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Accueil du site > Actualités > Politique > Monique Pelletier, humaniste et féministe sans l’appellation

Monique Pelletier, humaniste et féministe sans l’appellation

« Si le mot bonheur a un sens, je peux me flatter de l’avoir compris mieux que les autres. J’avais tout : un mari brillant qui m’aimait, sept enfants merveilleux, un travail passionnant. On était en 1978 : je venais d’être nommée ministre. Pouvait-il rien m’arriver ? Le bonheur ? La chance ? Le hasard ? Qu’on appelle cela comme on voudra. Mais trop de bonheur, peut-être, trop de chance, trop de hasard. Le jour de Noël de cette année-là, notre vie a basculé. Jean-Marc, mon mari, victime d’une thrombose de la carotide, a sombré dans un coma profond qui l’a conduit aux portes de la mort. Quand, enfin, il s’est réveillé, je l’ai regardé sans comprendre. Rien ne me rappelait l’homme que j’aimais, sinon la certitude que c’était ainsi qu’il était désormais : vivant, oui, mais paralysé, hémiplégique et aphasique. Nous avons dû, l’un et l’autre, reconstruire nos vies. Elles ont, l’une et l’autre, trouvé un nouveau sens, pris une nouvelle direction, au-delà de la ligne brisée. » (Monique Pelletier, "La Libre brisée", 5 octobre 1995).

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Je tiens à rendre hommage à une grande dame peu connue maintenant mais qui a tenu un rôle important il y a une quarantaine d’années. Monique Pelletier fête ses 90 ans ce lundi 25 juillet 2016, un anniversaire que j’accompagne de mes vœux les plus sincères de bonne santé.

Monique Pelletier fait partie de ces femmes qui ont été nommées au gouvernement par le bon vouloir présidentiel, sans avoir suivi la longue route du métier politique dont la nomination ministérielle constitue alors la consécration. C’est Valérie Giscard d’Estaing qui commença ce genre de nominations avec Alice Saunier-Seïté, Simone Veil, Françoise Giroud et Monique Pelletier, même si historiquement, pour être exact, on pourrait remonter à Léon Blum qui nomma le 4 juin 1936 dans son gouvernement la physicienne Irène Joliot-Curie alors que les femmes n'avaient pas encore le droit de vote.

Mais tous ses successeurs, sans exception, ont fait de même. Quelques exemples qui me viennent à l’esprit : Nicole Questiaux nommée par François Mitterrand ; Christine Albanel et Claudie Haigneré nommées par Jacques Chirac ; Rachida Dati, Rama Yade et Jeannette Bougrab nommées par Nicolas Sarkozy ; Audrey Azoulay et Fleur Pellerin nommées par François Hollande. Je ne parle pas évidemment des femmes qui ont consacré toute leur vie à la politique, comme Delphine Batho par exemple, qui existent en dehors du Président qui les a rendues ministres.

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À l’époque de Valéry Giscard d’Estaing, d’ailleurs, le machisme étant encore tellement répandu dans le milieu politique que ce "fait du prince" avait l’allure d’une véritable ouverture vers la "vraie" société (je n’emploie pas l’expression "société civile" qui laisserait entendre que le milieu politique serait soit militaire soit cléricale). Ce type de nominations peut d’ailleurs aussi se faire avec des hommes qui n’ont pas de légitimité politique personnelle à l’origine, comme c’est le cas avec Emmanuel Macron, mais aussi avec Georges Pompidou, Raymond Barre, Frédéric Mitterrand, etc.


Juriste

Avant d’être ministre, Monique Pelletier, avocate au barreau de Paris juste après la Seconde Guerre mondiale, a voulu travailler comme juge au tribunal pour enfants de Nanterre, ce qui lui permettait d’élever ses nombreux enfants, et elle s’est impliquée dans l’engagement des femmes au sein du parti centriste CDP (Centre Démocratie et Progrès) qui fut le mouvement des centristes qui ont rejoint Georges Pompidou en 1969, puis elle a adhéré au parti républicain (le parti giscardien). Dans ce cadre, elle a eu un mandat municipal à Neuilly-sur-Seine à partir de 1971.

