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Mettre fin au dopage financier : premières leçons du rachat du PSG par le Qatar

Le mercato d'hiver avec ses transferts à prix d'or soulève de nouveau la question de l'inflation salariale vertigineuse qui a fait suite à la libéralisation des transferts des joueurs (arrêt Bosman de 1995). Si le PSG n'est pas parvenu à faire venir David Beckham à Paris, il peut attirer des stars européennes, grâce aux moyens considérables permis par son rachat il y a 6 mois par le Qatar via un fonds d'investissement souverain. Dans cette note, Olivier Ferrand et Arnaud Flanquart dressent le bilan de ce rachat : si celui-ci est une bonne nouvelle pour le PSG et un football français déprimé, il n'en est pas de même pour le football européen. La présence du Qatar dans le PSG et les nouveaux budgets qui en résultent entretiennent la bulle spéculative qui s'est emparée du football professionnel et lui permet de vivre au-dessus de ses moyens. Il est urgent, pour éviter un krach du football européen, de revoir son business model et d'imposer un régulation au niveau européen.

Quel premier bilan peut-on tirer du rachat du PSG par Qatar Investment Authority (QIA), le fonds d'investissement souverain de l’émirat du Qatar, six mois après l’opération ?
 
C’est évidemment une très bonne nouvelle pour le club parisien. QIA a décidé d’investir massivement dans le PSG. Les résultats sportifs ne devraient pas se faire attendre. Le recrutement très riche à l’intersaison (avec une star, Javier Pastore, mais aussi des internationaux français comme Gameiro et Menez) a déjà permis au PSG de pointer en tête du championnat de France à mi-parcours, alors qu’il se morfondait dans le ventre mou du classement depuis de nombreuses années. Une nouvelle moisson est annoncée pour le mercato d’hiver - sans David Beckham, finalement resté à Los Angeles, mais avec déjà un nouvel entraîneur de renom mondial, Carlo Ancelotti et des rumeurs qui se portent sur des vedettes du jeu, Kaka, Tevez, Pato… Elle devrait permettre au PSG de franchir une nouvelle étape vers les sommets du football et de rivaliser bientôt avec les plus grands clubs européens.
 
C’est également une bonne nouvelle pour le football français déprimé. Pour avoir un grand championnat, il faut de grands clubs. Ce n’était plus le cas depuis la chute de l’OM de l’ère Tapie il y a près de vingt ans – l’Olympique lyonnais de Jean-Michel Aulas, dans la décennie 2000, n’ayant pas réussi à atteindre le sommet européen.
 
La stratégie de développement du sport par le Qatar est également louable. Organisation de grandes compétitions internationales au Qatar, avec en point d’orgue la Coupe du monde de football en 2022. Création à Doha d’une académie omnisports destinée à former de jeunes champions, avec des filières sportives qui atteignent déjà l’excellence internationale : athlétisme avec la naturalisation d’athlètes kényans, équitation avec le rachat de la jument française Kellemoi de Pepita, football avec les premiers succès de ses équipes de jeunes… Stratégie d’internationalisation : rachats de clubs comme le PSG ou Malaga, flocage du maillot du FC Barcelone, positionnement de la chaîne télé Al-Jazeera Sports comme un leader mondial des retransmissions sportives, notamment dans le football.
 
L’objectif pour le Qatar est de préparer l’après-pétrole. D’abord, en créant une image de marque positive et haut de gamme de ce petit émirat de 1,6 million d’habitants lové en plein désert : une telle image permet de positionner le pays comme « hub » de tourisme individuel et économique. Ensuite, en créant une véritable « industrie sportive » créatrice de valeur, et relais de croissance pour l’avenir. La France, qui a de réels atouts dans le domaine sportif, ferait bien d’analyser de près cette stratégie.
 
Tout cela est positif. En revanche, pour le football européen, la présence du Qatar dans le PSG est une très mauvaise nouvelle. Elle continue de doper la bulle financière qui s’est emparée du football professionnel, rendant de plus en plus crédible le scénario d’un crash landing contre celui, piloté par Michel Platini à la tête de l’UEFA, d’un atterrissage en douceur.
 
