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Accueil du site > Actualités > Politique > Neurocrise vers un neuromonde (2)

Neurocrise vers un neuromonde (2)

Sauf à vouloir ériger une immense ligne Maginot mondiale, la globalisation des activités est aujourd’hui un phénomène irréversible qui va aboutir à une meilleure répartition des richesses au plan mondial.
Mais sommes-nous prêts dans les pays occidentaux à voir baisser notre niveau de vie relatif ? Et peut-on imaginer que ce « sacrifice » soit d’abord celui des classes les plus aisées ?
Dans mon article précédent, j’ai insisté sur ce qui me semblait sous-jacent à la crise actuelle, à savoir l’effondrement des barrières géographiques et l’émergence réelle d’un monde global.
 
Je concluais ainsi : « La crise que nous vivons actuellement est comme une de ces premières contractions qui annoncent le rapprochement de l’accouchement : elle est douloureuse, et malheureusement la délivrance n’est pas encore pour tout de suite. Nous devons collectivement comprendre progressivement la portée des transformations en cours, et commencer à repenser nos organisations politiques collectives… »
 
Je voudrais maintenant préciser et prolonger mon propos.
Quels faits tout d’abord :
- Le salaire d’un ouvrier en Chine est environ 7 fois inférieur au salaire dans les pays occidentaux, celui des cadres supérieurs 3 fois (ce qui montre au passage le caractère non communiste du pays …)… Ayant monté avec un ami chinois une entreprise entre la France et la Chine, j’ai pu constater directement l’exactitude de ces écarts. On retrouve peu ou prou les mêmes écarts dans les autres pays dits émergents.
- La quasi-totalité des terminaux informatiques et téléphoniques sont produits en Chine. L’essentiel des produits textiles sont fabriqués en Inde et Chine, et le solde au Maghreb et Turquie. La fabrication de la plupart des produits manufacturés fait intervenir un processus compliqué répartissant et enchevêtrant la conception et la fabrication entre tous les pays du Monde. L’industrie du logiciel est structurée entre les pays occidentaux et l’Inde…
- Quand la croissance dans les pays occidentaux et émergents (Chine, Inde, Brésil, …) est au rythme de ces dernières années, nous vivons une tension extrême sur les matières premières (énergétiques notamment, mais pas seulement) et sur le transport maritime. Cette tension se traduit a minima par un renchérissement des biens correspondants.
- En matière d’environnement, les pays émergents sont incapables de financer à court terme un alignement sur les réglementations en vigueur dans les pays occidentaux.
- La Chine - suivie par l’Inde et progressivement les pays d’Amérique du Sud -, n’entend pas rester soumise à une « domination » occidentale. Son histoire s’est faite avec très peu de contacts avec l’extérieur et elle s’appelle elle-même « l’empire du milieu » (sur les différences culturelles, voir « en Chine, on écrit pour se comprendre  »). Elle n’a donc aucune « histoire d’asservissement ».
Essayons sur ces bases de qualifier la probabilité et les conséquences de quelques scénarios extrêmes :
1. Le maintien peu ou prou de la répartition mondiale actuelle
2. Le repli sur soi
3. Une répartition plus homogène des richesses et des niveaux de vie
Prenons-les successivement.
 
1. Le maintien peu ou prou de la répartition mondiale actuelle
Ce scenario se caractérise par la poursuite d’une organisation mondiale avec un fort écart de niveau de vie entre les pays occidentaux et émergents, accompagnée par une domination des pays occidentaux (condition nécessaire au maintien de l’écart).
Ceci suppose de :
- contenir la volonté de la Chine de rééquilibrer la situation actuelle,
- empêcher les pays disposant de ressources naturelles critiques (notamment pétrole et gaz) de venir contrarier cet « équilibre »,
- avoir dans les pays occidentaux une volonté collective de maintenir les privilèges face au plus grand nombre
Je ne crois pas que ce scenario soit crédible dans la durée.
En effet :
- Il se traduit par une montée des tensions et supposera une présence militaire croissante pour protéger l’accès aux matières premières et maintenir « une police mondiale ».
- Ces tensions se traduisent dans le prix des matières premières qui viennent freiner la croissance dans les pays occidentaux, « siphonnent » leurs liquidités.
- L’imbrication est telle que les pays émergents ont et auront de plus en plus un pouvoir de blocage : comme « ouvriers de l’usine monde », ils peuvent « se mettre en grève » pour exiger une autre répartition des revenus.
- L’existence des fonds souverains arabes et chinois et le poids croissant qu’ils prennent dans le fonctionnement de l’économie mondiale sont des leviers puissants entre les mains des pays émergents. La création envisagée de fonds souverain européen ne changera rien à cet état de fait.
- Il y a une montée progressive au sein même des pays occidentaux d’une prise de conscience collective de l’injustice du système actuel. Ceci est notamment dû à l’importance croissante des populations issues des pays émergents et vivant dans les pays occidentaux.
 
