur signature à d’autres candidats, "on aurait le sentiment que ses dirigeants laisseraient les électeurs faire l’école buissonnière". Mais les expressions de mécontentement sont nombreuses. Le secrétaire national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), Jean-Yves Autexier, a estimé lundi que le PS "semble attendre sa victoire de l’absence des autres plutôt qu’en convainquant les électeurs". Le premier secrétaire du même mouvement, Georges Sarre, a parlé de "faiblesse" et de "crispation". Le porte-parole des Verts Sergio Coronado a dénoncé un "verrouillage politique". Alain Krivine, pour sa part, a jugé l’initiative de François Hollande "dangereuse pour le pluralisme" et ajouté : "Il y a eu près de trois millions de gens qui ont voté pour l’extrême gauche à la dernière présidentielle (...) Hollande devrait plutôt se demander pourquoi ? ". Christiane Taubira, candidate à l’investiture du Parti radical de gauche, a déclaré : "Je ne sais pas si, de la part du numéro un du PS, il s’agit d’affolement ou de panique ou si ça doit être pris comme une déclaration d’hostilité envers les partenaires du PS". Etc...

Indépendamment de la polémique avec les "petits partis", l’argumentation de François Hollande et des dirigeants du PS qui ont soutenu sa démarche peut faire quelque peu sourire si on se rappelle l’histoire du Parti Socialiste. François Hollande fut conseiller de François Mitterrand dans la période 1980-83, avant de devenir directeur de cabinet des porte-paroles successifs du gouvernement de Pierre Mauroy Max Gallo et Roland Dumas. Ségolène Royal a été de 1982 à 1988 conseillère technique au secrétariat général de la présidence de la République. Ce ne fut pas une période où le Front National inquiétait beaucoup le Parti Socialiste. L’ouvrage "La main droite de Dieu", d’Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, Seuil 1994, nous en rappelle quelques épisodes. Par exemple, le rendez-vous de Jean-Marie Le Pen avec Guy Penne à l’Elysée, le 29 mai 1982, dont résultera un clair soutien de la Présidence de la République à l’accès du FN aux médias. Ou la rencontre de Roland Dumas avec un responsable du FN en mai 1988 entre les deux tours de l’élection présidentielle, ou encore le déjeuner de François Mitterrand avant le deuxième tour de celle de 1981 au Syndicat de la Presse Parisienne avec, notamment, un membre connu du Parti des Forces Nouvelles... Dans la montée du Front National, les "petits candidats » ne sont pour rien. C’est à lui-même que le PS doit demander des comptes.

Si en avril 2002 Lionel Jospin a été "abandonné" par les électeurs, c’est bien à cause de sa politique en tant que Premier Ministre dans la période 1997-2002. Une politique que la "droite" aurait pu faire : mais dans ce cas, à quoi sert cette "gauche" ? Manifestement, la direction du Parti Socialiste ne veut pas entendre parler du mot "autocritique". Et pour cause, car la réalité n’a jamais été différente de ce qui est apparu au grand jour au fil des années. Ce qui a changé, c’est que vingt-cinq ans se sont écoulés depuis la première élection de François Mitterrand à la Présidence de la République et les acteurs du théâtre politique des "alternances" ne savent plus quelle pantomime jouer pour distraire les victimes de leur "gestion" du pays. Alors, comment faire pour rester en place, qu’on soit la "droite" ou la "gauche" ? La réponse du tandem Hollande-Royal est simple : finie la rigolade. D’autant plus que l’expérience du référendum de mai 2005 a bien montré que c’est "dangereux" de laisser le peuple dire ce qu’il pense. Une approche qui ressemble beaucoup à celle de Dominique de Villepin, sauf que ce dernier rencontre trop de problèmes avec sa propre majorité et s’est heurté à trop de manifestations.

