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Accueil du site > Actualités > Politique > Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et la parabole du fils prodigue

Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et la parabole du fils prodigue

Les observateurs de la vie politique sont friands de métaphores freudiennes. Ainsi Jean-Marie Le Pen, qui prend désormais volontiers la pose du sage clément - allant même jusqu’à pardonner au félon Mégret -, répondrait-il au besoin affectif d’un peuple retourné à l’adolescence, en quête d’un vieil oncle sachant manier tour à tour la caresse et les gros yeux. De même, l’étrange ménage Ségolène Royal/François Hollande serait aux prises avec un syndrome phallique inversé. Mais c’est bien sûr le couple Jacques Chirac/Nicolas Sarkozy qui, si l’on en croit tous les éditorialistes de France, illustre avec le plus d’éclat(s) la célèbre théorie du vénérable Sigmund : le meurtre du père.

Et pourtant... Il semble bien que le discours du président de l’UMP à l’occasion de son « sacre », il y a deux semaines porte de Versailles, ait relégué la vieille grille d’analyse viennoise au placard des accessoires démodés. Non que les rares références à Jacques Chirac, distillées du bout des lèvres, n’aient pas manifesté quelque velléité meurtrière... - mais pour comprendre ce texte truffé d’allusions religieuses, spirituelles, voire ésotériques, ce n’est pas dans le mythe d’Œdipe qu’il faut se plonger, mais dans l’Evangile de Luc. Chapitre quinze, verset onze, plus précisément.

De cette péricope, on connaît les premiers mots, tellement grandioses dans leur simplicité qu’on en frissonne quand ils résonnent sous les voûtes de nos églises : « Un père avait deux fils. » Car cette histoire, que l’on connaît sous le nom de « Parabole du fils prodigue », raconte en fait les aventures, non d’un seul fils, mais de deux fils. La Bible de Jérusalem lui donne d’ailleurs l’intertitre qui convient : « Le fils perdu et le fils fidèle ».

Que nous dit cette parabole ? Le Père Henri Nouwen, ancien universitaire devenu aumônier de la communauté de l’Arche de Daybreak (Canada), nous en a livré, il y a quelques années, une magnifique lecture dans son livre Le retour de l’enfant prodigue : Dieu ne juge pas comme nous jugeons. Dieu déroute. Dieu renverse tout. Dieu subvertit tout. Le fils perdu n’est pas celui qu’on croit. La fidélité ne réside pas où l’homme paraît la voir. Et surtout : Dieu fait toutes choses nouvelles.

Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ne sont pas père et fils. Ils sont deux frères. Le premier est le fils aîné, le deuxième est le fils cadet. Et la question religieuse - nous prenons cet adjectif aux sens politique et sociologique : il ne s’agit pas de décerner des brevets de sainteté - est un outil idoine pour le montrer. Analyser les rapports respectifs de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy à la question religieuse nous conduit en effet à penser que l’un est en phase avec la France d’aujourd’hui, tandis que l’autre ne l’est plus - tout comme l’un des fils est en phase avec Dieu, et l’autre ne l’est plus.

Dans son discours de Périgueux, le 12 octobre 2006 - un discours bien plus consistant, au plan des idées, que celui de la porte de Versailles - Nicolas Sarkozy a développé sa vision de « Notre République », le titre de ce long propos. Il y a accordé un paragraphe entier à la question religieuse, la question du « dialogue entre l’Etat et les grandes religions », affirmant que la France « veut que tous les croyants puissent prier dans des lieux de culte convenables ». Quatre ans et demi auparavant, dans son premier discours de candidat, à Poitiers en avril 2002, Jacques Chirac n’avait fait qu’une seule allusion, au détour d’une phrase, à cette question : il faut croire à « la nation, contre la tentation du communautarisme, pour permettre à tous nos compatriotes de concilier leurs diverses appartenance, qu’elles soient spirituelles, régionales ou même politiques, avec les exigences de tolérance et de respect mutuel qu’impose notre pacte républicain. » Point barre.

