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Accueil du site > Actualités > Politique > Monsieur le Préfet, moi La Mô, porte parole des SDF de Strasbourg…

Monsieur le Préfet, moi La Mô, porte parole des SDF de Strasbourg…

2008– Strasbourg. Capitale européenne des droits de l’Homme.

« Nous ne sommes pas dans un choix de vie, nous sommes dans la survie » explique LaMô, Porte-parole du Collectif SDF de Strasbourg.

Ce Collectif n’est pas un regroupement d’associations travaillant sur la question du mal-logement, ce Collectif est un rassemblement de SDF de Strasbourg qui ont souhaité être partie prenante dans les négociations et les décisions les concernant. Il réfute l’appellation SDF et demande la reconnaissance de la privation de leur droit à vivre dans un logement sous l’appellation « personnes privées de logement ».

Le Collectif est aussi un réseau de solidarité organisée et concrète qui s’illustre au quotidien.

« L’urgence du toit, c'est toute l'année et non une urgence hivernale » précise LaMô.

Comment accepter qu’au 15 mars, chaque année, des personnes soient jetées dehors jour et nuit jusqu’à la mi-novembre ?

Comment accepter, qu’à la mi-novembre, des personnes soient jetées à la rue de 8 heures du matin jusqu’au soir et que cela recommence ainsi tous les jours : « Dehors » de 8 heures du matin jusqu’au soir et ce jusqu’au 15 mars. Puis, « Dehors ! » de jour comme de nuit.

C’est en 2008 que le Collectif s’est créé et progressivement organisé. Des négociations avec la préfecture lui permet d’obtenir la mise à disposition de logements vides pour certains depuis 20 ans en attente de démolition. L’attribution leur est faite pour deux mois. Ils devront intégrer un foyer collectif à l’issue de ce délai.

Les personnes qui vivent dans la rue, dans la précarité, dans la recherche du prochain repas, d’un lieu où dormir le soir, ont besoin d’un toit pérenne qui leur permettra de s’installer dans une intimité et dans une durée. La proposition de la préfecture ne leur donne pas cette possibilité de stabilité, indispensable pour qu’elles puissent se reconstruire. Elle repose sur un encadrement strict. Les résidents de la structure collective devront se soumettre à des heures de sortie, de repas et informer de leurs sorties et de leurs retours, comme cela peut devenir incontournable en collectivité.

Les hébergés de l’immeuble en voie de démolition refusent de partir encore une fois.

« Pourquoi quitter des apparts vides pour un truc collectif ? On était bien, chacun chez soi et tous voisins ? » dit LaMô.

Depuis le Collectif défend les intérêts de ses pairs sur le principe de la solidarité. Ce sont les négociations avec les élus, avec les représentants du gouvernement.

C’est aussi la mise en place des « popottes », coopérative d’achat en gros qui lui permet d’obtenir un gain de 20 à 40% sur les prix des denrées alimentaires, coopérative de confection de repas délivrés au coût de 50 cts d’euros, coopérative de fabrication de conserves, organisation de cueillettes, de stockages, avec l’appui des relogés qui ouvrent leur porte. Le Collectif, c’est une grande entreprise de solidarité.

Pour cette année, le bruit court dans les milieux des travailleurs sociaux, dans les rangs des personnes privées de logements, qui sont fortes inquiètes et jusque dans les rangs des indignés :

Sur 400 places d’hébergement l’année dernière, l’Etat n’en financerait plus que 200 cet hiver. 200 personnes à la rue. Tout l’hiver. Les familles seront prioritaires. De quoi dresser les personnes isolées contre ces familles, la plupart d’origine étrangères.

400 personnes privées de logements, c’est le chiffre officiel. Il y a les squats et ceux qui ne demandent rien, ne veulent pas de l’aide contraignante des travailleurs sociaux. Ils sont peut-être 500 ou même 600 en réalité.

Il y a déjà eu 15 morts à Strasbourg depuis janvier.

Et chez vous ?

2011 – Strasbourg, Capitale européenne des droits de l’Homme

Le Collectif SDF de Strasbourg, dans cette inquiétude du froid qui est déjà là, dans cette inquiétude des lits supprimés, écrit une lettre ouverte au Préfet qui ne demande qu’à circuler.

LETTRE OUVERTE à M. LE PRÉFET DU BAS-RHIN

CET HIVER DE NOMBREUX CITOYENS VONT ÊTRE EXCLUS DE TOUS LES HÉBERGEMENTS

Ce n'est pas aux pauvres qu'il faut s'attaquer mais à la misère !

Le Code de l’Action Sociale et des Familles ainsi que la loi DALO prévoient la mise en place d’un dispositif de veille sociale par chaque département : Article L.345-2. Dans chaque département est mis en place, sous l’autorité du représentant De l’Etat, un dispositif de veille sociale chargé d’accueillir les personnes sans abri ou en détresse [...].

Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut-être saisi par toute personne, organisme ou collectivité... Article L.345-2-2. Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence ; 

Cet hébergement d’urgence doit lui permettre, dans des conditions d’accueil conformes à la dignité de la personne humaine, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l’hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d’hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d’être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l’aide justifiée par son état, notamment un centre d’hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendants, un lit halte-soin santé ou un service hospitalier.

Aujourd’hui, dans notre département le dispositif d'hébergement d'urgence mis en place sous votre responsabilité Monsieur le Préfet ne correspond pas aux besoins de l’accueil des personnes sans abri. 

Nous venons d'apprendre que les logements vacants voués à la démolition mis à la disposition par la Ville de Strasbourg pour les personnes privées de logement ne seraient pas financés dans le cadre du plan hivernal.

Si on en croit les professionnels du secteur de l'hébergement ce sont places en moins alors que les besoins n'ont jamais été comblés et que le nombre des personnes privées d'un toit augmente. 

De plus vous auriez donné aux associations un mot d'ordre qui serait de favoriser les familles en priorité et donc de laisser sans solution les nombreux citoyens sans-abri "isolés". 

C'est de la non-assistance à personne en danger.

Nous tenons à rappeler que c’est l’Etat qui est garant du droit au logement, et qu’en qualité de représentant de l’Etat sur notre département, vous avez la responsabilité de prendre les initiatives fortes pour la mise en œuvre concrète de cette garantie.

Vos rôles, vos responsabilités respectives sont importantes sur notre département dans le cadre des moyens dont vous disposez, votre devoir est également de faire remonter les besoins de la population et d’agir pour y répondre.

Les personnes privées d'un toit ne sont pas des sous-citoyens.

Le droit au logement est un droit fondamental au même titre que les autres droits de l'Homme et du citoyen. C'est dans ce sens que nous entendons nous rapprocher des collectivités publiques afin d'envisager des solutions immédiates et, si c'est nécessaire à la veille de l'hiver de pratiquer des réquisitions citoyennes afin d'aider nos concitoyens.

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de nos sentiments dévoués aux principes de Liberté, d’Egalité et de Fraternité qui fondent notre République.

Le Collectif SDF Alsace "Indigné"

En savoir plus : L'Europe refuse d'aider ceux qui ont faim


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