2. Le repli sur soi
Face aux tensions actuelles, et notamment par crainte de la perte des privilèges et de l’accroissement du chômage, la mondialisation des activités est stoppée et un retour à des productions locales (au moins au sein des pays occidentaux) est mis en place.
On vise ainsi à un « découplage » entre les pays occidentaux et les autres pays. Ce scenario constitue une forme de « ligne Maginot » qui viendrait nous protéger et maintenir nos acquis.
Ce scenario est impossible pour de multiples raisons :
- L’imbrication de l’organisation économique est telle que le découplage est quasiment infaisable et prendrait au mieux de longues années (sauf à supposer que l’on se prive pendant plusieurs années de la plupart des biens courants).
- Les acteurs qui sous-tendent l’activité économique ne sont pas les États, mais les entreprises. Or celles-ci sont mondiales et ne pourraient donc pas mener ce découplage qui serait contraire à leurs intérêts. Il faudrait donc avoir préalablement créé des entreprises « nationales » qui viendraient remplacer les entreprises actuelles, ou avoir tout nationalisé (ceci au niveau d’un pays ou plutôt à l’échelle de l’Europe ou de l’Amérique du Nord)…
- Le découplage provoquerait probablement un rapatriement des fonds souverains qui se traduiraient certes par un perte de substance des ces fonds, mais aussi par une crise financière majeure dans les pays occidentaux.
- Le niveau de vie des pays occidentaux repose précisément sur l’existence des inégalités avec les pays émergents. En cas de repli, on aurait une baisse mécanique du niveau de vie moyen dans les pays occidentaux.
- La défense de cette « ligne Maginot » supposerait la mise en place de forces armées pour défendre les frontières. Comment aussi gérer la présence de communautés très importantes issues des pays émergents et qui ont maintenu des liens très forts avec leurs pays d’origine (singulièrement cas de la population d’origine chinoise) ?
Or bon nombre des discours actuels font référence implicitement ou explicitement à ce scenario…
Encore ce dimanche matin sur Europe 1, un des invités mettait en avant qu’il allait bien falloir revenir sur la logique de la mondialisation, car, selon lui, c’était la seule solution…
 
3. Une répartition plus homogène des richesses et des niveaux de vie
Ce scenario est le seul compatible dans la durée avec la globalisation des activités. Cette globalisation vient aussi de l’émergence d’individus ayant par eux-mêmes un approche et une « conscience » mondiale, ceux que j’appelais précédemment des « neurocitoyens ».
C’est l’effet « naturel » du système en place : quand vous réunissez des bassins d’eau auparavant séparés, inévitablement les niveaux de l’eau s’ajustent. Vous pouvez freiner cet ajustement, mais pas l’empêcher…
Cet ajustement des niveaux implique une baisse relative du niveau de vie dans les pays occidentaux…
Si cette baisse était supportée essentiellement par les catégories les plus favorisées, ceci serait relativement « supportable », car cela reviendrait à diminuer la part de superflu. Mais le rapport de force au sein de nos pays est tel que cette pression à la baisse – qui est déjà amorcée – est d’abord répercutée sur les populations les moins puissantes, et donc les plus pauvres.
C’est ce point que je développais déjà dans mon article « Essayons d’éviter la case Neurojungle ».
 
*
* *
 
Je crois que le 3ème scenario est non seulement inévitable, mais qu’il est souhaitable car il est le plus juste. 
Simplement, comment imaginer que les pays occidentaux vont spontanément accepter ce rééquilibrage ? Et comment faire porter ce rééquilibrage d’abord sur les classes favorisées ?
Cela n’est évidemment – et malheureusement- pas le cas. Ceci se fait et se fera au travers d’un combat, une forme de lutte des classes à l’échelle des pays.
Les tensions de fonds que nous vivons actuellement sont provoquées par ce rééquilibrage progressif.
Ne nous trompons pas : si la crise financière provoquée par les spéculations n’est que transitoire, celle liée à ce rééquilibrage ne fait que commencer…
(à suivre)
(voir aussi mon livre « neuromanagement »)

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32 réactions à cet article    


  • daryn daryn 8 novembre 2008 15:28

    L’analogie des nappes d’eau est trompeuse car elle sous-entend que leurs niveaux sont constants au cours du temps. Si c’est le cas, alors effectivement l’égalisation amène une montée de niveau dans certains bassins et une baisse dans les autres. Mais si certains bassins (voire tous) sont alimentés en permanence, l’égalisation ne provoque pas forcément de baisse de niveau significative. 


