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Nicolas Sarkozy, président des villes mais pas des champs

En plein désarroi, le monde agricole attend un geste fort du Chef de l’Etat … qui se fait attendre. Alors que la profession traverse une crise sans précédent marquée par un effondrement dramatique des revenus, Nicolas Sarkozy était le grand absent de l’inauguration du salon de l’agriculture. Il sera néanmoins présent pour la clôture avec un discours qui devrait contenir un certain nombre d’annonces sur la réforme de la PAC qui doit entrer en vigueur en 2013.

Nicolas Sarkozy, aime à le répéter : son truc à lui, ce sont les usines. On peut en conclure que par défaut, l’ancien maire de Neuilly ne goûte guère à la chose agricole. Contrairement à ses prédécesseurs qui avaient gardé les deux pieds dans le terroir, toujours prêts à tâter le cul des vaches, l’actuel locataire de l’Elysée est un président des villes, pas des champs. A ce titre le dérapage verbal du salon 2008 (”casse-toi pauv’ con”) est révélateur de la tension générée par une immersion dans un milieu ressenti comme hostile par le simple fait qu’il ne le comprend pas.

Ça tombe d’autant plus mal qu’au même titre que l’économie et les finances, l’agriculture traverse une crise qui n’a rien de conjoncturelle mais qui témoigne de la fin d’un système hérité de l’après-guerre largement bousculé à son tour par la mondialisation. C’est aujourd’hui tout le modèle agricole qu’il faut repenser.

Le pari hautement stratégique de l’après-guerre d’assurer l’autosuffisance agricole de l’Europe est aujourd’hui gagné au moins sur les grandes cultures. Ce résultat s’inscrit dans le contexte d’un demi-siècle exceptionnel en termes de progrès de l’agriculture à l’échelle mondiale. La pression démographique contraint à ne pas en rester là. Le nombre d’habitants de la planète devrait passer de 6,7 milliards d’habitants actuellement à prés de 9 milliards d’ici 25 ans. Concrètement alors qu’on évalue déjà à 1 milliard le nombre de mal-nourris, il faudrait que la production agricole soit multipliée par 2,25 d’ici 2050.

Dans ce contexte tendu, l’agriculture est redevenue un secteur hautement stratégique. En toute logique, il devrait être un secteur porteur qui assure des lendemains radieux à nos agriculteurs or, c’est tout l’inverse. Le contexte a changé depuis la création de la PAC dont l’objectif premier était le quantitatif et non le qualitatif. L’agriculture européenne se trouve concurrencée par des pays émergents très puissants qui assurent souvent la compétitivité de leurs produits au détriment de l’environnement. Somme toute, ce qui a été fait chez nous mais, à une échelle encore plus grande.

Dans ce paysage, la seule réponse portée par l’UE au titre de son précepte de la libre concurrence a été et continue d’être l’encouragement aux concentrations oligopolistiques, à l’agrobusiness. A titre d’illustration on retiendra que pour le secteur des exploitations laitières en très grandes difficultés, il est prévu en France de faire passer leur nombre actuel de 90 000 à 60 000 en 2015, étape provisoire avant l’objectif final de 30 000 en 2030.

Comme pour l’industrie, l’agriculture est happée par une spirale de la compétitivité incompatible avec la notion de qualité. D’ores et déjà on réfléchit à la mise en place de production laitière “hors-sol” avec des vaches stationnées en permanence dans des usines à lait. On ne parle plus d’exploitations agricoles mais d’entreprises agricoles toujours plus vastes et qui nous conduisent vers le modèle sud-américain.

Depuis 1960 les rendements ont été multipliés par 3. A cette époque il fallait un agriculteur pour nourrir 20 personnes, aujourd’hui un seul suffit pour cent autres. En 50 ans, le nombre d’agriculteurs dans la population active est passé de 30 à 2% mais cette phase d’hyperconcentration n’est pas encore arrivée à son terme.