Mais cette politique "musclée" peut à la fin très mal tourner. Notamment, à cause de l’effet repoussoir qu’elle génère. Le résultat pourrait être, justement, l’opposé du "jamais plus avril 2002" que la direction du PS assène partout. Si le candidat du Front National obtient les 500 signatures, ne risque-t-il pas d’être l’un des bénéficiaires de la perte de popularité prévisible des responsables "socialistes" ? Les électeurs ne pourront peut-être pas voter pour les candidats qu’ils auraient choisi, mais ils risquent de chercher la manière de se venger. Surtout dans un contexte où c’est le Parti Socialiste, et pas le Front National, qui s’en prend au pilier de la démocratie que représentent les "petites candidatures". Si un parti juge indispensable d’amener les électeurs à "voter utile" au premier tour, la pire des tactiques est de vouloir les y forcer.

Malgré cela, c’est globalement une excellente chose que la direction du PS ait choisi de jeter le masque. Trente ans de comédie, c’était vraiment beaucoup trop. Si la démocratie est devenue une simple apparence formelle, autant que les citoyens le sachent. Prendre conscience de la réalité est un préalable à toute action efficace. Remercions donc les Hollande, Royal, Lang... pour leur prestation de ces derniers jours.


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264 réactions à cet article    


  • Senatus populusque (Courouve) Courouve 8 août 2006 12:52

    L’article 4 de la Constitution dispose que les partis politiques concourent à l’expression du suffrage universel. Concourir, cela ne veut pas dire « confisquer ».

    Si vraiment Hollande souhaite éviter un nouveau 21 avril, pourquoi n’a-t-il pas manifesté clairement ton opposition catégorique aux velléités de come back inutile de Jospin ?


    • jeantho (---.---.20.9) 8 août 2006 15:01

      Mais le problème réside dans la politique franchement antipopulaire du PS en 1997-2002, dans le passé de Mitterrand, les liens entre le PS et l’extrême-droite, etc...


    • Armand (---.---.178.156) 11 août 2006 05:21

      « Mais le problème réside dans la politique franchement antipopulaire du PS en 1997-2002, dans le passé de Mitterrand, les liens entre le PS et l’extrême-droite, etc. »

      C’est évident. Le rappel du lien :

      http://michel.delord.free.fr/maindroite.pdf

      s’impose, comme celui de l’ouvrage « La main droite de Dieu », Seuil 1994, fait par l’auteur.


    • Jaurès (---.---.18.96) 8 août 2006 12:53

      L’égalité des chances en politique, vue par le parti socialiste islamique !

      Merci françoué !


      • (---.---.116.223) 8 août 2006 13:01

        Quelle connerie cet article...ne croyez vous pas que la confiscation du pouvoir dont vous prétendez montrer l’abus est bien plus caractérisé par la battage médiatique de sarko-fascho ??


        • Globalia (---.---.212.160) 8 août 2006 13:07

          « ne croyez vous pas que la confiscation du pouvoir dont vous prétendez montrer l’abus est bien plus caractérisé par la battage médiatique de sarko-fascho ?? »

          La confiscation du pouvoir devrait toujours être dénoncée, même s’il existe une confiscation plus forte de l’autre coté.


        • Armand (---.---.194.81) 11 août 2006 05:25

          « Quelle connerie cet article...ne croyez vous pas que la confiscation du pouvoir dont vous prétendez montrer l’abus est bien plus caractérisé par la battage médiatique de sarko-fascho ?? »

          Non, certainement pas. La duplicité du PS, ses liens permanents avec des milieux du spectre politique du FN qu’il a aidé à se développer, les origines mêmes de Mitterrand dont Hollande et Royal ont été des proches collaborateurs et devant qui Lang a très bien sû la garder dans sa poche, etc... c’est autrement plus fort de café que ce que fait Sarkozy.


        • nicolas bl nicolas bl 11 août 2006 05:34

          sarko facho,je sais pas,mais sarko big ego,ca pour sure.et sarko,il a pas longtemps ete collaborateur d un certain ridicule et malhonnete president de la republique francaise ?


        • (---.---.99.97) 12 août 2006 22:42

          « sarko facho,je sais pas,mais sarko big ego,ca pour sure.et sarko,il a pas longtemps ete collaborateur d un certain ridicule et malhonnete president de la republique francaise ? »

          Avez-vous regardé de près les Mitterrand, Rocard, Jospin... et ceux qui viennent après ? Ils n’ont (n’avaient) rien à envier à Sarkozy matière égo.