    • Robert Branche Robert Branche 8 novembre 2008 15:58

      Votre remarque est exacte, les bassins sont effectivement alimentés. Simplement, je crains que la vitesse d’alimentation ne soit pas suffisante pour ne pas faire baisser notre niveau...
      Ou autrement dit, je pense que la vitesse du changement est telle que la croissance ne va pas être suffisante pour en lisser les effets. 
      On constate d’ailleurs déjà une accélération des problèmes dans nos pays :

      - En Europe, c’est largement masqué par les interventions des Etats et se traduit par un accroissement des endettements (je n’en déduis pas que ces interventions ne devraient pas avoir lieu, je fais seulement le constat).

      - Dans les pays d’Amérique du Nord (USA et Canada), on voit une diminution rapide des niveaux de vie de travailleurs les moins favorisés...


    • joelim joelim 8 novembre 2008 19:21

      La clé est peut-être de repenser les choses en terme d’optimisation collégiale, selon des buts collégialement définis à l’avance, et en fonction de données objectives et surtout centrées sur l’humain (et naturellement son environnement)... Au stade ou on en est en nouvelles technologies de l’information, on est bien capable de programmer des trucs comme çà... à expérimenter avec précaution évidemment. Et si l’équipe démocrate US faisait office de pionnière en cette matière (de transparence gouvernementale et de concertation publique) ? Nous, avec l’équipe UMP, on n’est pas prêt de mettre-en-oeuvre quoique ce soit en la matière. Là où il y a de la comm’, y a pas de sérieux (ni de concret). Je ronge mon frein.


      • Robert Branche Robert Branche 8 novembre 2008 20:29

        Oui c’est bien l’idée : "penser en terme d’optimisation collégiale". 
        Mais ceci suppose que dans nos pays favorisés, nous acceptions de faire quelques "sacrifices", et pour que cela soit acceptable, ceci soit fait par les classes favorisées (dont j’ai conscience de faire partie) : les 20 % les plus favorisés pourraient sans problème pour eux voir diminuer un peu leur niveau de vie actuelle.
        Concernant le nouveau président des USA, nous verrons si il entreprend qq chose en ce domaine...


      • Forest Ent Forest Ent 8 novembre 2008 21:46

        L’occident a essayé pendant 20 ans d’enrichir beaucoup ses riches en transférant l’emploi vers des zones à travail bon marché, et pour autant de ne pas désespérer sa plèbe en lui prêtant très cher de quoi subsister. On est arrivés au bout de l’exercice.

        Il y aurait eu bien sûr mieux à faire. On peut toujours imaginer que les choses puissent s’améliorer. Mais l’histoire et la raison disent qu’il est trop tard et qu’on a été trop loin. Nous aurons donc un peu de tout cela : retour au protectionnisme, poursuite des inégalités, tensions internationales, et enfin conflits ouverts.

        Sachez que vous y aurez contribué en développement le commerce international. Il est même possible que vous ayez sincèrement pensé améliorer ainsi le sort des chinois. Mais ça ne fait que répéter ce que je vous ai déjà cité à propos de l’empire romain. Quand l’intérêt des classes dirigeantes diverge de celui de la plèbe, on prépare des révolutions et des guerres.

        Nos leaders ont été bien aimables de jouer au "grand jeu" avec des cartes en papier, et de proposer d’utiliser nos acquis nationaux pour leurs rêves de realpolitik, genre intégrer la Roumanie ou la Turquie à l’UE. Ils ont juste oublié qu’ils avaient des comptes à rendre à leurs électeurs. Les neocons n’ont été qu’une variante extrême d’un occident où les classes dirigeantes ont fait la guerre à leurs propres peuples, avec les mots flexibilité, compétitivité, inéluctabilité, globalisation, ... Je ne vois pas ce qui peut encore empêcher que cela ne finisse dans un bain de sang.


