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Accueil du site > Actualités > Politique > Montée du radicalisme, pénurie de pensée radicale autonome

Montée du radicalisme, pénurie de pensée radicale autonome

Le contour reste flou. Les causes, plus visibles. Les sensations, elles, très largement partagées. Les actions, hétérogènes, fluides, contradictoires, naissent pourtant un peu partout. La radicalité, comme concept, comme mot, comme Graal, c’est-à-dire comme « à trouver », « à inventer », se propage. Elle prend des formes différentes à Pékin ou Paris, à New York ou à New Delhi, à Athènes ou Reykjavík, à Damas ou à Tel-Aviv, mais sont peu nombreux ceux qui peuvent encore nier que les enjeux, quels qu’ils soient, ne peuvent plus être affrontés avec les formes et les outils aux quels nous sommes habitués. 

Mélange d’indignations diverses, de sentiment d’une injustice structurelle, doutes sur le bien fondé des politiques, des discours et des anti-discours jusque là hégémoniques et monopolisant les contours des alternatives possibles, la radicalité n’est pour l’instant qu’une somme de certitudes dont chacun possède la sienne. Mais toutes ces alternatives individualisées sont nourries par une autre, bien partagée, et que l’on pourrait comparer à un tableau apocalyptique de Hiéronymus Bosch - et plus particulièrement à celui où domine, parmi la désolation du purgatoire, le métronome symbolique du jugement dernier -.

Le constat d’un point de non-retour désormais atteint, le travestissement des symboles sur lesquels s’appuie la Cité et leurs transgressions multiples et répétées, la fin des certitudes, l’éclatement et la disparition des valeurs dites pérennes, la peur d’un lendemain dont personne ne semble pouvoir apprivoiser l’entropie - du moins chez les tenants du pouvoir et leurs challengers attitrés -, ce sont des sentiments largement partagés et qui génèrent une envie de contestation globale et inattendue.

En France, des hommes et femmes politiques qui perçoivent cette radicalisation ambiante il en existe beaucoup, qu’ils soient de gauche (Mélenchon), de droite (Juppé, Copé), d’extrême droite (Le Pen), socialistes (Montebourg, Royal) ou alternatifs /écologistes divers (Khan, Cohn Bendit, Duflot), voire centristes (Bayrou, Borloo), ce ne sont que quelques exemples. Mais tous, à des degrés divers, perçoivent cette tendance comme un outil, un appel d’air, pour renforcer leur propre point de vue et leurs intérêts, radicalisant leur discours, leurs propositions ou leurs actions à l’intérieur même de leur idéogramme depuis longtemps constitué et inamovible. Mais ils ne pensent pas la radicalisation comme un fait autonome, qui exigerait une digression, un saut en avant niant une grande partie de leurs certitudes et leurs habitudes.

Il en est de même pour la superstructure idéologique et culturelle, les journaux (Marianne), les économistes (Susan Georges, Alternatives Economiques), les philosophes (Onfray), les sociologues (école Baudrillard), les psychanalystes (Kristeva), etc. Là aussi, les noms ne sont que des exemples parmi bien d’autres. Là aussi, la radicalisation devient un outil servant à la perpétuation d’un discours rôdé et des chemins battus mais certainement pas un objet autonome de pensée. Là aussi, la radicalisation accélère une pensée et une action préétablie, lui donnant une justification supplémentaire, sans presque jamais la mettre en doute.

Or, agissant de la sorte, les uns et les autres, créent un hiatus entre ceux qui ressentent la radicalisation comme un dépassement craint mais/ou désiré, et ceux qui lui cherchent, encore et toujours, une explication faisant partie de leur fond de commerce (« globalisation », « peur de l’Autre », « crise financière », « crise environnementale », « Chine », « crise tout court », « crime organisé », « perte de repères moraux », « banlieues », « fondamentalisme », « terrorisme », « Europe », « disparition des frontières », « communautarisme », et bien d’autres qui, quotidiennement exhibés sur les médias, se transforment en sujets à exorciser par des procédures de banalisation. 

