Près de seize millions de téléspectateurs ont suivi l’émission spéciale en direct de l’Élysée. Analyse contrastée de l’intervention du chef de l’État.
L’intervention télévisée du Président de la République Nicolas Sarkozy sur six à neuf chaînes en début de soirée de ce dimanche 29 janvier 2012 peut être diversement ressentie tant sur le forme, la méthodologie et le fond.
Il finira son quinquennat comme il l’a commencé, avec une boulimie parfois désordonnée et presque confondante.
Je passe donc en revue les points qui m’ont paru réussis ou pas réussis.
I. Sur la forme
La pratique présidentielle de Nicolas Sarkozy a changé depuis fin 2010. Il est devenu plus "présidentiel" et plus "professionnel". Est-ce en raison du départ de l’Élysée de Claude Guéant ? L’exercice de communication auquel il vient de se livrer ressemble beaucoup aux interventions télévisées à vocation pédagogique du Président François Mitterrand.
I.1. Réussi
Nicolas Sarkozy a paru plutôt posé, calme et déterminé, maîtrisant bien ses dossiers malgré d’évidentes imprécisions d’arrondis vaguement intentionnelles (parler de 21% au lieu de 21,2%, de 1,5% au lieu de 1,6% etc.). Il a même montré une certaine authenticité (voire sincérité) lorsqu’il admet que son mandat est passé très vite mais qu’il ne fallait pas pour autant qu’il durât sept ans comme avant 2002 car les choses bougent très vite et il faut cette respiration démocratique plus fréquente.
Cette prestation télévisée lui permet également de redonner à ses troupes un peu de grain à moudre (comme l’a fait François Hollande le 22 janvier 2012), une remobilisation nécessaire après des pseudo-propos off sur sa préférence pour un séjour dans un carmel à l’animation d’une section de l’UMP.
I.2. Pas réussi
Il y a une inégalité de traitement (même si le Conseil supérieur de l’audiovisuel va le décompter de son temps de parole) par rapport aux autres candidats, en s’autorisant une retransmission en direct sur neuf chaînes de télévision un dimanche soir, heure de la semaine de très grande audience.
II. Sur la méthodologie
En 2009, Nicolas Sarkozy avait envisagé de faire une pause législative en 2011. Il n’en a rien été et il gouvernera jusqu’au dernier jour du quinquennat. À sa décharge, la situation économique internationale est telle qu’il ne pouvait raisonnablement pas faire perdre six mois à un an au pays pour réagir. C’est le principe d’avoir des responsabilités : il y aura toujours des personnes qui critiqueront d’avoir fait quelque chose et d’autres de ne rien avoir fait.
II.1. Réussi
Nicolas Sarkozy explique donc sa précipitation par la nécessité de ne pas rester les bras croisés face au chômage qui sévit en France. Il a expliqué la logique des différentes séquences depuis la crise d’août 2011 : sauver d’abord les pays les plus exposer (Grèce, Espagne, Italie), puis réduire le déficit dû à l’effondrement de la croissance (les deux plans Fillon), et maintenant que la crise de la dette souveraine est finie, prendre des mesures économiques pour relancer la croissance.
Ce nouveau train de mesures va permettre à Nicolas Sarkozy de reprendre l’initiative et surtout, la maîtrise du temps médiatique qu’il avait perdue depuis septembre 2011, date de la primaire socialiste. C’est très habile de sa part puisque d’un côté, en reprenant quelques propositions du candidat François Hollande et en ayant la possibilité de légiférer encore, il oblige l’opposition à aller sur son terrain, et d’un autre côté, il apparaît sous l’image d’un homme d’action qui ne se contente pas que du verbe (reproche qui lui a souvent été fait).
II.2. Pas réussi
Il y a un réel surréalisme à vouloir légiférer sur des réformes de très grande ampleur (code du travail, TVA, etc.) dans la précipitation au mois de février 2012, soit deux mois avant l’échéance nationale cruciale en France, d’autant plus que beaucoup des décisions annoncées ne pourront être mises en application qu’au début du prochain quinquennat.
Par ailleurs, la position d’être un Président jusqu’au bout et pas encore candidat est certainement teintée d’hypocrisie d’autant plus patente qu’il a été très clair sur ses intentions : « J'ai un rendez-vous avec les Français, je ne m'y déroberai pas. ». Une telle phrase signifie explicitement qu’il est candidat !
III. Sur le fond
L’intérêt de l’intervention réside toutefois sur le fond des décisions annoncées qui apportent, globalement, une vision assez brouillonne mais parmi lesquelles certaines me semblent adaptées à la situation.
III.1. Réussi

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