          Sarko n’est pas un ange, mais c’est un avocat avec des études de Droit et « pas plus ». Il n’est pas issu d’une grande école d’administration, de « gouvernance » ou de « sciences politiques ». La coupole du PS, oui dans sa presque totalité.

          Quant à l’ « honnêteté » d’un candidat à la présidence comme Mitterrand, qui se faisait élire majoritairement par un électorat de gauche qu’il tenait dans l’ignorance de ses tractations avec les courants proches de le Pen ou les OAS...


        • (---.---.236.152) 8 août 2006 13:09

          Qui ose encore prétendre que le PS est de gauche ? Je propose une fusion PS/UDF qui rendrait un peu plus de cohérence à la scène politique française.


          • Xavier (---.---.148.35) 8 août 2006 23:22

            Vous êtes hors propos. L’UDF n’a rien à voir avec le PS. Il exprime son accord ou son désaccord avec la majorité ou avec l’opposition en toute indépendance du parti et de ses membres. Pour le budget, pour la politique générale du gouvernement, chacun des députés s’est exprimé sans consigne officielle de l’UDF sur la faveur, défaveur ou abstention.

            La confiscation d’autorisation d’accès à la présidentielle que désire le PS paraît être le baton après que la maigre carotte de futures circonscriptions à gagner n’ait pas fait recette chez la gauche anti-capitaliste. S’ils n’avaient pas tenu à ce que la gauche de la gauche s’aligne sur le projet PS, mais s’ils avaient proposé l’élaboration d’un compromis de projet qui répondrait aux aspirations de la gauche élargie, ils ne seraient pas aujourd’hui sur la défensive mais sur le chemin de la victoire. A bas la démocratie ! Vive l’establishment des partis qui s’accrochent comme des morpions !


          • (---.---.99.52) 16 août 2006 02:34

            « S’ils n’avaient pas tenu à ce que la gauche de la gauche s’aligne sur le projet PS, mais s’ils avaient proposé l’élaboration d’un compromis de projet qui répondrait aux aspirations de la gauche élargie... »

            Mais les gens en ont marre, de toute cette sauce UMP - PDF - PS... Qu’est-ce qu’ils en ont tiré depuis trente ans ? Que de pire en pire, sauf un peu en 1981-82 mais c’était juste le temps qu’il fallait à Mimi pour s’installer.


          • Yann Riché Yann Riché 8 août 2006 13:23

            Très bon article de fond.

            Quant à savoir quelle sera la réaction des électeurs ?

            Le PS cependant clarifie sa position en se recentrant et en coupant petit à petit les liens avec le gauche anti libérale dont le programme est non au libéralisme, comme elle a dit non à l’Europe, comme elle dit non au compromis, bref elle dit non alors pourquoi le Ps s’embarasserait-elle d’un partenaire anti-libéral dans une société qui refusera le communisme car malgré les réactions des uns et des autres nous sommes des citoyens et consommateurs et nous tenons à nos libertés de consommer et d’entreprendre.


            • (---.---.236.152) 8 août 2006 13:34

              a) « gauche anti libérale dont le programme est non au libéralisme, comme elle a dit non à l’Europe »

              Combien de fois faudra-t-il vous le répéter : le non au projet de traité constitutionnel a été exprimé par des citoyens pro-européens qui ont été scandalisés par un texte qui ressemblait plus à un contrat d’assurance qu’à une CONSTITUTION, qui par définition doit être simplement comprise par tous. Lisez la Constituion française ou américaine, vous comprendrez...

              b) « nous tenons à nos libertés de consommer et d’entreprendre. »

              Réduire la Liberté à l’entreprise et à la consommation reflète bien le fond de votre pensée. Ca a le mérite d’être clair.