        • Robert Branche Robert Branche 8 novembre 2008 23:03

          Je ne peux pas me résoudre à votre pessimisme : il y a toujours des solutions pour éviter les bains de sang. 
          Ensuite, je trouve votre "ton" trop critique et désimpliqué : vous êtes partie aussi de ce système et à ce titre corresponsable. C’est aussi à vous de participer à la solution. 
          Il n’est ni sain, ni responsable de s’enfermer dans une tour d’ivoire de laquelle on critique le monde entier !


        • Forest Ent Forest Ent 9 novembre 2008 03:21

          Et il aurait fallu que je fasse quoi de plus ? J’ai essayé de prévenir ici :

          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=11659

          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=14840

          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=22217

          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=37743

          En dehors d’AV, j’en avais pas mal parlé autour de moi, en disant que ça allait mal finir. A des gens très bien, avec des postes influents et des diplômes, tout ça, ... Ils m’ont pris pour un cinglé, encore il y a seulement 18 mois. Et j’ai été assez écoeuré du discours des gens biens qui dénonçaient la "bêtise des ouvriers français qui n’avaient rien compris à la mondialisation", etc ... Nos patriciens ont tout fait pour avoir une révolution. On est maintenant au moins deux ou trois ans trop tard pour les solutions.

          L’eau est froide. God save the queen, et bonne chance à vous aussi.


        • Robert Branche Robert Branche 9 novembre 2008 10:58

          Désolé alors pour ma remarque. Si vous avez mis vos actes en ligne avec vos propos, c’est très bien et c’est rare...


        • Forest Ent Forest Ent 9 novembre 2008 14:22

          N’en concluez pas que nous sommes du même avis. Je pense que c’est le contraire et que cela s’exprime dans cette phrase :

          La globalisation des activités est aujourd’hui un phénomène irréversible qui va aboutir à une meilleure répartition des richesses au plan mondial.


          C’est un peu long à développer, mais il me semble que la globalisation des activités est la pire menace pour l’humanité dans les 30 ans qui viennent, où elle va se trouver confrontée à la limite des ressources naturelles. Pour un de ses premiers problèmes, l’alimentation, l’existence de marchés globalisés de produits alimentaires est le principal problème à résoudre pour pouvoir revenir à une agriculture efficace destinée à l’alimentation. Small is beautiful.

          Ca fait au moins 20 ans que des gens sérieux le clament et butent sur une organisation patricienne efficace dont la doxa est résumée dans votre phrase. Ces patriciens ont bénéficié du monde tel qu’il était, et se souciaient fort peu des plèbes française et africaine.

          On peut toujours se moquer des américains qui ne voulaient pas savoir ce que leur armée faisait en Irak, mais savez-vous ce que la notre fait à Abidjan, Brazzaville ou N’Djamena ? Savez-vous en quoi consiste le chiffre d’affaires en Afrique de Bouygues, Bolloré, Pinault, GIAT, Total ou Areva ?

          Ce que l’on aurait pu faire de mieux pour les pays émergents ou pas, ça aurait déjà été de les laisser tranquilles et ne pas leur vendre d’armes. Alors la "mondialisation heureuse" à la Minc ou Messier ...


        • Robert Branche Robert Branche 9 novembre 2008 14:49

          Nous divergeons effectivement, mais peut-être pas comme vous le pensez...
          Je suis d’accord avec vous concernant beaucoup de points négatifs de la globalisation.
          Simplement pour moi, c’est un phénomène non voulu, maiss irréversible. C’est la logique de l’évolution des systèmes vivants dont nous faisons partie : que l’on soit pour ou contre n’est pour moi pas vraiment le sujet. C’est "comment faire avec " qui me semble le plus important.
          C’est un peu - en caricaturant à l’extrême - un effet tsunami : A titre personnel, je suis contre les tsunami et leurs conséquences désastreuses, mais cela ne sert à rien, puisqu’ils existent. Il faut faire avec...