Ainsi, la radicalisation avance avec des identités poly sémantiques et contradictoires, chacun lui donnant un sens mais ne cherchant pas le sens de celle ci. Entre ceux qui la nient et ceux qui en cherchent les causes s’installe ainsi une connivence, qui permet certes la gestion des discours et des carrières politiques, mais renforce la radicalisation chaque jour un peu plus. 


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10 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 13 décembre 2010 10:31

    Bonjour
    Je ne trouve pas Alteréco très radical
    Juste un retour à un keynésianisme réactualisé
    La radicalisation n’est pas une nouveauté historique et aller à la racine des choses est la condition essentielle pour les changer
    Je ne comprends pas bien le sens de votre dernier §


    • Michel Koutouzis Michel Koutouzis 13 décembre 2010 10:40

      Moi non plus. Je dis qu’ils « perçoivent » la radicalité ambiante, pas qu’ils « l’adoptent ». Le dernier paragraphe indique que le message de radicalité, à force d’être « utilisé » comme outil politique par tous, reste brouillé et confus...


      • JL JL 13 décembre 2010 10:46

        Texte difficile et qui mériterait des explications.

        Je n’y apporterai rien sinon paut-être, cette citation :

        « Au coeur du projet moderne et libéral, il y a donc la folle espérance d’une société devenue capable, grâce à la science et ses applications technologiques, de se passer définitivement de toute référence à des valeurs symboliques communes. Comme l’écrit Pierre Manent, l’Etat libéral est le « scepticisme devenu institution » (Claude Michéa : La servitude libérale )


        Une questuion : je suppose que dans votre conclusion on pourrait remplacer « radicalisation » par clivage" ?

        Avec la différence que le concept de clivage implique la désignation des parties.


        • Michel Koutouzis Michel Koutouzis 13 décembre 2010 11:10

          Oui, je suis familier (un peu soit-il) aux écrits de Michéa. Et, par ailleurs, je trouve le scepticisme sexy ; Pour aller plus loin, et vous avez « senti » l’essentiel de mon texte, une guerre civile verbale et multi-autiste, tourne en effet le dos à un projet de « société décente ». On pourrait le traduire par l’expression, certes galvaudée, de « vivre ensemble » (ce qui suppose un fin dosage entre indifférence, acceptation et écoute de l’Autre). Les monologues stimulés par un sentiment de radicalisation -dont ils espèrent en profiter-, stimulent à leur tour une radicalisation instinctive et diffuse. J’y reviendrai...


        • JL JL 13 décembre 2010 11:27

          Michel Koutousis, bien d’accord avec cette phrase : « une guerre civile verbale et multi-autiste, tourne en effet le dos à un projet de société décente. » C’est tout à fait ça. On a écrit souvent qu’avec Sarkozy les mots n’avaient plus de sens.

          Et pour répondre à cette question du clivage, je crois que la formule d’Yvan Audouard convient bien :

          « Ce ne sont pas les mécontents qui prendront le pouvoir mais ceux qui auront su tourner le mécontentement à leur profit. »


        • sam turlupine sam turlupine 13 décembre 2010 12:22

          Bonjour 


          De mon point de vue, le phénomène de radicalisation est provoqué par la mondialisation, et ne va cesser de s’accroître. 

          Devant les dégâts, constatés, de la mondialisation néolibérale (aggravation des inégalités, mainmise du secteur bancaire et financier sur l’économie, le politique, le social, les états, les citoyens), les peuples ressentent de plus en plus, concrètement, dans leur vie de tous les jours, l’oppression, l’injustice, l’exploitation, leur perte d’autonomie, de décision, de repères, partout dans le monde. 

          Malheureusement, cette colère qui monte, si elle commence à bien cerner les causes et les véritables ennemis (les politiques ayant cédé entièrement le pouvoir aux mafias bancaires et financières), ne trouve pas de voie vers une contestation citoyenne, démocratique, efficace de cette situation, et la plupart sont alors réduits à se replier sur le pré carré d’un retour au nationalisme ; la nation semblant être le dernier refuge contre la lamination du monde par un système globalisant. 

          D’où la résurgence, et le succès dans les pays européens, notamment, de mouvements nationalistes, qui s’accompagnent malheureusement inévitablement de relents xénophobes, de désignation de boucs émissaires, de « fermeture à l’autre », dans le vain espoir de retrouver une identité perdue.