            • fxt44 (---.---.35.219) 8 août 2006 14:30

              remarque par rapport au traité constitutionnel qui a été proposé en mai 2005 et au parallèle fait avec un contrat d’assurance. Il faut deja savoir que la construction européenne ne s’est pas faite sur un coup de tete, mais c’est le consensus entre les Etats de vouloir se reunir qui a permis ce projet de vivre et se construire. Ce consensus s’est formé sur une idée économique (CEE et CECA) d’ou la partie importante consacrée à l’economie dans le traité. C’est loin d’etre un contrat d’assurance, c’est ce qui existe. Ensuite si on fait le parallèle avec les constitutions françaises et américaine, on voit dans ces deux cas qu’il s’agit d’organiser un pays dans ses principes fondamentaux(grands principes démocratiques, rapports entre les organes institutionnels...) Et la, avec le traité pour la constitution, il fallait organiser principalement des institutions tres complexes aujourd’hui. D’un point de vue institutionnel, c’etait simplifié (et enormément). Il semble tout de meme logique que c’est compliqué de créer des « lois europeennes » acceptées par les représentants de 25 pays differents (faut deja voir ce que cela donne chez nous, d’un point de vue franco français, alors pour 25 pays ...) conclusion : le traité qui a été rejeté posait des bases solide a une europe a 25 qui pouvait fonctionner, et ne ressemblait en rien a un contrat d’assurance ( pour le coté économique, y’a rien a redire puisqueu c’etait comme çà avant le vote, c’est toujours comme çà et on ne pourra pas revenir dessus !)


            • Globalia (---.---.212.160) 8 août 2006 14:40

              « pour le coté économique, y’a rien a redire puisqueu c’etait comme çà avant le vote, c’est toujours comme çà et on ne pourra pas revenir dessus ! »

              Bel exemple de démocratie ! Et après on s’étonne que ce traité ait été rejeté...


            • em3xx (---.---.110.3) 8 août 2006 14:59

              IP:xxx.x0.236.152, je me permets de réagir à votre réponse au point (a) développé par Yann Riché même si cela déborde un peu du sujet initial.

              Tout d’abord, je pense qu’il y a (et surtout il y a eu) une surinterprétation du terme CONSTITUTION concernant le TCE non adopté par la France l’année dernière comme chacun le sait. Selon le Robert, une constitution se définit par des « Chartes, textes fondamentaux qui déterminent la forme du gouvernement d’un pays. »

              Si l’on s’accorde sur cette définition simple et claire du dictionnaire, on peut tout de même rapidement se mettre aussi d’accord sur le fait qu’il ne s’agit pas, pour le TCE, de textes qui détermineraient la forme de gouvernement d’un seul pays mais de 25 nations liées, souvent dans la douleur, par des siècles d’Histoire et par 50 ans de construction européenne dans la recherche toujours perfectible de compromis et par la politique contraignante et exigeante des petits pas. Une véritable Constitution exprime la souveraineté d’un peuple indivisible et serait au mieux définit par une Assemblée Constituante. Une telle Constituante, pour le cas de la Construction Européenne, porterait en elle une dynamique politique et juridique qui signifierait la fin des Etats nations et donc accessoirement de la République Française pour notre part. Aucun Etat n’est prêt, pour le moment, à donner ce mandat constituant pour une véritable fédération européenne. C’est un des sens que pourra prendre l’avenir. Mais pour le moment, L’Union européenne puise sa légitimité dans des peuples bien sûr mais aussi historiquement et avant tout dans les Etats. Une vraie « Constitution Européenne » sera possible lorsque l’on sera prêt à la « Constitution » d’un Etat Fédéral Européen. Pour le moment et concernant ce TCE, les arguments portant sur le terme de « Constitution » sans ajouter celui de traité est une fiction juridique, politique et un jeu sémantique bien français qui a permis au tenant du NON de faire découler toute une argumentation à mon avis erronée.