        • Forest Ent Forest Ent 9 novembre 2008 17:00

          C’était l’expression de Messier : "la mondialisation est inéluctable et positive". En fait, non. Ca a été un choix politique conscient, dont j’ai rappellé par exemple quelques grandes étapes là :

          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=44363

          Rien ne nous a obligés à entrer dans ce qui fonctionne à l’heure actuelle comme un piège macro-économique :


          - la liberté totale de circulations des capitaux, qui a permis les paradis fiscaux, la finance offshore, l’évasion fiscale généralisée, et l’absence totale de contrôle des états et de la justice ; qui a mondialisé le capital de toutes les grandes entreprises qui échappent ainsi à toute forme de relocalisation ; qui a - comme vous le signalez - interconnecté tous les marchés financiers ce qui a transformé les risques locaux en risque systémique atomique ;


          - la spécialisation des nations sur leurs "avantages comparatifs" ricardiens, comme la main d’oeuvre bon marché en Chine et ailleurs (j’ai compris que vous n’aimez pas le mot "esclavage" mais, à votre avis, l’esclavage au sens propre existe-t-il ou pas aujourd’hui en Chine ?), spécialisation qui empêche un redéploiement rapide de la force productive sur la demande nationale et la mise en oeuvre effective d’un "découplage" latent ?


          - l’explosion des inégalités qui va tuer toute tentative de relance keynésienne par l’asphyxie de la demande et la demande de crédits ;

          etc ...

          Non, tout cela a été voulu par nos classes dirigeantes qui y ont oeuvré sans relâche dans l’ombre et la lumière, au GATT, à l’OMC, à l’UE, à l’UMP et au PS, et qui l’ont bombardé tous les jours dans leurs médias : "la mondialisation est inéluctable, il est normal que vos acquis disparaissent, que votre niveau de vie baisse, etc ...". Les riches ont mené la guerre contre les pauvres et il n’importe plus beaucoup que cela ait été consciemment ou pas. Ils l’ont gagnée. Il n’y a plus de demande, et ils constatent tristement que leurs grandes richesses reposaient en pratique sur une indexation à l’économie réelle qu’ils ont flinguée.

          God save the queen.


        • Robert Branche Robert Branche 9 novembre 2008 19:13

          Nous avons un point de divergence majeur (l’intérêt de la vie est dans la confrontation : si il n’y en a pas, il n’y a pas de vie !) : je ne crois pas qu’il y ait une quelconque intention derrière les évolutions en cours. On pourrait changer tous les dirigeants, le résultat aurait été peu ou prou le même.
          Je pense que tout ceci est un effet de système lié à l’évolution "naturelle" des systèmes vivants ; je parle de ceci dans le sens développé par Varella qui a "revisité" l’approche de Darwin et a developpé la notion de "dérive naturelle".
          Ceci reste à réconcilier avec la liberté individuelle et la capacité à agir...
          C’est l’axe actuel de mes réflexions et je devrais produire un livre en 2009 incluant ces points.
          Mais je comprends tout à fait que ce soit un point de débat.
          Si l’on dépasse notre opposition, je pense être d’accord avec vous qu’il s’agit maintenant de trouver les marges de manoeuvre dans les évolutions en cours pour éviter au maximum les scenarios les plus catastrophiques : j’espère que, même si vous pensez qu’il y a des "méchants" derrière les problèmes actuels, vous êtes d’accord pour trouver la meilleure solution !


        • Forest Ent Forest Ent 9 novembre 2008 21:34

          Mais je suis entièrement d’accord pour dire qu’il s’agit d’un effet de système. Et en disant que cela a été en bonne partie conscient, je ne suppose absolument pas que cela ait été dû à la "méchanceté". Les patriciens ne sont pas méchants avec la plèbe. Elle leur indiffère simplement, et je me demande si quelque part ce n’est pas encore pire. Au moins le méchant éprouve un sentiment. Là, il me semble qu’il ne s’agissait que d’égoïsmes.

          Des solutions pour "le moins pire" ? Elles ne dépendent hélas pas de nous. Il me semble que nous allons être dans une de ces situations absurdes qu’a décrites John Nash.

          Qui va payer la bulle ? Les émetteurs de dollars ou leurs détenteurs ? Ou les détenteurs d’autres monnaies ?

          Si on flingue les paradis fiscaux, où va aller le pognon ?

          Si la quantité de travail se réduit, où va-t-elle se relocaliser ?

          Etc ... il n’y a pas d’issue au piège macro-économique. Nous avons abandonné depuis longtemps la propriété des leviers de commandes. "L’effet de système" fonctionne à plein, et le piège est plus imperturbable que le chasseur.


        • Robert Branche Robert Branche 9 novembre 2008 22:07

          ok mais vous maintenez une idée d’intentionalité, ce que je ne crois pas. Ce qui arrive se produit et c’est tout : les patriciens ne sont pas plus indifférents de la plèbe qu’un membre de la plèbe se préoccupe de son voisin.
          Et je ne suis pas d’accord : il y a toujours une issue.
          Mais ce ne sera pas facile, ni sans douleur...


