Ce matin, en faisant notre petite revue de presse quotidienne, on s’est frotté les yeux aux moins dix fois A gauche pour de vrai ! On a bu 3 cafés de plus, on s’est encore frotté les yeux, on a même pris un thé, ce que nous ne faisons jamais, mais fallait vraiment qu’on soit certain d’être réellement réveillé. Car on lisait, coup sur coup, que le gouvernement Ayrault allait mettre le turbo pour “réduire le coût du travail”, que Moscovici allait rencontrer à Bercy une délégation de patrons mécontents de l’augmentation des taxes sur la cessation d’entreprise.
Réduire le coût du travail. Mais comment un gouvernement “de gauche” peut-il aussi aisément reprendre tout le lexique de la droite sarkozyste ? Car, “pour accroître la compétitivité” il faut “alléger les charges qui pèsent sur les entreprises”, ce qui revient à “réduire le coût du travail” en “transférant les charges patronales vers tous les Français”. Voilà donc les chaines lexicales qui reviennent en boucle dans les journaux, à la radio, sur les chaines infos ! Sauf qu’elles ne sont pas prononcées par Fillon, Baroin ou Sarkozy ! Sauf qu’elles sont prononcées par Ayrault, Hollande et Moscovici ! Naïvement, A gauche pour de vrai !, on croyait qu’en votant Hollande au second tour des présidentielles on se débarrassait de Sarkozy, de ses mots, de sa pensée et de sa volonté de détruire les acquis du salariat au profitexclusif du patronat. Et voilà que Hollande parle désormais comme Sarkozy, voilà que Ayrault pense comme Fillon, voilà que Moscovici agit comme Baroin. Car, en cherchant à transférer 40 milliards de cotisations patronales pour financer la protection sociale vers une augmentation de la CSG, Moscovici fait PIRE que ce que Baroin s’apprêtait à faire avec l’augmentation de la TVA. PIRE parce que la TVA touche tout le monde, y compris les actionnaires et patrons consommateurs, alors que la CSG touche d’abord et avant tout les revenus du travail des salariés ! Surtout, Hollande, Ayrault, Moscovici et toute la clique pensent désormais et sans aucun doute possible que les cotisations sociales, qui ne sont en réalité que du salaire différé distribué en cas de besoin, sont bel et bien des charges qui entravent l’économie. Or ce concept qui fait d’une cotisation une charge, ce glissement sémantique qui rend négatif un progrès positif du financement de l’économie réelle, c’est bel et bien une propagande idéologique des libéraux. Plus que jamais, avec ce ralliement du gouvernement aux thèses économiques les plus prédatrices des libéraux, le Parti Socialiste avoue sa conversion totale au libéralisme. Plus que jamais il mérite le qualificatif de parti social libéral. Et nous n’aurons que faire, ici A gauche pour de vrai !, des blessures que nous infligerons aux militants du parti de la rose qui liront ces mots : oui et encore oui, le PS est bel et bien devenu un parti libéral !
Vous souhaitez une preuve de plus ? La voici ! Le gouvernement, dans une dernière convulsion de gauche, envisageait de taxer à 60% les plus values sur la cessation d’entreprise. Nous allions même écrire un billet pour saluer cette initiative fiscale, car un patron qui crée une entreprise dans le but d’en accroître la valeur pour la vendre vite afin de dégager un profit substantiel, sans se soucier des salariés qui seront ballotés d’un propriétaire à l’autre, ça s’appelle bien de la spéculation ! Mais les patrons se sont organisés. Ils ont monté un collectif. Ils l’ont nommé “les pigeons”, et ont menacé de manifester dimanche 7 octobre aux abords de l’Assemblée Nationale. Alors vite, très vite, Pierre Moscovici, grand chef de la politique économique libérale du gouvernement, rassure les patrons “pigeons” en colère en roucoulant que la taxe est négociable, qu’il s’agît même d’une erreur regrettable ! Puis, il propose de les recevoir en grande pompe à Bercy, histoire d’abdiquer en face à face après avoir abdiquer dans les médias devant les patrons pigeons devenus rapaces !
Quand on y pense, A gauche pour de vrai !, on a vraiment l’impression qu’entre les citoyens salariés et certains patrons spéculateurs rapaces il y a vraiment deux poids, deux mesures. Dimanche 30 septembre, les citoyens salariés étaient 100 000 à manifester pour une France et une Europe qui cessent les politiques libérales qui profitent uniquement aux spéculateurs sur les marchés financiers. Ils n’ont pas été entendus. Pire, ils ont été méprisés.
En revanche, lorsqu’une poignée de patrons revendiquent, à quelques-uns, leur droit à spéculer sans être davantage taxés, ils sont reçus, écoutés, exhaussés. Finalement, le pigeon de l’histoire, c’est Pierre Moscovici !
Sydne93

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