              Ce texte du TCE était long et compliqué. Certes. Serait-ce un argument déterminant pour juger de sa qualité au vu de l’enjeu ? N’est ce pas le rôle des partis politiques que de faire la synthèse pour aider les citoyens à choisir. Et d’abord pourquoi est-ce compliqué ? Y aurait-il une volonté cachée de noyer le poisson ultra-libéral dans des détails illisibles et abscons et que seul certains Français zélés auraient vu alors que cela aurait échappé à toute la gauche européenne ? La partie I, proprement institutionnelle, et la partie II, qui proclame des droits fondamentaux, ne sont ni plus longues ni plus complexes que la Constitution Française de 1958 ou encore que la Constitution Allemande qui compte, tout de même, 150 articles organisant la fédération des Landers. Sans parler de la grande richesse des grands Etats Fédéraux comme la Constitution Brésilienne avec ses 245 articles ou même la très grande complexité de révision de la Constitution Canadienne avec ses deux langues officielles et ses propres mouvements internes de sécession pour la souveraineté exclusive du Québec.

              Mais la complexité et la nécessité d’un accord des 25 s’expliquent d’abord et surtout par deux raisons claires et compréhensibles. 1/ La construction européenne est un concept singulier et dynamique qui se définit dans le même temps qu’elle se réalise. Il est assez logique qu’elle propose ici un modèle politique et institutionnel unique et novateur difficilement comparable avec des Constitutions Nationales. Compromis de 15 états pour faire fonctionner, tant bien que mal, une Union à 25 (et bientôt plus) aux langues et aux cultures différentes : difficile de faire moins compliqué non ? 2/ Puisque l’Union Européenne est un ensemble politique unique, une union d’Etats et de citoyens, la Convention propose la poursuite politique de la construction européenne sous la forme d’un traité (accord international entre des Etats souverains) et d’une constitution (acte de souveraineté des citoyens). L’originalité de cette construction démocratique supranationale nous oblige à dépasser les concepts connus, et certainement rassurants, de nos propres Constitutions Nationales et d’inventer des structures politiques nouvelles tenant compte de l’existant, évidemment complexe (il y a des Etats européens souverains, des cultures politiques nationales, des intérêts nationaux, des langues), mais aussi en s’inscrivant dans une continuité de compromis évidemment contraignante, mais nécessaire et démocratique. C’est l’objet même de ce « Traité établissant une Constitution pour l’Europe ».

              Enfin et pour terminer, si le NON en France a été sûrement porté pour une grande partie par l’extrême gauche, il y a aussi eu des voix de droite et d’extrême droite. Je ne sais pas comment ou d’où vous tirez la conclusion que le NON était majoritairement exprimé par des pro-européens même si certain l’étaient sûrement sincèrement.


            • chantecler (---.---.146.33) 8 août 2006 15:55

              Le problème c’est que 55%des électeurs ont dit non au TCE et à l’économie libérale qu’il sous tendait....(Et non pas à l’Europe encore faut-il préciser de quelle Europe on parle)


            • em3xx (---.---.110.3) 8 août 2006 16:26

              « Le problème c’est que 55%des électeurs ont dit non au TCE et à l’économie libérale qu’il sous tendait »

              Si la première partie de votre commentaire est vraie (55% des électeurs ont bien dit non au TCE, on a tous les chiffres), la seconde est, à mon avis, une interprétation abusive. On pourrait tout aussi bien prétendre que 55% des français ont dit NON à la politique Chirac et Raffarin ou NON parce qu’en accord avec les positions de De Viller ou de Le Pen. Mais il est de tradition en France qu’on réponde majoritairement toujours à côté de la question posée par un référundum.

              De plus « la politique libérale sous-tendue dans le TCE » (dans sa partie III) n’est qu’une reprise des traités antérieures toujours en application et le NON, et son plan B promis mais qui n’existe pas, n’ont pas changé d’un iota la politique libérale de l’Europe mais ont, en revanche, éliminé les parties I & II du traité qui « sous-tendaient » des politiques sociales nouvelles.


            • (---.---.59.170) 9 août 2006 01:22

              « Combien de fois faudra-t-il vous le répéter : le non au projet de traité constitutionnel a été exprimé par des citoyens pro-européens qui ont été scandalisés par un texte qui ressemblait plus à un contrat d’assurance qu’à une CONSTITUTION, qui par définition doit être simplement comprise par tous. »

              C’est le principe de la démocratie : on pose des question complexes à des gens qui n’ont pas le niveau intellectuel pour y répondre. Donc avec le TC, tout était normal, et vous avez tort d’avoir voté non si c’est votre seul argument.