Jacques Chirac, en effet, ne comprend pas l’intérêt de Nicolas Sarkozy pour la question religieuse. Pourquoi ce livre non conformiste, si peu « laïque-à-la-française » sur « la république, les religions, l’espérance » ? Pourquoi cette insistance à affirmer que la laïcité n’est pas le combat contre la religion mais le respect bienveillant de toutes les religions ? Pourquoi ces phrases presque provocatrices, en tout cas équivoques : « La République n’est pas une religion » ? Pourquoi ces tribunes, où le ministre de l’Intérieur, mentionnant par exemple la situation très particulière des « confessions en expansion récente sur notre territoire, l’islam sunnite et le christianisme évangélique » (La Croix, septembre 2006) montre sa maîtrise de la question dans les moindres détails ? Pourquoi ces religieux de toutes croyances qui gravitent autour de lui, d’Abderrahmane Dahmane, président du Conseil des démocrates musulmans de France et secrétaire national de l’UMP chargé des Français issus de l’immigration, au Père Philippe Verdin, que le ministre de l’Intérieur a même fait venir sur le plateau de Michel Drucker en grand habit blanc de l’Ordre des prêcheurs ?

Si encore Nicolas Sarkozy était une grenouille de bénitier à la Robert Schuman ou un militant de la droite catholique à la Christine Boutin... Mais non, le bonhomme est un divorcé-remarié, il a entretenu l’année dernière une liaison très médiatisée avec une journaliste, il ne va qu’épisodiquement à la messe, il ne ménage pas les évêques quand ceux-ci mettent le nez dans les affaires de son ministère, et l’autre jour à la porte de Versailles il a rendu un hommage très appuyée à Simone Veil et à sa loi prétendument destinée à empêcher les « 300 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays » - et les bébés, accessoirement, non ?

Jacques Chirac est comme le fils aîné de la parabole  : il ne comprend pas. Toute cette agitation intellectuelle et politique échappe à ses schémas de pensée, à ses grilles d’analyse, à son intelligence imperméable à la nouveauté : « Voilà tant d’années que je te sers, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis ; et ton fils revient, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » Jacques Chirac est d’une autre époque. Il est né sous la présidence d’Albert Lebrun, il a vu la flotte française se saborder à Toulon en 1940, il s’est passionné pour les débuts de la Guerre Froide, il s’est marié à une demoiselle de l’aristocratie parisienne, mais dans une chapelle latérale de la basilique Ste-Clotilde parce qu’un petit-fils de paysans et d’instituteurs laïques, ça ne se montre pas sur le plus chic parvis de la Rive Gauche, etc. Ô tempora, ô mores ! Alors bien sûr, au mari respectueux des convenances - on ne divorce pas, même si on découche allégrement, on fréquente Dalil Boubakeur, qui ne porte pas de barbe et connaît son Barrès sur le bout des doigts, mais pas Tariq Ramadan - à l’homme qui embrasse le cul des vaches, la France éternelle, celle du Général, s’oblige à susurrer, sur le ton de la complicité patinée, comme le père au fils aîné de la parabole : « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » Tel est bien le problème : Jacques Chirac est toujours avec cette France-là. Cette France disparue où la question religieuse ne se posait pas comme aujourd’hui, car il n’y avait pas de prédicateurs américains et surtout pas d’imams afghans.

Mais si Jacques Chirac est le fils aîné, celui qui ne comprend pas qu’au cœur de son père résident des trésors d’amour qu’il n’avait pas encore eu l’occasion de déployer - tout comme au cœur de la France d’aujourd’hui, dans les cités par exemple, résident des trésors de vitalité qui n’ont pas encore été déployés - alors Nicolas Sarkozy est le fils cadet ? Oh que oui ! Nous l’avons dit : ce n’est pas un parangon de vertu. Nous l’avons dit aussi : il a voulu se faire tout seul, en exigeant « la part de fortune qui devait lui revenir ». Et nous l’affirmons encore, au risque de paraître naïf : son intérêt pour les questions spirituelles - attesté à la porte de Versailles : les prénoms d’enfants égrenés à Yad Vashem, « c’était le murmure des âmes innocentes » sacrifiés par les nazis, le testament du père Christian de Tibhirine, soucieux de « contempler avec les yeux du Père les enfants de l’islam », lui a enseigné « par-delà la mort (...) la force invincible de l’amour » - cette présence constante du transcendant ne tient pas qu’aux impératifs électoralistes. Elle est emblématique d’une époque où les mentalités sont pétries, non de principes religieux, mais de questions spirituelles.