Les consommateurs qu’on présente comme les grands gagnants de cette agriculture “performante” se trouvent en fait les dindons de la farce.  A plusieurs titres : une dégradation de l’environnement qui leur est souvent facturée (dépollution de l’eau), une dégradation de la qualité des produits et une augmentation des prix. Concernant les produits laitiers, la Cour des Comptes a relevé que sur la période 2000-2007, le prix du lait a augmenté de 17% quand la rémunération des producteurs a chuté de 6%. Cherchez l’erreur.

Contrairement aux affirmations, la volatilité des prix se traduit donc par une hausse des prix à la consommation et une paupérisation des producteurs. L’un des enjeux primordiaux consiste donc à une organisation des filières indispensable pour assurer une régulation. Si elle n’était prisonnière du dogme ultra-libéral de l’UE, la PAC pourrait avoir un triple objectif : réguler les marchés, assurer un revenu minimal aux agriculteurs et permettre une “remise à niveau” de l’environnement. 

Les 40 milliards affectés à la PAC, premier budget de l’UE, sont naturellement très convoités par les autres secteurs qui attendent avec avidité 2013. C’est là où Nicolas Sarkozy est attendu par le monde agricole. Le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire a indiqué que le week-end prochain, “Il y aura des annonces et il y aura surtout, ce qu’attendent les agriculteurs, le signe très clair de la part du président de la République de sa volonté de s’engager dans le débat européen.” “Le président de la République est déterminé à se battre à son niveau, au niveau des chefs d’Etat, pour une PAC forte“, a assuré le jeune ministre, excellent jusqu’ici mais, terriblement isolé.

Bis repetita placent. “Les choses répétées plaisent” assure la locution latine. La dernière fois que le président a prononcé un discours sur l’agriculture remonte au 27 octobre dernier à Poligny (Jura). Un discours qui reprenait mot pour mot celui tenu
le 19 février 2009 à Daumeray (Maine-et-Loire). Souhaitons que les mots qu’emploiera le président en clôture du salon échappent aux lieux communs précédemment employés, à ce “chef d’entreprise qui doit s’adapter en permanence au climat, aux marchés, aux technologies, aux réglementations” et à ces références aussi douteuses que nauséabondes à la terre élément de l’identité nationale. Les hommes et les femmes qui donnent un visage au noble métier de paysan méritent mieux que cela.


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13 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 1er mars 2010 18:03

    comme en 36
    les CRE fourniront une main d’oeuvre gratos
    et les cultos diront rien


    • Romain Desbois 1er mars 2010 19:27

      Pour sourire un peu l’excellent discours du ministre de l’agriculture

      Le sketch le plus drôle que j’ai entendu.... :->


      • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 1er mars 2010 20:25

        Plus de 150 salons par à Paris, dont certains concernent des secteurs importants pour l’emploi comme le Mondial de l’Automobile ou important pour la culture, comme le Salon du Livre, sans oublier Securipol ou l’Education et l’Enseignement Supérieur.

        Le role d’un Président de la Republique est il d’inaugurer tous ces salons ?


        • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 1er mars 2010 20:27

          Deuxieme question : est ce que vous pensez que les decisions politiques se prennent dans la voiture, sur le chemin du Salon de l’Agriculture ?

          Que Sarko aime ou n’aime pas l’agriculture, quel est le poids de ce parametre dans la prise de decision ? La PAC est une politique européenne dont la revision etait prévue dès 2001 et l’accession des nouveaux membres de l’UE !


          • curieux curieux 2 mars 2010 01:15

            Il n’y a plus d’agriculteurs. Les machines agricoles dotés de GPS peuvent faire le travail. Il faut des techniciens. Les conseillers,les semenciers sont là pour leur faire fabriquer de la merde. Oh, ils ont perdus 1/3 de leur revenu, mais on n’entend jamais le chiffre. Un peu comme moi ; j’ai perdu 40% de mes revenus. Comment vais-je pouvoir vivre avec silmplement 100 000 euros par an. Quelle misère.