            • (---.---.179.94) 9 août 2006 14:54

              « C’est le principe de la démocratie : on pose des question complexes à des gens qui n’ont pas le niveau intellectuel pour y répondre. »

              Pardon, mais quel est le « niveau intellectuel » des « élites » qui nous gouvernent, qui sont bourées de fistons à papa et qui proviennent très majoritairement de l’ENA, une école du système ?

              Même l’actuel directeur de Sciences Po a dû se résoudre à ouvrir l’accès à l’IEP, sans concours, à des jeunes des banlieues dites « difficiles », et ils s’en tirent très bien. Mais la question est, tout simplement, de savoir si l’ENA et Sciences Po incarnent un quelconque savoir et un quelconque « niveau intellectuel ».

              La démocratie, c’est précisément ne pas prendre les citoyens pour des c...


            • humour (---.---.135.138) 8 août 2006 13:33

              j’apprécie beaucoup le commentaire proposant la fusion PS/UDF.

              Cela apparait « clair comme un lac de montagne » et donnerait surement envie de s’exprimer à de nombreux désabusés si 4 blocs ( reacs ou à l’ouest,fachos, centristes et droite ).

              Pour ma part l’existence du PS est un mystère...ça me rappelle une bonne blague de Mitterrand , il appelait ça « l’union de la gauche » hi hi !


              • JC BENARD (---.---.92.11) 8 août 2006 13:41

                Vous écrivez dans votre article :

                « La démarche récente de la direction du Parti Socialiste visant à barrer aux « petits candidats » »

                En clair, pour simplifier le débat, je prendrai un exemple du quotidien : Quelle attitude adopteriez vous vis à vis d’un collègue de travail qui passerait son temps à dire du mal de vous et qui viendrait à intervalles régulier vous demander d’être caution pour lui ?

                La réaction du Parti Socialiste français est la même que n’importe quel citoyen : Il ne veut plus être caution pour ceux qui le mettent à mal entre deux élections.


                • Ingrid (---.---.48.150) 8 août 2006 15:19

                  Franco faisait encore mieux que Hollande. Peut-être que ça va venir...


                • Xavier (---.---.148.35) 8 août 2006 23:47

                  Alors pour vous, je sors quelques mots de Voltaire au sujet de la liberté d’expression, et dans le cas présent de la diversité d’opinion : Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire

                  Selon vous... La réaction du Parti Socialiste français est la même que n’importe quel citoyen : Il ne veut plus être caution pour ceux qui le mettent à mal entre deux élections. En fait, le PS se rend compte qu’il n’arrive pas à convaincre. Etant historiquement l’un des 2 partis les + populaires, il vit mal sa défaite au 1er tour de 2002 qu’il met sur le dos des autres partis de gauche sans se demander si ce n’est pas lui-même qui à failli dans sa tâche de convaincre les Francais. C’est triste pour la démocratie mais ca clarifie un peu plus la misère de projets et de propositions qui ont été l’apanage du courant principal du PS depuis 2002.

                  Dès à présent, je suis dans une logique où une défaite du PS au 1er tour ne m’étonnerait même pas. J’aimerais pouvoir voter socialiste car idéalement ils sont sensés incarner une vision plus humaine de la politique. Les dinosaures aux commandes ont préféré opter pour le clanisme, la dissension, et l’autoritarisme interne. Il est regrettable que les plus sages (Peillon, Rocard...) ne soient plus entendus, couverts par les éclats de voix de cette farandole des faux-culs.


                • Tom Tom (---.---.117.34) 9 août 2006 08:43

                  Ben alors, j’en attendais plus de la part d’humanistes socialistes envers leurs petits et faibles camarades.


                • keltemfetil (---.---.143.12) 8 août 2006 13:42

                  Je ne trouve pas l’intervention de François Hollande choquante. En effet les différents élus de gauche n’ont-ils pas été élus sous l’étiquette socialiste.

