• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Politique > Nicolas Sarkozy, une heure et demie pour rien
15%
D'accord avec l'article ?
 
85%
(141 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Nicolas Sarkozy, une heure et demie pour rien

Alors que trois chaînes diffusaient le même programme ce jeudi soir, j’ai accordé ma soirée au président Sarkozy venu nous présenter sa politique face à la crise. Une fois encore, il a déroulé son plan de communication sans surprise. Sans réel contradicteur, notre président a pu exposer ses idées censées être « concrètes ». Petite analyse du discours, de la forme au fond.

Un style habituel 

 On ne change rien sur la forme. Mais alors rien. Le 24 avril dernier, alors que le Président avait déjà squatté nos médias nationaux, Le Monde titrait « changement de style sans changement de fond », j’avais eu l’occasion de montrer que le changement de style était plus que relatif. Une fois encore c’est le cas. Le président parle toujours à la première personne, avec beaucoup de je, de moi je, de je dois, mon devoir, je me suis engagé, j’ai fait le pari de, … Bien sûr, le président aime tout le monde quand il passe à la télévision le personnel hospitalier est « admirable de dévouement », telle autre catégorie professionnelle sont « des gens compétents », Xavier Darcos « fait un très bon travail » et Guy Lagache « résume très bien ». Mais il gouverne seul !

 Il est toujours le président de la rupture. Avant lui personne ne faisait rien, lui agit. Il a réussi une fois encore à placer des expressions telles que « ça fait tellement longtemps qu’on ne décide pas » alors que lui a été « élu pour agir, assumer, décider, résoudre des problèmes ». Sans bien sûr rappeler qu’il est en politique depuis plusieurs décennies.

 Pour le reste pas de changement non plus. Nicolas Sarkozy incarne la vérité face aux médias, à l’opposition et aux syndicats qui ne font que dire des mensonges, des plaisanteries. Beaucoup de phrases comme « on m’a fait beaucoup de reproches mais jamais celui de mentir » et des oppositions entre « c’est faux » et « la vérité ». Il a toujours son utilisation caricaturale des noms des journalistes qu’il a répétés des dizaines de fois jusqu’à saturation ("Vous avez raison Monsieur Poujadas"," Je vais vous dire Madame Ferrari"), et son utilisation démesurée des questions rhétoriques. Dès qu’il le pouvait il répondait à une question par une autre : « Vous croyez que mon travail est facile ? » ou « c’est pas gagné c’est ce que vous voulez me dire ? » ou encore ces questions qui ont totalement déstabilisé M.Pujadas : « qu’appelez-vous le modèle social ? » ou « quel est le sujet que vous voulez que j’aborde ? ».

 Une petite nouveauté tout de même, le président ne semble plus vouloir agir seul, et il n’a jamais autant cité le premier ministre même si celui ci semble cantonné à un rôle de consultation et qu’il est bien loin de « déterminer et conduire la politique de la nation » comme le dit l’article 20 de la Constitution.

Où sont les contradicteurs ? 

 C’est une habitude dorénavant, Nicolas Sarkozy provoque les journalistes qui l’interviewent. L’émission de ce mercredi était encadrée par Laurence Ferrari et David Pujadas avec les interventions de Guy Lagache et Alain Duhamel. Une fois encore, les journalistes n’ont servi à rien. Mais alors à rien. Pourquoi d’ailleurs continuer à présenter des journalistes, pourquoi ne pas laisser une heure et demie d’antenne au président tant qu’on n’est pas capable d’opposer des journalistes crédibles ? 

 Les journalistes ont été en concurrence tout au long de la soirée. Se coupant la parole, faisant preuve d’une impolitesse sans nom les uns envers les autres sans jamais déranger le président. Aucune question dérangeante n’a été posée. Nicolas Sarkozy a réussi à affirmer que le million de manifestant descendu dans la rue se révoltait contre la crise sans qu’aucun journaliste présent n’arrive à lui dire que les manifestants ne se plaignaient pas de la crise, mais de la réponse de la majorité à cette crise. Il s’est caché derrière cette crise (mot qu’il a employé près de 50 fois) en refusant totalement sa responsabilité. Les journalistes n’ont pas bronché. Comme le dit Edwy Plenel, c’était un « monologue ». On ne l’interrompt pas, on ne le contredit pas. Est-ce que quelqu’un a posé la question dérangeante de la dualité entre les heures supplémentaires et la hausse du chômage ? A vouloir favoriser les heures supplémentaires, plus aucun patron ne veut embaucher, mais cette question personne ne la lui a posée. Il a parlé de Barack Obama, mais personne ne lui a demandé ce que Nicolas Sarkozy pensait de cette phrase du discours d’investiture de Barack Obama : les ouvriers « préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi ».