          Cette radicalisation là est manifeste, à chaque élection, et ne va aller qu’en s’aggravant.


          Evidemment, elle ne peut avoir aucune influence sur le véritable cours des choses et, au contraire, n’être que contre-productive, puisqu’elle contribue à la division, au repli, à l’enfermement, qui n’évitera pas la loi de la finance toute-puissante, qui fait son miel de ces divisions. 

          Alors, oui, comment trouver la voie capable de canaliser ces révoltes, ces radicalisations, dans le sens d’une réelle redistribution des cartes, d’un réel basculement du pouvoir, en le retirant aux prédateurs, et le redonnant aux citoyens, pour la défense de leurs simples droits ? 
          Comment arriver à une mobilisation solidaire et citoyenne suffisamment puissante, effective, active, pour imposer un changement de système, sous la pression des peuples, en faveur d’une plus grande justice ? 

          Internet peut en être un des outils efficace, par le biais de la constitution de mouvements réellement citoyens, toutes tendances politiques confondues, pour des ACTIONS concrètes : il s’agit de retirer leur pouvoir aux banques, et se le réapproprier. 
          Mettre en place des réseaux de circulation d’argent parallèles ; banques réellement éthiques (cf la NEF, par exemple), fin des crédits, bankruns, actions collectives en justice, nombre de signatures suffisant pour déclencher des référendums d’initiative populaire, etc... 

          Vous pouvez déjà jeter un coup d’oeil là-dessus : 
          Changer de banque ou changer la « Banque »

          Ce qui est sûr, c’est que la canalisation de cette radicalisation montante est à entreprendre, d’urgence, sous peine de se retrouver, très bientôt, avec la montée de nationalismes xénophobes, de conflits civils, qui entraîneront inévitablement un durcissement des lois, la mise en place d’états de moins en moins démocratiques, de plus en plus liberticides et policiers, ce qui assoirait définitivement le règne du libéralisme triomphant, qui, on le sait depuis Friedman, ne s’accommode rien tant que de régimes autoritaires, pour imposer sa loi du plus fort. 

          • Cocasse cocasse 13 décembre 2010 14:12

            @sam turlupine

            Très bonne réflexion.
            L’injustice persistante pousse à la radicalisation, c’en est la contre réaction inévitable.
            Mais les conflits civils apparaitront quoi qu’il arrive, sans attendre la venue au pouvoir d’un parti national. La stratégie de la mondialisation comporte sur le plan local une construction volontaire des identités communautaires, vouées à s’opposer.
            Les solutions alternatives que tu proposes ne marcheront probablement jamais, de même que la mise en place d’une lutte internationaliste, comme le suggère les fédérations anarchistes.
            Au fond, j’aimerai bien que cela réussisse, mais le niveau d’information des populations est trop bas, la compréhension compromise par la branche médiatique du pouvoir à laquelle est exposée une majorité. Les efforts d’autonomie sont je le crains condamnés à subir tôt ou tard la voracité des prédateurs, qui demanderont à leurs alliés politiques les lois qui leur faudra pour ça.


          • Nanar M Nanar M 13 décembre 2010 12:43

            Le point essentiel est que la radicalité est d’abord mise en œuvre par l’oligarchie.


            • ddacoudre ddacoudre 13 décembre 2010 19:54

              bonjour koustouzis

              bon article
              la radicalisation est un passage vers, par elle nous passons d’un état vers un autre, mais la particularité est qu’elle habite comme tu le dis presque tout le monde.
              signe en cela d’un grand « refondement ».
              personnellement de l’observation des événements j’en ai retiré quelques, orientation qui se dessinent, et dont je parles parfois dans mes articles.

              quelque fois je dis que nous ne pourrons pas faire face aux défits de ce siècle avec un enseignement sur les base des siècles passés.
              l’écriture à bouleversé le monde, l’enseignement obligatoire la complété, permettant à chaque étape de se multiplier et croitre, aujourd’hui ou il est exponentiel il ne peut plus être enseigné par les moyens traditionnels.
              ce que j’ai appelé la fracture intellectuelle est un handicap pour les populations les moins éduqués, et un formidable appel à la manipulation.
              faute de certitudes qui explosent peu de gens sont capables de conquérir la seule terre qui nous résiste l’incertitude.
               dans un article un peu long j’essaie d’expliquer modestement un processus qui conduit à la radicalisation, et dont la destination est le totalitarisme. http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=85858.
              cordialement.