                  Pourquoi alors profiter d’un côté du parrainage du parti (cela vaut pour les petits partis de droite) et ne pas avoir assumer le même choix politique au moment de donner sa signature. Est ce que ces élus auraient eu un mandat sans l’appui du groupe socialiste. L’engagement politique nécessite le soutien aux cadres du parti. Aux différents courants de faire entendre leurs visions politiques et de quitter le groupe si les divergences sont trop prononcées (ex : UDF - UMP).

                  Aux petits partis de défendre déjà au niveau local leurs positions politiques, de créer leur propres structures et de gagner les élections.

                  Le pluralisme politique n’existe pas uniquement dans un débat national.

                  On peut défendre le retour à la proportionnelle mais il de l’intérêt du parti socialisme(et de M. Holland) de recadrer ses élus au moment d’une élection aussi importante.

                  Cordialement


                  • Ingrid (---.---.48.150) 8 août 2006 15:17

                    Hollande a jeté le masque et mis en évidence que la « démocratie française » est une fiction. En effet, le système a été conçu pour que la classe politique soit avec les riches et que le peuple ne puisse pas censurer son comportement. Il s’en sert à fond à présent.


                  • jcbastiani (---.---.58.49) 9 août 2006 10:18

                    « les différents élus de gauche n’ont-ils pas été élus sous l’étiquette socialiste »

                    Le problem c’est que dans notre system politique ou la plus part des elections sont des elections a 2 tours, les elus, « sous l’etiquette socialiste » sont en fait elus avec la somme des voix de tous les petits candidats de gauche eliminés au premier tour. Si le parti socialiste refuse de soutenir de quelque facon ces petits candidats il me semblerait logique que les electeurs votant pour ces petits candidats refusent egalement de voter pour le parti socialiste au deuxieme tour. Pourquoi voter pour un parti qui refuse de vous representer ?

                    Votre raisonement pourrait tenir dans un system a la proportionelle ou chaque parti aurait une chance egale d’obtenir des elus. Notre system actuel donne tellement d’avantages aux partis en place que ceux-ci se doivent de montrer une democratie exemplaire. Puisqu’ils ne le font pas, ni a gauche ni a droite, la seule solution qu’ont les francais de s’exprimer est de voter pour les extremes. Et que feront nous si le deuxieme tour des elections prochaine est Le Pen contre Arlette ? Au lieu de se reformer, et de communiquer sur son projet et sur des idees, le PS essaye d’empecher encore plus les gens de s’exprimer et ne se positionne qu’en alternative peu credible au pouvoir actuel ... nous courrons donc a la catastrophe.


                  • MIMI (---.---.38.253) 8 août 2006 14:07

                    Monsieur Hollande a probablement peur que des voix de maires socialistes, des vrais, ne tombent dans l’escarcelle d’un candidat qui veut vraiment un changement de politique dans ce pays. Dieudonné M’BALA par exemple... Ce serait très amusant qu’un histrion récolte 500 parrainages. Surtout après l’ostracisme et les procès d’intention dont est victime ce clown de la part des médias sur instruction des partis politiques français. Personnellement, je ne crois plus au socialisme depuis la mort de Jaurès... Cordialement


                    • Globalia (---.---.212.160) 8 août 2006 14:08

                      « Le pluralisme politique n’existe pas uniquement dans un débat national. »

                      Si tous les partis adoptent la même politique, le pluralisme politique n’existera plus. Nous n’aurons plus le choix qu’entre le(s) candidat UMP et le(s) candidat PS. Vive la démocratie...


                      • em3xx (---.---.153.149) 8 août 2006 19:48

                        Faut-il alors que les élus PS parrainent aussi la candidature de Le Pen au nom du pluralisme politique ?

                        Ce dernier avait eu bien du mal en 2002 à obtenir 500 signatures. Je suis certain pourtant que la majorité des commentaiteurs ici ne souhaitent pas vraiment le revoir en 2007. En particulier au 2ème tour !! Même au nom du pluralisme.