 Nicolas Sarkozy a déroulé sa communication sans entrave, il est même allé jusqu’à placer cette phrase incroyable : « permettez-moi de présenter la même chose différemment » façon de rappeler que c’est lui qui fixe le vocabulaire à employer, pas les journalistes. Je ne reviendrai pas sur les questions rhétoriques toujours aussi efficaces. Pujadas bafouille, Duhamel se laisse déstabiliser, et cætera. 

Pour parler un peu du fond à présent, notons qu’il a réussi à ne presque rien dire de concret tout en utilisant des dizaines de fois ce mot. 

On ne change rien : ça c’est du concret 

 Difficile de savoir quelles sont les orientations du gouvernement et du président à l’issue de cette intervention. Rien ne semble avoir changé. A plusieurs reprises les journalistes ont essayé de demander à Nicolas Sarkozy s’il allait modifier sa politique, ils étaient surpris par sa réponse : on ne change rien. Rien. La réforme n’a jamais été aussi utile. On n’évoque pas le paquet fiscal, les heures supplémentaires, on ne parle pas du contre-projet de relance proposé par l’opposition, rien. On ne change rien. « Des manifestations en France il y en a très souvent. Si on doit arrêter chaque réforme quand il y a une manifestation autant ne pas faire de réformes ». C’est dit. Grâce à ses réformes on va « sortir de la crise plus forte qu’on y est rentré » alors qu’en même temps il assume le fait que la France supprime « 40 000 emplois mensuels ».

 Politiquement parlant, il a une fois encore attaqué les 35 heures qui ont créé du chômage parce que « le partage du travail a été une erreur sociale historique » alors que bien sûr ce n’était pas la question posée. Comme s’il était en campagne.

 Ce qu’il faut retenir c’est bien sûr qu’il n’y a pas d’annonce immédiate. Notamment du fait que le président refuse catégoriquement une politique de relance. On évoque éventuellement une baisse de l’impôt pour les ménages imposés les plus pauvres, mais rien de concret.

 La seule annonce concrète est repoussée à 2010 et il s’agit de supprimer la taxe professionnelle. Pourquoi la taxe professionnelle ? C’est certes une taxe que paient les entreprises et c’est assez cohérent dans la politique de relance de l’investissement de Nicolas Sarkozy, mais ce qui est particulier avec cette taxe c’est qu’il s’agit de la ressource principale des collectivités locales. Un impôt local supprimé en 2010 ? Serait-ce une idée pour que les collectivités locales de gauche soient obligées d’augmenter l’impôt l’année des élections ? Comment ces collectivités pourraient-elles trouver 8 milliards d’euros sinon ? Rappelons aussi que pour ce prix là, on peut envoyer un chèque de 500 euros à la moitié des foyers français, comme l’ont fait nos voisins européens. Rappelons aussi que le président a annoncé qu’il voulait une fois encore supprimer un échelon administratif, en oubliant d’ailleurs de citer les cantons. 

Et maintenant, que vais-je faire ? 

 Un changement est tout de même à noter dans ce discours. Cet omniprésident qui se veut toujours dans l’action s’est mis à adorer le temps long. La seule annonce concrète datée est repoussée en 2010, on l’a dit. Rappelons aussi qu’il a tout de même attendu une semaine avant de passer à la télévision. A l’heure de l’immédiateté de l’information, le président a attendu une semaine avant de s’exprimer sur une grève qui a réuni au moins un million de français, une semaine ! De plus, dès qu’une question était gênante, dès que l’on évoquait une possible réforme, il se cachait derrière la future rencontre du 18 février. Et encore deux semaines de perdues ! Faut-il aujourd’hui deux semaines pour réunir les leaders des syndicats d’employés et de patrons ? Face à cette « crise la plus importante depuis un siècle » (plus que celle de 1929 donc) on doit attendre encore deux semaines pour réagir ?