Comme juge s’occupant notamment des adolescents, Monique Pelletier avait une connaissance très bonne des problèmes de drogue et aucune étude sérieuse n’avait été encore réalisée sur cet enjeu pourtant important. Elle fut donc chargée d’une mission par le Président Valéry Giscard d’Estaing sur la toxicomanie mais son rapport (qui est encore une référence aujourd’hui) fut peu apprécié par la majorité de l’époque, même si elle a gardé le soutien présidentiel, car elle recommandait de porter beaucoup attention aux toxicomanes pour les désintoxiquer.


Ministre des femmes

C’est le 3 avril 1978 que Monique Pelletier fut connue du grand public par sa nomination dans le troisième gouvernement de Raymond Barre comme Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Justice Alain Peyrefitte, vieux routard de la politique. Elle fut ensuite nommée, directement auprès du Premier Ministre, Ministre déléguée à la Condition féminine le 11 septembre 1978 et le resta jusqu’au 4 mars 1981, date de sa démission pour se consacrer totalement à la campagne présidentielle en faveur du candidat Valéry Giscard d’Estaing (elle était son porte-parole).



Ses trois années au gouvernement, Monique Pelletier les a marquées par deux lois importantes, l’une, la loi n°79-1204 du 31 décembre 1979, pour reconduire la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse (rendant définitives les dispositions de la loi n°75-17 du 17 janvier 1975 qui n’a été adoptée qu’à titre expérimental pour une durée de cinq ans), et l’autre, la loi n°80-1041 du 23 décembre 1980 (c’est très récent) pour considérer que le viol est un crime. Elle aurait voulu faire avancer la législation pour renforcer les capacités des femmes à s’engager aux élections, notamment avec le principe de parité qui fut adopté seulement vingt années plus tard.

Après l’échec de Valéry Giscard d’Estaing le 10 mai 1981, elle a elle-même échoué aux élections législatives de juin 1981 dans la première circonscription d’Eure-et-Loir. Elle a alors quitté la vie politique et est redevenue avocate.

Monique Pelletier a fait un court retour dans la vie politique en acceptant sa nomination par le Président Jacques Chirac comme membre du Conseil Constitutionnel le 28 mars 2000. Elle prenait la "lourde" succession de Roland Dumas, Président en titre de cette noble instance et démissionnaire pour des raisons judiciaires (Yves Guéna assurant la succession de la Présidence). Elle a ainsi seulement terminé ce mandat jusqu’au 8 mai 2004.

Comme on le voit, Monique Pelletier n’a jamais été une militante estampillée féministe mais sans paillettes ni trompettes, elle a fait considérablement progresser la cause des femmes durant les années 1970.

Et plus généralement, elle a fait progresser le regard que le monde politique pouvait porter sur les enjeux de société. Au-delà du viol, qu’elle a contribué à criminaliser (on peine à croire qu’il a fallu attendre 1980 pour que le viol fût reconnu comme un crime), elle a beaucoup travaillé sur la drogue (par sa profession de juriste), elle a fait aussi beaucoup de propositions pour réformer la justice et le système carcéral particulièrement inhumain.


Dépendance et handicap

En outre, parce qu’elle a été touchée de plein fouet, elle a été très sensibilisée aux problèmes de dépendance et de handicap alors que la France a un énorme retard pour mieux intégrer dans la société les personnes en situation de grand handicap.

Ce ne fut que le 5 octobre 1995, lors de la publication de son livre de témoignage "La Ligne brisée" (éd. Flammarion), que Monique Pelletier raconta son parcours de combattante comme accompagnante de son mari qui, victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) le 25 décembre 1978, était tombé en situation de grand handicap. Ce combat a bouleversé sa vie (leur vie) alors qu’elle était ministre. Combat personnel mais aussi public puisqu’elle a beaucoup agi pour humaniser les hôpitaux, pour mieux accompagner la fin de vie, dénoncer les dérives de l’euthanasie, etc. Elle reste encore présidente d’honneur du Conseil national Handicap dont la mission est de modifier le regard et le comportement des personnes valides envers celles qui ne le sont pas ou plus.


« Honte à moi de mon silence ! »

Son plus récent combat concerne le harcèlement sexuel sur les femmes en politique. Il a fallu attendre le scandale le 9 mai 2016 d’un député écologiste, grand "prédateur" sexuel au sein de son parti, cinq ans pourtant après l’affaire Dominique Strauss-Kahn, pour que les langues se déliassent. Le lendemain, effectivement, Monique Pelletier a reconnu, avec le sentiment de honte, avoir été victime, elle-même, d’un prédateur sexuel en 1979.