              • Crab2 14 décembre 2010 13:31

                Paris devant cet édifice moyenâgeux répondant au patronyme de ’’Notre Dame’’ [’’merveille de la pâtisserie en architecture’’] baptisée par un inconscient répondant du nom de Bertrand DELANOÉ :


                Place JEAN PAUL II


                Jean Paul II et les autres ; la pédocriminalité des évêques et des prêtres

                -

                Il faut revenir sur cette criminalité qui relève exclusivement des Tribunaux et non dont on ne sait quel droit qui n’a de canon telles les orgues de Staline que de multiplier minimiser ou faire oublier les actes inexcusables commis et perpétrés par des ecclésiastiques à l’encontre des enfants qui leurs étaient confiés

                -

                Benoît XVI lors d’une messe à la cathédrale Saint-Mary de Sydney, le 19 juillet 2008, où il a présenté les excuses de l’Église pour les actes de pédophilie perpétrés par des prêtres au lieu de virer et de dénoncer aux Justices des pays concernés les évêques et prêtres qui ont, gardés le silence, couverts, protégés ceux des leurs responsables criminels d’abus sexuels sur les enfants

                -

                C’est insupportable d’observer qu’un léger changement en paroles reste sans la moindre traduction dans les faits

                -

                Mais savoir que le pape J PAUL II qui a couvert sans rien en ignorer la pédocriminalité au sein de l’église, partout dans le ’’ monde chrétien ’’, grâce à l’impudence du Maire de Paris est immortalisé en plein centre de la Capitale

                -

                Est-ce que DELANOÉ sait que Paris est la capitale de tous les français et non la ville de ses fantasmes ?

                -

                Français et fiers de l’être, pour l’honneur exigeons que cette place de la honte soit débaptisée !

                -

                Ce matin la propagande socialo-communiste parisienne, bât son plein sur BFMTV où le député Daniel Vaillant est venu expliquer que les musulmans de la rue Myrha n’était pas ceux qui posent des bombes [ ce que nul n’a jamais laissé entendre ] un argument pour justifier d’un montage complexe, pour offrir un espace pour un lieu de culte plus vaste, en fait un montage financier couramment employé dans certaines villes pour contourner la laïcité

                De justifier momentanément l’occupation de l’espace public [ que néanmoins il reconnaît illicite ] au grand mépris des riverains et des français qui considèrent que l’argent public doit aller à la culture, à la formation, à la recherche et à la multiplication des crèches

                -

                Redisons pour employer une expression consacrée, ’’ces pauvres musulmans’’ [ et au passage de faire passer tous les arabes pour des croyants ] qui priaient dans les caves sans qu’on sache rien des contenus des prières Daniel Vaillant préfère les voir dans la rue car cela permet d’entendre ce qui se dit...

                -

                Étonnant l’esprit de critique socialo- communiste, en reprenant l’analyse faite par ce député, les mêmes musulmans dans les caves attiseraient en quelque sorte la haine de tout ce qui n’est pas eux et dans la rue par on ne sait quel miracle se métamorphoseraient [ rire ] en agneaux de dieu

                -

                Décidément ce député, pour faire passer le sectarisme, n’est pas comme la plupart des religieux à une contradiction près... mais toute personne sensée sait que le dieu de toutes les confessions duelle est si bon qu’il à inventé Satan, + la misogynie et l’homophobie

                -

                Rappeler ICI que les prières dans la rue, c’est imposer à tous ceux qui considèrent que si la laïcité ce n’est pas l’athéisme ce n’est pas non plus la religion – et une ne fois de plus insister dans la mesure ou leur mosquée est trop petite sur le refus de ces groupes sectaires de s’adapter en faisant plusieurs services...

                Crab 14 décembre 2010

                -

                Suite sur

                Les indignés de la république

                http://laiciteetsociete.hautetfort.com/archive/2010/12/12/les-indignes-de-la-republique.html



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