        • Forest Ent Forest Ent 10 novembre 2008 01:25

           il y a toujours une issue

          Ainsi soit-il. Mais, comme le dit M Renève, pour l’instant, on a surtout vu les voyageurs de première classe se précipiter vers les canots de sauvetage insuffisant pour tout le monde, avant les femmes et les enfants.

          les patriciens ne sont pas plus indifférents de la plèbe qu’un membre de la plèbe se préoccupe de son voisin

          Sans doute, mais les responsabilités ne sont pas les mêmes. Les gens ont longtemps fait confiance à leurs dirigeants, et c’est bien pour la cohésion nationale. Le fait que ce soit les classes dirigeantes qui aient rompu le contrat de confiance et de solidarité fait qu’il sera difficile à ré-établir.

          Mais il me semble finalement que nous sommes d’accord sur tout, à part la confiance qu’il faut accorder en l’avenir. J’ai personnellement un grand espoir en l’avenir. Il ne repose pas sur la politique, mais sur les individus : au plus noir, il y aura des saints et des justes.


        • Robert Branche Robert Branche 10 novembre 2008 06:54

          " J’ai personnellement un grand espoir en l’avenir. Il ne repose pas sur la politique, mais sur les individus : au plus noir, il y aura des saints et des justes."

          Eh bien là aussi, nous ne sommes pas très éloignés : je reste optimiste, mais en pensant être réaliste...une forme de pessimisme dans le diagnostic et optimiste dans la solution !
          Celle-ci passera forcément par les individus - et certains des justes pourront aussi venir des classes dirigeants ! -, mais aussi des effets de systèmes : la recherche de survie est le moteur principal des mécanismes de l’évolution


        • ash ash 12 novembre 2008 11:58

          A mon humble avis, il n’y a pas eu de Grand Plan Orchestré , mais l’"intentionnalité"... La "guerre d’influence"... Tout ceci a eu lieu de manière latente, à des échelles individuelles, ou possiblement en petits comités, à la faveur d’une regroupement opportuniste... C’est l’’Effet de Traine’ adapté à l’appât du gain !

          Car on ne peut pas prétendre que les alternatives n’ont pas été évoquées, et que pour être actuel notre modèle capitaliste fusse si pur, que par consensus il est inutile de le modifier (encore lu ce matin : discussionleader.hbsp.com/good-business/2008/11/social-businesscapitalisms-mis.html).
          L’information existe, les cheminements intellectuel ont lieu (cf Forest). Mais la réaction ne se potentialisera pas, car finalement peu désiré par les premiers arrivés sur le magôt : la guerre - tactique - se déroule sur ce point.

          Les mécanismes d’orientation générale du bidule sont malheureusement classiques et... basiques : un bête, égoïste et court-termiste, appât du gain. C’est humain, et observable à la toute petite petite échelle (fractales ?) de nos comportements quotidiens : osez le téléchargement, et pratiquez l’accès ’borderline’ à une source quasi illimitée de plaisirs culturels ; analysez bien les différentes étapes de votre jouissance personnelle... Constatez que le goinfrage est une première phase (et aussi bien souvent la seule).

          Si chaque cycle de pillage d’une société par quelques uns, est semblable dans le fond et ses motivations, ses formes seront toutes fois différentes : on joue sur une échelle de ’quelques générations’, et notre évolution se poursuit inexorablement... Dans notre présent, les techniques employées se sont dirigées vers davantage de virtualisation : la technologie de l’information (à laquelle je contribue smiley) a éminemment raccourci le siphonnage, avec le bénéfice ajouté de très bien s’accorder de contraintes morales fluctuantes : l’obfuscation technique recouverte d’un glacage de justifications foireuses (théorie libérale pe ?), ca vous fait passer n’importe quelle grosse pillule : au point de décridibiliser les tenants moralistes d’ailleurs.

          Alors de nouvelles règles, pour une société qui voudrait éviter ’çà’ : arg, mettre à l’index chaque garnement qui ira reprendre du rab de frites sans se préoccuper des copains qui n’en auront pas ? Mouais... Suffira pas... Nous somme ’câblés’ comme cela, et hum... apparemment certains plus que d’autres : l’ineluctabilité prônée par l’auteur résiderait-elle justement ici ?


