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Accueil du site > Actualités > Politique > Mondialisation et modèle social : rattrapons le temps perdu

Mondialisation et modèle social : rattrapons le temps perdu

La mondialisation et l’Europe font des boucs émissaires faciles. Mais le problème de la France n’est pas économique et mondial, il est avant tout social et national.

La mondialisation et l’Europe font des boucs émissaires faciles : ne sommes-nous pas victimes d’une alliance entre les "gnomes de Londres et de New York" qui dirigent le capitalisme financier, et les "technocrates de Bruxelles" qui emmènent la France vers un modèle libéral, et ouvrent la porte aux précédents ?

En réalité, nos maux ont deux causes. D’abord, un ensemble de décisions nationales, qui ont conduit à réduire fortement les barrières douanières ou réglementaires à l’entrée comme à la sortie du territoire, et décloisonné les marchés financiers. Ces évolutions sont désormais portées par l’Europe, mais d’une façon qui ne fait que prolonger ce que nous avions entamé, et que nous aurions poursuivis, seuls et d’une façon moins favorable. Faut-il les regretter maintenant  ? Ce serait oublier que, dans un premier temps, ces décisions ont permis de nettement stimuler la croissance française. Notre problème est donc moins d’avoir pris ces décisions que de ne pas avoir préparé la France aux suites logiques de ces décisions. L’Europe est parfois mise en cause, mais pourtant les Fonds sociaux européens existent : ils ont été en France saupoudrés sans cohérence, au lieu de venir appuyer une politique ambitieuse de sécurisation des parcours professionnels. N’accusons pas l’Europe de maux dont la cause est doublement nationale  : d’abord, en n’ayant pas suffisamment négocié l’aide aux « perdants » de la mondialisation, ensuite en n’ayant pas construit un système d’assurance-emploi adapté.

L’autre cause de nos maux tient au décollage économique de pays tels que l’Inde ou la Chine. Nous avons commencé à nous ouvrir au monde en étant les maîtres du jeu, exportant des produits que nous seuls savions produire - nous pensions échanger des logiciels et des voitures de France contre des vêtements indiens et du thé de Chine - et nous prenons conscience du fait que les Indiens peuvent écrire des logiciels, les Chinois peuvent construire des voitures. L’échange est toujours possible, mais pas au même prix. Par ailleurs, la Chine et l’Inde vont, en se développant, utiliser des ressources que nous avions en grande partie captées à notre profit, dont le pétrole ou l’air pur - le niveau de pollution occidental supportable à petite échelle ne l’est pas à l’échelle mondiale.

Ces deux phénomènes - perte du pouvoir de "monopole" de la France dans la production de produits complexes, et tension sur les prix des ressources rares - créent une pression forte à la baisse de notre pouvoir d’achat. Ceux qui imputent cette baisse - et ses conséquences en termes d’emploi - à la mondialisation se trompent : elle est avant liée au fait que nous retournons vers une situation "normale", dans laquelle une plus grande partie de la population mondiale prétend au même développement que nous.

Aurions-nous pu agir autrement ? C’est peu probable : les évolutions technologiques auraient rendue inéluctable une ouverture économique au moins partielle : on peut bloquer les camions à nos frontières, mais il est impossible de bloquer durablement l’accès des pays émergents aux produits immatériels et l’échange de savoir par Internet. La seule alternative aurait été l’autarcie - ce qui aurait signifié, entre autres, ne pas avoir de pétrole, ni d’ordinateur, ni de nucléaire. Nous n’aurions pas davantage pu maintenir l’Asie en situation de sous-développement à notre profit. Enfin, moralement, il ne faut pas regretter d’avoir quitté un système colonial que nous n’aurions de toute façon pas pu maintenir.

Que faire ? Le choix n’est plus entre freiner une internationalisation inévitable et fuir en avant vers un modèle libéral. Nous devons plutôt rattraper le temps perdu : avant d’opérer notre transition vers une économie de marché, nous aurions dû commencer par consolider notre système de protection sociale. Il a trois défauts : son financement (par des cotisations pesant surtout sur l’emploi peu qualifié), son efficacité réduite contre les risques du parcours professionnel, et son pilotage qui dilue la responsabilité et le contrôle entre Etat et partenaires sociaux. Or l’ouverture internationale se traduit précisément par une réduction des produits issus de main-d’œuvre peu qualifiée, une accélération des restructurations et une responsabilité claire, sans laquelle aucune évolution n’est possible.