Dans une récente tribune du Figaro, Charles Jégu affirmait que Nicolas Sarkozy aurait du mal à débattre contre Ségolène Royal parce que le premier est un moderne tandis que la deuxième est une postmoderne. En d’autres termes, le ministre de l’Intérieur a le profil de l’homme politique classique, doté d’un programme consistant, d’un discours clair, d’une geste bonapartiste, tandis que la candidate socialiste serait « la première candidate "postmoderne" de la Ve république », échappant « au débat contradictoire et à la rationalité politique classique », jouant sur le mystère et son image lumineuse - voire « numineuse », comme aurait dit Lévinas. Deux planètes, en somme. Il convoquait, à l’appui de cette thèse, le très lucide Marcel Gauchet : Quelque chose du vieux style masculin d’autorité ne passe plus. Nicolas Sarkozy a du souci à se faire, de ce point de vue.

Pas sûr. D’abord, dans la première partie de son discours de la Porte de Versailles, joyau d’habileté, Nicolas Sarkozy a commencé par une sorte de méditation sur l’émotion en politique. Puis il a fait référence à son expérience intime, à son « chemin » - passer du « J’accuse » de Zola au « J’ai changé » de Sarkozy, cela ne résume-t-il pas le tournant post-moderne de la pratique politique ?...Par ailleurs, la deuxième partie du discours, où les questions de fond étaient abordées, s’appuyait entièrement sur les articulations de la première partie. Nicolas Sarkozy sera-t-il le premier président moderne de l’époque postmoderne ? Achèverait-il alors sa trajectoire de fils prodigue ? La parabole ne dit rien du destin de ce dernier : qu’est-il devenu, après la fête où on l’a « revêtu de la plus belle robe » ? Un fils « exemplaire », comme son frère aîné, ou « l’un des mercenaires » de son père, selon sa propre volonté ? Peu importe, à vrai dire : la seule chose qui compte, c’est d’avoir pris acte de l’événement survenu et d’être entré dans l’ère nouvelle qu’il a inaugurée.

Matthieu Grimpret, auteur de Dieu est dans l’isoloir - Politique et religions, des retrouvailles que Marianne n’avait pas prévues


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11 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 31 janvier 2007 13:28

    je suis ton père , rejoins moi du coté obscur de la force !

    pschhhh pschhhhh pschhhh


    • cacahuette (---.---.103.152) 1er février 2007 03:14

      Ségolène que je défend ardemment va jouer son vatout le 11 février. Ce sera quitte ou double. C’est pourquoi il faut vraiment qu’elle annonce des mesures phares. FH Hollande en a déjà énumérées quelques unes que j’aime beaucoup comme :
      - Le mainttien des 40 ans maximum de cotisation pour la retraite en contrepartie d’une augmentation éventuelle de la CSG.
      - La création du Revenu de Solidarité Actif (quelqu’un qui travaille doit toucher 30% de plus que lorsqu’il percevait des aides)
      - L’augmentation des impôts pour les 2 dernères tranches (si nécessaire).
      - Le rétablissement de la police de proximité
      - La construction de véritables centres éducatifs fermés (et pas centres aérés de Sarkozy).
      - Une deuxième personne dans les classes difficiles pour ne pas que les profs fassent la police
      - La baisse des charges sociales pour les entreprises sous condition (investissements, embauches ...)
      - Rétablissement de la TIPP flottante