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Après un tweet très succinct : « Les victimes parlent. Enfin, bravo ! Ministre des femmes en 1979, j’ai été agressée par un sénateur. Honte à moi de mon silence ! » (10 mai 2016), elle a expliqué dans "Le Journal du dimanche" qu’elle devait défendre la loi de reconduction de la loi Veil devant les sénateurs. Elle a rendu alors, comme le voulait la tradition, une visite de courtoisie au président de séance, et ce dernier l’a brutalisée très bestialement sur un coin de cheminée, à son bureau : « Je ne pouvais pas bouger, et c’était un baiser complet. ». Certes, elle a pu reprendre le dessus : « Je lui dis : mais qu’est-ce qui vous arrive, vous êtes malade ? Je lui ai exprimé que c’était scandaleux, qu’on ne se jetait pas comme ça sur les gens. Il était tout rouge et avait la queue basse, je peux vous le dire ! » (10 mai 2016).

Pourtant, à la sortie du bureau sénatorial, elle n’a rien révélé. Elle savait qu’en en parlant sur le moment même, on lui aurait retiré la défense d’une loi à laquelle elle tenait : « Si j’avais parlé, on aurait remis la séance, car on aurait dit que dans l’état où j’étais, je n’étais pas en état de soutenir le débat. Et je connais quelqu’un qui se serait précipité pour prendre ma place ! ».

Aujourd’hui, le délai de prescription est dépassé depuis très longtemps et elle n’avait aucune preuve à l’époque, alors qu’avec les nouvelles technologies, le moindre sms peut maintenant faire preuve de harcèlement : « Je suis de celles qui considèrent que c’est très grave. ».


Une octogénaire plantait…

Un article du journal "Le Figaro" du 20 décembre 2011 explique que Monique Pelletier, inlassable travailleuse, devait être inspirée de la fable de La Fontaine "Le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes" qui commence ainsi : « Un octogénaire plantait. Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge ! disaient trois Jouvenceaux, enfants du voisinage. », tant elle reste encore active dans ses combats.

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Et la fable poursuit ainsi : « Je vous prie, quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ? (…) À quoi bon charger votre vie des soins d’un avenir qui n’est pas fait pour vous ? Ne songez désormais qu’à vos erreurs passées, quittez le long espoir et les vastes pensées. »

Maintenant, la voici nonagénaire.
Qu’elle prenne bien soin d’elle !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juillet 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Alain Peyrefitte.
Dépendances.
Situation de grand handicap.

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5 réactions à cet article    


  • fred.foyn Le p’tit Charles 25 juillet 12:36

    ? ??????????????????????????????????????????????????????????????????????

     !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    000000000000000000000000000.....bonne journée

    • La mouche du coche La mouche du coche 25 juillet 17:09

      Cette femme est au mieux une idiote utile à l’empire capitaliste, au pire une véritable enfoirée de politique (pléonasme), employée de la Banque. J’hésite entre les deux. smiley


    • sarcastelle 25 juillet 17:05

      Rassurez-vous, Sylvain ! 

      Le viol était un crime bien avant 1980 ! 
      J’ouvre mon code pénal de 1824, imprimé sous Louis XVIII (le fond datant du premier Empire) à la section Attentats aux moeurs  : 
      .
      Article 331 
      Quiconque aura commis le crime de viol, ou sera coupable de tout autre attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence sur des individus de l’un ou l’autre sexe, sera puni de la réclusion
      .
      Vous êtes rassuré ?
      Vous êtes soulagé d’apprendre que vous n’avez jamais vécu dans un pays où le viol était infraction mineure ? 


      • Olivier Perriet Olivier Perriet 26 juillet 10:20

        « 

        Monique Pelletier, humaniste et féministe sans l’appellation »

        on peut faire une contrepéterie sur ce titre ?


        • microf 26 juillet 10:44

          Humaniste ? certainement pas.
          "Ses trois années au gouvernement, Monique Pelletier les a marquées par deux lois importantes, l’une, la loi n°79-1204 du 31 décembre 1979, pour reconduire la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse (rendant définitives les dispositions de la loi n°75-17 du 17 janvier 1975 qui n’a été adoptée qu’à titre expérimental pour une durée de cinq ans)".
          Pourrait-on faire le bilan du nombre d´enfants tués dans le sein de leurs mères á cause de cette loi ?.

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