Notre problème n’est donc pas économique et mondial, il est avant tout social et national. Pour en sortir, il y deux voies : la rupture libérale, qui transfère le risque économique à des salariés qui ne pourront rien faire d’autre que le subir, ou la réforme sociale, qui mutualiserait ce risque et accompagnerait mieux la recherche d’emploi et la formation. Dans tous les cas, il faut regarder le monde en face, et aller de l’avant. Et la présidentielle de 2007 ne sera utile que si elle permet de trancher entre ces deux voies, et d’apporter enfin une réponse à notre crise sociale.


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16 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 25 octobre 2006 12:29

    Bof. On nous a expliqué - et il y a toujours des gens qui nous le disent - que la mondialisation serait positive si l’on investissait dans l’enseignement et la recherche en se spécialisant et que notre niveau de vie augmenterait. Maintenant vous nous dites que les indiens et les chinois en font autant et qu’il faut repenser notre modèle social.

    Est-ce qu’il n’est pas plutôt temps de repenser la mondialisation ? La fin des douanes était-elle « inéluctable » et nous a t elle profité ? J’ai un gros doute là-dessus.

    Donc désolé je reste sur la théorie des gnomes. Des polygnomes en l’occurrence.


    • (---.---.37.70) 25 octobre 2006 12:31

      « La mondialisation et l’Europe font des boucs émissaires faciles. »

      Aucun rapport. Le probléme de la France est dû à une trop forte imposition qui étrangle l’économie, impositions qui sert à entretenir (sous prétexte de redistribution) des millions de fonctionnaires à la productivité quasi nul, ou au services qui n’interessent pas les français, bref destructeurs de valeur.

      La perte de croissance était jusqu’à present compensé par 20 à 25% d’emprunt de l’Etat chaques années réinjecté dans l’économie. Cette « relance de la consomation », du gaspillage, arrive à son terme. La croissance devrait donc tomber autour de 1% dans les décénies à venirs. La gauche (syndicat des planqués et des fonctionnaires) le sait bien, et lutte contre tout changement. Mais il est inévitable. La faillite de l’Etat, comme en Argentine, n’est plus pour trés loin.


      • etonne (---.---.251.123) 25 octobre 2006 17:49

        combien de fois faudra-t-il vous dire que la notion de productivité n’a pas de sens dans un SERVICE publique exemple : le secrétaire chargé de l’état civil même dans une grande ville n’a pas beaucoup d’actes à enregistrer. vous criez haro sur sa non productivité, mais que se passerait-il, si pour enregistrer une naissance ou un décès on vous disait par souci de rentabilité les actes sont remplis une fois par mois par une entreprise délocalisée en chine ?

        raz le bol des anti fonctionnaires primaires


      • Bef (---.---.205.80) 25 octobre 2006 18:31

        Ras-le-bol des pro-service publiC primaires ! La rentabilité dans le service public n’est ni plus ni moins que le souci de faire au mieux pour le public en évitant de gaspiller son argent ! Qui a dit qu’il fallait délocaliser l’état civil ? Par contre on peut raisonnablement se demander dans quels domaines l’état doit intervenir (transport ? énergie ? industrie ?). C’est quand même la moindre des choses que les contribuables (ceux qui PAYENT) aient un droit de regard et un avis sur la façon dont sont engagées les dépenses !


      • Stephane Klein (---.---.19.227) 25 octobre 2006 12:53

        Comme en foot, si nous perdons, ca n’est pas parce que les autres sont forts, c’est parce que nous sommes faibles.

        Et si nous sommes faibles c’est parce qu’il y a un joueur qui joue son jeu perso en s’impliquant moins que les autres et parce qu’un autre refuse carrement de jouer sous pretexte que l’entraineur et le capitaine ont pris de decisions qui ne lui conviennent pas. Du coup, les autres joueurs doivent en faire plus pour garder l’equipe dans la course mais tout le monde rechigne a mettre les deux fautifs devant leurs responsabilites par caouardise et non chalance.

        Du coup, l’equipe devisse lentement mais surement et la solution ne pourra etre qu’une remise en causes de joueur fautifs par l’integralite du reste de l’equipe.