                      • Armand (---.---.179.31) 8 août 2006 22:31

                        Ce n’est pas Le Pen qui est visé, mais les « petits candidats » de « gauche » et d’ « extrême gauche ». L’article l’a bien expliqué, je pense.


                      • Xavier (---.---.148.35) 8 août 2006 23:55

                        Vous avez raison, mais pour répondre plus exactement à em3xx, la question juste n’est pas « Faut-il alors que les élus PS parrainent aussi la candidature de Le Pen au nom du pluralisme politique ? » mais plutôt « les élus PS doivent-ils pouvoir parrainer aussi la candidature de Le Pen au nom du pluralisme politique ? »


                      • em3xx (---.---.153.149) 9 août 2006 00:58

                        Xavier, Je pense que les élus PS « peuvent » toujours passer outre la « directive » Hollande concernant le parainage mais ils devront surement en « subir » les conséquences au niveau des instances fédérales ou nationales. Ces élus du PS (par exemple) ne sont pas, par définition, sans parti. Il appartiennent bien à une organisation politique démocratique partageant des valeurs communes et se doivent de respecter au mieux les instances décisionnelles issues d’un vote démocratique interne.

                        Sinon, vous avez tout à fait raison Armand : la décision de Hollande ne concerne pas le parainage de Le Pen mais bien les petits candidats (sans guillement) de gauche et d’extrême gauche. Mon interrogation sur le parainage de Le Pen n’est qu’une reflexion par l’absurde poussée à l’extrême (c’est le cas de le dire) au nom du pluralisme politique réclamé dans d’autes commentaires. Désolé d’avoir tenté le second degré, ca n’a pas l’air d’avoir marché avec vous !


                      • (---.---.59.170) 9 août 2006 01:26

                        « Je suis certain pourtant que la majorité des commentaiteurs ici ne souhaitent pas vraiment le revoir en 2007 »

                        Hum, l’absence à la présidentiel d’un mouvement qui réuni un français sur 5 me semble extrémement dangereuse.


                      • Tom Tom (---.---.117.34) 9 août 2006 08:48

                        Ca leur fait un peu mal au bide aux belles ames socialistes-humanistes-solidaires-bisoux-partout de voir que le parti qui les avait tant servi en divisant la droite soit devenu LE DEUXIEME PARTI POLITIQUE EN FRANCE. Alors oui, hein, c’est pas bien du tout que les gens votent pour le FN, ils faudraient trouver un truc pour les en empecher. Bravo, les humanistes-democratiques-citoyens.


                      • jidgé (---.---.193.51) 8 août 2006 14:25

                        Au moins, Hollande est franc, lui... Ce n’est pas le cas de toutes et tous (suivez mon regard).

                        Par ailleurs, il est normal qu’un élu du PS n’aille pas cautionner des candidatures que l’on peu juger fantaisistes (Dieudonné, Bové, Jean Saint Joss, etc..) et qui affaiblissent la démocratie.

                        Si Mme Taubira veut se présenter (et je respecte profondément cette dame) , je ne pense pas qu’elle aura des problèmes pour trouver ses 500 signatures (il y a pas mal d’élus RDG à travers les maires, les élus aux cnseils régionaux, les députés, sénateurs, etc...).

                        Autant une candidature Coluche avait le don de réveiller la citoyeneté, autant les candidatures « m’as-tu vu » , ou celles qui sont téléguidées par un gros parti pour brouiller les cartes, sont nuisibles.


                        • jeantho (---.---.20.9) 8 août 2006 14:59

                          Ce qui n’affaiblit pas, TUE la démocratie, c’est un parti comme le PS qui a eu systématiquement recours à l’ « aide » du FN et l’a aidé à se développper, et qui maintenant vient pleurnicher avec « avril 2002 ».

                          Dehors, tous ces mystificateurs !


                        • jidgé (---.---.193.51) 8 août 2006 15:16

                          Chacun son choix ... Entre Sarko-Bush et un candidat du PS, de toutes façons, ce sera l’un ou l’autre

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