Le football européen est, en effet, au bord du krach. On en connaît les causes : la libéralisation des transferts des joueurs, avec l'arrêt Bosman de 1995, a entraîné une inflation salariale vertigineuse. Le salaire moyen en Ligue 1 française dépasse les 50 000 euros mensuels. Les rémunérations des stars européennes sont devenues tellement obscènes qu’on les donne désormais sur une base… hebdomadaire. Cristiano Ronaldo gagne ainsi en dix jours le salaire de toute une vie d’un employé au smic.
 
Conséquence : depuis lors, en dépit de l'explosion des recettes, notamment télévisées (multipliées par 600 en France entre 1985 et 2010), les clubs ne parviennent plus à équilibrer leurs comptes. Ils sont structurellement déficitaires : chaque année, les dépenses excèdent les recettes courantes. C’est le cas du PSG : tous les exercices sont déficitaires depuis dix ans, avec presque 300 millions de déficits cumulés. Dès lors, pour éviter la faillite, les clubs recourent à des expédients.
 
Le premier expédient a été l’endettement. L'endettement des clubs dépasse les 15 milliards d'euros – pour quelques dizaines de PME à travers l’Europe. Ceci a été rendu possible par le laxisme du contrôle financier sur les clubs : seule la France possède une Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG). Et par un subterfuge du système comptable, qui autorise – exception sans équivalent dans aucun secteur économique – à considérer les joueurs comme des actifs financiers, gonflant ainsi artificiellement le bilan des clubs présenté aux banques. Mais le surendettement atteint aujourd’hui ses limites ultimes.
 
Le deuxième expédient a été la spéculation sur les prix de transfert des joueurs. Le club acheteur verse une indemnité de transfert lors de l’achat d’un joueur ; il reçoit une indemnité lorsqu’il le revend. La hausse continue du marché des joueurs a permis aux clubs d’engranger des plus-values financières systématiques et de boucler ainsi leurs budgets. Mais cette hausse est artificielle, alimentée par les clubs et les agents (rémunérés sur ces prix de transferts). Elle atteint ses limites, avec des niveaux déconnectés de toute réalité économique : 100 millions d’euros pour le transfert de Cristiano Ronaldo au Real Madrid… Le marché des joueurs est désormais un marché spéculatif proche de celui des subprimes immobilières américaines : dès qu’il se retourne, c’est le krach généralisé.
 
Pour éviter le krach, l'UEFA et son président Michel Platini ont instauré des règles de fairplay financier qui imposent, notamment, une limitation des déficits. Objectif : dégonfler la bulle en douceur.
 
Problème : un nouvel expédient a pris le relais pour proroger le dopage financier du football européen – l’arrivée de mécènes. Ces donateurs providentiels (milliardaires, fonds souverains) n’investissent pas dans le football avec une logique de rentabilité : ils agissent pour le prestige, le réseau social, l’influence diplomatique, voire pour des raisons plus équivoques. Dès lors, ils alimentent la bulle spéculative du football.
 
C’est typiquement le cas avec l’arrivée de QIA dans le PSG. Des transferts inflationnistes : 100 millions investis à l’intersaison, avec un prix déraisonnable pour Javier Pastore (43 millions d’euros, alors que sa côte ne dépassait pas les 20 millions). Un budget salarial pour le club en hausse de près de 40 %. En d’autres termes, QIA contribue à ce que l’économie du football continuer de vivre au-dessus de ses moyens.
 
Pour éviter une faillite généralisée du foot européen et rétablir une certaine équité sportive, Terra Nova a fait des propositions dans un récent rapport[1]. L’instauration d’un plafonnement salarial (salary cap), sur le modèle des ligues sportives américaines (type NBA), pour mettre un terme à l’inflation salariale. L’interdiction des plus-values financières sur les joueurs : les dépenses des clubs doivent être financées par les recettes commerciales pérennes, pas par de la cavalerie sur les contrats des joueurs. La création d’une DNCG européenne pour contrôler les comptes des clubs.
 
Il est nécessaire également de limiter l’apport de capitaux des mécènes extérieurs. L’UEFA s’est engagée dans cette voie : les règles du fairplay interdiront, sous peine d’exclusion des compétitions européennes, le financement récurrent des déficits par l’actionnaire. Un club doit être rentable et ne peut être maintenu artificiellement en vie par son mécène. On peut aller plus loin : que la DNCG européenne ait un pouvoir de contrôle sur l’achat d’un club par un nouvel actionnaire. Elle vérifierait l’origine des fonds et validerait le business plan de l’acheteur. Si ce plan n’a pas pour objectif la rentabilité, ou si les fonds ne sont pas fiables, l’achat pourrait être repoussé.
 