            • Dzan 2 mars 2010 09:48

              Il ne peut pas ètre partout, ou : on a les amis que l’on mérite

              http://www.lesmotsontunsens.com/dictateur-turkmenistan-visite-elysee-paris-6958


              • Lucrezia 2 mars 2010 11:37

                Pour une fois qu’il n’a pas voulu voler la vedette au Ministre de l’Agriculture qui devait inaugurer le Salon pour la 1ière fois avec le commissaire Européen à l’Agriculture, voila que tout le Monde lui reproche alors même qu’il a décidé de conclure le Salon et présenter une ébauche de plan.

                Franchement que cela importe-t-il qu’il clôture au lieu d’inaugurer !?

                C’est bien de la mesquinerie tatillonne qui ne fait de dé-servir ses détracteurs en montrant leur infantilisme et leur seule volonté à critiquer systématiquement, même si il n’y a pas matière..

                Ils feraient mieux de se réserver pour critiquer les mesures qui seront annoncées et surtout de préparer des contre-mesures réalistes et réalisable dans notre contexte !


                • goc goc 2 mars 2010 12:25

                  il se croit surtout malin

                  avec les élections qui arrivent, il préfère avoir le dernier mot que le premier

                  il préfère que tous les autres politiciens passent d’abord, fassent leurs discours, et lui il ramassera les copies à la fin, et se fendra d’un discours reprenant à son compte, les points qui ont plus

                  Le problème, c’est qu’au niveau de défiance qu’il a atteint, même ce genre de tactique pourrait bien se retourner contre lui, car au final, ce qu’on se rappellera c’est son absence, et non ses promesses


                  • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 2 mars 2010 13:12

                    marrant quand meme. Sarkozy est critiqué aussi bien quand il fait quelque chose que quand il ne fait rien, surtout un geste aussi insignifiant qu inaugurer un salon !


                    • PtitLudo PtitLudo 2 mars 2010 13:58

                      La clôture c’est moins risqué, beaucoup d’agriculteurs seront déjà repartis, il suffira de « remplir » avec des figurants qui assureront la « claque » comme c’est désormais l’habitude à l’UMP.


                      • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 7 mars 2010 09:50

                        « ...l’actuel locataire de l’Elysée est un président des villes, pas des champs. »

                        C’est plutôt un président des villes qui souffrent de leurs Banlieues, pas des champs.

                        Il était plus urgent de s’occuper d’abord des péréphéries immédiates où le risque était éminent.

                        Tout simplement parce que la campagne était parfaitement intégrée dans la spirale de la grande consommation jusqu’au jour où les paysans se sont retrouvés dans le dénument et dans l’isolement : Il n’ya personne pour reprendre les bottes et s’embourber dans les champs. Tout le monde a compris qu’il est préférable d’investir dans les nouvelles technologies qui sont plus prometteuse à très bref délai que d’investir ses économies et sa santé pendant des décennies sans pouvoir jamais s’en sortir.

                        Les paysans français ont compris et Sarkozy avait compris que ces derniers l’attendaient non pas pour l’inauguration afin de tater le pouls des vaches mais pour dire les mots qu’il faut. Pour la clôture, il ira leur dire comme à ses habitudes : « Non, ce n’est pas poussibe, je ne vous aboundounerais pas » ! Cela suffira t-il pour fleurir les campagnes, on verra bien..

                        Mohammed MADJOUR.


                        • Michel DROUET Michel DROUET 7 mars 2010 17:07

                          « Je ferai pour l’agriculture ce que j’ai fait pour l’industrie » : voilà une belle phrase qui aurait pu être prononcée par not’ président, non ?


                          • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 7 mars 2010 18:02

                            « Je ferai pour l’agriculture ce que j’ai fait pour l’industrie »

                            Même un peu plus... « Je ferais pour l’agriculture ce que j’ai fait pour l’ensemble des Institutions ». Ce serait plus généreux et ça fera moins de jaloux, je pense.

                            Mohammed MADJOUR.

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