        • Robert Branche Robert Branche 12 novembre 2008 12:18

          Je pense qu’effectivement, la notion d’échelle que vous abordez est l’axe de recherche pertinent si l’on veut d’une part comprendre comment les systèmes se construisent et fonctionnent, d’autre part pouvoir agir ensuite.
          C’est l’axe actuel de mes réflexions : peut-on faire un lien entre les logiques de construction et de fonctionnement de l’univers (mécanique quantique, relativité, théorie des cordes, chaos...) et celles du vivant (théorie de l’évolution, neurosciences, sociologie, religions...) pour construire une nouvelle approche de pilotage de ce monde global qui émerge....
          Vaste sujet ! Je n’ai évidemment pas la prétention de chercher à apporter des réponses clés en main, maus juste de nouvelles clés de lecture


        • Halman Halman 8 novembre 2008 23:48

          De l’enarque pur jus, on s’y croirait.

           smiley


          • Robert Branche Robert Branche 9 novembre 2008 11:01

            Je ne sais pas bien ce que vous mettez sous le mot "enarque" que vous employez sans le définir, mais manifestement vous le voyez pas comme un compliment !
            Si, derrière ce mot, vous visez le discours de personnes issues de l’administration ou en charge de la diriger, je ne crois pas que ce que j’ai écrit corresponde au discours dominant... 
            Vous m’avez manifestement mal lu !


          • TELQUEL 9 novembre 2008 04:33

            Deja tout est dis dans votre metaphore ,vous parlez de bassin alors qu’il s’agit la d’ un ocean !
            Amities a tous.


            • Robert Branche Robert Branche 9 novembre 2008 11:03

              Vous avez raison le mot "bassin" est un euphémisme, mais c’est celui que l’on emploi habituellement dans ce type de situation.
              Autrement l’idée de le convertir en "océan" me va bien : elle renforce la puissance de la métaphone et inclue implicitement la mondialisation...
              Merci pour l’apport !


            • civis1 civis1 9 novembre 2008 15:09

              Oui je crois que le pessimisme de Forest vient de là : de la différence entre un verre d’eau une flaque une mare un étang une mer ou un océan... actualité vent des globes oblige ! Bon ! il vaut mieux en rire qu’en pleurer avant que la tempête se renforce comme nous le prédit la météo de Forest...
              Le verre d’eau on en a eu un exemple en direct : Le développement de l’Espagne au déclin de Franco il a fallu 40 ans et combien de deutchmark via le tourisme de masse allemand... ? Un laboratoire en prise directe avec la réalité... Je l’ai vêcu mais je n’ai aucun chiffre là dessus...
              Alors 5 océans et Babel !!! là çà risque vraiment de dérailler et je partage un peu et même un peu plus la sale impression de Forest !
              @ l’auteur
              Concernant votre système explicatif, Je n’ai pas encore eu le loisir d’aller y regarder de plus près ( le modèle cognitif invoqué est ici est-il celui des réseaux ? ) mais à la lecture comme çà vite fait la redondance du préfixe neuro aurait tendance à me gêner un peu. Est-ce que les néologismes répétés servent le propos ?
              Selon le principe de l’économie (cf André Martinet) le préfixe "neuro" me paraît trop lourd et grève d’autant la fluidité de la communication... est-ce une bonne suggestion ? Faut voir ...


              • Robert Branche Robert Branche 9 novembre 2008 15:18

                Je comprends votre remarque sur le préfixe "neuro". Je l’emploie pour exprimer l’interconnexion entre les personnes et les systèmes comme les neurones relient les composantes du corps. Je pense que c’est le développement des systèmes de communication (d’abord physiques et plus récemment via Internet) qui a créé un réseau global et a créé un Neuromonde.
                C’est juste un "néologisme" pour essayer d’aider à la diffusion d’une idée.
                Cela se relie aussi à mon livre "Neuromanagement" : mon livre porte essentiellement sur l’entreprise, et aborde dans un chapître court cette notion de Neuromonde.


              • civis1 civis1 9 novembre 2008 15:36

                Il faut dire que j’ai perdu çà de vue depuis assez longtemps ...
                Effectivement cette modélisation sur la base des systèmes neuronaux a émergé en intelligence artificielle dans les années 1985 quand il s’agissait de modéliser des systèmes apprenants ... il y en avait d’autres aussi...
                j’imagine bien que dans le domaine ici utilisé il ait une valeur euristique intéressante. 
                Reste de mon avis qu’au niveau de la communication le préfixe neuro a un coût trop élevé pour le gain sémantique que celà représente.
                Il faudrait trouver le moyen de signer autrement le modèle théorique que vous utilisez sans se donner l’obligation de le rappeler à tout moment.


              • Robert Branche Robert Branche 9 novembre 2008 15:56

                je suis en train de travailler sur un nouveau livre (prévu pour 2eme semestre 2009) centré sur ces sujets. merci pour vs uitles remarques !


              • civis1 civis1 9 novembre 2008 16:17

                Des remarques sans prétention toutefois smiley
                 !! Bon courage... smiley
                Pour moi, derrière les difficultés économiques, vu la montée des intégrismes et des communautarisme de tout poil, j’en suis plutôt à m’intéresser à la façon dont la communication au niveau éthique et politique peut fonctionner . J’y décèle comme une sorte de "front ". La façon dont les va-t-en guerre de tout bord ont toujours utilisé l’idéologie politique religieuse ou raciale n’est pas à négliger. C’est sur le front de la laïcité qu’on peut leur couper un peu d’herbe sous les pieds.
                Et puis n’est-il pas que l’avidité via le profit n’est pas le meilleur moteur de développement il faut bien que dans la représentation citoyenne une "certaine richesse" devienne suspecte. J’essaie d’adapter le niveau de discours pour qu’il soit audible au plus grand nombre


              • Robert Branche Robert Branche 9 novembre 2008 19:21

                Je partage votre analyse.
                C’est pourquoi je pense que la solution passe par une approche "meta-culturelle" (désolé pour ce mot à nouveau compliqué, mais je ne vais pas l’employer in fine), qui peut englober les différences culturelles et religieuses.
                C’est le grand défi des années à venir : il faut arrêter de chercher quelle est la meilleure culture, la meilleure religion, le meilleur système politique... Car c’est nier l’autre et s’installer comme un censeur qui dit le "droit".
                J’ai qq idées là-dessus, mais encore trop informes pour en parler...
                Enfin, je suis 100% d’accord que le fait de chercher à être compris de tout le monde. Chaque fois que je veux vraiment communiquer, je le fais au travers d’histoires (la logique des paraboles de la Bible qui reste le meilleur bestsseller mondial !). Mais là je suis dans un stave intermédiaire... Je me "sers" d’agora.vox pour "tester" mes idées !
                Dans mon livre sorti, je crois que ce défaut a été lissé !


              • civis1 civis1 11 novembre 2008 10:31

                @ l’auteur,
                Une remarque aussi en passant :
                Concernant mes propres visées quand au choix du style de communication et sur ces questions d’éthique, je voudrais ajouter la nuance suivante : les paraboles, comparaisons, métaphores et autres exercices stylistiques ou sémantiques s’ils ont une certaine universalité , ce n’est peut être pas parsqu’ils ont été repris dans la bible ou dans quelque autre exercice d’exégèse religieuse c’est peut-être parce qu’ils parlent aux humains , au delà de leur système de croyance , sur un registre éthique universel .
                C’est à cet exercice là que j’applique actuellement ma rationalité .
                Au départ, le seul outil qui me semble nécessaire et celui de la probité intellectuelle et une certaine indépendance (le mot indépendance à prendre dans son acception la plus large et appliqué à tous les domaines où peut s’exercer la pensée).


              • civis1 civis1 11 novembre 2008 10:12

                Seulement une remarque concerant le moinsage dont a fait l’objet mon post précédent sur les va-t-en guerre :
                J’ai tendance à me méfier de ceux qui prétendent avoir raison et ne vait pas faire de même ! Cependant, ce post là qui vise à être consensuel pour la paix et contre les guerres de toutes sortes ne méritait guère d’être moinsé et je trouve inquiétant qu’il le soit !


                • civis1 civis1 11 novembre 2008 10:35

                  Post précédent corrigé :
                  Seulement une remarque concerant le moinsage dont a fait l’objet mon post précédent sur les va-t-en guerre :
                  J’ai tendance à me méfier de ceux qui prétendent avoir raison et je ne vais pas faire de même ! Cependant, ce post là qui vise à être consensuel pour la paix et contre les guerres de toutes sortes ne méritait guère d’être moinsé et je trouve inquiétant qu’il le soit !


                • Robert Branche Robert Branche 11 novembre 2008 14:09

                  je suis tout à fait d’accord avec vous : je viens de voter pour ... Au moins il est à 0 comme cela !

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