        • DEALBATA (---.---.166.140) 25 octobre 2006 13:03

          C’est curieux, plus nous prenons conscience des choses, moins nous avons de solutions pour en sortir. Comme si cette soit-disante ouverture au monde et son inextricable complexité cachait en elle-même un message subliminal nous suggérant : « Ce monde là est une impasse, regarde derrière toi, tu connaissais beaucoup moins de chose mais tu étais certainement plus heureux. » Avant, bien avant, c’était mieux, lorsque le soleil de l’innocence éblouissait notre être radieux.


          • Internaute (---.---.202.249) 25 octobre 2006 19:47

            Au risque de me répéter, la mondialisation revêt plusieurs aspect et n’est pas à prendre ou à laisser en bloc.

            Ce qu’il faut rejeter c’est la politique de mise en concurrence déloyale, libre et non faussée, des européens avec les esclaves du tiers monde. Maurice Allais propose des quotas d’importation vendus aux enchères, le FN propose une taxe d’importation alimentant un fond qui servirait à subventionner nos exportations. Toutes les bonnes idées sont à prendre. La seule idée qui est mauvaise est l’immobilisme, celle qui consiste à croire que la mondialisation est inéluctable. Je leur rappelle que la consommation d’absynthe aussi était inéluctable, de-même que le nazisme ou l’internationale socialiste.

            La seule chose inéluctable sont les évolutions techniques. Etablir les règles du jeu est du ressort des gouvernements. Bien entendu avec des fallots il ne se passe rien et on se contente de subir.

            Disons non au mercantilisme international. Tous les pays riches qui n’ont rien compris à son fonctionnement périclitent à grande vitesse. Aux USA tout fout le camp. GM et FORD licencient à tout de bras, Ford venant d’annoncer la fermeture de 16 usines. Leur dette est insurmontable et tout le système finira par tomber comme un chateau de carte.


            • ber (---.---.94.93) 25 octobre 2006 22:20

              il faut créer les robots de demain (pas cher) qui vont remplacer tout le travail humain (les robots peuvent tout faire en mieux, meme l’art) ainsi la clef du systeme social va se poser pour tous globalement dans les memes termes et l’homme au centre cette fois au lieu de l’économie devra trouver ( ou choisir) quel est l’aboutissement qu’il recherche ( exemples : conquete spatial ,réparation de la nature ...) : je suis électronicien, oui je m’en occupe et je ne suis pas seul


              • KF4U (---.---.69.144) 25 octobre 2006 23:10

                Arrêter de dire du mal des fonctionnaires, il y a beaucoup de boîtes privées où c’est guère mieux mais Chut c’est tabou faut surtout pas en parler...


                • personne (---.---.42.18) 26 octobre 2006 12:12

                  C’est quoi la productivité du service public ?

                  - A l’hôpital : Multiplier les actes par médecin et infirmière au détriment de la qualité de ces actes : D’après la tendance actuelle, il deviendrait bientôt plus rentable d’amputer une jambe plutôt que de la soigner (amputation vite faite, bien faite contre soins longs et incertains). Mais alors, quid de la productivité de l’amputé ?

                  - Dans la justice : Expédier les dossiers sans regarder vraiment le fond, sans tenir compte des doléances ? Cela impliquerait un plus grand recours aux appels de toutes sortes et donc encombrerait encore plus un système qui n’en a pas besoin.

                  - Dans la police : Interpellation faciles : consommateurs de cannabis, étrangers en situation irrégulière au détriment de la chasse aux vrais nuisibles que sont les détrousseurs de grand mère et autres personnes prêtes à tout pour le gain. Seulement pour les attraper eux, il faut s’investir plus en terme de moyens et de personnels d’où une rentabilité moindre.
                  - etc etc...

                  Toutefois, je suis d’accord pour dire qu’il existe un gapillage monstrueux dans l’administration et la fonction publique.

                  Il suffit pour s’en convaincre de lire les rapports de la cour des comptes chaque année, tous plus scandaleux les uns que les autres.

                  Mais quand suivra t’on les prescriptions de cet organisme ? A moins qu’on ne vire les fonctionnaires pour faire des économies....