Le football professionnel a besoin de régulation économique. Il est grand temps que le politique se mêle de ce secteur et vienne à l’appui de ceux, au sein du mouvement sportif, et Michel Platini en tête, qui tentent de dompter son hybris auto-destructrice. Il y a urgence.
 
Consulter la note intégrale

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6 réactions à cet article    


  • bluerage 19 janvier 2012 11:23

    Si vous voulez arrêter l’inflation au foot arretez de regarder ce sport de merde

    L’autodestruction du foot ? La bonne nouvelle du siècle !


    • Robert GIL ROBERT GIL 19 janvier 2012 11:26

      Le Qatar aime tellement la France, qu’il a décidé de se la payer… au sens propre. De se payer sa classe politique, ses grandes entreprises, sa fiscalité, ses grandes écoles, son patrimoine immobilier, ses footballeurs… Et cela ne semble gêner personne. La simple addition des liens établis en France par le Qatar et des intérêts acquis a pourtant de quoi inquiéter.....
      http://2ccr.unblog.fr/2011/12/18/comment-le-quatar-a-achete-la-france/


      • devphil30 devphil30 19 janvier 2012 14:26

        Effectivement la France est en vente petit à petit , telle les théories de Milton Friedman des chicago boys 


        Mais pour qu’une vente se fasse il faut un vendeur et un acheteur et nous pouvons hélas constaté que le vendeur est prêt et les acheteurs semblent nombreux 

        Philippe 

      • devphil30 devphil30 19 janvier 2012 14:25

        Il y a d’autres choses à faire avec tout cet argent ......


        Philippe 

        • xray 19 janvier 2012 19:10


          Le Qatar a les mains pleines de pétrole et de sang Libyens. Le Qatar peut jouer les généreux. 

          Si avec le Qatar derrière lui, le PSG ne marque pas de points, le PSG pourra encore faire appel à l’OTAN. 
          Quelques missiles sur la tête des adversaires et le PSG risque de marquer des buts. 

          UNESCO,  Fiche nous la PAIX ! 
          http://echofrance36.wordpress.com/2008/10/29/unesco/ 



          • bakerstreet bakerstreet 19 janvier 2012 19:19

            A qui s’adresse l’opinion tout à fait défavorable de l’article ?

             A son analyse, ou au sujet traité.

            Les mots qui reviennent sont ceux de l’économie libérale : Objectif, investissement, stratégie.
            Une seule fois le mot équité, mais pas celui de « morale », et quand au mot « valeur » il est vu dans sa notion marchande.
            Le sujet traité est émotionnellement à l’inverse : Il suffit de faire un tour dans un stade pour voir que les cris des supporters ne sont pas de cette acabit :
             « Va donc , hé, mauvais investisseur !.... »
             
            L’article est certainement honnête dans ce qu’il traite, mais bien qu’un peu critique, ne prend pas la mesure du ras le bol de la plupart des gens de ce soi-disant phénomène mondial (occulté par le cri des braillards !.
            Même l’amateur de football finit par avoir honte de regarder un match, et beaucoup refusent maintenant d’aller sur un stade pour continuer à financer cette mafia.

            Que penser des médias dont l’ouverture des journaux commencent par annoncer les résultats de ces foutus matchs.

            La mégalomanie et la bêtise des joueurs (dont le pourcentage de délits et d’actes criminels allant jusqu’au viol est assez remarquable) n’arrangent rien, centrifugés par les messages de haine et d’inconditionnalité de certains supporters.

            Le football a besoin de régulation économique, dites vous !

            Ok dans le sens où il faudrait l’empêcher d’investir dans ce secteur, car on sait les ravages qu’elle produit, en suscitant passion, et en encourageant la pulsion, l’envie, la domination, l’identification et la bêtise, maitres mots pour les commerciaux pour vendre leur camelote, maillots, drapeaux et j’en passe  !

            Mais j’ai bien peur que vous ne l’entendiez pas ainsi

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