 Tout son discours était basé sur cette distinction entre le temps court et le temps long. Il demeure le président hyperactif, mais il s’est arrêté. Il attend. Pour finir, je voudrais revenir sur une des réformes sur laquelle il a insisté. Celle de la nomination du président de France Télévisions par le président de la République. A mon sens cette annonce résume son intervention de ce soir. Le président a réussi à affirmer qu’on était passé « de l’hypocrisie totale à la transparence totale » sans trouver aucune contradiction. En gros, il nous explique que le président de France Télévisions a toujours été nommé par le président de la République mais de façon cachée alors au lieu de réformer ceci, d’y mettre fin – alors que l’on affirme haut et fort que c’est mal – et bien on entérine et on grave dans le marbre qu’à présent ce sera comme ça. Personne ne réagit. Il a placé exactement la phrase qu’il voulait, il faut dire qu’en invitant les journalistes triés sur le volet à l’Elysée, on sait que le président joue à domicile et qu’il fera ce qu’il veut de cette entretien. 

 En résumé, une fois encore, une heure et demie pour rien. Une semaine d’annonce d’une intervention pour exprimer les décisions du président de la République face à la crise pour rien. Aucune annonce, aucun programme, aucune relance. Rien.

par arretsurlesmots (son site) vendredi 6 février 2009 - 260 réactions
yahoo
15%
D'accord avec l'article ?
 
85%
(141 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Rage (xxx.xxx.xxx.129) 6 février 2009 12:17
    Rage

    Bonjour,

    Comme convenu, cette diffusion type ORTF n’a absolument RIEN amené de concret.

    Sarkozy a déroulé son plan prévisible et prévu :
    1. Les français souffrent, je les entends, je comprends leurs craintes et leurs peurs.
    2. La crise est internationale, ce n’est pas ma faute j’y suis pour rien
    3. Je reste droit dans mes bottes, je m’occupe de tout (sauf de la nomination du président de France TV) et je lance des "biscuits" pour occuper les journalistes et la plèbe.

    Les journalistes ? Parlons-en :
    1. Laurence Ferrari, fidèle à elle-même : nulle, conciliante, sous le charme
    2. Pujadas : aucune question qui fâche, recroquivillé, conciliant
    3. Lagache : sans doute le moins mauvais, mais néanmoins acculé à noter les contre-vérités assénez par le président sous la forme de question "interro-négative : ne pensez-vous pas que ?"
    4. Duhamel : hors du coup, ça fait déjà 2 fois en 2 semaines...

    En somme aucune contradiction. Personne pour parler librement. Personne pour souligner le fait qu’à Gandrange il y a des centaines de chômeurs sur le carreau, que le bouclier fiscal est injuste, qu’il n’y a aucune contre-parties au sauvetage des banques (l’enfumage était au top à ce moment), que le déficit annuel plonge etc...

    Rien. Pas un mot.
    Une grève générale en Guadeloupe ? Pas un mot.
    2 millions de français dans la rue ? La classe "moyenne" ce sont les smicards parait-il !

    Circulez y a rien à voir.

    Il y aussi eu les questions "propagandes" : comment allez-vous enfumer la population aux Européennes ?
    Avec des portes drapeaux bien sûr !

    Et puis il y a eu les "mines" et autres escroqueries :

     Le plan de relance qui n’est qu’une liste des contrats de projets état-région déjà existants

     La réforme de la TP sans aucune précision des contre-parties (pour info c’est 50% des ressources des communes)

     Les contre-parties aux milliards pretés ET injectés (2 choses différentes) aux banques ? Rien

    Bref, 18 discours en 36 jours, aucune ligne claire, une idéologie aveugle du "tout pour l’entreprise" cumulant les exonérations et autres suppressions de charges au point d’en faire décoler le déficit de près de 50% en un an (cf rapport Cour des Comptes).

    C’est certain, encore 1 an comme ça, et c’est la révolution qui ira rappeler ses bons souvenirs à "Nicolas 1er".

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.42) 6 février 2009 11:37
    non666

    Tu aurais du, si il y a un reproche qu’on ne peut pas lui faire, c’est de manquer de maitriser sa com.

    Ceci dit, effectivement, il a "convoqué" les journalistes qu’il a voulu pour qu’ils lui posent les bonnes questions, prealablement fournies pour que son staff evalue les réponses les moins susceptibles de lui faire perdre (encore ?) des points dans les sondages.