      Mais d’autres propositions je pense feraient également mouche :
      - L’exonération de charges pour les TPE qui embauchent un salarié supplémentaire.
      - L’exonération d’ISF pour la résidence principale
      - L’indexation de l’indice INSEE sur le VERITABLE cout de la vie
      - L’aide à la création d’entreprises
      - Stages obligatoirement rémunérés

      Enfin, je suis vraiment perplexe de ne pas entendre davantage les cadres du parti écorner davantage le programme Sarkozy :

      - Travailler plus pour gagner plus : c’est pas le salarié c’est le patron qui décide et même mieux : c’est le carnet de commandes de l’entreprise ...
      - Empêcher les gens de partir en préretraite : Il faut savoir que c’est une mesure reservée aux grosses entreprises et alternative aux licenciements secs, ce que Sarkozy préfererait donc. La aussi, c’est le PATRON qui propose au salarié un départ anticipé, c’est pas le salarié.
      - Limiter à 6 mois les négociations de plans sociaux ... : Dans mon entreprise, le plan social a duré un an et savez - vous monsieur Sarkozy qu’au bout de 6 mois, la direction refusait catégoriquement de substituer les licenciements secs par des départs anticipés, ceci a été acquis au bout d’un an .... Venez faire un stage en entreprise monsieur Sarkozy avant de raconter des inepties ...
      - Je ne parle même pas de la limitation du droit de grêve et du forfait de 100 euros pour les dépenses de santé ...

      Si les gens savaient tout ça plutôt que les « conneries » de RG ou autres dont je n’ai rien à faire et sans cesse ressassées par les médias, monsieur Sarkozy serait à 40 % et pas à 54 % dans les sondages au second tour ....


    • LE CHAT LE CHAT 1er février 2007 09:22

      Ségolène , elle va me donner mes croquettes matin , midi et soir où elle attend le résultat du sondage dans VSD ?


    • dégueuloir (---.---.196.166) 2 février 2007 23:15

      Domestiquer les masses - Collectif - Editions Agone - ADEN DIFFUSION - 20€

      Fiche :

      Steve Biko disait que l’arme la plus puissante de l’oppresseur est le cerveau de sa victime.

      Ce dernier numéro de la revue Agone nous dévoile les ficelles du pouvoir pour parvenir à faire aimer aux « masses » leur propre servitude. Avec des textes de Serge Halimi, Noam Chomsky etc.

      « Domestiquer les masses » On trouvera un compte rendu et de larges extraits sonores de la présentation de ce numéro par Benoît Eugène et Thierry Discepolo à la librairie L’Atelier le 17 novembre 2005 surhttp://paris.indymedia.org/art... Culture & propagande. « Lille 2004 », capitale européenne de la culture, Bendy Glu

      Exemple particulièrement visible d’une transformation générale qui voit imposer la publicité comme monoculture au service de la gestion des populations, « Lille 2004 » ambitionne la (ré)éducation, « tout au long de la vie », au service de la « société de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive du monde ». L’esthétique pompière, produite par et pour l’entreprise est rigoureusement à l’image de cette idéologie.

      Propagande & contrôle de l’esprit public, Noam Chomsky Toute l’histoire du mouvement syndical nous l’apprend. Et c’est ce que la main-d’œuvre ouvrière de Lowell avait parfaitement compris il y a 150 ans de cela. Il s’agit d’une bataille très importante, car il ne suffit pas simplement d’affronter des gens qui invoquent la « Loi sur le droit-de-travailler » - pour briser les grèves. Il faut aussi se battre contre nos 5 heures quotidiennes de télévision, l’industrie cinématographique, les manuels et le système scolaires ainsi que tout le reste.

      La conspiration. Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias, Serge Halimi & Arnaud Rindel

      Chomsky a un jour expliqué le sens des attaques dont il est la cible : « Tout commentaire analytique de la structure institutionnelle du pays est une menace si importante pour la classe des “commissaires” qu’ils ne peuvent même pas l’entendre. Donc, si je dis qu’il n’y a pas de conspiration, ce qu’ils entendent c’est qu’il y a une conspiration. Ce système de croyances est très verrouillé. » C’est pourquoi la transformation de toute analyse des structures de l’économie et de l’information en « théorie du complot » s’inscrit dans une logique d’ensemble.

      Quand l’Union européenne s’adresse aux « masses ». La « citoyenneté européenne active » contre la démocratie, Benoît Eugène

      Dans le cadre de la préparation du « futur programme pour la citoyenneté active », une « consultation » sur Internet donne un exemple sidérant de la culture démocratique de la Commission. Les résultats et leur interprétation se passeraient presque de commentaires : « Le grand nombre de réponses (1 057) atteste le degré élevé d’intérêt que manifestent tant les citoyens (313 réponses) que les membres d’institutions ou d’organisations (744 réponses) pour la problématique de la citoyenneté européenne active. » Rappelons que le nombre d’inscrits dans l’Europe des vingt-cinq en vue des élections de juin 2004 s’élevait à 352 703 427 électeurs potentiels.

      Déjà le titre est crétin. Réponse à une enquête sur l’émission de variétés de Rai Uno « Canzonissima », à l’occasion du début de la saison 1972-1973, Pier Paolo Pasolini

      Quand les ouvriers de Turin et de Milan commenceront à lutter aussi pour une réelle démocratisation de cet appareil fasciste qu’est la télé, on pourra réellement commencer à espérer. Mais tant que tous, bourgeois et ouvriers, s’amasseront devant leur téléviseur pour se laisser humilier de cette façon, il ne nous restera que l’impuissance du désespoir.

      Quand les intellectuels s’emparent du fouet.

      Orwell & la défense de l’homme ordinaire, Jean-Jacques Rosat

      La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et, parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

      Les lieux de loisirs, George Orwell

      Une bonne part de ce que nous appelons « plaisir » n’est rien d’autre qu’un effort pour détruire la conscience. Et le bonheur ne peut résider dans le fait de pouvoir tout à la fois et dans un même lieu se détendre, se reposer, jouer au poker, boire et faire l’amour. L’horreur instinctive que ressent tout individu sensible devant la mécanisation progressive de la vie est une réaction pleinement justifiée. Car l’homme ne reste humain qu’en ménageant dans sa vie une large place à la simplicité, alors que la plupart des inventions modernes tendent à affaiblir sa conscience, à émousser sa curiosité et, de manière générale, à le faire régresser vers l’animalité.

      Le « développement durable » : une pollution mentale au service de l’industrie, Benoît Eugène

      Les grands pollueurs ont tout intérêt à ce que le « développement durable » soit avant tout un problème de responsabilisation du consommateur-citoyen, faisant ainsi de la pollution un problème de manque de civisme et de la consommation une solution : la meilleure façon de protéger la nature, c’est encore de consommer... Et le consommateur n’a plus que l’embarras du choix : entre Leclerc et Carrefour, lequel soutenir de son acte d’achat « écologique » et « éthique » ? Quelle enseigne oligopolistique vouée à la consommation de masse, poussant au productivisme, au dumping social et aux délocalisations, jetant sur les routes un flux exponentiel de camions, est la plus engagée sur la voie du « développement durable » ?

      Les Nations unies colonisées par les lobbies industriels. Quand les mots ne sont plus les choses, Observatoire de l’Europe industrielle

      À l’occasion du Sommet mondial sur le développement durable, à Johannesburg en 2002, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan déclara : « Il y a dix ans, au Sommet de la terre de Rio, le rôle de l’industrie dans le “développement durable” était mal compris. [...] Ce n’est qu’en mobilisant le monde des affaires que nous ferons de vrais progrès. » C’était un nouvel exemple de la profonde osmose des responsables de l’ONU avec l’élite mondiale des affaires. La tradition onusienne de méfiance vis-à-vis des multinationales et son engagement au service des pauvres et des dépossédés avait bien largement fait place à l’idéologie de la mondialisation industrielle.

      LA LEÇON DES CHOSES

      DOSSIER « ERNST JÜNGER OU “LE ROI DU LIFTING”. AUTOUR DU LIVRE DE MICHEL VANOOSTHUYSE, FASCISME & LITTÉRATURE PURE » Phénomène cacochyme, par Klaus Bitterman

      Le charme discret de la propagande, par Isabelle Kalinowski Sur les falaises de marbre : (auto)critique ou (auto)mystification ? par Michel Vanoosthuyse Karl Kraus & nous. La réalité peut-elle dépasser la satire ? par Jacques Bouveresse

      HISTOIRE RADICALE

      La bombe. Réflexions sur le progrès scientifique & la responsabilité individuelle en septembre 1945, par Dwight MacDonald (Présentation par Charles Jacquier)

      Ce que raconte et surtout ce que ne raconte pas l’Histoire générale de l’ultra-gauche de Christophe Bourseiller, par Loren Goldner


    • Non666 (---.---.155.99) 31 janvier 2007 14:08

      Après la lecture biblique, moi je reste a une lecture historique : Tu quoque fili mi - « Toi aussi, mon fils ! La question de Cesar a Brutus qui le frappe aussi...

      Mais les lecteurs de bandes dessinées prefereront peut etre la metaphore d’Iznogoud voulant etre calife a la place du calife.

      Bon dans tous les cas , le resultat est le meme. ça finit toujours mal pour les mechants.

      Brutus a finit par etre retrouvé par Marc antoine qui l’avait traqué toute sa vie.

      Pour en revenir a la Bible : celui qui a vecu par l’épée , perira par l’épée.

      Et du sang sur la lame de sarkozy, il y en a : Chirac, Balladur ,Raffarin, DeVillepin, Mam, Dupont Aignan, Bayrou, Lepen...


      • Graindesable (---.---.24.100) 31 janvier 2007 17:18

        @ Non666,

        « Et du sang sur la lame de sarkozy, il y en a : Chirac, Balladur ,Raffarin, DeVillepin, Mam, Dupont Aignan, Bayrou, Lepen... »

        Ha bon, ils ont tous été poignardés ces gens là ? Il faudrait peut-etre reprendre les cours d’histoire...

        Parce qu’il me semble que des gens comme Chaban delmas, Giscard et Barre n’étaient pas particulièrement en pleine forme, après avoir serré la main de qui vous savez... Les voila, les fusilliés de la politique à droite.

        Mais, bon, votre vision à courte vue et sélective de l’histoire ne me surprend plus. Elle est tellement ânnonnée et répétée par nos chasseurs de Facho/dictateur/Hongrois/Atlantiste/Isf-iste du net...


      • Max (---.---.62.7) 1er février 2007 00:00

        Superbe. Je viens de lire la chute - et fin : rien à dire cet article vient d’un style qui à quelque chose d’original, bien senti et peut être même de précurseur.

        Il n’y a pas d’autres articles de la part de l’auteur ?

        Article bien vu ou ecueil d’une reflexion plus large et à suivre ?


      • non666 (---.---.246.59) 1er février 2007 18:42

        « Parce qu’il me semble que des gens comme Chaban delmas, Giscard et Barre n’étaient pas particulièrement en pleine forme, après avoir serré la main de qui vous savez... Les voila, les fusilliés de la politique à droite. »

        Ce n’est pas parce que Chirac a trahi tout le monde, et a effectivement du sang sur son poignard, que son assassin est un saint. Donc oui , ceux que vous citez sont les victimes de Chirac. Vous pouvez meme y rajouter Sanguinetti et la mafia corse du RPR, si vous le voulez. Mais justement, aujourd’hui, autour de Sarkozy, ce sont ceux la meme qui etaient derriere Chirac a l’epoque, qui tirent les ficelles derriere leur nouvelle creature.

        Cherchez donc ce que sont MF Garaud et Pasqua devenus...


      • dégueuloir (---.---.196.166) 2 février 2007 23:17

        Domestiquer les masses - Collectif - Editions Agone - ADEN DIFFUSION - 20€

        Fiche :

        Steve Biko disait que l’arme la plus puissante de l’oppresseur est le cerveau de sa victime.

        Ce dernier numéro de la revue Agone nous dévoile les ficelles du pouvoir pour parvenir à faire aimer aux « masses » leur propre servitude. Avec des textes de Serge Halimi, Noam Chomsky etc.

        « Domestiquer les masses » On trouvera un compte rendu et de larges extraits sonores de la présentation de ce numéro par Benoît Eugène et Thierry Discepolo à la librairie L’Atelier le 17 novembre 2005 surhttp://paris.indymedia.org/art... Culture & propagande. « Lille 2004 », capitale européenne de la culture, Bendy Glu

        Exemple particulièrement visible d’une transformation générale qui voit imposer la publicité comme monoculture au service de la gestion des populations, « Lille 2004 » ambitionne la (ré)éducation, « tout au long de la vie », au service de la « société de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive du monde ». L’esthétique pompière, produite par et pour l’entreprise est rigoureusement à l’image de cette idéologie.

        Propagande & contrôle de l’esprit public, Noam Chomsky Toute l’histoire du mouvement syndical nous l’apprend. Et c’est ce que la main-d’œuvre ouvrière de Lowell avait parfaitement compris il y a 150 ans de cela. Il s’agit d’une bataille très importante, car il ne suffit pas simplement d’affronter des gens qui invoquent la « Loi sur le droit-de-travailler » - pour briser les grèves. Il faut aussi se battre contre nos 5 heures quotidiennes de télévision, l’industrie cinématographique, les manuels et le système scolaires ainsi que tout le reste.

        La conspiration. Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias, Serge Halimi & Arnaud Rindel

        Chomsky a un jour expliqué le sens des attaques dont il est la cible : « Tout commentaire analytique de la structure institutionnelle du pays est une menace si importante pour la classe des “commissaires” qu’ils ne peuvent même pas l’entendre. Donc, si je dis qu’il n’y a pas de conspiration, ce qu’ils entendent c’est qu’il y a une conspiration. Ce système de croyances est très verrouillé. » C’est pourquoi la transformation de toute analyse des structures de l’économie et de l’information en « théorie du complot » s’inscrit dans une logique d’ensemble.

        Quand l’Union européenne s’adresse aux « masses ». La « citoyenneté européenne active » contre la démocratie, Benoît Eugène

        Dans le cadre de la préparation du « futur programme pour la citoyenneté active », une « consultation » sur Internet donne un exemple sidérant de la culture démocratique de la Commission. Les résultats et leur interprétation se passeraient presque de commentaires : « Le grand nombre de réponses (1 057) atteste le degré élevé d’intérêt que manifestent tant les citoyens (313 réponses) que les membres d’institutions ou d’organisations (744 réponses) pour la problématique de la citoyenneté européenne active. » Rappelons que le nombre d’inscrits dans l’Europe des vingt-cinq en vue des élections de juin 2004 s’élevait à 352 703 427 électeurs potentiels.

        Déjà le titre est crétin. Réponse à une enquête sur l’émission de variétés de Rai Uno « Canzonissima », à l’occasion du début de la saison 1972-1973, Pier Paolo Pasolini

        Quand les ouvriers de Turin et de Milan commenceront à lutter aussi pour une réelle démocratisation de cet appareil fasciste qu’est la télé, on pourra réellement commencer à espérer. Mais tant que tous, bourgeois et ouvriers, s’amasseront devant leur téléviseur pour se laisser humilier de cette façon, il ne nous restera que l’impuissance du désespoir.

        Quand les intellectuels s’emparent du fouet.

        Orwell & la défense de l’homme ordinaire, Jean-Jacques Rosat

        La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et, parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

        Les lieux de loisirs, George Orwell

        Une bonne part de ce que nous appelons « plaisir » n’est rien d’autre qu’un effort pour détruire la conscience. Et le bonheur ne peut résider dans le fait de pouvoir tout à la fois et dans un même lieu se détendre, se reposer, jouer au poker, boire et faire l’amour. L’horreur instinctive que ressent tout individu sensible devant la mécanisation progressive de la vie est une réaction pleinement justifiée. Car l’homme ne reste humain qu’en ménageant dans sa vie une large place à la simplicité, alors que la plupart des inventions modernes tendent à affaiblir sa conscience, à émousser sa curiosité et, de manière générale, à le faire régresser vers l’animalité.

        Le « développement durable » : une pollution mentale au service de l’industrie, Benoît Eugène

        Les grands pollueurs ont tout intérêt à ce que le « développement durable » soit avant tout un problème de responsabilisation du consommateur-citoyen, faisant ainsi de la pollution un problème de manque de civisme et de la consommation une solution : la meilleure façon de protéger la nature, c’est encore de consommer... Et le consommateur n’a plus que l’embarras du choix : entre Leclerc et Carrefour, lequel soutenir de son acte d’achat « écologique » et « éthique » ? Quelle enseigne oligopolistique vouée à la consommation de masse, poussant au productivisme, au dumping social et aux délocalisations, jetant sur les routes un flux exponentiel de camions, est la plus engagée sur la voie du « développement durable » ?

        Les Nations unies colonisées par les lobbies industriels. Quand les mots ne sont plus les choses, Observatoire de l’Europe industrielle

        À l’occasion du Sommet mondial sur le développement durable, à Johannesburg en 2002, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan déclara : « Il y a dix ans, au Sommet de la terre de Rio, le rôle de l’industrie dans le “développement durable” était mal compris. [...] Ce n’est qu’en mobilisant le monde des affaires que nous ferons de vrais progrès. » C’était un nouvel exemple de la profonde osmose des responsables de l’ONU avec l’élite mondiale des affaires. La tradition onusienne de méfiance vis-à-vis des multinationales et son engagement au service des pauvres et des dépossédés avait bien largement fait place à l’idéologie de la mondialisation industrielle.

        LA LEÇON DES CHOSES

        DOSSIER « ERNST JÜNGER OU “LE ROI DU LIFTING”. AUTOUR DU LIVRE DE MICHEL VANOOSTHUYSE, FASCISME & LITTÉRATURE PURE » Phénomène cacochyme, par Klaus Bitterman

        Le charme discret de la propagande, par Isabelle Kalinowski Sur les falaises de marbre : (auto)critique ou (auto)mystification ? par Michel Vanoosthuyse Karl Kraus & nous. La réalité peut-elle dépasser la satire ? par Jacques Bouveresse

        HISTOIRE RADICALE

        La bombe. Réflexions sur le progrès scientifique & la responsabilité individuelle en septembre 1945, par Dwight MacDonald (Présentation par Charles Jacquier)

        Ce que raconte et surtout ce que ne raconte pas l’Histoire générale de l’ultra-gauche de Christophe Bourseiller, par Loren Goldner


      • claudius (---.---.9.40) 1er février 2007 12:36

        Le point sur la modernite et la poste modernite me parait important ,les attaques « modernes » des Sarko’s boys (pour rappeler les Boulogne Boy’s de la tribune du parc des princes)qui ne sont qu’une copie des attaques a l’americaine courantes lors des presidentielles aux US, il n’empeche qu’elles ont un impact. Le grand peril est a mon avis comment mener une campagne en rupture avec ce que nous avons connu jusqu’a maintenant et une approche telle que la fait SR qui bouscule tout le monde meme le PS ..


        • Jojo2 (---.---.158.64) 1er février 2007 13:13

          La vision de Sarko est communautariste à l’Américaine. Les communautés feront le ménage chez elles, un peu comme les triades chinoises. Autant de gagné pour la « paix » et les deniers publics et fi de la morale...

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