                  • personne (---.---.42.18) 26 octobre 2006 13:50

                    Comment peut on lutter économiquement avec des pays qui ne respectent pas les mêmes règles que nous ? Les ouvriers sont payés au lance-pierre, sans protection sociale, sans sécurité sociale, sans syndicats. Evidemment pour ces ouvriers, c’est malgré tout mieux qu’une vie encore plus misérable aux champs. Mais alors les pays émergeants sont plus productifs que nos vieilles économies sécurisées et on se prend la différence de plein fouet.

                    A part en rétablissant des barrières douanières (comme ne s’en privent pas les états unis, chantres du libéralisme) ou en imposant à ces pays le respect de certaines règles élémentaires du droit international du travail sous peine de taxer leurs exportations, je ne vois pas bien comment inverser la vapeur.

                    A moins de renoncer nous-mêmes à nos acquis sociaux ?

                    Qu’en pensez vous ?


                  • Creeretrepartir 26 octobre 2006 14:18

                    En fait le fait que ces pays ne respectent pas les mêmes conditions de travail (meme s’il pose probleme du pt de vue moral) ne pose pas, à moyen terme, de probleme d’emploi global : en effet, en echange des t-shirts qu’ils produisent, ils veulent autre chose (des airbus, ou des logiciels achetés à un pays qui lui même achete des produits francais). En economie il n’y a pas durablement de « trou noir », ie un pays qui exporte tout et n’importe rien (ce qui signifierait que ses habitants exporteraient sans rien demander en echange).

                    Quand un pays est temporairement en situation d’exporter plus, son taux de change s’ajuste à court ou moyen terme. Dans le cas de la CHine, il est fortement soutenu mais ca ne peut pas durer éternellement...

                    V


                  • Creeretrepartir 26 octobre 2006 14:25

                    (suite du message précédent)

                    En revanche la situation que vous poser crée des (gros) problèmes dans les secteurs qui deviennent non compétitifs du fait de cette concurrence. Il y a plusieurs outils pour y répondre : - des protections temporaires (ce fut le cas dans l’automobile en France) le temps que l’entreprise nationale gagne en compétitivité afin « d’amortir le choc » - des protections plus fortes (barrières à l’entrée, protections durables), qui protegent plus les salariés en place (mais ne poussent pas à devenir concurrentiel : le jour ou ces protections tombent ou son contournées, comme dans le textile, le choc est encore plus violent) - une « assurance emploi » (cf texte ci-dessus).


                  • simbad (---.---.198.18) 31 octobre 2006 11:06

                    je suis entierement d’acord. que les nations unis s’ocupent de ce probleme. l’esclavage utilise par les nation comme la chine l’inde et les autre pays pauvres est une danger pour toute l’humanité. et ce danger doit etre pris vraiment au serieux. obliger les fauitfs a payer les ouvriers a leur juste valeur, la concurence deviene saine et tous les peuples ont a gagner


                  • www.jean-brice.fr (---.---.108.44) 26 octobre 2006 19:13

                    Ce qu’on appelle « mondialisation » est en fait un processus de confiscation mondiale de la souveraineté populaire au profit de réseaux de pouvoirs transnationaux, sélectionnés par l’argent dans lesquels les élites américaines et le dollar jouent un rôle prépondérant. signé E. HUSSON, maître de conférences à la Sorbonne.


                    • Zamenhof (---.---.52.144) 26 octobre 2006 22:24

                      « C’est quand même la moindre des choses que les contribuables (ceux qui PAYENT) aient un droit de regard et un avis sur la façon dont sont engagées les dépenses ! »

                      eh oui ! c’est justement l’avantage des services publics, le citoyen peut demander des comptes, et les hommes politiques se snetent obligés d’y veiller.

                      Le capitaliste lui ne cherche qu’à entuber au mieux ses clients, les rendre le plus possibles pieids et mains liés, qu’ils payent le plus possible pour un service qui coute le moins possible à la holding qui controle les actions de l’entreprise. voyez seulement les banques de maintenant, les fournisseurs d’accès internet, les plate-forme d’appel, etc, etc Et si la SNCF et les PTT pratiquent maintenant un tel mépris deu client, c’es bien que depuis qq années ils prennent (en vue de leur future privatisation j’imagine) un comportement d’entreprise privée. Très différent de ce qu’il était il y a 40 ans ...

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VV

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