    Comme prévu , c’est pas sa faute à lui mais aux autres, à la crise que personne ne pouvait prévoir...
     Mais qui etait prévu par les conjoncturistes des banques depuis 2 ans.....
    Il suffit de regarder les chiffres des trésoreries des PME depuis 2006.

    Il a menti sur tout pendant sa campagne mais assure que personne ne l’a jamais traité de menteur.
    Il est en permanence dans l’auto-promotion , et a visiblement reçu comme consigne des spin-doctor d’etre plus lisse et d’ouvrir la porte au dialogue tant cela gronde.


    Comme prévu, il a hurlé avec les loups et a désigné des victimes expiatoires à la populace qui gronde.
    Il a montré quelques coupables du doigt (les traders , qu’on les pende !)
    Il a evidemment oublié que les traders n’agisent pas de leur seule initiative, que cette "speculation" est leur job et que le donneur d’ordre est leur employeur, les banques...
    Mais comme on le disait après Dien Bien PHU  : il faut trouver un responsable d’un grade SUBALTERNE, mais suffisant : pendez les lampistes
    il a oublié qu’il etait en phase avec le modele anglo-saxon depuis 20 ans et qu’il n’avait de cesse de le citer en exemple, mais c’est surement parce que nous ne l’avions pas compris. !


    Mais il a quand meme fournie DEUX informations importantes :

    1) Comme prévu, la gouvernance mondiale est en marche, avec plein de mauvaise raison (le marché est mondial donc il faut une gouvernance economique et monaitaire mondiale).
    Or aucun des journalistes présents n’a eu le bon reflexe de lui citer ses propres declarations sur la banque europennes , loin des besoins des preoccupations economiques europeennes....
    Qu’est ce que cela serait avec une gouvernance mondiale ...
    Quelle est la synthèse entre une BCE aux mains de banquiers apatrides , refusant tout controle democratique et une "fed" qui appartient de fait aux banques americaines ?


    2) Il n’y a pas d’alternative a ses choix, et le pire ce sont ceux qui sont hors du bipartisme, qualifiés d’extremismes.
    Il nous informe donc, à l’insu de son plein gès , comme le dirait Virenque, que ces deux la, monte dans les sondages, meme si les chiffres donnés au public par les instituts de propagande et de sondages ne l’indiquent pas.
    Et ça, visiblement, ça les fait chier dans leur froc.

    On ne pouvait pas nous donner meilleur signal pour voter pour ces deux la, histoire de faire exploser les "ententes illiciles" entre les vendeurs de vent UMP et leurs concurrents du PS.
    Pas de bol pour bayrou, son positionnement "entre les deux" , ne devrait lui ramener que ceux qui ne sont pas pret a faire exploser le système.

    Encore une fois c’est le president de la république qui fait les annonces economiques et sociales, quoiqu’en dise la constitution ce qui aurait du faire réagir AUSSI les "constitutionnalistes"

  • Par fergus (xxx.xxx.xxx.206) 6 février 2009 09:56
    Fergus

    Ce matin à sa prise d’antenne de 7 heures sur Europé 1, Fogiel a passé un extrait de l’intervention de Sarkozy. Cela dure moins d’une minute, un laps de temps durant lequel il cite à 7 reprises la date du 18 février.
    Autrement dit un mode de communication incantatoire visant à imprégner l’idée dans l’opinion que des choses importantes se passeront ce jour-là alors qu’à l’évidence cette date ne fera probablement qu’ouvrir un très long match de ping-pong entre le pouvoir et les syndicats.
    Objectif de l’opération : gagner du temps et désamorcer provisoirement la colère qui monte. Pas sûr que cela fonctionne car les ficelles sarkozystes sont décidément très grosses et commencent à être sérieusement éculées !

  • Par fergus (xxx.xxx.xxx.206) 6 février 2009 10:23
    Fergus

    A Tall. Désolé, mais la règle des trois tiers dans les entreprises (1/3 à l’investissement, 1/3 aux actionnaires, 1/3 aux salariés) est un vieux rêve deloriste qui n’a jmais vu le jour. Et qui ne verra pas plus le jour avec Sarkozy que la limitation imposée des salaires patronaux dans les boîtes qui touchent des subventions d’Etat. Poudre aux yeux !

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox